La PMA et l’avènement de l’enfant «made in labo» ne sont-ils pas l’expression de notre servitude volontaire, ainsi que de notre soumission face à la toute puissante Technique?


Écrit en 1576 par un tout jeune homme, Etienne de la Boëtie, l’ami de Montaigne, « Le Discours sur la Servitude volontaire » est un réquisitoire célèbre contre l’absolutisme. L’idée est simple : contrairement à ce que nous pensons, la servitude d’un peuple n’est pas contrainte mais volontaire. Comment l’opinion de quelques uns fait-elle la loi à une majorité ? 

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Parce que le peuple est endormi par « les drogueries » : farces et attrapes, et jongleries. Pour comprendre, il suffit de remplacer le mot absolutisme par « politiquement correct » : ici l’inscription, dans notre droit, de la filiation sans engendrement. Raison invoquée ? La société, qui a changé. À la source de notre soumission, ce que notre auteur appelle : « le malencontre ».

La “radicalisation” de Sylviane Agacinski

Comprenne qui veut. Alors que la Colombie britannique admet quatre parents, nous, alourdis que nous sommes par nos traditions philosophiques et éthique, nous ne cessons de justifier nos choix. Depuis des années, nous faisons des débats grands et petits, nous délibérons avec précaution sous la pression médiatique.

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Interrogée à France Inter, le 24 juillet, par Léa Salamé, la philosophe Sylviane Agacinski avoue n’avoir pas perçu tout de suite que la PMA était, comme dit Dominique Folscheid « le cheval de Troie du transhumanisme ». Son discours est plein de raison. Sauf que, faute de la définir, peut-être, avec précision, elle floute un peu la PMA alors que Madame Buzyn, évoquant le cas du « tiers donneur » au sein des couples hétéros, disait clairement au JDD, que c’est au nom de l’égalité entre les femmes qu’était portée la loi de la PMA pour toutes. À Madame Agacinski qui lui objectait que la PMA pour toutes était déraisonnable, Léa Salamé eut cette réponse digne d’une anthologie : « Vous répondez sur l’enfant non sur la femme !  » L’enfant « made in labo » est, en effet, comme le dit encore Folscheid, « le muet du sérail ».

La Technique qui « change la vie » …

Dans cette fabrique d’enfant, l’homme manifeste son savoir-faire qui est grand. Mais c’est notre « soumission » qui accomplit tout. La technique, avatar de l’art, ne fait qu’imiter la nature. Mais nous, que faisons-nous sinon répondre, avec empressement, à une technique sophistiquée, par la sophistication de notre discours explicatif ? Chapeau, l’artiste ! Je veux dire la Technique ! La vérité est que la Technique nous fascine au point que nous marchons tous sur la tête. Entre le peuple et les têtes pensantes, entre les sachants et les acquiesçants, il n’y a aucune différence. Nous avons tous congédié royalement la raison. Adieu, bon sens, la chose du monde, dit-on, la mieux partagée !

Dans son avion qui le menait au Japon, tandis que notre Infirmière en chef nationale, Madame Buzyn, se porte au chevet de nos corps fatigués, Le Prince poète a ouvert une Semaine en enfer.  Les Français crèvent de chaud : pas lui. Comme Rimbaud, il veut changer la vie. À l’hôtesse lui offrant un saké, il sourit. « Il faut être absolument moderne »  ! Elle, de s’incliner en souriant. Vox populi, vox dei. Ce matin des sondages tombent : les Français sont favorables à « la filiation pour tous ». 

Dans son essai appelé plus tard « Contre Un » La Boésie écrivait : « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres ».

Marie-Hélène Verdier vient de publier La fabrique d’orphelins, un essai chez Pierre Téqui Editeur.

 

 

 

 

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Marie-Hélène Verdier
Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur du récent essai La guerre au français publié au Cerf.
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