Dans la tribune publiée dans le magazine de l’été de Causeur, Rokhaya Diallo ne fait que singer Martin Luther King tout en l’injuriant, selon Stéphane Germain.


« Oui, j’écris en écriture inclusive, désolée si ça vous pique les yeux (…) » Je confirme à Rokhaya Diallo que son papier m’a irrité la cornée, mais plus encore agacé les oreilles. À l’instar de nombreux déficients visuels — ce que, Dieu merci, je ne suis pas — j’utilise parfois un petit logiciel de lecture des textes par une voix artificielle. Conclusion sans appel : l’écriture inclusive relève de la discrimination des malvoyants. Entendre cette virtuelle lectrice, habituellement plutôt douée, me parler de concitoyen-point-neuh-point-aisse m’a rendu plus pénible, si c’était possible, la rhétorique du racisme systémique gazeux que subirait, selon Madame Diallo, une introuvable communauté noire.

Essentialisation de la culpabilité

Car c’est bien au nom de celle-ci que Rokhaya Diallo s’exprime. Elle représente pourtant autant « les noirs » que les salafistes, « les musulmans » dans leur ensemble. Si elle pointe des souffrances et des discriminations qui existent bien, elles ne font pas plus « système » qu’il n’existerait une conspiration visant à tenir éloignés des plus hautes responsabilités les petits ou les moches. Statistiquement hélas ! être grand et beau demeure la garantie de revenus et d’une position sociale supérieure. A quand une juste réparation ?

Qui oserait parler au nom des blancs dans ce pays, comme Madame Diallo le fait en celui des noirs ? Même le Rassemblement National ne s’y risque pas !

Pendant du racisme systémique, le « privilège blanc » qu’elle dénonce relève du tour de passe-passe sémantique pour faire de tout blanc — même adhérent à SOS Racisme — un raciste qui s’ignore. Essentialiser la culpabilité d’un individu en fonction de sa race, c’est ignoble et jouer avec le feu. L’illustration qu’elle donne de ce « privilège blanc » se retourne au demeurant comme un gant et décrit parfaitement ce qu’on nomme la discrimination positive (1) : « Si une personne [blanche] est discriminée du fait de sa couleur de peau, c’est qu’une personne [noire] obtiendra le bien ou le service [ou le diplôme] qui ne lui a pas été accordé. Et cette personne ne le saura probablement jamais. » Rokhaya Diallo ne sera, ni la première ni la dernière à préférer une injustice qui frappe un autre plutôt que les siens. Cela ne constitue pas un titre de gloire pour autant.

Rokhaya Diallo contre l’universalisme

Désormais légitime, car médiatisée, elle réussit petit à petit, dans la mouvance indigéniste, l’OPA que la frange turbulente et revancharde de nos noirs concitoyens (2) opère en leur nom à tous. Ce sont ceux qui nous présentent ad nauseam l’addition de l’esclavage et de la colonisation — dont on chercherait en vain, aujourd’hui, les partisans en France. Une douloureuse dont l’on peut considérer s’être déjà honnêtement acquittée, et plus d’une fois — songeons aux millions d’Africains accueillis sur notre sol et aux milliards dépensés en allocations, en soins ou en éducation.

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Curieux quand même que notre odieux système raciste ne mette sur le devant de la scène que les membres les plus remontés des minorités de moins en moins invisibles. Des noirs qui, comme Stéphane Édouard, disent « Je ne suis pas Adama » n’intéressent pas les médias.

Rokhaya Diallo nous décrit (nous les méchants blancs) sous l’emprise d’un « universalisme incapable de nommer les problèmes ». Je ne peux que souscrire à cet éclair de lucidité ! Nommer les difficultés que nous posent aujourd’hui l’islam et les migrants relève effectivement de la mission impossible. L’immigration constitue d’ailleurs un magnifique pachyderme dans le couloir victimaire que Rokhaya Diallo parcourt à grandes foulées, sans le voir. L’immigration massive que les Français se sont vus imposer par des institutions amorphes (mais racistes, hein, rappelons-le) ne porte-t-elle pas en elle deux risques ? Celui de lever le blanc contre le noir ? Ou le noir contre le blanc ? Ce racisme anti-blanc, réjouissons-nous, n’existe pas aux yeux de notre spécialiste invitée de notre numéro d’été. « Des personnes noires peuvent nourrir des sentiments de haine à l’égard des blancs. Pour autant, on ne peut qualifier ce phénomène de racisme » avait-elle précédemment déclaré. On peut en conclure qu’elle sait de quoi elle parle lorsqu’elle évoque « cette France du déni ».

