Incident raciste entre un Hongrois et un acteur français lors de la promotion d’un film à l’étranger

Voilà un film dont Arte va nous assurer qu’il est « né sous une bonne étoile ». Son réalisateur, Ulrich Köhler (cf. La Maladie du sommeil, Ours d’Argent à la Berlinale 2011) est Allemand mais il a beaucoup étudié en France. Cavagai, et autres malentendus, tourné l’an passé à Berlin et au Sénégal, est résolument polyglotte, cosmopolite, européen.
Tournage compliqué
On vous résume : Caroline, une cinéaste française (Nathalie Richard) pas spécialement sympathique, assez autoritaire et perpétuellement sur les nerfs avec ses acteurs et son équipe de tournage, réalise pour le grand écran une transposition très intellectualisée de Médée, la pièce mythique de Sénèque, en encrant l’action sur le continent noir (on peut encore écrire « continent noir » ?) : incrustées en abyme dans le déroulement de Cavagai, les séquences dévoilent par bribes le work in progress d’un péplum en costumes, mariant archéo et approche contemporaine, dans un kitsch un peu « limite », dont Ulrich Köhler se gausse souterrainement.
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Le tournage est compliqué, dans le décor réel du Sénégal. Caroline a confié le rôle de Jason à l’acteur noir – et Français – Nourou Cissokho (Jean-Christophe Folly), lequel a une aventure avec Maja, l’héroïne du film (Maren Eggert), femme mariée… Pour s’exprimer, Caroline passe du français à l’anglais, Maja de la langue de Goethe à celle de Shakespeare, Nourou s’en tient au français. Cavagai suit avec causticité les méandres relationnels des comparses, alternant avec la mise en œuvre pleine d’écueils de cette Médée africaine… Puis, seconde partie de Cavagai, retour en Europe, où le film de Caroline est présenté en compétition à la Berlinale, l’incontournable festival hivernal berlinois. L’acteur Nourou, qui y partage un cinq étoiles glaçant et excentré avec la cinéaste et sa partenaire à l’écran, se collète avec le gorille de l’hôtel, un Hongrois en uniforme noir et oreillettes, exagérément rustre avec la gente de couleur – l’incident provoquera son licenciement et, après enquête, les excuses ostentatoires de la direction à l’égard de la star noire maltraitée…
Paillettes vulgaires
Ulrich Köhler se plait manifestement beaucoup à forcer les coulisses du Septième art, la relativité des statuts sociaux selon qu’on est prince ici, et là un inconnu, la comédie médiatique et mondaine qui enrobe la promotion du cinéma, ses rituels vaniteux et ses paillettes vulgaires… Les essayages de l’acteur Cissokho (sous les traits de Jean-Christophe Folly) en vue d’offrir son meilleur look à la soirée de première de Médée africaine ne manquent pas de sel, tout comme la séquence d’apprentissage pour nouer un nœud-papillon sans se tromper…
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Plus complaisant dans sa critique du milieu qu’intensément corrosif, Cavagai scie de manière un peu laborieuse la branche sur laquelle s’assoit, qu’on le veuille ou non, le cinéma. Et l’énigme du titre, au fait ? Dixit Köhler explique dans le dossier de presse que le titre « rend hommage à [ses] études de philosophie inachevées. Dans une expérience de pensée célèbre, poursuit le cinéaste, le philosophe Willard Van Orman Quine imagine un ethnologue rencontrant un inconnu dans la jungle. L’homme montre un lapin et crie : ‘’Cavagai ! ‘’ Lapin ? Repas ? Grandes oreilles ? Sacré ? Qui ne montre ainsi combien la traduction est indéterminée. On ne sait jamais vraiment ce que quelqu’un veut dire. Moins on partage le contexte, plus on risque le malentendu, conclut-il ».
Allez comprendre…

Cavagai. Film de Ulrich Köhler. Avec Jean-Christophe Folly, Maren Eggert, Nathalie Richard. France, Allemagne, couleur, 2025. Durée : 1h31
En salles le 22 juillet 2026
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