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Romy ou le spleen germanique

"Adieu Romy" de Violaine de Montclos, Grasset, 2022

Romy ou le spleen germanique
La journaliste Violaine de Montclos © Riva-Boisot / Grasset

Une belle biographie de Romy Schneider, écrite par Violaine de Montclos (Grasset), ressuscite une vie qui ressemble à un train de nuit


François Truffaut a dit que « les films sont comme des trains dans la nuit. » La vie de Romy Schneider, morte le 29 mai 1982, à l’âge de 43 ans, ressemble à un train dans la nuit. Une mère nazie très proche d’Hitler, un beau-père entreprenant, un personnage cinématographique en forme de meringue baroque, un fiancé survolté, sauvage, avec l’instinct de survie, un fils empalé, photographié sur son lit de mort par un paparazzi, un ultime film, plus que mauvais… Romy, broyée par la nuit. Elle écrit tout le temps, partout, frénétiquement, dans un français ébréché, comme pour chercher une main invisible, celle de Keats, déjà dans la tombe. Elle boit, beaucoup, trop, elle fume, prend des barbituriques, elle parle la nuit à des fantômes stellaires, elle attend la délivrance.

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Ultimes errances

Violaine de Montclos, journaliste au Point, retrace les derniers mois de la sublime star. Sans lyrisme, et dans un style minimaliste, elle raconte les ultimes errances d’une femme prise en otage par le chagrin, période entre la mort de David, son fils, en juillet 1981, et « La Passante du Sans-Souci », où le visage de Romy bouleverse avec « ces tombes noires que les nuits sans sommeil lui creusent en dessous des yeux ». Et malgré tout son regard qui reste innocent. On ne saura jamais vraiment de quoi est morte celle qui fut célèbre dès l’adolescence, avec le rôle de Sissi, puisque Laurent Davenas, jeune substitut du procureur, délivra, sans autopsie, un permis d’inhumer. Nous sommes le 29 mai 1982, à Paris. Romy avait 43 ans.

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Au fil de son récit, Violaine de Montclos revisite la carrière de Romy et brosse le portrait d’une femme inquiète, maternée par son habilleuse, colérique, souvent violente, n’hésitant pas à humilier ses partenaires, capable de se montrer tyrannique sur un plateau. Elle finit presque toujours par s’excuser en écrivant des petits mots, ou en faisant livrer des fleurs, une fois la crise retombée. Elle trouve son double masculin en la personne de Claude Sautet. Extrait : « Entre ces deux-là qui s’aiment, se connaissent par cœur, se malmènent, sont sujets surtout aux mêmes emportements, les tournages sont irrespirables. » Mais cela donne des films terriblement émouvants, comme « César et Rosalie », « Mado » ou encore « Les Choses de la vie ». Au passage, Violaine de Montclos, égratigne Libération, « qui a consciencieusement descendu chacun des films de Claude Sautet ». On apprend également que Marlène Dietrich lui faisait parvenir des cachets de Captagon cachés dans des livres sans pages.

Un parfum de tubéreuse

À la fin de ce bref récit, où la légende noire de l’inoubliable Marianne (« La piscine », de Jacques deray) nous laisse un parfum de tubéreuse sur l’épaule, on ne peut s’empêcher de penser au « Vieux Fusil », de Robert Enrico. Clara Dandieu assiste à l’assassinat de sa petite fille par les SS, et finit brûlée vive par un lance-flammes, sous le soleil radieux. C’est un résumé effroyable de la vie de celle que Visconti appelait avec admiration la « Romina » et qui portait en elle « le spleen germanique », selon son expression.

Violaine de Montclos, Adieu Romy, Grasset.

Adieu Romy

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est auteur de "Johnny que je t’aime" (Praxys diffusion) et directeur littéraire des éditions Tohu-Bohu.

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