Dans notre nouveau monde vertueux, Apple ne cesse de montrer l’exemple.


La société Apple produit la majorité de ses appareils en Chine pour diminuer drastiquement ses frais salariaux. Elle ne paie pas la moitié du quart des impôts qu’elle devrait payer, grâce à d’ingénieux moyens de contournement fiscal. Et elle vend ses appareils à l’obsolescence programmée à des prix stratosphériques. Après ce constat, nous aurions pu attendre que la société Apple se fasse discrète quand il s’agit de donner des leçons de morale à deux balles. 

Que nenni ! Apple, comme à peu près toutes les sociétés touchant de près ou de loin aux activités informatiques, met un genou à terre : elle a décidé de retirer des « termes jugés offensants de son écosystème de développement. »

La firme de Cupertino veut inventer le code informatique inclusif

Dans son code informatique, les termes « listes blanches » et « listes noires » ne seront donc plus employés par Apple. Et on devine que ce n’est pas la liste blanche qui a posé le plus de problème de conscience aux concepteurs de cette nouvelle liste noire (oups !) d’expressions à bannir. Espérons que lesdits concepteurs ne travaillent pas au noir ! Et souhaitons que le développeur blanc ne devienne pas la bête noire d’Apple. L’entreprise l’écrit noir sur blanc : ses employés cesseront de broyer du noir dès lors qu’ils choisiront des termes n’excluant personne ! En revanche, ils dépasseront la ligne jaune s’ils ne respectent pas la consigne directoriale ou, autrement dit, s’ils ne montrent pas patte blanche. 

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« Écrivez consciemment pour inclure tout le monde et éviter les préjugés culturels et les stéréotypes », demande expressément la firme de Cupertino à ses développeurs de programmes auxquels il est en outre conseillé de ne plus utiliser les termes pourtant courants en informatique de « maître » et « esclave ». La bêtise n’ayant aucune limite, on se demande quels sont les mots qu’Apple préconisera, après les revendications animalistes et véganes à venir, pour désigner la “Souris”, le “Cheval de Troie” (logiciel pouvant dissimuler un programme malveillant de piratage), ou le “Chat”. Si le terme « Carte Mère » ne semble poser aucun problème pour le moment, il n’est pas certain que ceux de « Moniteur », « Navigateur » ou « Serveur », ne se voient pas non plus reprocher prochainement une masculinité trop affichée. Quant au mot « bit » (unité de base informatique), nous attirons l’attention d’Apple sur l’allusion phallique et patriarcale qu’il peut représenter en France. Il y a encore du travail.

Tim Cook, un patron engagé

En attendant de verser des fonds aux associations LGBT, Apple s’attaque au racisme en mettant au pot pour « l’équité raciale et la justice » une infime partie des impôts qu’elle ne paie pas, à savoir 100 millions de dollars. Ça, c’était il y a quelques semaines, alors que le mouvement « Black lives matter » agitait l’Amérique. Il y a quelques jours, bien décidée à cocher toutes les cases progressistes, Apple a lancé un plan visant à atteindre la neutralité carbone. « Les entreprises ont une profonde opportunité de contribuer à la construction d’un avenir plus durable, né de notre préoccupation commune pour la planète que nous partageons », a déclaré Tim Cook, le PDG, qui, emporté par son élan, a ajouté avec le plus grand sérieux : « Les innovations qui alimentent notre voyage environnemental (sic) ne sont pas seulement bonnes pour la planète, elles nous ont aidés à rendre nos produits plus efficaces sur le plan énergétique et à mettre en ligne de nouvelles sources d’énergie propre dans le monde entier. » Bravo.

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Nul doute que les petites mains chinoises qui fabriquent plus de la moitié des iPhone seront bien contentes d’apprendre que l’argent dont elles ne bénéficient pas est reversé en partie dans des projets dont elles ne profiteront pas non plus.

La Chine offre une main d’œuvre très bon marché, pollue à mort et n’offre aucune perspective de vie politique démocratique. L’empire du Milieu permet aux dirigeants d’Apple de jouer les vertueux dans les pays qui ne sont ni les plus racistes ni les plus pollueurs de cette planète, dans lesquels des bobos repus, repentants et à genoux, ne demandent plus qu’une chose : pouvoir continuer de s’épancher, de pleurnicher et de se battre la coulpe en poussant des petits cris d’indignation sur les réseaux sociaux.

Depuis les terminaux high-tech de l’entreprise la plus engagée du moment.

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Didier Desrimais
Amateur de livres et de musique, scrutateur des mouvements du monde
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