Pink Floyd (SIPA :REX40131562_000001)

Tenez-vous bien, tenez-vous mieux, comme disait l’ex-France Inter Pierre Desproges, du temps où les humoristes de la station n’étaient pas d’interchangeables idéologues, où Monsieur Cyclopède pouvait dire : « J’adhérerai à SOS Racisme quand ils mettront un S à Racisme. » Après tout, Desproges aussi prend un S, il avait eu l’élégance de montrer l’exemple, même s’il était unique, lui. Trente ans après, il est plus facile de féminiser le vocabulaire à tout-va que de pluraliser certains termes, étonnant non ? Surtout dans une société où la pluralité est la règle, en théorie…

La face inédite du Floyd

Mais revenons à l’événement musical de cette fin d’année : la sortie des archives 1965-1972 de Pink Floyd, sous la forme d’un coffret, tenez-vous bien mieux, de 10 CD, 9 DVD, 8 Blu-ray et 5 vinyles, soit 11 heures de musique ésotérique (dont 7 inédites) et 14 heures de vidéo planantes. Le prix de la bête : 450 euros, on n’arrête pas le progrès ! Heureusement, la maison de disques a pensé aux gueux : une version ramassée (double CD The Early Years 1967 – 1972 / Cre/ation) a été confectionnée pour nous présenter un petit échantillon de ces perles historiques en guise de Pink Floyd pour tous ! Mais qu’à cela ne tienne, même sur un seul CD, le groupe légendaire n’a pas son pareil pour vous faire décoller du plancher des vaches. Avec cette somme, vous allez marcher sur la lune pour longtemps. On se souvient que l’œuvre du groupe s’ouvrait dès 1967 sur un bruit d’émetteur éloquent (« Astronomy Domine », premier titre du premier album studio, émaillé de voix très « Roger Roger »). Normal : à l’époque, la conquête spatiale fascinait la sphère musicale et sa galaxie psychédélique. Ainsi, quand The Police marche sur la lune en 1979 (« Walking on the Moon »), tout le gratin progressif de la confrérie rock a depuis longtemps défriché le terrain, amplement : Aphrodite’s Child, David Bowie (et son Major Tom légendaire de « Space Oddity »), Pink Floyd (qui a même exploré la face cachée de l’astre froid), Van der Graaf Generator, The Alan Parsons Project, Yes, The Doors (« Moonlight Drive »), etc… il n’y a rien de mieux que l’évocation de l’espace lunaire pour s’envoyer en l’air dans la musique binaire.

Et quand l’homme a foulé le sol de la lune en 1969, cela faisait longtemps que Pink Floyd était dans le cosmos, par l’entremise de son chanteur-leader charismatique Syd Barrett. Écoutez leur premier album, The Piper at the Gates of Dawn, pour vous en convaincre. Barrett entreprendra ensuite d’explorer les trous noirs de l’univers pour les éclairer de son feu follet d’étoile filante éternelle (Cf. son œuvre solo cryogénisée dans l’antre de la folie géniale). Les mauvaises langues invoqueront les effets explosifs de la drogue. Et elles auront raison, en partie seulement : quand Noah s’envoie un splif, il enregistre « Saga Africa », quand Barrett fait la même chose, ça donne « Jugband Blues »… Alors oui, la drogue – et l’alcool d’ailleurs – a parfois bon dos pour excuser le génie. Le Syd a révélé la profonde inégalité de l’homme face aux paradis artificiels. Il suffit d’écouter la session du titre « Flaming » de 1967 à la BBC, en direct live, pour tomber amoureux de l’artiste !

Le rock de l’espace

Une chance, ce morceau est disponible sur la compilation double CD réservée aux sans-dents. Après le départ de Barrett en 1968, beaucoup de vide musical colmatera avec plus ou moins de bonheur les brèches du fuselage en diamant noir qu’il était. Car on le sait, un seul être vous manque et tout l’espace est dépeuplé, comme disait très justement l’une des sœurs de Lamartine (qui ne comprenait pas toujours la poésie de son frère adoré). Keith Richards l’a clamé avec raison : « les solos de guitare, c’est de la branlette ! » Avec le Floyd post-Barrett, on se contentera de la branlette intersidérale en barre (et en stéréo), mais que c’est bon !

Achetez le Floyd, en petit ou gros volume, pour comprendre ce qu’est la musique sensorielle à la fois folk, pop, rock, blues, psychédélique, barrée, schlass, et extra-lucide, car la vie se résume à un voyage sur la face cachée de la lune finalement !

Si vous voulez encore du planant et que vous n’êtes pas rassasiés par le psychédélisme sixties, courez du côté de la galerie Raison d’Art à Lille, où l’ami CharlElie Couture expose ses œuvres picturales « InnerPortraits », barrées comme un avion sans aile (ou un Pink Floyd sans Barrett), jusqu’au 24 décembre ! Événement inratable pour nos amis nordistes !

153 bis Boulevard de la Liberté (Lille). Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 17h (tous les jours sur RDV).

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Sébastien Bataille
est l'auteur de nombreux ouvrages biographiques, dont Jean-Louis Murat est l'auteur de nombreux ouvrages biographiques, dont Jean-Louis Murat : Coups de tête (Ed. Carpentier, 2015). Ancien collaborateur de Rolling Stone, il a contribué à la rédaction du Nouveau Dictionnaire du Rock (Robert Laffont, 2014) et vient de publier Jean-Louis Murat : coups de tête ...
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