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Psychologie de l’antiracisme

Psychologie de l’antiracisme
La journaliste Caroline Roux D.R.

Dans un échange avec le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Franc-Tireur, Christophe Barbier, la journaliste du Figaro Laure Mandeville a contesté le qualificatif de « xénophobe » qu’il venait d’attribuer à Éric Zemmour… avant d’être rappelée à l’ordre par Caroline Roux, l’animatrice de l’émission. Nazisme, racisme, grand remplacement, les mots accusateurs pleuvent et veulent disqualifier le premier défenseur d’une théorie ou plutôt d’une peur éprouvée par une grande partie des Français aujourd’hui, selon les derniers sondages parus.

Comment expliquer ce rejet absolu dont Zemmour fait l’objet de la part de personnes qui le caricaturent en pétainiste, raciste, islamophobe, antisémite, sans prendre la peine d’examiner ses prises de position et ses propositions et sans chercher à le combattre avec de véritables arguments? 

À gauche, un grand remplacement des idées

La plupart de ceux qui redoutent les désordres et les tensions qu’entrainerait une victoire d’Eric Zemmour se sentent protégés d’une façon ou d’une autre des désordres, tensions et bouleversements sociaux actuels ou prévisibles bien réels qui sont trop souvent niés et passés sous silence. Le clivage droite-gauche a été remplacé par une nouvelle lutte des classes, comme le montrent les analyses de Christophe Guilluy et de David Goodhart qui estime qu’on retrouve un peu partout dans le monde occidental une division entre les Anywhere, ceux de Partout et les Somewhere, ceux de Quelque Part.

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Mais l’explication sociologique par une nouvelle lutte des classes entre une bourgeoise acquise au cosmopolitisme de la société multiculturelle et des milieux populaires méfiantes envers les élites et soucieux de conserver identité et enracinement qu’ils ressentent comme en voie de disparition ne suffit pas à expliquer le caractère apparemment irrationnel du rejet absolu d’Eric Zemmour.

Depuis 50 ans, la gauche minoritaire dans le pays est restée dominante culturellement dans le monde des médias et des élites politiques qui donnent le ton sur ce qu’il est bon de penser. Les points de vue hétérodoxes sont renvoyés aux marges de ce qu’il est convenu d’appeler l’extrême-droite. La gauche acquise aux thèses antiracistes et décoloniales fait mine de poursuivre le combat contre les inégalités mais de fait elle a remplacé la lutte sociale par la repentance. 

L’idéalisation de l’immigré, comme figure sanctifiée par la pauvreté et la souffrance, prend la suite de l’idéalisation du prolétariat, et cela pour les mêmes raisons. Le blanc a remplacé le bourgeois des contestataires de mai 68, cet assassin de la pureté d’un monde ouvrier imaginaire qui désormais est remplacé par le musulman, damné de la terre. 

Ressorts inconscients

On a bien là un équivalent du racisme qui attribue à l’autre, oppresseur ou opprimé des caractéristiques immuables. Comme dans le racisme, c’est au nom de la conscience morale qu’on peut se permettre d’éprouver de la haine pour le porteur de tares monstrueuses. Dans le racisme traditionnel, c’était la cupidité du juif et la luxure proche de l’animalité du nègre qu’on abhorrait. Aujourd’hui on diabolise au nom du Bien celui qui déclare son rejet de l’immigration en provenance des pays musulmans et africains et exprime son refus d’un islam prosélyte. Il est accusé de diffuser des peurs imaginaires en vue d’allumer le feu de la haine. 

Ainsi comme dans un tour de passe-passe, la victime de cette diabolisation devient le diable qui veut persécuter des innocents, sanctifiés par la pauvreté qui les obligent à chercher l’asile par l’immigration, et par les risques de mort qu’ils encourent. Le réel est absent de cet univers fait de mythes et de slogans, appuyés par une propagande médiatique qui sait utiliser les ressorts inconscients de ces phénomènes d’idéalisation et de diabolisation. 


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Essayiste et fondateur d'une approche et d'une école de psychologie politique clinique, " la Thérapie sociale", exercée en France et dans de nombreux pays en prévention ou en réconciliation de violences individuelles et collectives.

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