Pourquoi les Schtroumpfs sont bleus ? Et d’ailleurs, pourquoi les « Schtroumpfs » ? L’expo parisienne consacrée à leur créateur vous le schtroumpfera. Vous saurez tout sur le Peyo !


Ils sont bleus, belges et champions du monde. En nombre d’albums vendus, d’entrées au box-office et en matière de produits dérivés, les Schtroumpfs n’ont pas attendu d’avoir une deuxième étoile sur le maillot pour casser la baraque ou plutôt le champignon. Ces lutins qui vivent dans la forêt sous la menace perpétuelle de Gargamel fêtent, cet automne, leur soixantième anniversaire. Ils sont nés le 23 octobre 1958 dans le Journal de Spirou. Leur créateur s’appelle Pierre Culliford (1928-1992). Il est plus connu sous son nom d’artiste : Peyo ! Comment des farfadets bleus à casaque blanche dirigés par un bonnet rouge ont conquis la planète avec une seule femme (blonde) dans leur équipe ? N’y voyez aucune misogynie ou politique des quotas. Les Schtroumpfs viennent d’une époque où la liberté de penser ne se mesurait pas, ne se quantifiait pas ou ne transformait pas une œuvre artistique en brûlot idéologique.

Un sentiment aussi d’appartenance et de sécurité

Tout n’est pas matière à débattre et à geindre. Perdez vos réflexes identitaires pour apprécier seulement cette fantaisie dessinée. L’expo Peyo au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris raconte cette folle histoire jusqu’au 28 octobre. Derrière le succès de la série et un merchandising florissant, il y a Peyo, ce dessinateur bruxellois qui peine à imposer son style dans l’univers de la bande-dessinée d’après-guerre. S’il n’a pas le génie artistique d’un Franquin ou d’un Morris (ses deux amis le soutiendront à ses débuts), c’est un exceptionnel raconteur d’histoires. Une narration poétique et dynamique, des personnages vivants, un don inné pour le mouvement et l’intrigue, un talent pour la facétie et puis aussi, une part indéniable de mystère. Pourquoi les Schtroumpfs attirent d’emblée la sympathie ? Suscitent-ils une sorte de bien-être ? Cette plongée féerique dans les contes nous réchauffe immédiatement le cœur. Un sentiment aussi d’appartenance et de sécurité nous lie à eux comme si ces lutins nous protégeaient du monde extérieur. De petits bonshommes aux personnalités infinies, reproductions miniatures de notre chaîne humaine, nos frères Schtroumpfs nous fascinent par leur mobilité et leur malléabilité face aux différentes situations. Ce n’est pas un hasard si Peyo a été très tôt fasciné par le travail de Hergé et de Walt Disney. Les Schtroumpfs sont universels, ils sont une allégorie de nos joies et de nos peines. Peyo va d’abord connaître la popularité avec Johan, un page du roi, incarnation du Robin des Bois joué par Errol Flynn au cinéma. Le Moyen Âge comme terre d’aventures où ses jeunes lecteurs pourront goûter à l’évasion et au miraculeux.

Très vite, Johan est accompagné du nain Pirlouit, condensé drolatique du garnement, cumulant sur sa personne tous les défauts de la Terre. Menteur, joueur, maladroit, sûr de lui, perdu et attachant. Un jour, il faudra écrire une étude de caractères sur la personnalité complexe de Pirlouit. C’est justement dans La Flûte à six trous, album prépublié entre mai 1958 et février 1959 que Johan et Pirlouit rencontrent les lutins bleus. Cas d’école de personnages secondaires qui prennent le pouvoir sur les héros principaux. L’album sera rebaptisé La Flûte à six schtroumpfs et scellera le sort de Johan et Pirlouit. Personne ne résiste à ces petits bleus.

Des bleus plein les yeux !

Pourquoi le bleu d’ailleurs ? Nine, l’épouse et coloriste de Peyo répond à cette interrogation existentielle : « Comme, au départ, les Schtroumpfs se dissimulent tout le temps dans les feuillages, je ne pouvais pas les faire verts, ils se seraient noyés dans le décor ! ». Quant au nom si étrange, schtroumpf, il sort de la bouche de Peyo qui voulant demander à son ami Franquin, lors d’un repas de vacances sur la côte belge, de lui passer le sel devient, par accident de langage : « Passe-moi le… schtroumpf !».

L’engouement planétaire aura comme catalyseur le petit écran. Le patron de NBC Fred Silbermann est stupéfait de voir sa petite fille accrochée à sa peluche smurf (schtroumpf en anglais). Il pressent le phénomène. L’audimat culminera à 42 %, chaque samedi matin, à la télé américaine durant les années 80. 300 épisodes seront produits par les studios Hanna-Barbera de manière quasi-industrielle, obligeant Peyo à d’incessants allers-retours entre la Belgique et les Etats-Unis.

Le créateur y laissera sa santé et finira par ne plus dessiner des aventures ce pour quoi il était un maître. Il eut néanmoins le bonheur de retrouver sa table à dessin pour un ultime épisode Le Schtroumpf financier en 1992. L’expo revient en détail, planches et documentaire filmé à l’appui, sur cette saga cinq étoiles.

Expo Peyo, jusqu’au 28 octobre – Centre Wallonie-Bruxelles – 127-129 rue Saint-Martin 75 004 PARIS 

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