Le monde musulman vit une crise majeure. Qui en doute ? En particulier le monde arabe aveuglé par la haine de l’Occident. Quelques réformateurs tels que le nouveau prince d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, ont beau se montrer plus ouverts à la modernité libérale, la tendance se maintient. Le rejet d’Israël, le ressentiment face à la colonisation, les effets supposés corrupteurs d’internet et le refus de la libre sexualité sont les thèmes récurrents des pauvres héros donquichottesques de l’Orient désemparé.

Heureusement, tous n’adhèrent pas aux thèses des islamistes. Les sociétés arabes demeurent travaillées, de l’intérieur, par des courants pro-occidentaux opposés à l’hégémonie des puritains. Cependant, la tâche des libéraux apparaît titanesque sans une certaine dé-islamisation de la culture ambiante. Pour renaître de ses cendres, l’Orient doit d’abord renouer avec l’érotisme arabe, païen, et tarir sa source islamique, sans quoi il est voué à l’échec. L’Orient doit renouer avec les danseuses du ventre et remiser ses burqas mortifères, sinon il ne fera que s’enfoncer davantage dans son repli victimaire.

L’Occident, la Babylone des islamistes

Car il faut bien réaliser que l’islamisme est fondé sur un double rejet : celui de l’occidentalisation des sociétés musulmanes et de l’hypersexualité qui en découle. Le projet des intégristes vise à purger le monde musulman des idées occidentales auxquelles on associe l’apparition d’une société « porno-consumériste », d’une société où la sexualité est étroitement liée au règne de la marchandise. L’Occident est vu comme idolâtre, il apparaît dans les écrits islamistes comme Babylone dans la Bible. L’Occident serait la Grande prostituée écarlate écartant les populations du chemin de Dieu.

Le monde musulman est aux prises avec un grave problème de refoulement sexuel, ce qui explique le comportement de plusieurs migrants arrivés en Europe. Il n’est pas inutile de rappeler que le port du voile par les femmes sert précisément à désexualiser leur apparence conformément aux prescriptions religieuses des assassins du désir. Éternelle tentatrice, la femme est considérée comme une source potentielle de chaos social, comme une matière corporelle susceptible de mener à la dépravation. Avec la multiplication des images suggestives grâce à la publicité, au cinéma, à la télévision, à la pornographie et aux réseaux sociaux, les islamistes craignent de voir le monde sombrer dans la débauche. Ce qui est déjà un peu le cas, il faut l’avouer.

L’érotisme arabe contre la charia

Dans sa psychanalyse des Mille et Une Nuits, le regretté Malek Chebel a bien fait ressortir les différences entre l’imaginaire proprement arabe et islamique. Alors que le premier exprime, de manière très décomplexée, une vision du monde axée sur le plaisir, le deuxième véhicule une vision tribale et répressive de la sexualité. Dans Les Mille et Une Nuits, dont les premières origines sont persanes, l’appétit pour la chair tranche avec la rigueur et la rigidité de la charia, observe Chebel.

Contrairement à l’islam qui a souvent tenté de l’étouffer, l’imaginaire arabe est fait de courbes et de rondeurs, c’est une oasis de jouissance où toutes les orgies imaginables sont les bienvenues. Selon Chebel, ce serait même un univers où le plaisir féminin occupe une place centrale… Évidemment, l’érotisme arabe et l’islam se sont souvent côtoyés, complétés, mélangés dans l’histoire, mais ils n’en restaient pas moins en compétition. Les condamnations répétées de personnages dits hérétiques par les autorités musulmanes demeurent emblématiques de cet affrontement millénaire.

Dévoiler l’Orient

L’Orient n’est donc pas, comme on pourrait le croire, totalement dépourvu d’outils intellectuels pour s’ouvrir à la société de séduction. Il peut toujours se tourner vers son héritage poétique très sensuel, libérer la chevelure noire comme la suie de ses déesses en feu plutôt que de laisser les hommes fantasmer sur des vierges fictives. Sans renier son identité, le monde arabe peut tenter de faire revivre un certain âge d’or à travers la modernité. Le monde arabe a deux choix : continuer à interdire les manifestations amoureuses entre les jeunes et les homosexuels ou accepter un libéralisme devenu plus compatible avec Shéhérazade que certaines sourates du Coran.

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Ce n’est pas en conservant une vision répressive de la sexualité que l’Orient réussira à remonter la pente, que ce soit sur le plan intellectuel ou économique. Si les pays arabes veulent attirer davantage de touristes et d’investissements étrangers, développer leurs systèmes d’éducation et devenir de véritables puissances, ils devront accepter que des femmes attirantes déambulent maquillées, parfumées et peut-être plus légèrement habillées dans les lieux publics.

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