Accueil Site Page 769

Commerce extérieur : le grand effondrement

En dépit des boniments du gouvernement, le commerce extérieur, surtout dans le domaine industriel, est aujourd’hui en piteux état. L’histoire que racontent les chiffres officiels est celle d’un déclin inexorable. Tribune de Jean Messiha et Frédéric Amoudru.


La France s’achemine inexorablement vers le pire déficit commercial de son histoire. De 63.3 milliards d’euros[1] en 2018, première année pleine du quinquennat d’Emmanuel Macron, à une estimation de 150 milliards à la fin 2022, la 5ème année pleine de son règne, les compteurs ont explosé et la France s’est mécaniquement appauvrie.

Pour expliquer ces chiffres calamiteux, la macronie a une excuse toute trouvée : la flambée des cours des hydrocarbures et des matières premières. Il est vrai que ces hausses spectaculaires des cours pèsent lourd dans la balance, même si une partie de l’aggravation de notre déficit énergétique est due à la débâcle de notre industrie nucléaire traditionnellement exportatrice d’électricité. Après cinq ans au pouvoir, Emmanuel Macron ne peut pas dire que « cela vient de loin », comme il l’avait fait valoir lors de l’explosion de colère des Gilets jaunes.

S’il paraît difficile de lui reprocher la guerre en Ukraine, véritable catalyseur d’une montée spectaculaire du prix des hydrocarbures, il nous faut aborder une autre composante de ce déficit qui est celui des biens manufacturés. Déficit d’autant plus impressionnant qu’il reflète la santé de notre industrie. Et à en croire les chiffres, elle n’est pas bonne. Prenons les données qui font référence en la matière, à savoir celles fournies par la Direction Générale des Douanes.

En 2018, le déficit du poste produits manufacturés était de 36,7 milliards d’euros, ce qui indiquait déjà le degré de désindustrialisation atteint par la France. Le chiffre reste à peu près stable en 2019, puis plonge en 2020, à cause du COVID, à 57,5 milliards d’euros. Mais en 2021, tandis que les usines avaient repris leurs activités, nous tombions à 65,7 milliards et en 2022, alors qu’aucune excuse COVID n’est invocable, nous nous acheminons vers le chiffre de 78 milliards d’euros pour 2022 ![2]

On a beau nous expliquer que la France se « réindustrialise » grâce à la politique du président et de son très « techno » ministre de l’économie Bruno Le Maire, les chiffres sont têtus. Qui peut, en effet, croire à cette soi-disant désindustrialisation quand nos échanges industriels (hors énergie) se dégradent à ce point ?

A lire aussi: Métiers en tension : pourquoi l’immigration ?

Quand un pays se réindustrialise vraiment, soit les usines locales satisfont davantage la demande locale et les importations diminuent – c’est ce que l’on appelle « l’import-substitution » – ou bien lesdites usines se spécialisent et exportent fortement comme les industries suisses, allemandes ou du Nord de l’Italie. Dans l’un ou l’autre cas, le déficit de la balance commerciale des produits manufacturés s‘améliore voire devient excédentaire.

En France, cette balance, nous l’aggravons. Et pendant ce temps, l’exécutif et les médias qui lui sont inféodés, comme BFM Business, Les Échos, etc., proclament que les usines poussent comme des champignons dans notre beau pays et qu’enfin nous réindustrialisons ! Toutefois le sujet est suffisamment sérieux pour que l’on creuse le champ des explications.

A cet effet, nous avons analysé les chiffres des 16 secteurs que détaillent les Douanes depuis 2018 à 2022 en annualisant les chiffres des 3 premiers trimestres sur 9 mois.

