Les juges de la cour d’appel auraient-ils décidé qu’ils ne voulaient pas enquiquiner le peuple ? Non, ils sont tout simplement beaucoup plus raisonnables que ceux de la première instance, estime Elisabeth Lévy. Nous vous proposons d’écouter sa chronique radio matinale.

Que retenir du jugement de la cour d’appel de Paris ? Comme tout le monde, avant tout que Marine Le Pen peut se présenter à l’élection présidentielle. Ce suspense sur l’inéligibilité lui est favorable. La gauche va certes marteler pendant dix mois qu’elle est condamnée et qu’on lui reproche de graves atteintes à la probité – Libération annonce la couleur et a carrément titré ce matin « La forcenée » – tout en finesse (voir image ci-contre). Mais ce qu’on retient dans les bistrots, c’est qu’elle peut être candidate et qu’elle le sera.
On remet les compteurs à zéro
Les juges ont sagement refusé de s’ingérer dans la présidentielle. S’ils avaient écarté la patronne du premier parti de France de la reine des élections, ils auraient nourri le ressentiment compréhensible de beaucoup d’électeurs et affaibli dès le départ la légitimité du vainqueur, quel qu’il soit. On aurait dénoncé le gouvernement des juges, et à raison. Ce jugement, qui est un désaveu cinglant pour les magistrats de première instance, remet les pendules institutionnelles à l’heure. La scandaleuse exécution provisoire a disparu.
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Dépourvus de légitimité populaire, les juges ne sont pas un pouvoir à égalité avec les parlementaires et l’exécutif, mais une autorité. Ils doivent faire respecter la loi (avec les forces de l’ordre), ce qui n’est pas rien. Mais c’est aux électeurs de décider quel degré de probité ils attendent de leurs élus et quelles entorses ils leur pardonnent.
Comment expliquer ce revirement ?
Je ne suis pas dans la tête des juges, évidemment. Certains penseront que l’affaire Lyhanna a pesé. Que les magistrats de la cour d’appel ne voulaient pas déclencher un nouveau tir groupé contre « des juges incapables de protéger les enfants mais déterminés à empêcher la victoire du RN »…
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Je crois plutôt qu’ils sont beaucoup plus raisonnables que ceux de la première instance. Il arrive souvent que des juges de première instance donnent libre cours à leur fantaisie idéologique. Ce problème dans notre système démocratique n’est peut-être pas récurrent, mais en tout cas, l’affaire de Marine Le Pen n’est pas un cas isolé. Ils veulent se payer des puissants. Purifier la démocratie fait partie de leurs lubies. Pour Marine Le Pen, ils avaient inventé de toutes pièces, rappelez-vous, un trouble à l’ordre public démocratique si elle était en mesure de se présenter. À l’étage du dessus, on ne fait pas de grands moulinets, on s’emploie avec mesure à faire la balance entre des principes contradictoires. En l’occurrence, entre l’exigence de probité et d’exemplarité des élus, et la liberté de choix des électeurs et le droit de concourir de chacun, garanti par l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme. Bref, les juges ont fait du droit et l’ont fait de façon intelligente, c’est-à-dire de façon assez politique. Ils ont peut-être commencé à sauver la présidentielle, élection cruciale. Reste à espérer que la campagne ne soit pas un festival de bobards, de mauvaise foi et une bataille de boules puantes.
Retrouvez Elisabeth le matin au micro de Sud Radio
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