L’écrivain Tom Wolfe, auteur du célèbre Bûcher des vanités, publié en 1987, est mort aux États-Unis, à l’âge de 88 ans. Le dandy, toujours vêtu de blanc, cravaté, en costume trois pièces, a quitté ce monde, mais pas nos bibliothèques. Ses livres resteront. Il est déjà classique, classieux, un tantinet réac. L’avenir lui appartient. Au moment de l’annonce de sa disparition, étrangement, je découvrais l’essai que je n’avais pas encore lu de l’écrivain né à Richmond, Acid Test, qui dépeint le road-trip de Ken Kessey et de son groupe, les Merry Pranksters.

Le Beatles du « nouveau journalisme »

Nous sommes en 1968. Tom Wolfe décide de bouleverser les règles du journalisme. Il ne suit pas les traces de Truman Capote, dont Wolfe disait qu’il était mythomane, il ne prend pas que la vérité brute pour argent comptant, il se plonge dans le milieu des hippies qui se défoncent au LSD sur des musiques psychédéliques, il se fond dans la masse, il les étudie de l’intérieur. Il décrit les organisations de happenings, les acid tests, rencontre les Beatles et Tim Leary, il y a des confrontations musclées avec le FBI, c’est percutant, déjanté, chaotiquement génial. Et le style emporte le tout, un style sec et au plus près de l’os de cette vérité qui se dérobe. On est dans le « maintenant », dans son moment orgasmique. Wolfe devient la figure emblématique du « Nouveau journalisme ». Il ponctue ses textes comme un danseur de claquettes.

Le boucher des vanités

Son premier roman fut un succès planétaire, Le Bûcher des vanités. Adapté au cinéma par Brian De Palma, avec Tom Hanks dans le rôle principal, le livre décrit un trader de New-York dont les ambitions sont anéanties après qu’il écrase en voiture un homme noir. Cette chronique sociale au vitriol, sous hautes tensions culturelles et raciales, ne rate pas sa cible.

Tom Wolfe, dans son roman, Moi Charlotte Simmons, publié en 2004, souligne, avec cynisme, les dérives du système éducatif américain. L’héroïne, boursière provinciale coincée dans une fac d’élite, se frotte à la jeunesse dorée et découvre les mœurs libertines de ses congénères. Descriptions au scalpel des scènes de sexe, de drogues, le tout saupoudré de propos réprobateurs. Wolfe, qui jusqu’à présent ne jugeait pas, planqué derrière la méthode expérimentale empruntée à Zola, affirme son conservatisme. On le lui dit. Sa frêle silhouette se raidit. Wolfe, de sa voix haut perchée, un point commun avec Capote, se gausse : « Je suis en lutte contre le ’politiquement correct’ ».

Dandy (pas si) cool

Tom Wolfe avait une obsession : traquer la vérité, celle de son temps. Pour ça, il faut éviter de se laisser entraîner par la fiction pure. Le monde est complexe, il est régi par des lois secrètes, voire obscures. L’époque est supersonique. Tout bouge. On est sur des plaques tectoniques. Il convient d’avoir les cinq sens en alerte, d’être méticuleux, précis, tranchant, en un mot chirurgien. C’est pour ça qu’il s’habillait de blanc. Pour dire qu’il était d’abord chirurgien avant d’être romancier new-yorkais bankable buvant de l’eau plate dans un appartement ultra-chic de Manhattan.

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