L’hebdo satirique ironise sur la mort de la mère de Didier Deschamps
L’image a de quoi horrifier. Ou pire, de quoi faire gerber. Le dessin montre Didier Deschamps, le sélectionneur-entraîneur de l’équipe de France de football, brandissant au-dessus de sa tête une urne funéraire portant l’inscription « maman ».
Didier Deschamps, en effet, vient de perdre sa mère. Il a donc très logiquement quitté les Etats-Unis où se déroule la Coupe du monde de foot pour venir en France accompagner la défunte à sa dernière demeure.
Le dessin de Charlie Hebdo suscite évidemment nombre de commentaires assassins, de critiques cinglantes. L’indécence d’une telle audace les inspire et cela se comprend. Bien sûr, pour le commun des mortels, dont je suis, la question qui se pose est : « Comment cela est-il possible ? Comment a-t-on pu oser ? » Sans doute sommes-nous extrêmement nombreux à affirmer haut et fort que jamais – au grand jamais – nous n’aurions franchi avec une telle impudeur, une telle violence, les limites de la mesure, du respect, de la compassion, de la bienveillance. Cela, au bout du compte pour s’offrir la joie mauvaise d’une transgression de plus imprimée sur papier.
Le dessin du jour, par #Félixhttps://t.co/BMyKfhY0Cv pic.twitter.com/KMtJWjAQNK
— Charlie Hebdo (@Charlie_Hebdo_) June 24, 2026
Oui, c’est assez veule, assez bas, assez sordide. J’en conviens. Et oui, comme je le disais, cela peut donner envie de vomir. À n’en pas douter.
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Mais cette outrance même nous rappelle une vérité que nous avons trop souvent tendance à cacher sous le tapis. Le droit à la connerie. Mieux encore le droit à l’expression de la connerie.
Or, même quand ça fait mal – et en la circonstance ça fait très mal – il faut savoir ronger son frein et continuer, contre les haut-le-coeur qui étreignent et la colère qui gronde, défendre ce droit à la connerie, indissociable de la liberté d’expression tout court.
Dans l’espoir de trouver un soupçon de réconfort, posons-nous donc cette autre question, toute simple : dans combien d’autres pays aller si loin dans la liberté de dire, et même de profaner, serait-ce donc possible ?
Chez nous, il se trouve que cette liberté a encore cours. Pour combien de temps encore, là est la troisième question à se poser. Sans oublier que si les gens de Charlie Hebdo ont le droit d’exprimer ainsi la connerie, nous avons nous celle de nous procurer la publication (en la volant, comme le préconisaient en leur temps les pères fondateurs de l’autre brûlot satyrique Hara-Kiri ?), la liberté disais-je, de la jeter illico dans les chiottes en prenant bien soin de tirer la chasse. Même saturée de fiel, la liberté est belle, voyez-vous. C’est ce dont il faut savoir se persuader jour après jour.
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