Prenons d’abord les quelques domaines où nous sommes excédentaires :

  • Nos industries agro-alimentaires poursuivent leur bonhomme de chemin et affichent un excédent stable à environ 6-6,5 milliards d’euros.
  • Les parfums et cosmétiques marchent plutôt bien puisque nous passons de 11,3 milliards d’euros d’excédents à 15 milliards, reflétant le succès à l’export de nos produits de luxe.
  • La pharmacie évolue négativement sur 5 ans avec un excédent qui montait en régime de 4,3 milliards d’euros en 2018 jusqu’à 6 milliards d’euros en 2019. Il baisse ensuite à 2,4 milliards d’euros en 2022 avec la crise COVID et les importations massives qui en ont découlé, l’industrie française étant incapable de suivre.
  • Gros poste : l’aéronautique et le spatial. Essentiellement, Airbus. Voilà l’entreprise qui en quelque sorte fait la pluie et le beau temps de l’industrie nationale et de ses exportations. 27 milliards d’euros d’excédent en 2018, encore mieux en 2019, puis le trou d’air du COVID. Depuis, nous assistons à une lente reprise qui nous laisse à environ 22 milliards d’euros en 2022.Les navires, et en particulier les paquebots de croisière fabriqués aux chantiers de l’Atlantique, sont une fierté nationale. On les exporte pratiquement tous, puisque nous n’avons pratiquement plus de croisiériste français. Excédent variable selon les années et les livraisons, de 1 à 2 milliards d’euros annuels, sauf en 2020 et 2021 avec l’impact du COVID sur les travaux et donc les livraisons. Mais gros rebond en 2022 (+2,7 milliards) où on livre beaucoup. Ce fleuron est malheureusement menacé par la hausse des coûts de l’énergie et le fait que les croisiéristes ont déjà acheté de nombreux navires.

Venons-en maintenant à la litanie des secteurs où nous sommes perdants :

  • Déficitaire depuis des lustres en raison d’une délocalisation ancienne le « textile, habillement et cuir », en négatif de 13 milliards d’euros en 2018, a baissé à près de 11 milliards d’euros en annualisé 2022. Un léger mieux lié au fait que les Français ont un peu réduit leur consommation de fringues comme en témoigne les faillites en série des magasins d’habillement.     
  • Le secteur « bois, papier, carton », pour sa part, voit, lui, son déficit se creuser, passant de 4,8 milliards d’euros à 7,6 milliards, reflétant la poursuite des fermetures des entreprises du secteur en France et dont la faillite de la société Arjo Wiggins fut un symbole.
  • La chimie, positive de près de 1,5 milliards d’euros est passée, 5 ans plus tard, à près de 3 milliards de déficit.
  • Dans les plastiques et caoutchouc, les choses vont de mal en pis puisque l’on passe de -7,2 milliards à -10.2 milliards d’euros. Les importations de plus en plus importantes de pneus bon marché de Chine et d’ailleurs constitue une partie de l’explication.   
  • La métallurgie fait un four, sans mauvais jeu de mots, avec un déficit qui explose de 8,9 milliards à 16,8 milliards d’euros. En cause la hausse des cours de l’acier et des métaux non-ferreux que nous fabriquons de moins en moins.
  • Personne ne s’étonnera que les matériels informatiques constituent un gouffre qui se creuse. Nous en consommons de plus en plus et n’en produisons aucun, d’où un déficit qui passe de 16,5 milliards à plus de 21,6 milliards d’euros en 2022. Les équipements électriques et ménagers, très emblématiques de notre désindustrialisation avec les célèbres faillites de Brandt, Moulinex et plus récemment la fermeture de Whirlpool, entre autres, ne déçoit pas. Le déficit augmente de 7,4 milliards à plus de 10,5 milliards d’euros.

Venons-en au secteur très stratégique des machines dans lequel on retrouve machines-outils, robots industriels mais également les machines agricoles.  Une bérézina qui voit notre déficit plus que doubler de moins de 5 milliards à plus de 11 milliards d’euros.  « C’est une bonne nouvelle », nous dit-on, car cela veut dire que la France modernise son appareil de production. Nous verrons !

