Juin, mois de chaleur accablante. 40 degrés dans les cours de récréation et 36 degrés dans les classes : Il est 15 heures. Ahmed a neuf ans. Il n’a rien mangé ni bu depuis le matin.  Ahmed  « veut être fort comme son papa, qui fait le Ramadan ».  Ce jour là, il quittera l’école dans l’ambulance des pompiers. Voici un exemple d’une réalité soigneusement dissimulée derrière les murs des écoles de la République : de plus en plus d’enfants pratiquent le jeûne.

Des écoliers déshydratés

Or, selon le quatrième principe de la Déclaration des Droits de l’Enfant de 1959, « l’enfant a droit à une alimentation, à un logement, à des loisirs et à des soins médicaux adéquats. »  Pourtant, nous laissons des enfants le ventre vide et déshydratés affronter des journées de classe. « Un enfant est en danger ou risque de l’être si sa santé, sa sécurité ou sa moralité ou son développement physique, affectif, intellectuel et social sont compromis. » nous explique le site Service-Public.fr pour définir les situations justifiant  pour tout citoyen la nécessité d’un signalement  à l’aide sociale à l’enfance. Etre contraint de ne pas boire par température caniculaire ne met-il donc pas en danger un enfant ?

Heureusement, le ministère de l’Education Nationale détaille clairement sur Eduscol le « circuit  de transmission d’une situation d’enfant en danger ou en risque de danger. » De nombreux signalements ont donc dû arriver sur les bureaux des cadres de l’institution. Pourquoi ne se passe-t-il rien ?

La médiation, une soumission?

Il ne se passe rien, parce qu’à ne penser que « stigmatisation » et  « islamophobie », on finit par ne plus penser du tout. Il ne se passe rien car une hiérarchie frileuse abandonne les directeurs d’école  avec pour seule consigne le dialogue convivial avec les familles. Comme elle est  lisse et propre, la co-éducation présentée sur le site Eduscol ! Un « guide à destination des parents d’élèves et des professionnels de l’éducation pour faciliter le dialogue, éviter les conflits et indiquer les médiations possibles » est fourni. Nul n’est besoin d’être un expert pour imaginer combien il sera difficile de tenir les deux premiers objectifs, en remettant en cause le choix de faire subir un jeûne à sa progéniture. Reste la médiation…

Parents d’élèves ou inspecteur d’académie

Deux solutions sont proposées. Faire appel aux délégués des parents d’élèves, ce qui permettra au directeur de débattre sereinement avec une dizaine de parents supplémentaires, forcément mesurés et conscients de la violence que constitue le jeûne du Ramadan pour un enfant. La seconde solution lui donnera l’occasion d’appeler à l’aide son inspecteur pour lui avouer son incapacité à « dialoguer et éviter les conflits » et partager sa joie de devoir ouvrir les yeux sur une pratique qui se répand et qu’il avait réussi à ne pas voir jusqu’à présent. Nul doute que l’individu sera enthousiasmé par l’idée de devoir informer sa propre hiérarchie que la circonscription dont il a la charge fait des vagues.

Les écoles bricolent

Alors ? Alors chacun bricole… Des enseignants suppriment les cours de sport, remettant en cause la laïcité en adaptant les enseignements à une pratique religieuse. D’autres appellent des parents qui répondent que c’est à l’école de s’adapter à leurs convictions et non l’inverse ou retirent simplement leur enfant de l’école pour un mois. Pendant ce temps, en France, des enfants restent sans boire ni manger, en activité dans nos écoles, par temps de canicule. Pendant ce temps, des familles se confortent dans l’idée qu’elles peuvent se soustraire aux lois de la République.