Les mauvaises gagnantes

Alain Finkielkraut a parfaitement résumé le statut de tous les défenseurs des minorités raciales ou sexuelles par la définition qu’il donnait des néo-féministes : de mauvaises gagnantes. Lorsque l’on étudie l’évolution de la situation des homosexuels, des femmes et des minorités raciales en Occident depuis cinquante ans, on ne peut qu’être frappé par l’amélioration objective de leur condition. Steven Pinker dans La part d’ange en nous, sur la base des statistiques d’homicides, a par exemple montré que le nombre de personnes tuées aux Etats-Unis parce qu’homosexuelles ou noires s’est écroulé pour tangenter durablement le zéro. Prétendre comme Rokhaya Diallo, vouloir « s’en prendre véritablement au mal qui ronge notre société », c’est singer Martin Luther King tout en l’injuriant. Combien aurait-il donné pour endurer les affres de notre « racisme systémique » ?

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Il ne s’agit nullement du sempiternel débat autour de la vision à moitié pleine ou vide d’une bouteille. Celle du racisme ne peut être certes présentée comme vide, mais il faut une bonne dose de biais cognitifs (nom poli de la mauvaise foi) pour transformer les traces résiduelles qu’on distingue dans le culot du récipient, en jéroboam débordant. La recherche de la perfection absolue dans la défense des minorités s’apparente désormais à du fanatisme, disposition d’esprit de laquelle ont toujours découlé les pires totalitarismes.

Soif de pouvoir et de revanche

Le pouvoir constitue d’ailleurs l’objectif final de Rokhaya Diallo et de ses semblables. D’abord celui sur la fantasmagorique « communauté noire », mais in fine, le pouvoir tout court, animé d’un sentiment de revanche à peine dissimulé. Ils en sont déjà à déboulonner de part et d’autre de l’atlantique, des statues d’idoles trop blanches, en clair à réécrire l’Histoire. Cette prétention révolutionnaire rend désormais crédible un affrontement racial. Qui oserait parler au nom des blancs dans ce pays, comme Madame Diallo le fait en celui des noirs ? Même le Rassemblement National ne s’y risque pas tant il compte de honteux électeurs noirs, maghrébins ou jaunes lassés de voir ce pays traîné dans la boue. Un pouvoir revanchard concentrera toujours plus qu’un autre le goût de l’abus. De Robespierre à Macron, notre pays en a connu, mais heureusement de moins en moins. Jamais pourtant ces abus de pouvoir ne furent plus atroces que ceux commis au nom de la race. Notre flegmatique militante devrait le méditer. La violence, Rokhaya Diallo s’en tient toutefois à distance et elle figure une adversité plus policée que celle de la famille Traoré. Néanmoins, on subodore que dans son esprit, on demeure systématiquement innocent lorsque l’on est un délinquant noir au pays du racisme systémique.

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Mais Rokhaya Diallo joue sur du velours. Non seulement son combat, comme celui de tous les fanatismes progressistes, a l’apparence du bien. Mais elle a pour elle un autre allié de taille : la sémantique simpliste que les médias ont imposée. Comment lutter contre les dérives des antiracistes déments, des féministes délirantes, des écolos totalitaires, des LGBTAZERTYUIOP, sans être immédiatement taxés de racistes, machistes, pollueurs et homophobes ? Tant que ce vocabulaire n’aura pas été armé (mes amis de Causeur, au boulot !), Rokhaya Diallo pourra tranquillement frissonner d’indignation devant une pub Uncle Ben’s.

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