Sur France inter, la chronique « Tu parles! » s’est efforcée pendant l’été de démontrer que les déclinistes avaient tout à fait tort de s’inquiéter de notre niveau de vocabulaire et de notre syntaxe de plus en plus hasardeuse. Selon la radio publique, tout va bien.


Les amoureux de la langue de Molière n’ont point de mauvais sang à se faire. En effet, sur France inter, on apprend que le vocabulaire ne cesse de s’enrichir, que la syntaxe reste stable et, surtout, argument suprême, que le français n’est pas près de disparaître, avec une constante augmentation du nombre de ses locuteurs.

Alain Finkielkraut et le déclin de la langue

Avant de s’exprimer sur le sujet du niveau de la langue française, les chroniqueurs Arnaud Hoedt et Jérôme Piron auraient pu attendre la publication du dernier Causeur« Le niveau baisse ».

Selon eux, si le français occupe la cinquième place sur les trois mille langues connues, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles. Malheureusement, l’auditeur repart quelque peu déçu, car il n’en saura guère plus sur les véritables arguments d’Alain Finkielkraut, attaqué dès le début comme un réactionnaire peu fréquentable et dont le « fonds de commerce décliniste » est vilipendé. A l’issue de la chronique que nous reproduisons ci-dessus, on se demande toujours en quoi la création, – ou, plutôt, la « fabrication » – de verbes issus de l’argot tels que « buzzer » ou « kiffer » est un enrichissement de la langue. La quantité n’est pas le synonyme de la qualité, et les inventions faciles ne s’alignent pas nécessairement sur les exigences poétiques de la langue.

« Finkielkraut est amoureux de SA langue française, son propre niveau de langue qui serait supérieur aux autres »

Un des chroniqueurs exalte tout particulièrement le développement des terminologies techniques : nous sommes dès lors très loin de l’idée même de poésie, devenue inconcevable pour nos partisans de l’innovation. Ce qui compte, c’est la productivité et l’accessibilité par le plus grand nombre, apparemment.

Même si cela peut paraître difficilement compréhensible aux progressistes de France inter, l’évolution ne rime pas forcément avec le progrès. Selon de mauvais esprits d’ailleurs, c’est même souvent l’inverse ces derniers temps.

Preuve en sont tous ces professeurs à qui l’on demande de sur-noter des élèves. Plus doués que jamais, ces derniers sont parfois à peine capables d’écrire… en terminale. A leur décharge, comment le niveau pourrait-il progresser alors que l’école a abandonné l’exigence de l’instruction pour privilégier les activités ludiques, ayant pour but ultime non de stimuler le cerveau, mais l’épanouissement personnel ?

A lire aussi, Pierre Mari: Nous devenons étrangers à notre propre langue

Lire la suite