Quand on mène une politique de régression sociale, rien ne vaut une bonne guerre civile larvée sur une question sociétale… Macron va ainsi mobiliser artificiellement deux camps irréconciliables, faire semblant d’être de gauche et faire diversion.  


Après les ordonnances sur le travail, la loi Pacte, la formation professionnelle vendue au privé, une série de mesures sur l’assurance chômage viennent de terminer au napalm les droits des salariés déjà précarisés : lorsqu’il faut actuellement avoir travaillé au moins 4 mois au cours des 28 derniers mois, il faudra à l’avenir avoir travaillé au moins 6 mois au cours des 24 derniers mois pour être indemnisé. Les conditions pour « recharger ses droits » sont également durcies : les droits ne seront plus rechargeables qu’après six mois de travail, contre un mois actuellement. Même la CFDT par la voix de Laurent Berger, c’est dire, estime que « cela amènera à une paupérisation des chômeurs indemnisés. Ça ne permettra pas forcément l’entrée en emploi durable qui sera liée à la croissance et à la capacité des entreprises à proposer des contrats plus longs. Il n’y avait pas besoin de taper aussi fort sur l’indemnisation chômage. » Ce n’est pas compliqué, en comparaison des mesures annoncées par la nightmare team Philippe / Penicaud, la loi El Khomri de 2016, c’était un massage thaïlandais. Or, la grande bataille que se prépare à mener le gouvernement pour la rentrée, c’est sur… la PMA.

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Entendons nous bien, c’est un sujet de société important, surtout pour les personnes directement concernées, mais c’est aussi une question qui peut-être réglée en un simple débat parlementaire et votée dans la foulée. Après tout, comme pour toutes les évolutions sociétales (divorce, contraception, avortement, mariage pour tous), il s’agit juste, pour la PMA, que la loi consacre ce qui est de toute façon entré dans les mœurs, que ça plaise ou non. A titre personnel, je n’y vois d’ailleurs aucune objection et qui serais-je pour décider de ce que peuvent ou ne peuvent pas faire les femmes seules ou homosexuelles ?

Réactiver une opposition factice avec la droite conservatrice

Mais ce serait trop facile, le pouvoir n’a aucun intérêt, vraiment aucun, à ce que la PMA passe (parce qu’elle passera de toute façon à la fin) comme une lettre à la poste, malgré les oppositions. Pendant que Macron va continuer de nous renvoyer à l’âge de pierre thatchérien (on attend avec impatience ce qui va nous tomber dessus avec les retraites) on va créer de toutes pièces un affrontement avec les idiots utiles de Sens Commun qui pèse 8,5% dans l’opinion, c’est à dire le score aux Européennes de Bellamy. C’est ce qu’on appelle, au poker, amuser le tapis.

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Hollande avait déjà fait le coup avec le mariage pour tous. Il avait fait descendre la frange la plus réac des cathos dans la rue et suscité des semaines de manifs et de débats parlementaires pendant qu’il faisait passer tranquillement le CICE et ses milliards d’euros en cadeaux pour un patronat qui n’a pas créé un emploi malgré le badge arboré par Pierre Gattaz.

Bataille rangée autour du corps de la femme

Il n’est pourtant pas impossible d’éviter une guerre civile larvée sur de tels sujets. Je rappellerai, pour la petite histoire, qu’à la même époque exactement, au Royaume-Uni, le gouvernement, pourtant conservateur, de Cameron avait fait voter le mariage gay en une journée de débats.
Là, en transformant la PMA en bataille rangée, Macron va faire semblant d’être de gauche, et va mobiliser artificiellement deux camps irréconciliables.
Je n’ai pourtant pas l’impression que la PMA, pas plus que l’immigration, ait été, par exemple, la préoccupation des Gilets Jaunes. A vrai dire, ils s’en moquent, et si on grattait un peu, on s’apercevrait même que la PMA ne leur pose pas plus de problèmes que le mariage pour tous. Comme pour l’immense majorité des Français, infiniment plus tolérante ou indifférente à ces questions qu’on veut bien le dire.
« La protection de la domination procède très souvent par fausses attaques, dont le traitement médiatique fera perdre de vue la véritable opération «  nous disait Debord dans ses Commentaires sur la Société du Spectacle en 1988. « La véritable opération », on l’aura compris, consiste ici à achever la transformation néolibérale de la société française en se créant de toutes pièces, sur la question de la PMA, un adversaire qui ne représente plus que quelques chouan-ne-s en serre-tête et en Burberry, obsédés par le contrôle des corps, surtout quand c’est celui de la femme.

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