1. Une usurpation d’identité. 

Le jugement d’Imre Kertesz sur Kafka, je le fais mien. Il note, dans son journal, que le personnage de Kafka, sans doute plus que son œuvre, nous tourmentera toujours, et on peut se demander si ce n’est pas là son véritable héritage. Ses contradictions sont si extrêmes qu’elles en deviennent fascinantes : écrivain génial, il est totalement dépourvu de confiance face à ce qu’il écrit. Conscient de sa valeur, certes, mais d’une modestie dévastatrice. Adoré par les femmes, mais ne trouvant in fine qu’humiliations. Solitaire, mais aspirant constamment au mariage. Hédoniste, mais menant une existence d’ascète. Juif convaincu qu’il n’a rien de commun avec les autres juifs, puisqu’il n’a déjà rien de commun avec lui-même… On n’en finirait pas de relever les contradictions dans lesquelles il se débat, et c’est sans doute ce qui nous le rend si proche. Au point d’avoir envie de prolonger son existence d’une vingtaine d’années, juste pour demeurer un peu plus longtemps à ses côtés.

C’est ce qu’a fait Laurent Jouannaud, un écrivain remarquable, mais peu remarqué, en dépit de quelques livres tout à fait singuliers comme  Toxiques  ou  La Condition sexuelle. Laurent Jouannaud, qui est un fidèle parmi les fidèles de Kafka, a donc installé son « petit bivouac littéraire à côté du brasier kafkaïen » et le résultat est surprenant. Kafka n’est pas mort en 1924, mais a guéri de sa tuberculose.

Laurent Jouannaud, Kafka, suite, Pascal Galodé Éditions, 272 p., 20,80 euros.

*Photo : c_nilsen.

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Roland Jaccard
Psychologue, écrivain, journaliste, critique littéraire, essayiste et éditeur suisseEssayiste, il se fait connaître en 1975 par L'exil intérieur, essai qui a marqué des générations de lecteurs. Romancier, il écrit Sugar Babies, Flirt en hiver, Une fille pour l'été. On lui doit également une trilogie autobiographique L'âme est un vaste pays, Des femmes disparaissent, ...