Thierry Schaffauser (à droite). DR.

Daoud Boughezala. Vous vous présentez comme suppléant Europe-Ecologie Les Verts (EELV) à la députation dans la XVIIe circonscription de Paris. Depuis quelques heures, une affiche vous présentant travesti en compagnie d’un bouledogue fait grand bruit sur Internet mais votre colistière Douchka Markovic l’a récusée. Est-ce un faux ?

Thierry Schaffauser[1. Militant EELV et travailleur du sexe, Thierry Schaffauser est un militant pro-prostitution au sein du Strass.]. Non, je la revendique. La photo a été prise par Xavier Cantat, le père des enfants de Cécile Duflot, avec ma titulaire Douchka Markovic vendredi dernier. Elle était accessible sur le site d’EELV ici donc validée par EELV à l’échelle nationale. Je l’ai donc utilisée sur ma page Facebook et Twitter. Entre-temps, Douchka m’informe hier qu’elle a reçu de nombreuses pressions de personnes dont je ne connais pas l’identité lui expliquant que nous devons refaire l’affiche. Je suis actuellement à Amsterdam pour travailler car nous avons moins de clients en France.

Je réponds à ma colistière que je ne suis pas d’accord avec les arguments avancés selon lesquels une élection n’est pas le moment de faire de la pédagogie sur les questions de genre et que par ailleurs, n’étant pas à Paris, je ne peux pas refaire une photo tout de suite. Depuis, la photo a été retirée du site EELV et Douchka a fait savoir qu’elle s’opposait à ce que je sois son suppléant. Or, la Commission permanente électorale réunie hier soir aurait validé ma suppléance, donc je ne sais pas du tout ce qu’il en est. J’espère encore les convaincre d’utiliser l’affiche pour la campagne.

« Défense des animaux, autodétermination de genre, droits des minorités » est votre credo. En quoi la liberté de se prostituer est-elle un combat écologiste ?

Je ne parle pas de « liberté de se prostituer » mais plutôt d’amélioration de nos conditions de travail dans un contexte décriminalisé et d’autodétermination. L’écologie politique est un ensemble idéologique qui regroupe de nombreuses luttes qui s’articulent entre elles. Les droits des minorités et le féminisme en sont une composante essentielle. Être écologiste c’est a priori tenter de trouver des solutions humaines respectueuses des individus aux problèmes sociaux et sociétaux plutôt que des solutions policières, carcérales et paternalistes. Mon combat pour les droits des travailleurSEs du sexe m’apparaît donc comme parfaitement logique d’un point de vue écologiste.

Quelles sont vos références idéologiques ? Situez-vous votre lutte dans la continuité du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire et des Gazolines ? 

J’ai en effet beaucoup de respect et d’admiration pour les luttes des années 1970, pas seulement homosexuelles et féministes, et je m’inspire de toutes les luttes des minorités en général, (minorités au sens deleuzien, et pas seulement numériques) car les positions en marges permettent souvent un prisme d’observation plus pertinent, en particulier lorsqu’on souhaite combattre les rapports de domination, qui à mon sens, sont une des causes centrales du fonctionnement productiviste et capitaliste de notre société moderne. Sans système patriarcal reposant sur l’extorsion du travail dit de reproduction sociale des femmes, il aurait été impossible de développer une économie capitaliste reposant sur le travail dit productif des hommes.

Questionner les rapports de genre, notamment dans les systèmes économiques, me parait donc une évidence lorsqu’on touche par exemple aux causes des catastrophes environnementales liées au productivisme, et à l’accumulation des richesses. Les gazolines utilisaient comme moi le travestissement comme arme politique. Je trouve dommage qu’avec le mariage pour tous la communauté « LGBT » ait rétréci son agenda politique. Les possibilités d’expression de genre me semblent moins fortes qu’il y a quelques années et je pense que cette homonormalisation est liée à des choix politique axés uniquement sur l’égalité des droits.

Sans adopter votre phraséologie,Causeur avait lancé la pétition des 343 salauds il y a quelques années pour protester contre la pénalisation de la prostitution. Bien mal nous en avait pris : certaines féministes, notamment à gauche, contestent qu’on puisse faire de son corps une marchandise, fût-ce de son plein gré. Ont-elles entièrement tort? 

La prostitution est un travail, pas comme un autre, mais un travail digne et noble qu’il faut respecter. Tout travail est aliénant donc je suis d’accord pour ne pas parler de liberté dans le travail. Sauf que la gauche est toujours imprégnée de principes religieux issus de la mythologie chrétienne, notamment le concept de Paul de Tarse concernant l’indisponibilité de son corps. Cela a été gauchisé en « marchandisation du corps » depuis environ quinze ans, alors que les premiers marxistes parlaient d’exploitation du travail et n’étaient pas sur le corps.

Je ne considère pas mon corps comme une marchandise et je ne vois pas pourquoi il y aurait d’un côté des vrais travailleurs qui vendent leur force de travail et de l’autre des putes qui ne seraient qu’un lumpenprolétariat ne sachant pas prendre des décisions pour vivre ou survivre. C’est selon moi du mépris de classe et du sexisme. La gauche n’a pas de problème pour taper sur les musulmans lorsqu’il s’agit de défendre la laïcité mais subventionne en millions d’euros des associations catholiques pour organiser la réinsertion des putes en France, donc je trouve ça très hypocrite de leur part. Si nous ne payons pas des cotisations sociales et impôts nous sommes condamnéEs pour travail dissimulé donc c’est bien un travail quand ça arrange l’Etat.

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