Ralph Lauren, fils d’immigrés juifs, a su incarner le rêve américain à la perfection. Susan Lacy lui consacre un film documentaire diffusé par OCS ces jours-ci.


Quand je serai grand, un jour peut-être, je voudrais être Ralph Lauren, posséder un ranch dans le Colorado de 400 hectares et une collection d’automobiles anciennes, des Jaguar XKSS et des Mercedes papillon. Et aussi une penderie remplie de blousons en cuir vieilli, de bottes cow-boys patinées jusqu’à l’éraflure, de costumes déstructurés à la manière de Gatsby le magnifique et puis de longs manteaux croisés en cachemire, ah et puis aussi, des chemises en jean délavées par le temps et des ceinturons comme en portaient les pionniers de l’Ouest avec de grosses boucles en métal. Ralph Lauren a créé le paradis des garçons depuis sa modeste chambre du Bronx. Comment un vendeur de cravates sans aucun diplôme de stylisme est devenu un empereur de la mode en cinquante ans? Son nom résonne partout. On s’habille Ralph, on dort Ralph, on se meuble Ralph, on achète même des actions Ralph, aucun objet ne lui est étranger et ne résiste à sa patte. Comment ce fils d’immigrés juifs a-t-il pu incarner à ce point le rêve américain dans toutes ses contradictions et pressentir les envies profondes de tout un peuple?

Chic et décontracté à la fois

C’est ce que raconte le documentaire événement Very Ralph de Susan Lacy qui a déjà signé les portraits de Jane Fonda et de Steven Spielberg. Ce film de 1 h 43 mn, disponible à la demande sur OCS et en diffusion sur OCS City courant décembre, se regarde comme une épopée forcément héroïque. On y entend les témoignages entre autres, d’Anna Wintour, Jessica Chastain, Naomie, Karl, Hillary Clinton ou Woody Allen. Que serait New-York sans les vestes en tweed et les velours côtelés, une cité factice, une ville d’opérette. Car Ralph Lauren n’a pas seulement inventé sa propre vie, il a diffusé un art de vivre typiquement américain reconnaissable et hautement désirable, de Wall Street à Bamako, du ghetto aux aristos, des lowriders aux happy few. Quelque chose d’indélébile qui se fige dans la mémoire, une élégance décontractée, sans le côté guindé de la vieille Amérique puritaine, de confortable et pourtant donnant une allure folle. Un vestiaire que l’on souhaite s’approprier sans que l’on sache vraiment pourquoi. Son génie réside justement dans l’harmonie et le fantasme. Il suffit de voir ses boutiques-palais qui suscitent une frénésie acheteuse. Tout est à vendre, du polo aux serviettes de table ! « Il avait un look bien à lui » résume un autre gamin de son quartier, un certain Calvin Klein. On adhère à son style, on ne l’intellectualise pas. Hier encore, je cherchais un teddy, cette veste caractéristique des universités de la côte Est, toutes les marques en fabriquent bien évidemment. Et cependant, seule celle imaginée par Ralph Lauren ressemble à l’authentique, son charme tient à quelques détails essentiels: l’ourlet côtelé, les manches en cuir, le col baseball plié ou le choix des couleurs.

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Ralph Lauren a construit un mythe qui sonne juste même s’il est trop beau pour être vrai. Tant mieux, il n’y a rien de pire que les créateurs qui singent le misérabilisme. La flamboyance est une armure moderne. Alors, sortons couverts ! Et quand Ralph imite les tenues des ouvriers, des militaires ou des cowboys, il les transcende. On pourrait croire qu’une telle réussite commerciale est une affaire de marketing et de gros sous, c’est oublier la vista et la ténacité. Tout jeune, Ralph Lauren a remporté ses premiers succès en proposant des cravates 10 cm plus larges que la concurrence et, par cet accessoire « anodin », il a réinterprété tous les classiques de l’habillement.

Cary Grant, Fred Astaire ou Steve McQueen en modèles

Ralph n’a jamais planifié son destin, il a cru simplement en son œil. Assez paradoxalement, il y a peu de trucage dans ce personnage connu planétairement, à la fois entrepreneur et vitrine de son propre label. Il ne s’est pas forcé à dessiner un univers parallèle, il aime sincèrement l’armée, l’imagerie western, les étables, la campagne anglaise, les sahariennes et le Hollywood des années 30. Ses modèles s’appellent Cary Grant, Fred Astaire ou Steve McQueen. Ses campagnes de publicités magnifiées par Bruce Weber ont fait sa gloire. Grâce à lui, le rêve américain a pu perdurer. Il s’est imposé comme le meilleur mannequin de sa génération, quitte à embaucher son épouse Ricky et toute sa famille sur la photo de presse.

Chez Ralph, la beauté n’est pas un crime, les femmes y sont naturelles, elles ne se maquillent pas et elles portent les cheveux détachés, une façon sauvage, sans apprêt, ni laques agressives, qui fascine. Celui qui a coutume de dire : « Je déteste la mode » ou parler de « l’anti-mode » à propos de son entreprise demeure l’un des derniers hommes de goût dans un monde si laid. Son amie Audrey Hepburn a déclaré que sa marque lui inspirait « les matins brumeux ». Quel plus beau compliment…

Very Ralph, documentaire de Susan Lacy – Disponible à la demande sur OCS.

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