Avec 64% des voix, le candidat de la gauche (PD) Ignazio Marino est devenu le nouveau César de Rome. Un score flatteur qui cache une réalité moins impériale…
2008. Gianni Alemanno prend possession de la mairie de Rome. Sur la place du Capitole, des bras se lèvent dans un salut romain qui rappelle l’ancien engagement néo-fasciste du nouveau patron de la ville éternelle. C’est sous l’étiquette plus respectable du centre-droit (PDL) de Silvio Berlusconi qu’il a repris la ville à la gauche qui la gouvernait depuis 1989. En dépit des postures viriles et des mouvements de menton, n’est pas Duce qui veut et Alemanno a même réussi à décevoir ses propres supporters. Non seulement, on lui a reproché de s’être mal entouré et d’avoir cherché à favoriser ses anciens amis mais surtout, on a attendu en vain un souffle nouveau. Ainsi, son mandat n’a pas changé le visage du quartier pluriethnique de l’Esquilin malgré l’expulsion de  61.000 immigrés roms. Son volontarisme ponctuel n’a pas suffi à masquer l’étendue des promesses non tenues. Pire, les motifs d’insatisfaction se multiplient. Côté prestige, la capitale n’a relevé aucun des challenges que l’on pouvait attendre d’une grande métropole européenne : Rome ne sera pas candidate aux JO de 2020. Au quotidien, elle affronte des problèmes récurrents tels que la désorganisation des transports publics municipaux, ou la saleté de ses voiries.
Du côté de la Piazza del Popolo, personne n’a oublié l’écroulement d’un tronçon du mur historique du Pincio, à la suite d’un défaut d’entretien. Mais le point d’orgue de la rogne populaire a été atteint lorsque la ville s’est vue complètement bloquée pour quelques malheureux centimètres de neige l’hiver dernier. Si gouverner c’est prévoir, Alemanno aurait probablement dû recourir aux anciens auspices pour prévenir sa défaite cinglante.
Juin 2013. Ignazio Marino chasse Alemanno avec un score digne des triomphes antiques. Mais s’agit-il pour autant d’un plébiscite ? Rien n’est moins sûr. Même si le nouveau maire paraît plus présentable (son métier de chirurgien reconnu et respecté plaide pour lui), il clive aussi l’électorat en adoptant des prises de positions très mal vues du côté du Vatican, notamment sur l’euthanasie. À y regarder de près, une abstention record tempère la victoire de la gauche. Moins d’un électeur sur deux a voté dans un pays qui a pourtant une longue tradition de forte participation électorale (souvent près de 70 %).
Et puis, il faut aussi compter avec le phénomène Beppe Grillo qui reste la grande inconnue de la vie politique de la péninsule. Le Mouvement 5 étoiles a subi un camouflet au premier tour des municipales et ses électeurs ont été « contraints » de se reporter sur les candidats de gauche au second. Force est de constater qu’après quelques mois, le raz-de-marée de l’humoriste échappé en politique n’a pas convaincu. Dissensions internes, incapacité à négocier, manque de propositions concrètes, Grillo est en train de faire la démonstration que vociférer ne suffit pas, encore faut-il avoir quelque chose à dire. Son aura médiatique a rendu aphones les autres forces populistes (de gauche ou de droite) qui s’étaient pourtant présentées avec de véritables programmes lors des élections législatives de février.
Aujourd’hui, les Italiens se retrouvent avec la traditionnelle dichotomie entre centre gauche et centre droit. Comme souvent, Rome a joué le rôle de baromètre de la politique italienne. Si cela est plutôt bon signe pour le gouvernement Letta péniblement constitué après des mois de négociation, il n’est pas sûr que l’adhésion des Italiens au jeu démocratique en sorte grandie.

*Photo : Corscri Daje Tutti! [Cristiano Corsini].

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