C’est l’histoire d’un type qui glisse sur le trottoir et se fait très mal à la tête. Rentré chez lui, il prend deux cachets d’aspirine. Le lendemain, ayant encore mal au crâne, il prend rendez-vous chez le médecin. Celui-ci, partisan des méthodes radicales, lui prescrit encore de l’aspirine. Deux jours après, le type a toujours mal à la tête et retourne voir son médecin qui lui conseille de reprendre de l’aspirine. Le type meurt. Le médecin conclut tristement : « J’aurais dû lui donner plus d’aspirine. »

L’éducation nationale a bien mal au crâne en 2016 et, depuis quarante ans, des médecins lui prescrivent des réformes à forte dose qui ont autant d’effet que l’aspirine sur un trauma crânien. L’an dernier, le collège était l’objet de toutes les attentions de Najat Vallaud-Belkacem, déclarant le 11 mars au micro d’Europe 1 : « Le vrai problème qu’on a aujourd’hui au collège, c’est que les élèves s’ennuient. » Il s’agissait donc une fois de plus de transformer les professeurs en « gentils organisateurs », grâce à de nouveaux dispositifs innovants : enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) et accompagnement personnalisé (AP) proposant un suivi plus individualisé des élèves, effectué en classe entière, au prix d’une réduction substantielle des heures de français… Car il ne faudrait pas, tout de même, qu’une mesure fasse sens. Accompagnée de l’annonce de la suppression des options langues anciennes et des classes bilangues[1. On notera cependant que 95 % des classes bilangues ont été supprimées dans l’académie de Caen, alors qu’elles ont été conservées à 100 % dans l’académie de Paris. Source : Normandie-actu, 6 février 2016.], la réforme fit descendre les profs dans la rue à la rentrée 2015, sans changer d’un iota la politique ministérielle.

La destruction du collège étant en bonne voie, on dirait que c’est le lycée qui est aujourd’hui dans le viseur des réformateurs. À en croire un rapport de la Cour des comptes[2. « Le coût du lycée », Cour des comptes, 29 septembre 2015.] publié en septembre 2015, le lycée français est beaucoup plus cher que celui de nos (toujours) vertueux voisins européens (particulièrement allemand et suédois, les Italiens et les Espagnols nous rejoignant dans le coin des cancres près du radiateur).

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