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Quand Doudou joue les durs

Le billet politique de Dominique Labarrière


Quand Doudou joue les durs
Lancien Premier ministre Edouard Philippe, Paris, 5 juillet © Matthieu Mirville/ZUMA/SIPA

Doudou, c’est Édouard Philippe, bien sûr.

Ainsi, dimanche dernier, lors de son meeting de lancement de campagne pour l’élection présidentielle de l’an prochain, à l’Adidas Arena de Paris, ses fans s’usaient la voix à crier « Doudou président ». Ils y croient. Et c’est beau.

Selon Le Monde, l’espace n’était pas comble : « une partie de la salle était restée fermée et des gradins en hauteur pas totalement remplis. » Combien étaient-ils venus applaudir leur héros, boire ses paroles ? Cinq mille, disent les organisateurs.

Quoi qu’il en soit, ceux-là en ont eu pour leurs efforts, n’ayant pas craint de braver la canicule du dehors pour venir s’enfermer dans la fournaise de ces meetings à l’ambiance qu’on souhaite évidemment la plus surchauffée possible.

Prêt à boxer

L’Adidas Arena, ordinairement, est un lieu dévolu à la boxe. L’orateur aura sans doute voulu souligner, par le choix de cet endroit, son goût pour ce sport qu’il pratiquerait régulièrement. Et probablement toujours pour souligner ce penchant, c’est le poing levé qu’il est entré sur scène et qu’il en est sorti, après un discours d’environ une heure et quart. Les discours de Fidel Castro, eux aussi ouverts et clôturés poing levé, duraient deux à trois fois plus longtemps. Le poing est donc la seule analogie qu’on pourrait débusquer entre l’un et l’autre leader, car le programme aussi diffère de beaucoup, même si l’orateur-candidat du jour n’hésite pas à se positionner en véritable révolutionnaire, notamment quant à sa future politique de l’école. Il prévoit en effet « une refonte massive (massive, massif, ce sont ses mots fétiches de campagne. Faudra s’y faire). La plus importante depuis Jules Ferry ». Il y voit la clef du redressement français. En quoi on ne peut guère lui donner tort, sauf qu’il ne tarde pas à retomber dans le travers majeur qui a conduit l’école de la République là où elle s’étiole désormais.

« Je serai le président de ce retour de l’école au cœur de la République et de l’élève au cœur de l’école », revendique-t-il. « L’élève au cœur de l’école », c’était précisément le dogme cardinal du pédagogisme des années 60-70-80, ce mirage intellectuel qui aura été la grande entreprise de déconstruction de l’Instruction publique, déconstruction dont nous déplorons tous les jours un peu plus les effets.

Le dogme d’alors : l’élèveroi, qui n’est pas là pour recevoir un enseignement, subir une formation, mais pour se laisser tout doucettement accompagner sur le chemin d’un vague épanouissement au contenu indéfini dont il détient lui-même la clef et qui doit impérativement correspondre à ses aspirations supposées.

Dès lors, la bonne formule qu’aurait dû employer le Zorro de l’Adidas Arena, sauveur dominical de l’Éducation nationale, aurait dû être, non pas « remettre l’élève au cœur de l’école », mais « remettre le savoir au cœur de l’école ». Et conséquemment, le « sachant » au cœur de la classe, c’est-à-dire le maître, l’enseignant, le professeur, rétabli — aux forceps s’il le faut — dans toute sa légitimité, sa dignité et — pardon pour le gros mot — son autorité.

Haro sur le RN

À propos d’autorité, on pourrait dire que l’orateur aura poussé la chose jusqu’à donner dans la pugnacité. Les uppercuts de ses petits poings vengeurs, Battling Doudou les a surtout réservés à La France insoumise — un peu — et au Rassemblement national — beaucoup. On comprend bien, dès lors, que l’essentiel de son argumentaire de campagne électorale pour l’année à venir sera de la même eau. Haro sur le RN et son candidat, qualifié au passage « d’amateur de petits fours à Monte-Carlo », histoire de faire rigoler la salle en raison de la présence de Jordan Bardella au Grand Prix de Monaco en compagnie de Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Même si deux jours entiers ont passé depuis la saillie philippienne, on s’en tient encore les côtes, tellement c’est subtil et drôle.