Passons au plus scandaleux des scandales industriels français : les véhicules et équipements auto. Les bagnoles et les pièces détachées pour faire simple. Nous avions près de 10 milliards d’euros de déficit en 2018. Il passe à 18,3 milliards en annualisé 2022. Pourtant, nous voyons plein de voitures françaises sur nos routes. Késaco ? C’est simple. Ces soi-disant voitures françaises n’ont de française que la marque. Pire, les bonus écologiques que distribue allégrement notre gouvernement incompétent au nom de la transition climatique profite majoritairement aux petites et moyennes cylindrées qui sont massivement importées. En effet, à part le japonais Toyota et sa Yaris de Valencienne, nos PSA et Renault fabriquent leur modèle d’entrée de gamme ailleurs puis importent en France. Nous subventionnons ainsi les usines slovènes, slovaques, tchèques, espagnoles, turques ou encore marocaines. Nos « progressistes » au pouvoir ont du talent…

A lire aussi: Immigration : un mariage forcé à l’issue fatale

Dans la catégorie autre matériels de transport, qui inclut en particulier les deux roues que nous ne fabriquons plus, nous avons, sans surprise, un déficit de 2 à 3 milliards d’euros chaque année.

Enfin, nous avons le poste autres produits manufacturés, un fourre-tout qui inclut tout ce qui ne rentre pas dans les catégories précédentes. Il pèse plutôt lourd, puisqu’il accuse une perte qui passe de moins de 10,7 milliards d’euros en 2018 à plus de 14 milliards d’euros en 2022.

Ce tableau négatif s’accompagne pourtant d’une floraison d’initiatives :

  • Création des Pôles de compétitivité en 2004 ;
  • Plan d’Investissements d’Avenir en 2010 ;
  • Création du CICE en 2014 ;
  • Relance du Conseil National de l’Industrie en 2017 ;
  • Baisse progressive de l’impôt sur les sociétés à 25% ;
  • Baisse des impôts de production des entreprises de 10 Mds par an (sur un total d’environ 85 Mds)
  • Plan « France Relance » en 2020 qui contient :

– des stratégies d’accélération pour l’innovation dans le cadre du quatrième programme d’investissements d’avenir (PIA4) ;

-des appels à projet pour soutenir les secteurs stratégiques de l’industrie ;

-un soutien à la Transformation numérique des TPE-PME ;

-un plan pour la décarbonation de l’industrie.

  • Suppression définitive de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) sur 2023-2024 soit 9.3 Mds d’euros en deux ans.

Rien n’y fait.

Le très sérieux portail de recherche économique allemand, STATISTA, nous livre le chiffre de la part de l’industrie manufacturière dans le PIB français. Là encore, il nous montre un lent déclin : 10,14% en 2017, puis 9,97% en 2018, 10,01% en 2019, 9,39% en 2020 et enfin 9,18% en 2021.

Il en résulte que tout ce que la propagande gouvernementale répand sur la réindustrialisation en cours c’est du… flan(by) ! Il serait toutefois prétentieux de conclure cette tribune en affirmant que les solutions sont simples. Mais il y a clairement une problématique que ni la droite sarkozienne, ni la gauche hollandienne ni le centre macronien ne sont arrivés à résoudre.

Il y a, en réalité, deux stratégies possibles :

  1. Une forte intervention gouvernementale pour structurer des filières industrielles. Mais le volontarisme ne peut suffire. Il doit s’accompagner de subventions publiques massives ciblées qui se heurteront aux règles européennes ;
  2. Poursuivre, mais de façon beaucoup plus ambitieuse, la baisse des prélèvements obligatoires qui pèsent sur nos industries. Là encore, l’UE ne nous permettra pas de cibler des secteurs en particulier.

C’est pourquoi la baisse des impôts de production timidement entamée par le gouvernement, fait sens, dans la mesure où elle bénéficie structurellement davantage aux usines. Il faut toutefois aller plus loin, car l’écart avec l’Allemagne reste élevé, et mieux cibler géographiquement cette baisse, ce qui est permis, de façon à ce qu’elle se concentre sur les zones où l’industrie est présente ou susceptible de se développer. Cette stratégie est plus efficiente que celle consistant en un arrosage large qui bénéficie au secteur des services dans les métropoles, secteur qui n’en a nul besoin.

Le grand défi reste celui de la conditionnalité. Comment faire en sorte que ces baisses d’impôts se traduisent bien par un surcroît de production plutôt qu’à une hausse des bénéfices et des dividendes ?

