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Lyrique : reportage à la « Sumi Jo International Singing Competition »


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Sumi Jo International Singing Competition 2026. DR.

Dans l’écrin fastueux du château solognot de La Ferté-Imbault (41) vient de s’achever, sous le patronage de la soprano sud-coréenne Sumi Jo, la deuxième édition d’une incontournable compétition de chant lyrique.


L’événement était programmé de longue date. Ouverte au public sur réservation, la première édition du Sumi Jo International Singing Competition, du 7 au 13 juillet 2024, promettait pour 2026 une deuxième édition tout aussi passionnante. Celle-ci vient de s’achever, le 11 juillet dernier, par un palmarès éloquent, magnifique, indiscutable, conclusion de six denses journées d’auditions, de récitals et de master classes. Le concours est ouvert à des chanteurs de toutes nationalités, âgés de 18 à 32 ans, avec un Premier prix doté, tout de même, d’un pactole de 50 000 € — ce n’est pas rien ! — et de 20 000 € pour le Second prix, 10 000 € pour le Troisième.

Nantis et mélomanes

Vingt-quatre artistes participaient cette année à l’événement, dont, in fine, onze sélectionnés pour la « Grande finale », précédée d’une « Petite finale » où le public, via une application dédiée, pouvait choisir son finaliste. Le jury était de haute volée : outre la susnommée Sumi Jo, on comptait le ténor Marcelo Álvarez, rien de moins que le conseiller artistique du Houston Grand Opera Jonathan Friend, le directeur de casting de la Scala Paolo Gavazzeni, le président émérite de Warner Classics & Erato Alain Lanceron, ainsi que l’administratrice artistique du Royal Opera House de Londres Melanie Allmendinger. Et pour présider ce jury ? L’élégantissime Olivier Ojzerowicz-Medinger, maître et seigneur des lieux.

Car si l’événement est sponsorisé — en particulier par Hyundai, par le Centre culturel coréen, par le département de Loir-et-Cher, etc. —, l’initiative part bel et bien d’une rencontre essentielle : celle de deux châtelains nantis et mélomanes, et d’une diva internationale à la carrière aussi longue qu’éblouissante. Il y a une dizaine d’années, Olivier O. Medinger et Geoffroy Medinger, plus encore esthètes que chefs d’entreprise, font l’acquisition de l’extraordinaire joyau architectural qui jouxte le village de Salbris, sis dans le Loir-et-Cher, au sud de la Sologne : La Ferté-Imbault.

Pour la petite — voire la grande — histoire, ledit château est bâti en lieu et place d’une ancienne forteresse érigée par Humbold, seigneur de Vierzon, à son retour de croisade, et dont les fondations remontent à l’an mille. Le château-fort évanoui aura l’heur de recevoir la visite de Jeanne d’Arc. Pendant la guerre de Cent Ans, l’édifice est détruit par les troupes du Prince Noir. Les alliances Brabant, Harcourt, Montmorency — on résume ! — mettent l’auguste demeure, en 1424, entre les mains de Robert II d’Estampes, seigneur de Valençay. Reconstruit à la Renaissance, puis en partie ravagé par un incendie pendant les guerres de Religion, La Ferté-Imbault est restauré et agrandi par le maréchal d’Estampes durant le premier quart du XVIIe siècle. C’est à ce grand officier de la couronne — et marquis de Salbris — qu’on doit l’addition de deux ailes, mais surtout de ces deux immenses communs longilignes, drapés de briques rouges et généreusement coiffés d’ardoises : construits vers 1620 pour accueillir la compagnie des Gendarmes du duc d’Orléans, dont l’homme de guerre était lieutenant, ils flanquent l’avant-cour du château dans une heureuse symétrie qui embellit fastueusement la perspective. Celui de gauche, à présent baptisé « galerie aux miroirs », est justement aménagé en salle de concerts, siège de la compétition. L’intérieur est éclairé d’opulents lustres de Bohême, le plateau décoré de toiles peintes pastichant le goût du Grand Siècle, et l’espace meublé, avec un goût très sûr, de sièges contemporains « classiques » où prend place l’assistance.

Autant dire que l’actuelle aventure plonge ses racines dans un passé haut en couleur. Ultime marquise de La Ferté-Imbault et fille de l’illustre Madame Geoffrin — dont le salon parisien était couru, comme on le sait, par l’Europe entière —, Marie-Thérèse d’Estampes, veuve de bonne heure, cède le domaine en 1748 à sa belle-sœur Sophie (1729-1763). Celui-ci transite ensuite dans sa descendance jusqu’à la Révolution, qui voit la chute de la maison d’Estampes. Après quoi se succèdent les propriétaires : Belmont, Choiseul-Gouffier, la veuve de ce dernier, Marie-Louise de Poix, puis l’Anglais protestant William Lee et les siens, une famille étrangère si peu prisée des locaux qu’en 1830, menacée d’être lynchée par des paysans armés de fourches, elle prend la fuite… Le domaine sera divisé entre héritiers de souche britannique, avant d’être racheté par le comte Fresson après la chute du Second Empire, puis revendu à plusieurs reprises à de grands bourgeois roturiers. Siège de la Kommandantur sous l’Occupation, La Ferté-Imbault bénéficie d’estimables restaurations dans les années 1960, mais surtout de celles pratiquées par l’architecte Alain Jouan, qui le rachète en 1997 alors qu’il tombait en ruine. Vingt ans plus tard, l’homme de l’art revend au couple Medinger ce chef-d’œuvre d’architecture inscrit aux Monuments historiques. Les deux passionnés s’emploient, depuis lors, à parfaire son éclat, et la musique participe pleinement à l’entreprise.

