L’affaire a mis la Toile en émoi. Une nouvelle fonctionnalité de la Freebox permet de bloquer les pubs s’affichant sur les sites Internet. Un coup dur pour les sites vivant de la publicité. L’affaire a même fait la une de Libé vendredi. Jamais la dernière pour une récupération politique, Fleur Pellerin, ministre de l’économie numérique, a reçu ce lundi les éditeurs de contenus puis Maxime Lombardini, directeur général de Free.
Mais pourquoi un tel ramdam ? Bien évidemment, personne n’aime voire des tas de publicités en surfant. Et il est toujours possible d’installer sur son navigateur des extensions comme Adblock afin de bloquer ces réclames en ligne. A priori, Free offre donc un joli service aux internautes au détriment des caisses des sites web.Or Free, dirigé par l’emblématique Xavier Niel, ne bloque pas toutes les pubs. Les réclames provenant de la régie publicitaire de Google sont particulièrement visées. Par exemple, les publicités sont bloquées sur Youtube et pas sur Dailymotion.  L’outil Google analytics, qui permet de suivre les statistiques de visite d’un site, se trouve également victime du filtrage.

Niel voulait donc faire pression sur Google avec en prime un joli coup médiatique. D’ailleurs, le blocage des pubs a été arrêté ce lundi. Mais que reproche donc Niel à Google ? Pour simplifier, Free estime rendre un gros service à Google en mettant gratuitement les vidéos Youtube et autres contenus de Google à la disposition des internautes via son infrastructure. Free veut donc faire payer Google pour l’utilisation de son réseau, ce que Google refuse.
Une première polémique a suivi le bridage des vidéos Youtube chez Free. En effet, les Freenautes voulant regarder une vidéo de la plateforme de Google doivent affronter un débit très lent. L’Arcep, le régulateur des télécoms, a lancé une enquête à ce sujet, Free est accusé de faire pression sur Google en ralentissant délibérément son trafic. Le blocage des publicités n’a donc rien à voir avec un service rendu aux internautes. Xavier Niel, patron de Free, ne fait que prendre en otage les éditeurs de sites web pour un conflit financier avec Google, une « méthode de voyou », selon Benjamin Bayart, patron du FAI FDN et fervent militant des libertés numériques.

Au delà du préjudice financier causé aux sites web, le blocage des pubs pose aussi des problèmes en matière de libertés. Si Free se permet de bloquer des pubs selon son bon vouloir, rien ne l’empêche de bloquer des sites de partage illégal d’oeuvres culturelles, accusés de racisme ou d’homophobie voire n’importe quel site qui dérangera tel ou tel lobby. Un filtrage du Web qu’on imaginerait plus en Chine que dans la patrie de Voltaire.
Là est toute la complexité de Xavier Niel, 12ème fortune de France selon Challenges. Depuis des années, il s’est construit une image médiatique de trouble-fête face aux gros méchants que seraient ses concurrents Orange et SFR. En apparence, c’est un patron cool, sans cravate, un antisarkozyste qui a racheté le monde au nez et à la barbe de l’ancien locataire de l’Elysée. Il a aussi investi dans Mediapart (qui le tacle bien) et même dans Causeur, preuve que Niel est attaché à la liberté d’expression[1. Xavier Niel est en effet actionnaire minoritaire de Causeur (NDLR).].

Il a par ailleurs créé Free mobile qui propose un abonnement pour portable à 2 euros par mois, ce qui lui a valu les félicitations d’Arnaud Montebourg estimant en janvier dernier que  Niel « avec son nouveau forfait illimité » avait fait « plus pour le pouvoir d’achat des Français que Nicolas Sarkozy en 5 ans ». Le patron de Free s’est même affiché comme un pilier de la lutte anti-Hadopi.
Pour Le Nouvel Obs, c’est « un créateur hors norme », Les Inrocks y voient un « croisement entre Steve Jobs et Michel-Edouard Leclerc ».
La comparaison avec M.E Leclerc n’est pas anodine. Bien avant Niel, Leclerc a lui aussi joué sur son image de patron médiatique et sympa, se présentant comme un Zorro au service des consommateurs contre les voyous Auchan et Carrefour. Une belle entourloupe qui cache mal les conditions de travail difficiles et la pression sur les fournisseurs de son groupe.

De même, Xavier Niel possède une face sombre. Free mobile a baissé le coup des abonnements ? Lors de son lancement, Free mobile s’est surtout fait connaître pour ses pannes de réseau. Niel, un patron « de gauche » ? Free, comme ses concurrents, est un adepte de la délocalisation, notamment en installant des centres d’appel au Maghreb. Niel, un patron « libertaire » ? Pour régler ses problèmes de trésorerie avec Google, il n’hésite pas à mettre en place une solution de filtrage très controversée.

Désormais, la presse semble découvrir qui se cache derrière ce patron si sympa. Visiblement, certains n’avaient pas tout compris.

*Photo : rsepulveda.

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