Nous reparlerons de la stratégie de réindustrialisation dans une prochaine tribune…


[1] Chiffres incluant les matériels militaires  

[2] En annualisant les chiffres des 3 premiers trimestres, ce que nous ferons pour tous les chiffres qui suivent !

Pour les mélenchonistes, il faut « dénazifier » la France

Hadrien Clouet, député LFI, demande dans une question écrite à la ministre de la Culture de changer les rues ayant des noms de «nazis » ou «collabos».


Dénazifier l’Ukraine ? Poutine en a rêvé ! Dénazifier la France ? Mélenchon et les siens vont le faire.

C’est Hadrien Clouet, un obscur député Insoumis, qui a sonné l’alarme. Dans une question écrite à la ministre de la Culture, il lui demande « d’agir contre les nazis et les collabos ». Il alerte sur le fait que plusieurs d’entre eux ont leur nom sur des plaques de rues.

Ce député ignore manifestement que les noms des rues sont du ressort des municipalités plutôt que des ministères. Mais on ne va pas demander à un parlementaire mélenchoniste de connaitre la loi…

Voyons en détail les raisons de l’indignation d’Hadrien Clouet. Il pointe du doigt le fait que de nombreuses rues, places et artères portent les noms d’Alexis Carrel et de Paul Morand. Carrel, dit-il, voulait exterminer par le gaz « les populations inférieures ». Quant à Paul Morand, toujours selon Hadrien Clouet, « c’était un antisémite acharné ».

A lire aussi: Ne pas tomber dans le « Panot »

Renseignements pris, nous sommes en mesure de vous révéler que le docteur Carrel était un éminent savant récompensé par un prix Nobel de médecine. Il était eugéniste. C’était la mode à l’époque. Carrel prônait l’euthanasie non pas pour les « populations inférieures » mais pour les handicapés. Ces préconisations ne furent pas, heureusement, suivies d’effets. D’ailleurs, depuis les années 90, des rues et des institutions portant son nom sont régulièrement débaptisées. La demande d’Hadrien Clouet n’a rien de très nouveau.

Quant à Paul Morand, c’était un brillantissime écrivain. Il fut ambassadeur de Vichy à Bucarest. Ce qui en dit long sur ses convictions. Mais depuis, il est publié et republié. Faudrait-il brûler ses livres parce qu’il était antisémite ?

A part ça, nous ne pouvons cacher notre étonnement de voir les Insoumis se préoccuper des Juifs. Les aurait-on changés ? Leurs amis islamistes ne vont pas apprécier !

Hadrien Clouet, sur sa lancée se fait poignant. « Que deviennent, s’exclame-t-il, les enfants qui grandissent rue du docteur Carrel? » Et il souligne les tourments indicibles du facteur obligé d’arpenter chaque jour la rue Paul Morand.

Voilà bien un souci qui l’honore. Nous nous permettons de relever qu’il y a en France de multiples rues qui portent les noms de Lénine, de Trotsky, et d’Aragon (qui écrivit un poème à la gloire du Guépéou, la cruelle police stalinienne). Il nous semble qu’ils ont beaucoup plus de morts sur la conscience.

Capitaine abandonné

0

Pas de brassard LGBT lors de la Coupe du monde au Qatar, la FFF et Hugo Lloris respectent les règles du Qatar et ce n’est pas au goût des médias bien-pensants.


