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Massacre d’Ozar Hatorah: déjà dix ans

En 2012, Merah tuait sept personnes dont trois enfants juifs et faisait six blessés

Massacre d’Ozar Hatorah: déjà dix ans
Toulouse, mars 2022 © Valentine CHAPUIS / AFP

Depuis les attaques terroristes autour et dans la ville rose en 2012, les Français ont vu leur sol frappé par de nombreux attentats islamistes. Ils savent désormais que la thèse du loup solitaire ne tient pas. Si la peur du Covid a un temps chassé la peur du terrorisme islamiste, la libanisation du pays et l’incapacité des gouvernements successifs à y mettre un coup d’arrêt font craindre que cela ne soit pas fini.


Le 19 mars 2012, il y a tout juste dix ans, Mohammed Merah roulait en scooter dans les rues de Toulouse. Après avoir assassiné les militaires Imad Ibn Ziaten à Toulouse, le 11 mars, et Mohamed Legouad et Abel Chennouf à Montauban, le 15 mars, laissant aussi lors de cette dernière attaque Loïc Liber tétraplégique, il s’est bien reposé en allant à la pizzeria avec son frère et sa sœur et en sortant en boîte de nuit. Alors ce lundi 19 mars, peu avant huit heures du matin, pendant que les élèves du collège-lycée Ozar Hatorah rentraient pour débuter leur journée, il s’est arrêté devant le portail vert, a sorti ses armes et a abattu Jonathan, Arié et Gabriel Sandler, le professeur de Talmud de l’établissement qui attendait avec ses deux fils de trois et cinq ans, puis Myriam Monsonego, la fille du directeur de l’école âgée de huit ans, tuée à bout portant parce qu’elle avait laissé tomber son cartable dans la cour et voulait le récupérer. Son pistolet mitrailleur s’étant enrayé, Mohammed Merah a fait demi-tour, croisant le regard d’autres élèves, et est remonté tranquillement sur son scooter après avoir crié « Allahou Akbar ». Une tuerie qui, la vidéo qu’il a lui-même prise le montre, aura duré 36 secondes.

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Macron et le président israélien attendus à Toulouse demain

Déjà dix ans depuis cet attentat contre l’école juive toulousaine. Un hommage national est prévu à Toulouse demain, 20 mars, où seront présents Emmanuel Macron et le président israélien Isaac Herzog. Les commémorations se sont multipliées cette semaine, mais le souvenir devient flou. Un livre très dur paru il y a quelques semaines est venu nous rafraîchir la mémoire, avec une précision glaçante : Jonathan Chétrit, lui-même interne en terminale en 2012, a rassemblé les témoignages de plusieurs élèves et d’autres personnes directement impliquées lors de cette journée meurtrière, dans Toulouse, 19 mars 2012. Comme un miroir à plusieurs facettes, les points de vue des adolescents d’alors s’accumulent. Détail après détail, on perçoit un peu la somme de chagrin et de peur causée par ces 36 petites secondes, puis la longue attente qui a suivi – attente de se savoir en sûreté, puis attente de comprendre, si c’est possible. 

La peur, c’était sur toute la ville de Toulouse, à l’époque, qu’elle s’était abattue. Il avait déjà agi trois fois, allait-il pouvoir recommencer ? Et Toulouse étant, on le sait, un foyer d’islamistes, n’allait-il pas surgir quelqu’un d’autre pour continuer le travail ? À l’époque moi-même collégienne à Toulouse, je me rappelle l’évacuation en panique en fin de matinée, le 21 mars 2012, quand nous avons appris que Merah, qu’on avait finalement identifié, habitait à quelques centaines de mètres de notre établissement. L’assaut du RAID était alors en cours. Je n’avais rien compris du tout sur le coup. Mais c’est après ce moment-là, pour moi comme pour la majorité des gens de ma génération, que le concept de « terrorisme » a fini par prendre sens. 

Les Français savent à présent que la thèse du loup solitaire est une faribole

Ces derniers jours, on a essayé de dresser le bilan de dix ans d’attentats islamistes sur le sol français. D’abord, on s’en souvient, il y a eu la difficulté à admettre qu’il s’agissait effectivement d’islamisme, en réseau, organisé, poussant sur un « terreau fertile » de salafisme bien répandu en France. La thèse du « déséquilibré », du « loup solitaire », avait d’abord en effet dominé le champ des interprétations possibles, et les analyses psychologiques plus ou moins misérabilistes des « individus autoradicalisés » fleurissaient pour tenter d’expliquer les départs en Syrie vers l’État islamique. La prise de conscience nationale, bien sûr, s’est faite en 2015 – Charlie Hebdo, Hypercacher, Bataclan. 

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Depuis, on ne compte plus les attaques au couteau, à la mitrailleuse, à la bombe, sur des soldats, des policiers, des passants, en prison, dans des églises, des parcs, des supermarchés. Promenade des Anglais de Nice, église Saint-Etienne-du-Rouvray, Super U de Trèbes, marché de Noël de Strasbourg, préfecture de police de Paris. Depuis le début de la crise du Covid cependant, c’est l’accalmie – une peur en a remplacé une autre. Mais probablement pas pour longtemps. 

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Le terroriste Mohammed Merah D.R.

Dix ans après, l’espèce à laquelle appartenait le meurtrier ricanant, sortant en boîte après avoir tué sept personnes, dont trois petits enfants parce qu’ils avaient le malheur d’être juifs, n’est sans doute pas encore éteinte. 

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