Nous étions l’autre soir chez Yushi (« Courage » en japonais. ) à nous demander pourquoi Roman Polanski bénéficiait d’une telle indulgence dans les média, alors qu’il avait été condamné par la justice, contrairement à David Hamilton qui n’a jamais été reconnu coupable de quelque délit que ce soit. Imaginons une rétrospective des films de David Hamilton à la Cinémathèque : ce serait l’émeute.

Talents d’Achille

La réponse ne tarda pas. Polanski est un artiste surdoué, Hamilton un fabricant d’images kitsch. L’un mérite nos hommages, l’autre notre mépris. Vu sous cet angle, le plus banal qui soit, l’affaire est vite réglée… Sauf que le kitsch (soit dit en passant le kitsch n’existe pas en littérature) est un concept qui mériterait une longue analyse tant il est, comme l’idéologie, soumis à des variations de jugement esthétique qui en font plutôt une arme de guerre contre un certain goût populaire de la part des élites qu’une frontière entre ce qui est recevable et ce qui ne l’est pas. Est kitsch ce que nous n’aimons pas, comme est « idéologique » la pensée d’autrui quand elle nous révulse. Après tout, c’est de bonne guerre.

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Le problème vient du fait qu’avec le temps les goûts changent : il fut une période où les petites séries B, voire Z, au cinéma étaient méprisées. Et où la critique ne prisait rien tant que des films ambitieux et, pour tout dire, académiques. Il n’est pas invraisemblable que l’œuvre inégale de Polanski – à titre personnel j’aime beaucoup Frantic et Lunes de fiel – soit jugée académique et que celle de David Hamilton passe pour avant-gardiste. Nul ne peut présumer de l’avenir.

Le triste privilège des femmes

Il n’y a aucune raison d’assassiner Hamilton et de porter Polanski au pinacle. De même qu’il est parfaitement grotesque d’attaquer Tariq Ramadan pour une présumée pédophilie, alors que pas une plainte n’a été déposée à Genève d’où viennent les confidences de lycéennes sans doute amoureuses de leur professeur dans les années 1990. Quant à Weinstein, puisqu’il faut à notre époque des boucs-émissaires pour bien montrer « que les temps ont changé », que « la parole des femmes s’est libérée » et que la délation est devenue un devoir civique, il fait parfaitement l’affaire.

C’est pourquoi sur ce plan je défends aussi bien Polanski que Hamilton, Ramadan que Weinstein. Mes préférences vont aux deux premiers. Mais les attaques en-dessous de la ceinture, surtout quand elles ne sont pas établies par la justice, me répugnent. Les scènes de chasse en meute me font vomir. Il semblerait qu’elles soient devenues aujourd’hui le triste privilège des femmes. Oui, c’est bien à un changement d’époque auquel  nous assistons. Sans doute irréversible. Ne me demandez pas de m’en réjouir !

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