Alors que la Coupe du Monde se déroule au Qatar, pays où l’homosexualité est illégale, un brassard arc-en-ciel a été conçu en soutien aux personnes LGBT. Lundi 14 novembre, à la veille du départ des Bleus pour Doha, Hugo Lloris, le capitaine de l’équipe, est interrogé lors d’une conférence de presse au sujet du port de ce brassard. En effet, n’ayant pas reçu l’aval de la FIFA, Noël Le Graët, le président de la FFF, s’était également exprimé à ce sujet dans l’Équipe : « On va en discuter. Mais j’aime autant qu’il [Hugo Lloris] ne le fasse pas. On va jouer dans un pays que l’on doit respecter ». Face au journaliste, qui lui demandait si ce n’est pas « une bonne idée de porter ce brassard pour faire avancer les choses », le gardien a été droit au but : « Sur le sujet, bien sûr, j’ai mon opinion personnelle. Et ça rejoint celle du président Le Graët. Lorsqu’on est en France, lorsqu’on accueille des étrangers, on a souvent envie qu’ils se prêtent à nos règles, qu’ils respectent notre culture, et j’en ferai de même quand j’irai au Qatar. Après, je peux être d’accord ou non avec leurs idées, mais je dois montrer du respect par rapport à ça ». Il n’en fallait pas plus pour déclencher une polémique. Pour réagir à cette dernière, Amélie Oudéa-Castéra, la ministre des Sports, s’est rendue dans l’émission C à vous, sur France 5, le 18 novembre. L’animatrice, Anne-Élisabeth Lemoine, représentative de la bien-pensance de l’audiovisuel public, a posé une question qui révèle son opinion sur le sujet : « Comment peut-on dire qu’on va respecter la culture d’un pays où l’homosexualité est illégale ? ». Il y a actuellement 69 états qui interdisent l’homosexualité, autant de pays dont la culture n’est pas respectable ? Le Maroc, l’Algérie, Singapour, la Malaisie, la Tanzanie, le Kenya, le Pakistan, la Mauritanie, seront ravis d’apprendre que leur culture n’est pas respectable. Hugo Lloris arbore néanmoins le brassard le plus important… celui de capitaine de l’équipe de France.

A lire aussi: « A l’insu de leur plein gré » : les footballeurs contre la FIFA

Au service de « Ta Majesté »

0

Le meilleur remède contre le wokisme ambiant s’appelle Amicalement vôtre.


Ils n’ont pas réussi à l’interdire. C’est une question d’années, voire de mois. Croyez-moi, ces gens-là combattront le moindre espace de liberté. Ils nettoieront à sec la moindre rigole d’insouciance badine. Ils veulent tuer « nos plus belles années » à coups de sit-ins sauvages et d’outrances verbales. Ils voient des machistes suprémacistes un peu partout, d’affreux virilistes à la piscine du « Palm Beach », des prédateurs carbonés sur l’autoroute des vacances et des viandards au « room service ». Ils ne supportent pas cette décontraction azuréenne assumée, cette déconne débonnaire et ce cortège de dépenses forcément somptuaires qui furent longtemps la marque des civilisations les plus avancées. La farce les dépasse, la fesse les oppresse, l’humour les agresse. Ils voudront bientôt nous faire ravaler jusqu’à nos menus plaisirs télévisuels. Ils traqueront et judiciariseront nos programmes préférés comme ils épurent déjà nos bibliothèques.

Vous pensez, deux grands dadais aux répliques boulevardières portant chemises à jabot et fréquentant les bars des palaces, draguant ouvertement et ne prenant rien au sérieux, sont considérés aujourd’hui comme de dangereux idéologues. Des activistes d’un art de vivre décadent à bannir ! Á jeter dans les fosses de l’Histoire ! Comment les jeunes générations pourraient-elles se reconnaître dans des hommes aussi puérils et superficiels ? Á trop les fréquenter, elles pourraient même avoir envie de leur ressembler. Ces faux vertueux n’aiment ni les playboys d’opérette, ni les voitures de sport, encore moins la prolifération du bikini sur les plages de France. Ils ont peur des cocktails alcoolisés, des peaux qui se collent au contact du sable chaud, des blagues sous la ceinture et de ce dilettantisme souverain que l’on devrait enseigner dans les écoles de la haute fonction publique. Nos comptes seraient mieux gérés et nos dirigeants auraient meilleure allure. Ces puritains-là sont plus sérieux que nos anciens calotins. La honte doit désormais changer de camp. Comment y parvenir ? Comment refluer ce mouvement qui ne comprend rien au second degré et à la beauté du vagabondage amoureux. Une solution existe : revoir les vingt-quatre épisodes de la série Amicalement vôtre. Revenir à la source du mâle. Entrons chèr-e-s ami-e-s en résistance et prenons ces vingt-quatre feuilletons comme un traité de philosophie à l’usage des mauvais coucheurs. Un remède contre les temps sombres qui s’annoncent. Un bras d’honneur à tous les rigoristes verbeux qui encombrent les écrans. Je ne connais pas vadémécum plus limpide et inspirant que Danny Wilde (Tony Curtis) et Lord Brett Sinclair (Roger Moore) se chamaillant sur la composition du « Créole crème ». Faut-il y adjoindre une ou deux olives ? Mystère. Les mixologues n’ont pas tranché la question.

