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Dimanche, vous pourrez voter sans présenter votre «passe» sanitaire

Merci qui? Merci, Macron!

Dimanche, vous pourrez voter sans présenter votre «passe» sanitaire
Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, le 8 mars 2022 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

À quelques jours du premier tour, la macronie redécouvre que les Français sont des citoyens responsables…


Depuis quelques jours, des visages démasqués se voilent de nouveau, les cas positifs se multiplient et les épidémiologistes reprennent du service sur les plateaux télé. Ces derniers espèrent ainsi retrouver des places occupées ces dernières semaines par d’éminents stratèges géopolitiques en mal de notoriété, depuis que Vladimir le Terrible a décidé d’envahir l’Ukraine et de bouleverser l’ordre mondial.

Plus les jours passent, et plus l’impression désagréable de déjà-vu accable quiconque aspire à retrouver le monde d’avant.

Un changement de ton opportuniste ?

Étant donné la remontée épidémique et l’intensité de la circulation virale, on croisera immanquablement des citoyens covidés qui s’ignorent car asymptomatiques dimanche prochain dans les bureaux de vote, ou des citoyens symptomatiques qui n’ont pas fait de test par crainte de mettre un coup d’arrêt à leur vie sociale.

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Face à cette énième vague, le gouvernement tranquillise la population. « Il n’y a pas de danger à aller voter » a proclamé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à la sortie du Conseil des ministres mercredi dernier, avant de préciser que les personnes contaminées pourront aller voter. Le ton n’a pas changé, il est toujours aussi sinistrement ferme. Le visage du porte-parole non plus, ses traits sont toujours aussi tristement fermés. En revanche, le discours, lui, n’est plus le même.

Exit le catastrophisme pratiqué à excès pendant des mois et à contre-courant avec l’instauration d’un passe vaccinal au moment même où l’épidémie était en net recul et où les autres pays européens levaient les restrictions. À l’approche de l’échéance électorale, masques, télétravail imposé, passe vaccinal et tous ces gestes barrières ont sauté comme par miracle. Début avril, le nombre de cas s’élève pourtant à plus de 132 000 par jour. C’est autant que fin novembre 2021, quand l’épidémie reprenait du poil de la bête, et quand la liberté d’aller et venir et l’accès à certains lieux étaient alors conditionnés au passe sanitaire !

À quelques jours de la date fatidique du premier tour, l’heure n’est donc plus à casser la chaine des contaminations. Le gouvernement la laisse filer. La guerre armée, la seule guerre authentique, a rendu inaudible la guerre sanitaire… Quant aux courbes de contamination, elles ont été détrônées par celles de nos éminents sondeurs. Ce sont les intentions de vote qu’il s’agit à présent de tester. À chaque jour, son sondage ! On sonde le cœur du citoyen, et moins ses sinus.

Responsabilité individuelle

Aucun test ni passe ne sera donc exigé à l’entrée des bureaux de vote, contrairement aux restos où il a longtemps fallu montrer ses données de santé pour pouvoir boire un canon. Le port du masque reste recommandé, mais ne sera pas obligatoire. Le gouvernement, qui ne jurait que par la solidarité collective, en appelle désormais à la « responsabilité individuelle ». Ce renversement de paradigme est saisissant. Sans vraiment le dire, notre gouvernement concède que, finalement, voter vaut bien un petit risque. Mais cette conception de la liberté, perçue comme inhérente à un risque de vivre et de mourir, n’aurait-elle pas dû être appliquée dès que l’on a compris que le bouclier sanitaire était une véritable passoire à Covid ?

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Si le pouvoir en place s’est cru un temps autorisé à voir dans la vaccination une condition sine qua non du statut de citoyen, il ne saurait tout de même être propriétaire de notre vote sans verser définitivement dans la « dictature » : « Voter est un droit constitutionnel » et « rien ne saurait interdire à une personne d’aller voter » a insisté mercredi Gabriel Attal, qui, il y a deux mois à peine, justifiait avec une condescendance toute naturelle l’insulte du président aux non-vaccinés. Leur emmerdement a trouvé sa limite dans le bulletin de vote, finalement. Longtemps stigmatisés, les non-vaccinés ne sont plus ces parias infréquentables !

La rhétorique de la peur, ce sera désormais pour Le Pen ou Zemmour!

À quelques jours du premier tour d’une élection où le président brigue un second mandat, les Français sont donc soudainement redevenus des citoyens autonomes et responsables, capables d’exercer leur bon sens, d’évaluer le risque et d’adapter leur comportement en conséquence. Et pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, la rhétorique de la peur, la culpabilisation et l’infantilisation n’ont pas été utilisées par l’exécutif. Espérons que cette confiance ressuscitée ne cache pas en réalité une forte inquiétude devant l’abstention qui pourrait venir affaiblir la légitimité de l’éventuelle réélection d’Emmanuel Macron.

C’est que, comme le lion dans la célèbre fable de la Fontaine qui a besoin des dents du rat pour se libérer des filets, Emmanuel Macron a besoin des électeurs pour se faire réélire. Mais, à force d’avoir bafoué leurs libertés, méprisé leurs mœurs et parfois insulté leurs choix, sa victoire qu’on dit assurée sera peut-être une victoire à la Pyrrhus…

Quant à ceux qui ont un temps été traités de citoyens de seconde zone, ils ont sans doute déjà prévu d’utiliser leur droit de vote pour renvoyer à l’envoyeur le fameux mot de Cambronne.


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