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Les cartes de la criminalité au Sahel

La violence (parfois) terroriste dans la « zone des trois frontières »

Les cartes de la criminalité au Sahel
Sur cette photo prise le mardi 10 décembre 2019, des Burkinabè déplacés dans le camp de la ville de Pissila, près de Kaya, au Burkina Faso. Les extrémistes islamistes ont commis un nombre record d'attaques l'année dernière au Burkina Faso et l'instabilité s'est maintenant propagée à l'est du pays. La violence dans le nord et maintenant l'est du Burkina Faso a déplacé plus d'un demi-million de personnes, selon les Nations Unies © AP Photo/Sylvain Cherkaoui)/XJD101/20009415634131/2001101057

La cartographie de la violence dans la « zone des trois frontières » permet non seulement de comprendre le déplacement de celle-ci mais également de faire des prévisions pour l’avenir. La cartographie est ici essentielle pour matérialiser les phénomènes criminels.


Cette carte, qui représente les actes de violence de tous ordres ayant lieu à différents moments au Mali, Niger et Burkina Faso, fournit des indications essentielles pour autant que l’on comprenne bien ses conditions de production. Or un problème d’édition a fait qu’elle est parue dans le N° 34 /2021 de Conflits, (page 48) sans le texte explicatif correspondant. Nous publions donc ici la carte et son commentaire. En deuxième partie de cette note, on développe la réflexion à partir de ce document et d’un autre paru dans ce même numéro 34 (les auteurs de Conflits se lisent mutuellement), dans le but de mieux mettre en évidence les dynamiques spatiales du djihadisme au Sahel.

La source en est la Global Terrorism Database [1], où la totalité des évènements violents est prise en compte. On a donc des actes terroristes et d’autres incidents (affrontements à base ethnique, criminalité liée à divers trafics, etc.) ; ce qui correspond bien au profil de la violence dans la région. Les périodes retenues concernent : a) le milieu de la révolte touarègue au Niger et Mali (1990-1996) ; b) la révolte touarègue suivante (2007-2009) et ses suites ; c) les années immédiatement antérieure et postérieure au début de l’opération Serval (2013) ; d) la dynamique de la conflictualité dans les années suivantes (2019 : dernières données disponibles).

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L’histogramme permet de distinguer clairement la spécificité locale des deux premiers épisodes et la croissance spectaculaire de la violence (notamment terroriste) à partir de 2012. À ce moment on perçoit clairement l’apparition d’une dynamique djihadiste macro-régionale et globale ; tout en donnant matière à penser concernant l’efficacité des opérations Serval et Barkhane en terme de réduction du « terrorisme » dans la région.

La carte permet, surtout, de voir le déplacement de cette violence au cours du temps. Pour cela, on recourt au calcul des barycentres (centroïdes de l’ensemble des attaques de chaque période) [2]. Cela permet de percevoir (sans doute pour la première fois) le déplacement du « centre de la violence » en direction du Burkina Faso au cours des dernières années et la tendance à la transnationalisation que le djihadisme introduit dans la zone, dont le foyer au sud-est du Niger (lié à Boko Haram) est une autre expression.

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Élaborer une telle carte (une des représentations possibles de réalités en évolution permanente) permet donc d’engager sur des bases empiriques solides la recherche et la réflexion sur le terrorisme dans la zone sahélienne.

D’autre part, à la suite de la publication d’une figure sur « la problématique du Sahel » dans l’article de Olivier Hanne [3], nous avons poursuivi le travail de développement de notre carte, dont l’utilité descriptive et éventuellement prédictive a déjà été mise en évidence [4] ; aboutissant au document suivant …

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<


[1] Voir aussi : H. Théry ; D. Dory, « Espace-temps du terrorisme », Conflits, n° 33, 2021, 47-50.

[2] Cette technique très éclairante complète heureusement des travaux antérieurs sur le sujet, comme : D. B. Skillicorn et al. « The Diffusion and Permeability of Political Violence in North and West Africa », Terrorism and Political Violence, 2019 (préparent, disponible en ligne).

[3] O. Hanne, « Évolution du djihadisme et du terrorisme au Sahel depuis vingt ans », Conflits, N° 34, 2021, 49-51.

[4] H. Théry et Daniel Dory, « Attentat de Solhan : quand la cartographie du terrorisme devient prédictive », https://www.revueconflits.com/attentat-solhan-herve-thery-daniel-dory-burkina-faso/

[5] On trouvera également des informations contextuelles utiles dans le chapitre 11 (pp. 216-238) de M. Hecker ; É. Tenenbaum, La guerre de vingt ans. Djihadisme et contre-terrorisme au XXIe siècle, Robert Laffont, Paris, 2021.


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Hervé Théry est géographe, directeur de recherche émérite au CNRS-Creda et professeur à la Universidade de Sao Paulo. Daniel Dory est docteur en géographie, HDR, maitre de conférences à l'Université de La Rochelle.

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