Il faut féliciter Elisabeth Lévy qui a remporté lundi soir un deuxième Y’a Bon Award « pour l’ensemble de son œuvre ». Pour Bader Lejmi, organisateur de l’événement, c’est parce qu’ « elle cumule toutes les tares ». Si j’étais de gauche, je dirais que ce dérapage nauséabond sent bon l’antisémitisme ordinaire. D’autant plus que la philosophe Élisabeth Badinter fait aussi partie des heureux élus pour avoir, sur le site Elle.fr, regretté l’arrêt de la Cour de cassation dans l’affaire de la crèche Baby Loup : « D’un côté, on commémore les victimes de Mohamed Merah et [on] veut combattre l’islamisme radical et de l’autre on laisse faire l’entrisme de ces islamistes dans des crèches de quartier. Il faut absolument réagir très vite. »
Comble de coïncidence, la sénatrice radicale de gauche Françoise Laborde a également obtenu une banane d’or cette année. La toute nouvelle membre de l’Observatoire de la laïcité est l’auteur de la proposition de loi soutenue par le PS qui vise à interdire aux nounous de porter le voile,  en réaction au vide juridique constaté à l’occasion de l’affaire Baby Loup. Le motif de sa récompense ? Elle a eu l’outrecuidance de répondre dans une interview à Radio Orient, face aux réactions indignées des auditeurs : « Et j’ai bien compris que j’inquiétais, que je perturbais et que j’étais une islamophobe. Bon ben voilà, et j’assume. » Depuis, elle se bat pour que le projet de loi sénatorial trouve une issue à l’Assemblée.
On le voit, droite et gauche sont communément jetées dans le même sac de l’islamophobie. La présidente de l’association Les Indivisibles, à l’initiative des Y’a Bon Awards, Rokhaya Diallo, justifie ce choix en jugeant le PS « totalement absent et irresponsable. Le vieux fonds culturel laïcard et antireligieux l’empêche de toucher et comprendre les jeunes musulmans de France. »  Si droite et gauche baignent dans une même islamophobie c’est sans doute parce que, selon Mme Diallo, la France est à jamais coupable, entachée du péché originel du colonialisme. « Comment faire dans un contexte structurellement raciste ? C’est la mentalité qui doit changer y compris dans le monde des médias » s’insurge-t-elle.
Gare en effet à ceux qui critiquent le voile islamique comme un instrument de domination du mari sur son épouse, du père sur sa fille, de l’homme sur la femme. Ainsi, Manuel Valls a été nommé à deux reprises cette année, en particulier pour ses propos sur « le voile qui interdit aux femmes d’être ce qu’elles sont ». Dès lors, comment nier que la police de la pensée Y’a Bon dérive, année après année, de la légitime lutte antiraciste vers la défense d’un islam rétrograde ? Pour preuve, même Jean-Luc Mélenchon a  été nommé pour un dérapage-stigmatisant-et-intolérable sur France 4 : « La plupart des gens vivent leur foi, ne cherchent pas à se déguiser en Afghans. Un déguisement, c’est se foutre une calotte sur la tête et passer sa journée avec une tenue d’Afghan. Je trouve ça ostentatoire. On peut être croyant et ne pas avoir besoin d’humilier les autres. » Jean-Luc Mélenchon a-t-il tenu des propos racistes et islamophobes ?
Et Hassen Chalghoumi, l’imam de Drancy qui prône un islam modéré et républicain, sélectionné en 2013, qui a déclaré à propos de la ghettoïsation  de certains quartiers : « Quand on a vu sur la première photo de classe que ma fille était entourée de black et de beurs, on s’est dit qu’elle ne devait pas rester dans cette école. » donnerait-il dans la haine de soi ?  Et le philosophe musulman Abdennour Bidar, lui aussi nommé, est-il islamophobe ?
Apparemment ces calomnies ne choquent pas le directeur de l’IRIS Pascal Boniface, qui a honoré de sa participation le jury des Y’a Bon Awards.
Une autre victime de cet islamisme branché et masqué n’est autre que Caroline Fourest. La célèbre chroniqueuse multimédia et militante féministe, dans un article de son blog intitulé Les Y’a Bon Awards déshonorent l’antiracisme, avait annoncé porter plainte après avoir reçu une banane d’or en 2011. Rendez-vous compte, elle avait pointé du doigt, à une Convention du PS sur l’Égalité réelle en décembre 2010, les « associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus lever des fonds pour le Hamas ».
Or, sa rivale antiraciste Rokhaya Diallo a été de tous les combats contre l’encadrement de l’islam par la laïcité française : remise en cause de l’interdiction du voile à l’école en 2004 dans ses 100 propositions concrètes pour une république multiculturelle, tribune contre Charlie Hebdo après l’affaire des caricatures et l’attentat contre son siège, protestation contre la loi interdisant le voile intégral sur la voie publique et, en 2013,  toute une cérémonie des Y’a Bon Awards mise sous le signe de la lutte contre le projet de loi réglementant les signes religieux ostentatoires des nounous.
Les médias français, dont Mme Diallo dit être la victime indirecte, ont relayé mardi la dépêche AFP qui rend compte des prix attribués à Jean-François Copé pour son histoire de pain au chocolat, et à Véronique Genest pour son coming out islamophobe. Des noms jetés en pâture à l’opinion sans qu’une réflexion un peu poussée soit menée sur les coulisses et les buts des Y’a Bon Awards

*Photo : Capture d’écran des Indivisibles.

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