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L’Ordre moral est de retour

Les fameuses orgies de "la Factory", dans le XVe à Paris, interdites par le Conseil d’État: contraires à la dignité humaine, comme le lancer de nains!


L’Ordre moral est de retour
Le propriétaire du local doit le fermer dès ce vendredi 17 juillet. DR.

Erotomane distingué et impénitent, notre chroniqueur s’offusque de l’interdiction préfectorale d’organiser des gang-bangs. Les femmes réduites à l’état de viande et les hommes à celui de piston articulé, cela ne lui semble pas contraire à la dignité de la personne humaine. Nous ne mangeons pas de ce pain de fesses-là chez Causeur! Un peu de décence, queue diable!


Valentin Simonnet, avocat au barreau de Paris, a résumé l’affaire et je ne reprendrai pas son argumentation rigoureuse, ni celle de la Patronne, comme on dit chez Causeur, qui avait écrit sur le sujet l’année dernière. Les soirées « gang bang » organisées par la Factory dans un immeuble discret du XVe arrondissement ont été interdites par le Préfet de police qui y voyait un trouble potentiel à l’ordre public et, explique Le Parisien, une « atteinte à la dignité humaine ». Décision suspendue par le tribunal administratif — la loi, encore heureux, n’interdit pas les plaisirs privés —, suspension annulée par le Conseil d’Etat il y a deux jours. Vous retournerez au Cap d’Agde comme l’année dernière pour vous y goûter les délices de la triple pénétration — grains de sable compris. Ou ailleurs, on a répertorié pour vous le top 10 des plus belles plages libertines de France[1].

DR.

Voilà qui ne fera pas plaisir à Adeline Lafouine, star du free porn qui vantait dès l’ouverture[2] la liberté de la Factory, et les sensations délicates obtenues en se livrant pile et face à des messieurs organisés à la queue leu leu puis en bouquet d’artifice — autrement dit en bukkake géant.

Tout cela était organisé sagement, sans bruit, en toute hygiène, par des individus volontaires désireux de vivre des expériences rêvées mais peu accessibles chez soi : allez donc recruter une dizaine de copains pour assouvir les fantasmes de madame ! L’anonymat, il n’y a que ça de vrai.

Quelle mouche cantharide, porteuse d’excitations périphériques, a donc piqué le préfet de police ?

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Peu après la défaite de 1870, Mac Mahon organisa un gouvernement d’ordre moral où dominaient les monarchistes. Il s’agissait d’extirper les influences mauvaises héritées des Lumières et de la Révolution. La construction du Sacré-Cœur, censé expier les crimes de la Commune de Paris, remonte à cette époque.

L’affaire fit long feu : en mai 1874, une coalition de républicains divers chassa le gouvernement d’Albert de Broglie.

La vertu imposée a mauvaise presse, en France. Sous Vichy, pour combattre « l’esprit de jouissance » responsable, paraît-il, de la défaite, le gouvernement tenta d’interdire javas, valses et mazurkas. Danser devint une manifestation de résistance. Et la Libération fut l’occasion d’un déchaînement musical — et l’on sait comment se termine la fièvre du samedi soir. Chassez le libertin, il revient au galop.

Au-delà de l’anecdote, il faut bien constater que nous vivons, avec le wokisme, une période de puritanisme accéléré. Tout ce qui n’est pas conforme aux diktats des nouveaux gauleiters de gauche est désormais susceptible d’être interdit. Les photos de sportives et les plans de caméra « sexualisants » seront filtrés (mais pas celles des sportifs : concluez-en ce que vous voulez), la drague est mal vue, les relations entre les sexes doivent faire l’objet de contrats préalables, depuis le premier baiser jusqu’à l’ultime étreinte. Imaginez le questionnaire que vous devez désormais faire remplir par votre éventuelle partenaire : fellation Oui / Non, Sodomie Oui / Non, fessée Oui / Non — et j’en reste aux préliminaires, ce qui se passe dans le feu de l’action défiant par définition toute tentative préalable d’énumération.

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Tout cela va dans le sens de ce que je décris depuis longtemps : nous vivons dans des temps orwelliens où « la liberté, c’est l’esclavage » (dans 1984, les activités sexuelles sont étroitement contrôlées par le gouvernement de Big Brother). Et c’est la gauche, qui proclamait en 68 « il est interdit d’interdire », qui est à la manœuvre dans cette tentative d’éradication de la liberté — et je n’en connais pas de plus essentielle que la liberté de baiser comme on veut, tant qu’on est consentant. Le wokisme prétend désormais intervenir dans vos ébats : l’Arabie Saoudite a ses brigades de la vertu, nous aurons bientôt, si nous élisons ces petits Savonaroles, les milices du vice. Alors, passez l’été à vivre tous vos désirs, et continuez cet automne : on ne sait jamais ce que vous réserve l’année électorale qui vient. Les coups perdus ne se rattrapent guère, les coups perdus ne se rattrapent plus.


[1] https://www.senkys.com/fr/magazine/top-plages-libertines-france

[2] https://videos.adelinelafouine.com/video/gangbang-a-la-factory-506 (attention : contenu porno pour public averti)



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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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