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Anti-PMA, vous irez à la guerre sans moi!

Anti-PMA, vous irez à la guerre sans moi!
Couple de femmes ayant recours à la PMA dans une clinique de Gand (Belgique), février 2018 ©Elko Hirsch

Le désir d’enfant est une réalité anthropologique à laquelle il est vain de s’opposer. Il serait futile et cruel de refuser la possibilité de ce lien essentiel à des personnes homosexuelles. Fût-ce au nom de grands principes.


La lutte contre la PMA et la GPA est une bataille perdue d’avance, mais pas pour la raison qu’on donne généralement. La philosophe Chantal Delsol, dans Le Figaro du 1er  août, témoigne du désarroi du camp conservateur, dont je me flatte de faire partie. « Le supposé progrès, écrit-elle, est comme une roue crantée qui jamais ne retourne en arrière […]. D’où l’abattement des conservateurs, et plus encore des réactionnaires, qui ressentent vivement l’inutilité d’une opposition à ce mouvement irrésistible, l’individualisme occidental. »

Il me semble que la ruse du progressisme, dont notre président de la République est un parfait représentant, consiste à faire un bloc avec des idées disparates et à les présenter comme l’armée irrésistible du progrès. Parmi ces idées disparates dont on veut nous faire croire qu’elles se tiennent ensemble et forment un système, il y a des futilités qui ne passeront pas l’hiver, il y a des contre-vérités dont on démasquera un jour la fausseté, et il y a une vérité anthropologique à laquelle il est vain de s’opposer : la nature prométhéenne de l’homme qui consiste pour lui à faire tout ce qu’il peut faire. Les conservateurs qui en souffrent peuvent pratiquer la méthode stoïcienne de l’amor fati, l’adhésion à tout ce qui nous est imposé par le destin.

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Parmi les crétineries progressistes qui disparaîtront à brève échéance, prenons l’exemple de l’écriture inclusive. Sa vogue fait irrésistiblement penser au vocabulaire des Précieuses ridicules de Molière. Les « agricult. eur.rice.s » et les « charcuti.er.ère.s » disparaîtront aussi vite que les « commodités de la conversation » qui, rappelons-le, désignait les fauteuils. C’est laid, inutile et compliqué, et en linguistique ne survit et triomphe que ce qui est simple, c’est la raison du succès de l’anglais. Au rayon des fumisteries, la méthode de lecture globale recule peu à peu, merci M. Blanquer.

Dans le riche stock des contre-vérités progressistes, je prendrai l’effacement de la nation et le sans-frontiérisme qui lui est connexe. « La nation française est un conglomérat » de je ne sais plus quoi, disait Éric Besson du temps où la droite se livrait aux délices du gauchisme culturel, comme une marquise qui s’abandonne à son cocher. « La culture française n’existe pas », proclamait notre petit président avant son élection. Que de chemin parcouru depuis la profération de ces inepties  ! Les nations d’Europe de l’Est se défendent vigoureusement du sans-frontiérisme et de l’immigrationnisme propagés par la décadence occidentale, les Américains ont élu Trump le constructeur de murs, les Anglais tentent de récupérer leur nation au prix d’un Brexit chaotique. Preuve que le progressisme prétendument irrésistible n’est pas une roue crantée et qu’il peut très bien reculer.

Dans ce breuvage très mélangé qu’on nous impose de boire d’un trait, il y a les fameuses PMA, GPA et toute la bioéthique. Voilà une tout autre paire de manches. Chantal Delsol souligne à juste titre les ravages de l’individualisme occidental. Mais concevoir un enfant, dans sa tête ou dans son ventre, se réveiller la nuit pour lui donner ses tétées, l’amener tout ému à l’école le jour de la rentrée, s’inquiéter de ses fièvres, de ses résultats scolaires, de ses fréquentations, c’est précisément le contraire absolu de l’individualisme, c’est un acte de générosité qui coûte cher en temps, en argent et en affection. C’est le refus de l’enfant qui est un acte d’individualisme, on a honte de dire une vérité aussi élémentaire.

