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Mahé de La Bourdonnais, dernière victime du wokisme ultramarin

À la Réunion, une ancienne ministre socialiste veut-elle déconstruire l'histoire?

Mahé de La Bourdonnais, dernière victime du wokisme ultramarin
La statue de François Mahé de La Bourdonnais à Saint-Denis de La Réunion © Wikimédia Commons

En pleine période électorale, l’information est passée inaperçue dans les médias de la métropole. Révélée le 11 juin par Parallèle Sud, un média indépendant, Ericka Bareigts, actuelle maire socialiste de Saint-Denis, a confirmé son intention de « déménager » la statue monumentale de Mahé de La Bourdonnais.


Installée dans le quartier touristique du Barachois où elle trône depuis le Second empire, elle a été plusieurs fois la victime de diverses dégradations, notamment lors des manifestations du Black Lives Matter. Pour l’ancienne ministre de la République, cette figure de l’histoire réunionnaise est le symbole de l’esclavage et n’a simplement plus sa place sur l’île multiculturelle de la Réunion.

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Bertrand François, comte de La Bourdonnais, est un Breton des Côtes d’Armor, né en 1699 au sein d’une famille d’armateurs. C’est très naturellement qu’il va s’engager au service de la Compagnie française des Indes orientales en 1724 et s’illustrer lors de la prise de Mahé, sur la côte de Malabar l’année suivante. Un fait de gloire qui lui permet d’adjoindre le nom de cette ville indienne à son patronyme afin de rappeler à tous son exploit. Ambitieux, il crée sa propre compagnie et devient très rapidement riche, menant grand train. Un luxe qui arrive aux oreilles de Louis XV en 1733. Le roi de France décide de le nommer pour le compte de la Compagnie des Indes, gouverneur des îles Mascareignes. Une entité territoriale et stratégique pour la monarchie, située dans  l’Océan indien, regroupant les comptoirs de la Grande île (Madagascar), l’île Bourbon (Réunion) et l’île de France (Maurice) où il s’installe. Très rapidement, Mahé de La Bourdonnais se révèle un administrateur de génie, développant la culture de la canne à sucre sur l’ensemble du territoire, encourageant celle du manioc car résistante aux rats et aux sauterelles, structurant et modernisant Bourbon comme l’île de France.

Le décolonialisme à l’assaut de l’ile ?

Port-Louis devient la capitale d’une colonie dont la richesse naissante plonge ses racines dans la sueur des esclavages. Les Mascareignes n’échappent au commerce triangulaire qui bat son plein, où on achète à prix d’or des Africains razziés dans les villages par des roitelets locaux. Certains points de l’Afrique de l’Ouest deviennent vite une véritable plaque tournante de ce vaste trafic humain. Un détail qui n’a pas échappé à l’ancienne députée et ministre de l’Outre-mer du président François Hollande (2016-2017). Si elle a invoqué le « déplacement » de la statue érigée en 1856, en raison d’un aménagement du square « pour en faire une vraie place publique », « la facette noire du personnage, un des maîtres de l’esclavagisme », ne « convient pas aux valeurs d’humanisme et d’égalité que nous défendons aujourd’hui » affirme Ericka Bareigts. Des propos repris par Le Quotidien, un important journal de la Réunion, qui en a fait sa principale manchette.

Doté d’un fort caractère, Mahé de La Bourdonnais s’est taillé une réputation de pourfendeur de marrons, ces esclaves en fuite, qui le poursuit encore aujourd’hui comme le confirme l’historien local Dureau Reydellet, fondateur du Cercle royaliste de Bourbon, dans une biographie qu’il a consacré au gouverneur.

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Une statue, objet de toutes les ires des wokistes réunionnais qui n’ont pas hésité à la badigeonner de peinture rose à deux reprises ou à l’affubler d’une pancarte avec cette mention : « Je suis un esclavagiste ». « Il a organisé la traite sur une grande échelle. Avant lui, c’étaient quelques navires qui venaient de l’Atlantique et qui venaient de temps en temps dans l’océan Indien. Mais avec Mahé de La Bourdonnais, la traite était plus systématique, à plus grande échelle » explique également Philippe Bessiere au micro de L’Info Réunion. Initiateur d’une pétition en août 2020 réclamant son déboulonnage, qui n’a pas rencontré un réel succès, cet historien est aussi membre de Komité Rényoné Panafrikin. Un mouvement panafricain qui avait invité le racialiste décolonialiste Kemi Seba à  prendre la parole sur l’île en 2019. « Mahé de La Bourdonnais est le symbole du suprématisme blanc dans notre région. Tout le contraire du vivre ensemble revendiqué de notre île. Il ne doit plus trôner sur la place du gouvernement » affirme Philippe Bessiere. Un appel entendu, semble-t-il, par l’ancienne soutien d’Anne Hidalgo à la dernière élection présidentielle. Mais un manichéisme qui ne fait pas l’unanimité comme le rapporte Radio Freedom. Une majorité d’intervenants, invités à réagir sur leurs ondes, ont rappelé à Ericka Bareigts  qu’il n’était pas nécessaire « d’importer le wokisme à la Réunion » ni « devenir un de ces Américains qui ne voit la vie qu’en Noirs et Blancs »

Mahé De la Bourdonnais, bientôt transféré dans un musée?

Rien n’est acquis dans cette affaire pour autant. En effet, s’il existe deux statues du malouin à Maurice et une autre à Saint-Malo du même acabit, celle de la Réunion est classée aux monuments historiques depuis août 2020 et ne peut être déplacée sans une autorisation spéciale.

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« C’est très réglementé mais c’est très possible » assure néanmoins, très confiante, la maire de Saint-Denis.

Compromis durant la guerre de Succession d’Autriche, accusé de trahison à la suite d’une prise de décision aux conséquences désastreuses pour la marine française, Mahé de La Bourdonnais est mort en 1753, trois ans après sa libération de la Bastille où il avait été enfermé. Un gouverneur qui doit désormais dormir dans « (…)  n’importe quel musée de l’île où il aurait davantage sa place » estime plus que jamais Ericka Bareigts. 

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Journaliste , conférencier et historien.

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