L’ABCD de l’égalité, vaste programme de rééducation des masses engagé par Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem, dont nous avons appris qu’il était déjà en place depuis le mois de septembre et qu’il avait commencé par la formation des inspecteurs et des chefs d’établissements, constitue une pure et simple entreprise idéologique. Depuis la semaine dernière, les médias s’en font les porte-paroles les plus actifs. Objectif officiel : effacer les inégalités entre les sexes qui déterminent trop souvent l’orientation scolaire et professionnelle des garçons et des filles, ce depuis le plus jeune âge. Objectif officieux officieux : extirper de l’esprit de nos enfants les stéréotypes liés aux genres qui déterminent leur vie.

Pour réformer les esprits, Vincent Peillon, aidé de Najat Vallaud-Belkacem, a décidé de s’en prendre aux plus malléables, ceux des enfants. Mais pas seulement. « Najat Vallaud-Belkacem veut éduquer les pères » jugés responsables de transmettre à leurs enfants les idées stéréotypées selon lesquelles les filles ne peuvent qu’être coiffeuses, maîtresses d’école ou secrétaires et les garçons footballeurs, pompiers ou patrons, précisait Léa Salamé sur I>télé mercredi dernier. On avait compris que Mme Vallaud-Belkacem n’aimait pas beaucoup la masculinité, la voilà qui dévoile chaque jour un peu plus son fantasme d’un Etat maternaliste total.

Pour se faire une idée de ce qu’est une idéologie en actes, il faut regarder le débat animé par Elisabeth Quin dans l’émission « 28 minutes » d’Arte du 14 janvier, qui opposait Nicole Abar, ancienne footballeuse de haut niveau et chargée de mission pour l’ABCD de l’égalité et Nacira Guenif-Souilamas, sociologue sans arguments autres que son idéologie, à Olivier Vial, président de l’UNI et porte-parole de l’Observatoire sur la théorie du genre, dont les arguments factuels étaient constamment balayés par les deux idéologues.

Pour commencer, les promoteurs de l’ABCD de l’égalité insistent sur le fait – censé nous rassurer –qu’il s’agit d’une expérimentation du ministère de l’Education nationale, expérimentation dont les enfants sont les premiers cobayes, mais qui n’oublie pas les adultes, coupables d’inculquer à leur progéniture les idées selon lesquelles un garçon et une fille, ce ne serait pas tout à fait pareil.

Soyez rassurés, nous dit-on encore, d’autres l’ont fait avant nous, notamment la Suède. Là, nous explique doctement un journaliste d’ I>télé, certains couples élèvent leurs enfants de la manière la plus neutre possible, en leur choisissant des prénoms qui ne soient pas « genrés » et sans jamais leur révéler leur identité sexuelle.

« Pop » n’est donc ni un garçon ni une fille mais seulement « Pop », paraît-il. Et de nous apprendre que les Suédois ont également introduit un nouveau pronom neutre dans leur langue, lequel remplace le « il » et le « elle », afin de promouvoir l’égalité des chances des filles et des garçons. « Cela est une question de démocratie » explique une directrice d’école interrogée par les journalistes en mission, lesquels nous apprennent également qu’une marque de vêtements suédois a supprimé de ses magasins les rayons filles et garçons pour ne pas jouer le jeu des stéréotypes de genre. Ces initiatives ne font pas polémique en Suède qui, nous dit-on encore, est un pays très avancé en ce domaine. La France est ainsi priée de se conformer à l’Esprit de l’Histoire que la Suède incarne aujourd’hui.

Malheureusement, on chasse le naturel, il revient au galop. C’est ce qui a été observé dans les écoles où les jeux neutres sont mis en avant (entendez des jeux où chaque rôle peut être tenu indifféremment par une fille ou un garçon). Dès qu’on cesse d’imposer ces jeux neutres aux enfants, les garçons retournent jouer aux pompiers et les filles à la dînette. Ainsi, nous explique Nacira Guenif-Souilamas, il faudrait commencer par changer le nom de l’école maternelle et l’appeler par exemple école passerelle. Avouons que ce terme a le mérite du flou, à défaut d’une consonance agréable.

Il faut ensuite travailler sur l’inconscient car les obstacles à la réussite des femmes viennent souvent d’elles-mêmes et sont invisibles ; les hommes, eux, répètent le même schéma inconsciemment et l’inculquent à leurs enfants.

Nicole Abar préconise donc de dépêcher plus d’enseignants hommes dans les petites classes du primaire car il ne faut pas seulement féminiser les professions masculines, mais aussi masculiniser les professions féminines. C’est un combat sérieux et Vincent Peillon l’affirme : « ce dispositif (l’ABCD de l’égalité) est tout sauf anecdotique ». C’est bien ce qui est en droit de nous effrayer. Va-t-on forcer les hommes à devenir instituteurs, puériculteurs et sages-hommes ? Va-t-on forcer les femmes à déserter ces emplois au nom de l’égalité hommes-femmes ?

Non, nul besoin de forcer qui que ce soit, nous le ferons de nous-mêmes. Nicole Abar nous explique déjà qu’une directrice qu’elle formait s’est reprise toute seule après avoir commis un horrible lapsus sexiste (genré dit-on dans leur langage). Elle avait d’abord dit qu’elle faisait jouer ses enfants « à la marchande ».

Reste une question essentielle : qu’est-ce qui fait naître chez certains de nos congénères l’ambition de rééduquer les masses malgré elles ? Au fond, c’est la seule question qu’il faudrait poser à Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem.

 

*Photo :  LECARPENTIER-POOL/SIPA.  00652846_000004.

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