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Or, il se trouve que tous les liens sociaux sont en crise dans les sociétés occidentales, sauf la filiation, puisque jusqu’à nouvel ordre on ne peut divorcer de ses enfants. En France, cette dissolution des liens a même pris un tour dramatique avec ce que Jérôme Fourquet appelle «  l’archipellisation de la société française  ». L’importance que chacun attache aux liens sociaux dépend de ses choix politiques. Et l’intellectuel britannique Roger Scruton, dans un texte lumineux, explique que l’homme de gauche se vit lui-même comme une expérience singulière, tandis que l’homme de droite se sent lié à des entités comme l’histoire de son pays, sa nation, sa ville, sa famille, ses enfants et descendants. L’histoire de France ? Comment un élève du secondaire pourrait-il se sentir lié à ce qu’on lui présente comme un tissu d’horreurs, avec esclavagisme, colonialisme, collaboration vichyste ? On ne dira jamais assez que le corps enseignant a détruit toute possibilité de patriotisme chez les jeunes Français et il paie aujourd’hui le prix fort de cette trahison. La nation ? C’est un concept dangereux qui a enfanté les terribles guerres du xxe siècle, il vaut mieux l’abandonner et se livrer aux joies de l’immigration sans limites et de l’abolition des frontières. La famille  ? Elle a été lacérée par le divorce à outrance, et le féminisme n’a rien arrangé. Plus aucun metteur en scène ne monte le très beau Partage de midi, de Paul Claudel. Sur un paquebot qui vogue du Japon vers l’Europe, une femme et un homme, mariés chacun de leur côté, tombent éperdument amoureux. Ils se séparent à la fin de la pièce pour ne pas briser leurs familles. D’un ringard ! Et le droit supérieur de l’amour, et le triomphe de la passion ? Si d’aventure on montait la pièce, il y aurait de furieuses manifestations devant le théâtre. Même les liens auxquels nous avaient habitués l’histoire et la géographie sont en crise en France. Les Alsaciens ont perdu l’Alsace et aimeraient bien la récupérer, et moi j’habite au milieu de nulle part, dans une Nouvelle-Aquitaine qui va de l’Espagne au nord de Poitiers, une région inventée par le cerveau brumeux de François Hollande, un territoire sans aucun fondement historique ou géographique.

Reste la filiation : celui qui fait un enfant ou fait faire un enfant est à peu près sûr d’avoir un lien solide avec le reste de l’humanité pour quinze ou vingt ans. Après, c’est une autre histoire… Refuser la possibilité de ce lien essentiel à des personnes homosexuelles au nom de grands principes me paraît cruel et futile. Je l’ai déjà écrit sur causeur.fr, avec la PMA et la GPA, personne ne souffre, personne n’est lésé, il y a juste un petit pincement au cœur chez les belles âmes qui aiment légiférer pour les autres. Pas grave. Si j’étais dans les limbes et si Dieu me proposait de choisir d’y rester ou de venir participer au banquet de la vie sans mère ou sans père, je prendrais sans hésiter la deuxième option. Car « avec toutes ses perfidies, ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau », dit le fameux texte anonyme trouvé en 1692 à Baltimore.

Ludivine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous, devant le Comité consultatif national d'éthique (CCNE), après que celui-ci a rendu un avis favorable à l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, Paris, 25 septembre 2018. (Photo by Olivier Donnars/NurPhoto)
Ludivine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous, devant le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), après que celui-ci a rendu un avis favorable à l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, Paris, 25 septembre 2018.
(Photo by Olivier Donnars/NurPhoto)

Cette bataille à venir sur la bioéthique, quelle magnifique diversion aux échecs d’Emmanuel Macron sur la dépense publique, le chômage, l’éternelle prolifération des taxes et impôts en France  ! «  Emmanuel Hollande  », disait Fillon et je trouvais qu’il exagérait. Nous y sommes en plein : comme sous son prédécesseur, les échecs économiques sont masqués par une belle loi sociétale qui va faire grimper au mur les réacs et les faire paraître encore plus réacs. Et tant de belles intelligences qui tombent dans le panneau ! Vous irez à la guerre sans moi, les gars.

