Le pompier volontaire Yann Siméoni avait un peu plus de 16 ans lorsqu’il a trouvé la mort, samedi dernier, au cours de sa première intervention sur un incendie. Au-delà des circonstances professionnelles du drame qui a également coûté la vie à un autre pompier, une question s’est vite imposée dans le débat : le jeune lycéen était-il trop jeune pour s’exposer aux risques inhérents à ce genre d’activité ?

Quoique les autorités compétentes aient déclaré que toutes les règles avaient été respectées, notamment sur l’âge minimal des pompiers volontaires, la question continue à planer. On peut se demander pourquoi une telle question a été posée. Après tout, un garçon de 16 ans est presque adulte, il peut conduire une voiture accompagné d’un adulte et peut même se passer de ce genre d’assistance pour rouler en mobylette. En fait, l’interrogation sur l’âge du pompier volontaire traduit une vision trop protectrice de l’adolescence et de la jeunesse. Or, en les surprotégeant et en retardant leur entrée dans la vie adulte, rendons-nous service à nos jeunes ?

Depuis longtemps, plusieurs institutions comme les mouvements de jeunesse, le sport en équipe et le service militaire ne jouent plus qu’un rôle marginal dans l’apprentissage du travail en équipe et la transmission de valeurs telles que la responsabilité et le respect de l’intérêt général. Mais le phénomène le plus inquiétant est probablement l’exclusion des adolescents du marché du travail. Traumatisés que nous sommes par les images dickensiennes et hugoliennes des Oliver Twist et Gavroche, l’association des mots « travail » et « adolescents » fait immédiatement penser aux mines de charbons du XIXe siècle ou aux ateliers asiatiques du début du XXIe siècle. Or, la famille et l’école ne peuvent pas tout apprendre aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail avec la certitude que l’entreprise est la continuité du lycée.

En France, pays pourtant laïc, le travail est envisagé d’un point de vue biblique : ce serait le châtiment collectif infligé après le péché originel et la Chute du jardin d’Eden. Ainsi, les adultes essaient de retarder autant que faire se peut l’accès de leurs enfants au monde cruel où l’on gagne son pain à la sueur de son front. La notion d’« homo faber », d’une humanité dont l’expression ultime est le travail c’est à dire l’humanisation de la nature par sa transformation, n’est pas très répandue dans l’hexagone, peut-être à cause de ses origines idéologiques.
Quoiqu’il en soit, l’école d’aujourd’hui apprend essentiellement à passer des concours – ce qui est, certes, une compétence importante- mais n’offre pas les outils pour apprivoiser le travail en équipe, s’insérer dans une hiérarchie et prendre des responsabilités impliquant d’autres que soi. Les « stages en entreprise » imposés aux élèves de troisième ne sont qu’un cache-misère dont la seule fonction est de donner bonne conscience à l’éducation nationale.

De son côté, la famille surprotectrice préfère accorder de l’argent de poche à sa progéniture plutôt que de lui donner l’occasion d’en gagner par elle-même. Il est vrai que nombre de familles vivent dans une économie domestique où le travail est déconnecté du foyer. C’est uniquement chez les artisans, les agriculteurs et certains commerçants qu’enfants et adolescents peuvent participer à l’effort collectif de production.

Cette situation est dommageable pour la société et l’économie française car la richesse se crée collectivement. Malheureusement, le système français forme de bons musiciens sans leur apprendre à jouer en orchestre comme si seules comptaient les compétences individuelles.

Il devient donc urgent de reconnaître l’importance du travail dans la vie des adolescents. Non seulement pour qu’ils gagnent de l’argent– objectif louable en soit – mais surtout pour qu’ils apprennent cette multitude de petites choses a priori banales et évidentes qui permettent de transformer des individus en une équipe qui joue ensemble et gagne.

*Photo : L’Imagigraphe (en travaux).

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