L’humoriste renouvelle avec bonheur l’art du stand-up dans un mélange de poésie et d’absurde, loin des cases où on voudrait l’enfermer.


Le petit théâtre de l’Européen à Paris, place de Clichy, a des allures de refuge par les temps qui courent : Pierre Palmade y joue ses sketches cultes devant un parterre de boomers acquis. Spectacle sans promotion qu’il a décidé de monter sur une impulsion, car l’envie de jouer se faisait pressante. Et il illumine la scène de sa présence lunaire, savant mélange de mime Marceau expressif et de réincarnation de Sylvie Joly, sa figure tutélaire.

L’humoriste sort d’une sale période

Il est vrai que Palmade a davantage occupé l’espace médiatique ces dernières années avec ses frasques amoureuses et sa consommation de substances qu’avec ses performances artistiques. Et il veut tirer un trait : « Maintenant, je voudrais que le nom de Palmade soit associé à humoriste, acteur, auteur, et pas à homosexuel cocaïnomane ».

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De cette période « maudite », on retiendra cependant sa prestation chez Ruquier en avril dernier où il présentait son livre-confession : Dites à mon père que je suis célèbre. Il a apporté sur le plateau sa fraîcheur et sa franchise – à propos de laquelle il déclare : « Je n’ai pas de filtres, c’est comme une maladie, j’ai besoin de tout dire, je confonds les médias avec ma mère ». Sincérité, mais aussi courage, car il y osé dire ne pas se sentir gay, mais homo et a même lâché qu’il aurait préféré être hétérosexuel, sacrilège en ces temps de néo-maccarthysme communautariste. Bien sûr, le lobby LGBT n’a pas tardé à lui envoyer des volées de bois vert. Il a alors compris qu’à l’ère des réseaux sociaux, on ne pouvait plus se permettre d’être sans filtre. Cette sincérité élevée au rang des beaux-arts, au mépris des conventions progressistes, est cependant touchante.

Artiste paradoxal, solaire et angoissé, Palmade a l’éducation bourgeoise qui lui colle à la peau. Elle ne l’a pas détourné des provocations du show-biz, ni de la sexualité ambiguë. Il accepte avec bonheur la comparaison avec Jacques Chazot, dont il a joué le rôle dans le biopic de Diane Kurys sur Sagan : « C’est vrai, j’ai la même complicité avec Véronique Sanson que celle qu’il avait avec Sagan. »

Un comique à l’ancienne

Mais revenons à l’humoriste biberonné aux émissions de Maritie et Gilbert Carpentier et au théâtre de boulevard. Héritage qu’il assume avec une certaine fierté : « J’étais déjà un comique à l’ancienne il y a vingt ans, c’est un genre d’humour que j’ai peut-être modernisé, et il faut faire de la résistance face au stand-up ». Le stand-up, qu’il semble apprécier pour ses grands noms comme Blanche Gardin ou même Jamel Debbouze, est selon lui devenu un genre trop fourre-tout, nourri par YouTube qui génère 25 nouveaux comiques par jour, dont beaucoup n’ont rien à dire. C’est un peu l’art contemporain du rire. « Il faut distinguer un humoriste d’un déconneur », conclut-il.

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L’auteur va donc prendre le pas sur le comédien, La Troupe à Palmade se reforme, avec une foultitude de noms prestigieux, d’Isabelle Nanty à Muriel Robin. À partir de fin avril, cette troupe oubliée du public va égrainer sur scène de petites saynètes absurdes et poétiques. Car la poésie, il dit l’avoir toujours eu en lui : « Aujourd’hui, j’ai envie de parler à une chaise, de cultiver mes non-dits et mes silences ». Il relance également, pour une émission qui sera diffusée sur M6, « Le Grand Restaurant » au titre délicieusement vintage, qui fait référence à un film avec Louis de Funès et Bourvil. Soutenu par l’humour exigeant de François Rollin, il y campe un directeur de restaurant qui virevolte de table en table, où des couples interprétés par des comédiens prestigieux devisent sur l’amour, la mort, la vie. Ce défi l’angoisse et fait passer une ombre dans ses yeux limpides.

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Sophie Bachat
est enseignante.
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