Tony Parker est un personnage attachant. De père américain et de mère française, élevé en France, repéré et formé par la Fédération Française de Basket, parti jouer aux États-Unis, il est devenu une star mondiale. Fort riche, adulé, confortablement installé dans la jet-set, voilà pourtant un garçon qui considère qu’il a quelque chose à rendre. À son pays.

Depuis dix ans, il sacrifie toutes ses vacances, dépense beaucoup d’argent, se fait engueuler par ses employeurs américains, moquer par des journalistes branchés. Et pourquoi ? Pour aider l’équipe de France, qu’il porte à bout de bras, à enfin remporter un titre international. Depuis dimanche, c’est fait, la France est championne d’Europe. Et de quelle manière ! En demi-finale, contre l’ogre espagnol, il est allé chercher ses partenaires, à la dérive en 1ère mi-temps. Au fond du trou, où l’importance de l’enjeu les avait envoyés. Avec une énergie, une rage et une autorité impressionnantes. Il a vraiment gagné ce match à lui tout seul. Alors, en finale, prétendant être un peu fatigué, mais avec beaucoup d’élégance, il s’est un peu effacé, et fait jouer ses partenaires pour que la victoire soit  aussi celle de toute l’équipe. Et pour que l’on puisse voir une bande de colosses noirs et blancs, issus des  «quartiers » brailler la Marseillaise tout en haut d’un podium. Étant assez sentimental, j’aime bien. Et puis imaginer Joakim Noah, – qui a dédaigneusement refusé la sélection en équipe de France –  en train de se les mordre dans sa chambre new-yorkaise, c’est un petit plaisir de plus.

Ah oui, mais non ! Parker a blasphémé. Déjà qu’on le surprend à parler de nation et de drapeau, ne voilà-t-il pas qu’à la mi-temps du match contre l’Espagne, et pour réveiller ses partenaires apeurés, il leur a servi un discours dans les vestiaires, dans lequel il les a accusés « de jouer comme des tapettes ! ». Malheureux !  Le fait que ça ait marché n’efface pas l’injure à la nouvelle religion. Immédiatement relevée par le nouveau clergé emmené par la Grande prêtresse Roselyne Bachelot (si, si, celle-là même. Avec elle, le pire est toujours sûr !). Déchaînement sur les écrans et les réseaux.  Occupé à préparer sa finale du lendemain, l’hérétique a été sommé d’abjurer. Ce qu’il a fait prudemment.

S’appliquant probablement le fameux précepte d’Henri IV. Vous avez eu raison Monsieur, mais si je peux me permettre un conseil, ne soyez pas relaps, ce serait le bûcher assuré.

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