Docteur en droit, Thierry Baudet vient d’être élu au parlement hollandais. En 2015, il a publié en France Indispensables frontières, Pourquoi le supranationalisme et le multiculturalisme détruisent la démocratie, un essai préfacé par Pascal Bruckner. Crédit photo : Marco Bakker.

Propos recueillis par Gil Mihaely.

Causeur. Aux élections législatives du 16 mars, votre parti politique, le FVD (Forum pour la Démocratie), favorable à la sortie de l’euro et de l’Union européenne, a fait élire pour la première fois deux députés dont vous-même. Cependant, les médias étrangers se sont focalisés sur le score de Geert Wilders, moins élevé que prévu, puis le bras de fer avec la Turquie. Quelle est votre analyse des résultats de ce scrutin ?

Thierry Baudet. Le peuple hollandais veut de nouveaux visages, une nouvelle énergie, et je ne suis pas le seul exemple : le leader trentenaire des Verts a fait progresser son parti dans les urnes. Les citoyens hollandais ont également exprimé un large rejet de l’immigration. C’était l’un des sujets majeurs de cette campagne. Si bien que les forces politiques qui, d’une manière ou d’une autre, remettent en cause la politique migratoire des Pays-Bas totalisent 81 sièges sur les 150 du parlement, soit une majorité. Pour respecter la volonté du peuple, le gouvernement devrait donc renouveler la vie politique et stopper l’immigration.

Les Néerlandais rejettent-ils les vagues d’immigration plus ancienne ou la dernière génération de migrants ?

On ne peut pas séparer les deux ! Si les gens sont de plus en plus critiques vis-à-vis de l’immigration c’est parce qu’ils constatent que ceux que nous avons accueillis il y a quelques décennies ne s’intègrent pas à notre société. Le problème des flux plus récents – notamment de demandeurs d’asile irakiens, afghans, égyptiens, marocains, libyens, syriens – s’ajoute donc à un problème plus ancien en l’aggravant.

À quand remonte cette prise de conscience ?

Curieusement, les premiers à s’opposer à l’immigration, au début des années 1980, ont été les socialistes (SP), l’aile gauche de la gauche (ndlr : l’équivalent du parti communiste en France). Ses membres y percevaient une menace pour la classe ouvrière alors que l’économie affrontait crises pétrolières et déclin industriel. Ils ont cependant très vite été traités de racistes, au point qu’au cours des années 1990 toute critique de l’immigration est devenue impossible à gauche. Puis Pim Fortuyn – également issu de la gauche ! – s’est emparé du sujet, de même que le libéral Frits Bolkestein. Après l’assassinat de Fortuyn en mai 2002, Geert Wilders, ancienne plume de Bolkestein, a récupéré cette thématique.

Concrètement, avez-vous des chiffres ?

45 000 demandes d’asile ont reçu une réponse favorable en 2015 et 15 000 en 2016, mais nous ne savons pas combien de personnes déboutées sont restées sur le territoire. Nous ne connaissons pas non plus le nombre d’entrées dans le cadre du regroupement familial, ni les chiffres de l’immigration clandestine, principalement somalienne, afghane et pakistanaise.

Du reste, l’une de nos revendications est qu’une loi oblige le gouvernement à publier un rapport trimestriel sur l’immigration avec des chiffres, des statistiques ethniques, des données sur la criminalité, etc. Seule une information de qualité sur l’immigration permettra un débat apaisé autour des faits, évitant le sentiment angoissant qu’on nous cache tout !

L’immigration n’est pas toujours un problème. Malgré le passé colonial des Pays-Bas, l’immigration indonésienne ne pose pas de difficulté majeure…

L’origine des immigrés compte en effet beaucoup. Nous avons un problème de djihad et d’intégration d’une partie de la communauté musulmane qui ne se réduit pas à la dimension économique. Comment s’assurer que les nouveaux arrivants ne sont pas en lien avec[access capability= »lire_inedits »] des réseaux djihadistes ? Qu’ils ne contribuent pas à radicaliser la communauté marocaine plutôt que d’entrer de plain-pied dans la communauté nationale ?

On peut éventuellement stopper les flux de l’immigration, mais que faire des citoyens hollandais qui ne s’intègrent pas ?

Nous envisageons de proposer une loi interdisant la double nationalité aux enfants des immigrés naturalisés. S’ils ne renoncent pas à leur nationalité d’origine, ils ne pourront pas garder leur nationalité hollandaise.

Mais la loi marocaine rend impossible l’abandon de sa nationalité d’origine…

Le Maroc n’a qu’à réformer sa loi. Ce n’est pas à nous de le faire. Nous voudrions également déchoir de la nationalité néerlandaise les binationaux condamnés pour des crimes graves. Et nous aimerions renforcer un dispositif qui a fait ses preuves, qui permet à des binationaux renonçant à leur nationalité néerlandaise pour rejoindre leur pays d’origine de toucher de l’

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Avril 2017 - #45

Article extrait du Magazine Causeur

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