Malgré toute sa bonne volonté, Emmanuel Macron ne parviendra pas à réformer véritablement l’islam de France. Sauf s’il parvient à lui faire accepter trois importantes concessions. 


La violence commise au nom de l’islam est l’un des plus graves problèmes dans le monde. Non seulement la religion musulmane est liée à la guerre et au terrorisme, mais elle favorise la montée de tensions intercommunautaires un peu partout en Occident. En annonçant qu’il travaillait activement à la structuration d’un islam de France réformé, le président Emmanuel Macron semble reconnaître cette réalité.

Les trois piliers de l’islam républicain

Mais quelle forme pourrait-elle prendre cette réforme tant attendue ? Comment faire pour fonder un islam plus spirituel et culturel que politique et idéologique ?

Il n’existe évidemment pas de solution miracle. L’inexistence d’un clergé bien identifié dans le monde musulman (surtout sunnite) ne rend pas une réforme de l’islam très probable. Pour réaliser cet objectif, il faudrait que les différents représentants de la religion musulmane se réorganisent à l’échelle de la France. Il faudrait ensuite qu’ils arrivent à établir un consensus autour de problématiques très précises. Le projet paraît irréaliste, mais il faut quand même l’encourager. Ancrer et réformer l’islam en France pourrait, dans le meilleur des mondes, le couper de ses influences étrangères extrémistes et le rendre plus compatible avec l’esprit de ce pays.

1. L’islam de France doit abolir son caractère juridique

Le premier point que cette réforme devrait toucher est le caractère juridique de l’islam. Effectivement, l’islam est une religion qui s’accompagne d’un système de droit appelé la charia. Le droit musulman est contenu dans le Coran et la Sunna, des textes qui font toujours figure de code civil, de code pénal et de code criminel pour les intégristes. Sans l’abandon de ce caractère juridique, il est nettement improbable que cette religion puisse s’adapter à la modernité, et ce, tant en Occident que dans les pays musulmans traversés par un désir de progrès. L’islam doit abandonner sa prétention à règlementer et à légiférer, sans quoi cette religion se repliera davantage sur elle-même dans un élan destructeur.

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L’entretien de ce système juridique dérogatoire contribue également à la ghettoïsation des communautés musulmanes dans les pays européens et par le fait même, à l’établissement d’une forme d’apartheid religieux. Autrement dit, les musulmans doivent accepter l’universalité des lois de la République et non embrasser le multiculturalisme.

2. L’islam de France doit établir une hiérarchie entre les sourates du Coran

Le deuxième point que cette réforme devrait toucher est le caractère violent de certaines sourates du Coran. Contrairement aux sourates révélées à La Mecque, plusieurs sourates révélées à Médine affichent une volonté de conquête évidente. Cette réalité s’explique par la différence des contextes sociopolitiques dans lesquels a évolué le prophète Mahomet au VIIe siècle dans la péninsule arabique. Si ce dernier affichera à La Mecque (610-622) un tempérament pacifique qui se traduira par des appels au respect et à l’harmonie, il se fera beaucoup moins conciliant à Médine (622-632) envers ses adversaires, ce qui confèrera au texte coranique un aspect belliqueux et vindicatif.

Plusieurs musulmans choisissent déjà de se référer aux sourates pacifiques plutôt qu’aux sourates guerrières avec lesquelles ils n’ont rien en commun. Il n’en demeure pas moins que décréter officiellement que les sourates intolérantes n’ont aucune valeur prescriptive est plus que nécessaire. Cette opération devrait toutefois être faite au détriment du principe d’abrogation voulant que les dernières sourates révélées aient préséance sur les premières, en l’occurrence sur les sourates pacifiques. Les représentants de l’islam de France devront favoriser la naissance d’un islam de La Mecque libéré de sa violence fondatrice.

3. L’islam de France doit revoir son rapport à la sexualité

Le troisième point que cette réforme devrait toucher est le rapport très problématique qu’entretient l’islam à la sexualité depuis sa fondation. Historiquement, l’islam a cultivé une vision prédatrice et possessive de la femme qui a perduré jusqu’à aujourd’hui. Quand la femme n’est pas perçue à travers le prisme du tribalisme, elle est perçue comme « une terre à labourer », comme un trésor dont on peut souvent s’emparer. Des harems aux djihadistes obnubilés par les vierges, en passant par la polygamie, l’islam demeure le lieu privilégié d’un imaginaire fondé sur la colonisation symbolique de la femme.

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La réforme de l’islam de France ne devrait donc pas se limiter à la question du port du voile dans l’espace public, mais engager une profonde réflexion sur la manière dont sont conçues les relations entre les hommes et les femmes dans cette religion. L’islam de France doit absolument se reconnecter à l’érotisme arabe dont il a été coupé, sans quoi il continuera à marginaliser ses adeptes dans un monde de plus en plus libéral.

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