Ambiance caniculaire

Ceinturé de larges douves baignées par la Sauldre, La Ferté-Imbault sait recevoir son monde et rayonne, même sous le soleil de plomb de cette semaine inaugurant juillet dans une ambiance caniculaire. Le public a bien tombé la veste, mais s’est mis tout de même sur son trente-et-un pour honorer ses hôtes : l’accorte et brillante soprano colorature sud-coréenne, ses impétrants et les quatre jeunes pianistes (Rodolphe Lospied, Joasquin Otal, Andrey Vinichenko et Adrienne Dubois) qui se succèdent au clavier pour les accompagner. Des tentes-pagodes et autres chapiteaux de toile élégamment ouvragés sont disposés au pied du château illuminé, permettant de deviser pendant les entractes, dans la nuit tropicale tard tombée, assis sur de confortables sofas devant des rafraîchissements.

Le programme vespéral est serré : les deux premiers jours sont consacrés aux auditions des 24 candidats retenus (sur près de 600 candidatures à travers le monde, issues de 16 nationalités différentes — dont une du Cameroun et une autre du Zimbabwe, deux pays… sans opéra !). Lundi, mardi et mercredi, les trois premiers soirs donc, place aux récitals des candidats. Chacun choisit librement ses airs dans un répertoire éclectique qui va du baroque au post-romantisme, en passant par l’époque classique. Le jeudi se tient la « petite finale » des candidats retenus par le jury (plus deux autres « sauvés » in extremis, l’un par le président du jury, l’autre par Sumi Jo, sans compter l’heureux élu du public) : soit 11 finalistes (au lieu des juit initialement prévus) pour participer, le vendredi, à la « grande finale »… qui s’achève par l’annonce des lauréats et la remise des prix. En clôture, le samedi, une soirée de gala haut de gamme est organisée en présence des lauréats, avec la participation exceptionnelle de Sumi Jo !

Ainsi donc, la sélection 2026 aura réservé quelques jolis rebondissements. La veille de la « grande finale », le public avait porté ses suffrages sur la soprano ukrainienne Evelina Liubonko, 29 ans, l’assurant ainsi de disputer la finale. Puis, Olivier Medinger, en tant que président du jury, accorde une seconde chance au baryton américain Trevor Haumschilt-Rocha, 27 ans, jusque-là écarté au cours de la « petite finale » où il chantait pourtant fort bien un air de Die tote Stadt, l’opéra du génial Korngold ! Belle intuition (partagée par votre serviteur, s’il ose se le permettre) : de fait, Trevor, contre toute attente, terminera avec un Premier prix en poche. C’est qu’il aura chanté, cette fois, « Son io, mio Carlo » du Don Carlo de Verdi, avec une force de conviction remarquable.

Trevor Haumschilt-Rocha et Evelina Liubonko

Là-dessus, Sumi Jo, à son tour, « repêche » la soprano chinoise Sun Fei — la rescapée sera gratifiée du Prix spécial décerné sous les auspices du Hyundai Motor Group —, quoique votre serviteur ne lui ait pas trouvé tant de ressources que cela, sans vouloir l’offenser. Mais si la soprano roumaine de 32 ans Paula Iancic méritait quant à elle son Troisième prix — grâce à une interprétation cristalline et fortement projetée d’un air tiré de Rusalka, le chef-d’œuvre de Dvořák —, la palme du Deuxième prix aura été ravie à bon escient par la captivante et caressante voix de basse du Coréen Seungho Yoo, 26 ans. Ce dernier a fait preuve d’une présence, d’une onctuosité et d’une délicatesse sans pareilles dans Don Carlos (version en langue française de l’opéra de Verdi), où le célèbre « Elle ne m’aime pas… elle ne m’a jamais aimé » fut admirablement exécuté. Son phrasé et son articulation impeccables s’alliaient, malgré la gracile juvénilité du chanteur, à une présence scénique propre à donner le frisson. Tout autant que le viril Trevor, il aurait eu la voix de Causeur pour un Premier Prix ex aequo…

Reste que c’est à travers ce genre de compétition que l’on mesure l’immensité du travail et la confiance en soi requises pour accéder, ne serait-ce qu’au rang âprement disputé de chanteur lyrique professionnel. Révélatrice des talents de demain, la manifestation, au-delà du cadre exceptionnel qui magnifie leur expression, est aussi le moyen d’offrir à tous les candidats une visibilité, voire un marchepied pour des récitals ou des tournées à l’étranger. Le Sumi Jo International Singing Competition n’a d’égal dans le monde que l’Operalia – The World Opera Competition (doté de 35 000 $), ainsi que le BBC Cardiff Singer of the World ou le Concours Reine Elisabeth en Belgique, qui sont pourtant moitié moins dotés.

En soutien à ces courageux artistes issus des cinq continents, si exigeants envers eux-mêmes, nous voilà allègrement en piste, déjà, pour affronter la troisième édition. Rendez-vous est pris en juillet 2028.




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