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Qu’on aime cette vérité ou qu’on la déteste, l’homme est prométhéen. Comme le héros de la mythologie grecque qui a volé le feu aux dieux, il fera toujours ce qu’il sera dans la capacité de faire. Des fusées pour Mars, des vies prolongées à coup d’innovations médicales, peut-être même un parasol de confettis dans la haute atmosphère pour nous éviter de griller lors des prochaines canicules. Et des enfants en machine, pourquoi pas, puisque les dames d’Occident trouvent que la gestation est une insupportable corvée. Le surgissement de l’enfant, que ce soit dans la vie d’un individu ou d’une société, est un symbole très fort de renouvellement, de rebondissement de la vie et de l’amour. Nos sociétés vieillissantes ont besoin de cette source fraîche. À l’origine du christianisme, il y a la naissance d’un enfant par PDA, procréation divinement assistée. Il me semble que cet enfant devenu grand n’a pas donné de consignes de bioéthique, par contre, il a puni dans une de ses paraboles celui qui laissait ses talents enfouis dans la terre sans les développer. Comme quoi le Christ a reconnu le caractère prométhéen de l’humanité. Virgile, dans sa quatrième Bucolique, annonce la naissance d’un enfant divin qui rajeunira l’antique Rome.

Le désir d’enfant n’est pas un caprice, c’est une réalité anthropologique à laquelle il est vain de s’opposer. Et le thème de l’enfant sauveur apparu bizarrement est un archétype jungien qui appartient à l’inconscient collectif de l’humanité, puisqu’on le voit apparaître dans les contes les plus anciens, dans les rituels religieux, comme dans la création littéraire. Cette présence d’un thème à des niveaux très différents de l’imagination humaine est la condition mise par le grand psychiatre suisse Carl Gustav Jung à sa reconnaissance comme archétype. Dans le conte russe Snégourotchka, l’enfant de neige, un couple stérile de paysans découvre que la première neige de l’automne a déposé devant son isba la ravissante petite fille de leurs rêves. Elle fait leur bonheur tout l’hiver, mais fond au retour du printemps, comme si l’angoisse de la stérilité était la plus forte. Cependant, l’enfant sauveur apparu bizarrement n’existe pas que dans le christianisme. On sait que dans le bouddhisme tibétain, les enfants censés être la réincarnation du dalaï-lama, du panchenlama et de bien d’autres dignitaires sont choisis après de savantes recherches. Le beau roman anglais de George Eliot, Silas Marner, raconte la vie d’un pauvre tisserand de village qui après avoir été trahi par ses amis sombre dans la solitude et l’avarice  : sa seule joie est de compter ses pièces d’or après son travail. Un soir d’hiver, on lui vole son or. Le pauvre homme fouille désespérément autour de sa maison et croit le retrouver en voyant un éclat doré sous un buisson. Il s’agit des cheveux blonds d’une fillette dont la mère vient de mourir d’épuisement. Silas la nomme Eppie et l’élève. Elle fait sa joie, et une fois grandie, refuse de devenir la fille de son père biologique, squire du village dont la femme est stérile. Pour ceux qui s’intéressent aux mythes et à l’inconscient collectif, notons l’importance de l’hiver, et de « la lumière qui jaillit au cœur des ténèbres », ainsi qu’il est dit dans le prologue de l’Évangile de Jean.

L’enfant sauveur qui console un peuple en attente du salut ou qui console un couple qui n’aurait jamais pu en avoir par la méthode traditionnelle, voilà un symbole très fort qu’il ne faut pas abandonner aux mains suspectes des progressistes.

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Septembre 2019 - Causeur #71

Article extrait du Magazine Causeur


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