Une tribune de Louis Aliot


Les autorités de santé publique ont décidé d’un « mois sans alcool » qui aura lieu en janvier 2020. Ce défi, intitulé « Dry January » en version originale, nous vient en droite ligne du Royaume-Uni et consiste en une abstinence totale d’alcool durant un mois complet. Il va sans dire que les pratiques alcooliques anglo-saxonnes sont bien différentes de celles qui ont cours au France. Bien entendu, je suis lucide et sais bien que le « binge drinking » fait florès chez certains jeunes Français, mais je ne crois pas qu’une telle initiative y mettra un terme. Elle risque au contraire d’avoir de fâcheuses conséquences pour nos agriculteurs.

La France est un des principaux pays producteurs de vins et spiritueux dans le monde et, c’est une certitude absolue, le plus fameux pour la qualité de ses vins. La promotion de l’abstinence totale durant un mois est une démission, un abandon de ce qui fait la culture gastronomique française. Renoncerions-nous à la modération et à la juste mesure par effet de mode ? L’hystérie anglo-saxonne ne correspond que très peu à l’état d’esprit français. Il faut décourager la consommation irresponsable et dangereuse d’alcool, sans pour autant encourager les Français à éliminer l’alcool quand il est bu modérément.

Le mois sans alcool ne répondra aux problèmes sociaux, sécuritaires et sanitaires que l’alcoolisme pose à notre société. Je prends la mesure de ces immenses difficultés et crois nécessaire de lutter de toutes nos forces contre l’alcoolodépendance et les conduites à risque de manière générale. Pour autant, je me sens aussi le garant et le protecteur de l’art de vivre français. Les Français ont des habitudes très raisonnables. Neuf d’entre eux sur dix consomment moins de dix verres d’alcool par semaine et huit sur dix consomment moins de deux verres par jour, selon les chiffres donnés par Santé Publique France.

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Devrons-nous demander aux viticulteurs de ne plus faire visiter leurs chais durant tout le mois de janvier 2020 ? Imaginons un peu le manque à gagner pour eux et pour notre tourisme ! C’est l’image de marque de la France à l’international qui en pâtirait ! Allons-nous devoir annuler les évènements prévus pour Saint-Vincent le patron des vignerons du 22 janvier prochain sous prétexte d’imiter les Anglais qui ne produisent pas de vin ?

Ce « Dry January » tombe extrêmement mal. Nos vins français sont désormais taxés à l’importation aux Etats-Unis, ce qui constitue un important manque à gagner pour une filière soumise à une concurrence étrangère de plus en plus rude et de plus en plus déloyale, que ce soit à l’intérieur du continent européen ou avec les vins du nouveau monde. Les producteurs de vin participent déjà à la prévention contre l’alcoolisme et encouragent les consommateurs à boire raisonnablement. Mieux vaut une année complète à boire un verre de vin de temps en temps qu’un mois d’abstinence suivi de onze mois de « binge drinking » comme cela se produit souvent à Liverpool, Manchester ou Birmingham !

De grâce, ne cédons pas une nouvelle fois aux sirènes de la « tendance » et restons Français.

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