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Top Gun Maverick: testostérone un jour, testostérone toujours

Tom Cruise de retour dans la suite de Top Gun, en salles maintenant

Top Gun Maverick: testostérone un jour, testostérone toujours
Tom Cruise dans "Top Gun : Maverick" de Joseph Kosinski (2022) © Paramount Pictures

Après avoir affronté le wokisme gluant de « Jurassic World », notre chroniqueur, pour se désintoxiquer, est allé voir « Top Gun Maverick », le re-boot, comme on dit en français, du film de Tony Scott de 1986. Il en est sorti conquis et requinqué. Le mâle blanc tient sa vengeance. Et c’est bon !


Quentin Tarentino, dans « Sleep with me » (1994), prétend que le « Top Gun » originel est un film crypto-gay. On pouvait s’y tromper, en effet, et l’amitié virile entre Tom Cruise et Val Kilmer ne manquait pas d’ambiguïté. Mais pour ce qui est de ce « Maverick » qui est en train de casser la baraque et les records, aucun doute n’est permis : c’est un film ouvertement œdipien. On baigne dans le conflit entre un fils (Miles Teller dans le rôle de Bradley « Rooster » Bradshaw) et son père par délégation, Tom « Maverick » Cruise. Et au lieu de s’entre-égorger comme Arthur et Mordred dans la fable, ils se sauvent mutuellement la vie.

Quant à Val Kilmer, il revient bien — grâce à un subterfuge technique qui lui rend partiellement sa voix, le vrai Kilmer est aujourd’hui aphone —, mais pour mourir vite. Vieillir, constate le héros, c’est perdre ceux qu’on aime.

Ou les retrouver. Maverick, réaffecté à la base d’entraînement où il a fait ses débuts, retrouve sa vieille passion — Jennifer Connelly, superbe, découverte il y a longtemps dans « Il était une fois l’Amérique » —, affectée d’une fille adolescente et rebelle mais compréhensive. Le quasi-sexagénaire (franchement, il paraît quarante ans tout au plus, le cinéma, la muscu et la chirurgie esthétique, c’est magique) est chargé de former à l’arrache une équipe de pilotes qui seront chargés d’anéantir une future usine d’enrichissement d’uranium située au cœur de l’un de ces rogue states jadis listées par Anthony Lake — manifestement, c’est l’Iran, mais le nom n’est pas prononcé.

Hollywood est de retour

Slate a énuméré tous les points sur lesquels le scénario est invraisemblable, et je vous y renvoie. On s’en fiche, tout tient dans la formule plusieurs fois répétée dans le film, « ne pense pas, agis » — devenue, ici, « ne pense pas, ressens. »

Le film, sorti fin mai aux Etats-Unis, enfonce déjà tous les records, et sauve la vie du cinéma, menacé depuis le confinement par le mauvais goût et Netflix. Pourquoi ?

A lire ensuite, du même auteur: Jurassic « woke » world

C’est la grande revanche de l’adrénaline et de la testostérone — y compris pour le seul personnage féminin, Monica « Phoenix » Barbaro. Conduire des F-18 dans des canyons escarpés à moins de 300 pieds d’altitude, pour détruire une cible grosse comme une pomme, tout en jouant sur tous les registres de l’amitié virile et de la nique aux autorités, voilà qui a de quoi satisfaire le rebelle non-conformiste (c’est à peu près la traduction de « maverick ») qui est en nous. La prise de risque est maximale, les rebondissements incessants, le rythme fou et soutenu, le plaisir non équivoque. À la fin, quand tout semble fichu — le héros a volé un vieux coucou, un F-14 jadis livré au Shah, et qui par miracle vole toujours, et affronte deux SU-57, abat l’un, et au moment où il va inéluctablement être abattu par l’autre…

Ne comptez pas sur moi pour vous révéler que la cavalerie arrive à l’heure.

On sort content

Parce que c’est au fond un western, le seul genre cinématographique qu’Hollywood a inventé et qu’il maîtrise à fond. Et il se trouve que je suis un grand amateur de westerns et de héros kantiens, qui font ce qu’ils ont le sentiment de devoir faire, et peu importent la logique ou les ordres reçus.

Les supérieurs hiérarchiques n’ont guère le beau rôle. Ed Harris campe une vieille ganache qui ne jure que par la guerre automatique (lire sur le sujet le passionnant ouvrage de Grégoire Chamayou, Théorie du drone, La Fabrique, 2012), Jon Hamm n’aime pas Maverick, mais à la fin, les décorations pleuvent sur la poitrine du héros à laquelle s’accroche la fiancée retrouvée — et comme elle tient la buvette de la base, on sent que les tournées générales se succèderont jusqu’au bout de la nuit.

La bande-son est d’une efficacité maximale. Essayez de ne pas swinguer sur Great balls of fire (surtout que c’est d’un bout à l’autre une histoire de grosses coucougnettes) de Jerry Lee Lewis, sur Danger Zone de Kenny Loggins — qui rappelle un peu la bande originale de Rocky — ou sur Bang a gong (quelqu’un se rappelle Marc Bolan, tragiquement disparu en 1977 et leader du groupe anglais T.Rex ?). Ce film swingue d’un bout à l’autre sans avoir l’air de croire que le rap est de la musique.

On sort de là content, débarrassé pendant deux heures des arguties imbéciles des féministes hurlantes, des islamistes qui n’aiment pas la musique ni les Américains, et des écolos qui, prétendent que le kérozène est mauvais pour la planète. Et l’atome entre les mains des ayatollahs, coco ?

Le film est fait pour redonner aux Américains, que leurs aventures en Irak ou en Afghanistan ont échaudés, la fierté d’être yankees. Je ne détesterais pas, si notre cinéma hexagonal était moins constipé par des problèmes de nombril, qu’un metteur en scène français tourne ici un film qui rendrait à nos compatriotes le goût d’être Français. Et pas membre de telle ou telle communautés de connards.

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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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