De Mel Brooks, on retient surtout sa dilection pour le pastiche et la parodie, allant du meilleur (Frankenstein Junior, Le Grand Frisson reprenant tous les grands gimmicks hitchcockiens) jusqu’au pire (les poussifs – doux euphémisme- Sacré Robin des bois et Dracula, mort et heureux de l’être).


Le premier film de Mel Brooks a 50 ans ! A cette occasion, Carlotta nous propose de revoir une version restaurée des Producteurs et c’est avec un grand plaisir que nous allons pouvoir redécouvrir cette œuvre assez typique d’un certain humour juif.

Les Producteurs ne relève pas de ce genre mais d’une tradition comique plus classique et plutôt bien écrite. Un producteur qui connut son heure de gloire à Broadway, Max Bialystock, se voit désormais contraint de jouer les gigolos auprès d’octogénaires libidineuses afin de récolter quelques malheureux deniers. Un jour, son comptable (Gene Wilder) lui fait remarquer qu’il y aurait beaucoup d’argent à gagner en montant un projet qui ferait un gros bide. L’idée germe dans la tête de Max et voici nos deux compères partis à la recherche de la plus mauvaise pièce du monde. Quand la pépite aura été trouvée (une apologie du troisième Reich écrite par un ancien nazi), il n’y aura plus qu’à trouver un metteur en scène incompétent et le plus piètre des acteurs pour incarner Hitler…
Même si cela peut paraître plus banal aujourd’hui, il fallait une certaine audace pour prétendre faire rire d’Hitler une vingtaine d’années après la fin de la guerre. Pour situer les choses, Mel Brook avait 19 ans lorsque s’est terminée ladite guerre et quand il s’attaque à un sujet pareil en 1968, on peut imaginer que les plaies étaient encore vives.

Un baroque de la dernière heure

Avec Les Producteurs, le cinéaste ose un certain mauvais goût (l’hilarante représentation de la pièce Springtime for Hitler) mais il le fait avec beaucoup de talent et de loufoquerie. Situant son film dans les milieux du théâtre, il se place évidemment sous l’ombre tutélaire de Lubitsch et l’on songe souvent (toutes proportions gardées) à To Be or not to Be (est-ce un hasard si Mel Brooks sera acteur dans le dispensable remake de ce chef-d’œuvre ?).
Il fonctionne essentiellement sur l’abattage comique de son duo d’acteur. D’un côté, Zero Mostel qui incarne un producteur à la fois irascible avec son compère mais onctueux à souhait lorsqu’il s’agit de soutirer de l’argent aux petites vieilles. De l’autre, l’excellent Gene Wilder qui joue ici avec un certain génie un comptable totalement névrosé et effrayé par son compagnon. Il y a du Laurel et Hardy chez ces deux personnages qui se mettent en quête des professionnels les plus incompétents pour monter leur projet. Cette recherche permet à Mel Brooks de brosser un tableau haut en couleur de personnages déjantés et pittoresques : un auteur nostalgique du troisième Reich affublé d’un accent germanique terrible, un metteur en scène travesti et son assistant aux allures de Méphisto ou encore le très baba-cool L.S.D qui sera choisi pour interpréter Hitler et qui assurera à la pièce un succès inattendu puisque ses « baby » ajoutés à chacune de ses répliques déclenchera l’hilarité du public…

Le film n’est sans doute pas parfait et joue parfois un peu trop la corde de l’hystérie. Mais il recèle de nombreux passages très drôles (encore une fois, ce moment où Mel Brooks pastiche le cinéma de Busby Berkeley et imagine une chorégraphie où les acteurs forment une croix gammée est assez irrésistible) et son rythme ne faillit pas. Mais ce qui séduit finalement le plus, c’est cette manière d’exorciser l’horreur absolue par le rire et de montrer la toute-puissance du « spectacle » (pas au sens de Debord mais tout ce qui relève de la représentation scénique) pour conjurer tous les maux…

Les Producteurs (1971) de Mel Brooks avec Zero Mostel, Gene Wilder (Editions Carlotta Films)

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