À Monaco, au Grand Prix, ce sont des autos qui, au fond, tournent en rond sur un circuit. Un peu, ou plutôt tout à fait, comme un ancien Premier ministre macroniste — il le fut quand même un peu plus de trois ans — aujourd’hui frappé d’amnésie au point de ne pas se souvenir que ce qu’il prône aujourd’hui en matière de programme est à peu de chose près ce qu’il s’était engagé à réaliser en montant sur le ring de l’hôtel Matignon en 2017 : rétablir les finances du pays, restaurer l’ordre, j’en passe. (La liste de ce qui n’a pas été fait ou qui a été raté est si longue que je craindrais de lasser le lecteur…)

N’osant enfiler l’habit d’un Churchill — il y a tout de même des limites à ne pas franchir — le candidat Doudou se garde bien de promettre du sang, de la sueur et des larmes. Plus modestement, se bornera-t-il à demander « des efforts, mais des efforts justes, partagés et étalés dans le temps », notamment « aux retraités qui devront contribuer davantage à notre modèle social », « aux cadres et aux employés des secteurs public et privé qui devront travailler plus longtemps ». Tout cela en veillant à « préserver les ouvriers, les salariés modestes, les indépendants »… Mais aussi les entreprises, trop fortement plombées d’impôts, règlements, taxes variés et divers, constate le candidat qui, apparemment, ne se souvient pas du tout qu’il fut en son temps en position de les en soulager. Un effet de la canicule sur l’acuité mémorielle, peut-être bien ?

Pour tout dire, avec un tel souci de « préserver » les uns et les autres, le programme Doudou se démarque là encore sensiblement d’une vision à la Churchill, puisqu’il s’inspire bien plus sûrement de celle du génial Alphonse Allais qui affirmait : « Il faut demander plus à l’impôt et moins au contribuable ».

Quant à l’ordre, au maintien de l’ordre républicain, sa main, pardon, son poing, ne tremblera pas : les délinquants étrangers seront impitoyablement expulsés hors de France. Pour cela, le candidat saura faire ce qu’il faut et qu’il n’a pas su faire à Matignon : imposer une nouvelle donne à l’Algérie sur la question des OQTF. Quant à l’immigration, qu’il aurait pu qualifier de « massive » s’il ne réservait pas cet adjectif à d’autres thèmes, on va voir ce qu’on va voir, promet-il, car la plus grande fermeté sera la règle…

Ce meeting ne faisait que lever un peu le voile sur le programme « massif » qui doit nourrir la campagne tout au long de l’année. Cependant, on en discerne assez bien la ligne, la pensée profonde. Finalement, Doudou 2027, c’est Manu 2017 remastérisé. Il y a assurément une clientèle pour cela. Sera-ce suffisant pour devenir calife à la place du calife ?

Lors du meeting, il y a eu les mots, certes, mais aussi la gestuelle. Les poings dont nous avons parlé. Et aussi force moulinets des bras. Ces gestes amples que l’on fait lorsqu’on se prend à brasser du vent, voyez-vous. Amusant, non ?…

Oui, sera-ce suffisant ? En cas d’échec, ne nous inquiétons pas trop pour le candidat. Le pain des jours sans semble assuré. En disponibilité du Conseil d’État, le perdant y retrouverait le gîte et le couvert dès le lendemain de l’éventuelle déconvenue, comme cela s’est passé à sa sortie de Matignon. (Se trouvant dans une situation analogue, ayant accédé à de hautes fonctions politiques, Emmanuel Macron, Bruno Le Maire et Valérie Pécresse avaient fait, quant à eux, le choix de rompre définitivement avec la fonction publique d’État, afin d’éviter toute suspicion de « cumul virtuel ».)

Où en est M. Édouard Philippe relativement à cette question ? On l’ignore. Peut-être considère-t-il que, s’il est noble et louable de suer sang et eau pour sauver le pays et ses populations tellement méritantes, il convient également de savoir imposer des limites au sens du sacrifice. Après tout, Le Havre n’est pas Rouen, et Doudou n’est pas Jeanne d’Arc.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Ex-prof de philo, auteur, conférencier, chroniqueur. Dernière parution : « Je suis Solognot mais je me soigne » éditions Héliopoles, 2025

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