A lire aussi : Marielle, Broca, Belmondo: le beau recueil nostalgique de Thomas Morales

Avec ces deux-là, le cabotinage entre Cannes et Brighton était la règle, la distance avec la réalité prenait une forme d’élévation spirituelle. Ils furent essentiels à notre éducation. Je dois admettre qu’ils surclassaient mes professeurs d’alors dans de nombreux domaines, notamment le choix des vins, le port de la chemise en soie sauvage ou l’emphase comique. Le fait qu’ils roulent en Dino 246 GT et Aston Martin DBS les rendaient encore plus crédibles à mes yeux. Chacun, ses faiblesses. Leur humanisme dénué de toute prétention nous a permis d’aborder les années 1980 avec des valeurs fortes et le sens des priorités. Grâce à leur travail de sape, nous avons été insensibles aux discours victimaires, aux injonctions alimentaires et aux crises identitaires.  Le générique orchestré par John Barry devrait suffire à calmer toutes les polémiques et à convaincre les plus réticents d’entre vous. Sa puissance évocatrice est un bain de jouvence dont l’onde nostalgique n’a pas fini de nous bercer. Au début des années 1970, juste avant les crises pétrolières et la chasse au gaspi, on savait vivre et on savait surtout rire. L’humour était un bien largement partagé dans toutes les couches de la société. On ne partait pas en guerre au premier string ficelle aperçu et on ne s’offusquait pas d’une accélération vigoureuse mais néanmoins mélodieuse sur une route de l’arrière-pays niçois. Les téléspectateurs s’amusaient des joutes oratoires (upgradées par les deux génies du doublage qu’étaient Michel Roux et Claude Bertrand) et des codes esthétiques en vigueur. Le laid n’avait pas sa place dans cette série. Toutes les situations prêtaient à la dérision. Dès le premier épisode, le juge Fulton avait reproché à Brett Sinclair de parler neuf langues qui ne lui servaient seulement qu’à commander à boire au restaurant. Et quand Danny descendit de l’avion, il lança, s’adressant aux jolies hôtesses de l’air, cette formule mémorable : « N’abusez pas trop de votre physique ! ». On ne criait pas à la phallocratie triomphante mais à la répartie brillante. Question d’époque ! 

Amicalement vôtre - L'Intégrale de la série

Price: ---

0 used & new available from

Amicalement vôtre-L’intégrale [Édition Ultime]: DVD et Blu-ray : Amazon.fr

Un nouveau rôle pour l’Éducation nationale

Lors d’une interview, Pap Ndiaye révèle son souhait pour l’Éducation nationale : combattre certaines idées. En somme, apprendre aux enfants à « bien penser » plutôt qu’à apprendre les fondamentaux scolaires.


La longue interview sur Radio J du ministre de l’Education nationale mériterait d’être commentée dans son ensemble, tant il s’est montré droit dans ses bottes idéologiques, en réponse à des questions généralement d’une grande complaisance de Frédéric Haziza, qui semblait avoir décidé de lui servir la soupe.

Une seule phrase toutefois suffira pour mesurer les intentions de Pap Ndiaye, quant à sa conception de son rôle de ministre. La voici, à propos d’Eric Zemmour : « Il est clair que ce type de personnage dans la vie politique est un poison lent contre lequel il faut mettre les français en garde, et nous avons, nous, du côté de l’Éducation Nationale, notre rôle à jouer ».

Tout est dit, l’Éducation nationale a un nouveau rôle à jouer, il faut le savoir et le souligner. On savait déjà que ce ministre avait donné quatre axes à son action, dans l’ordre : lutte contre les inégalités, savoirs fondamentaux, bien-être de l’élève, question écologique. Dans un autre monde, dans une vie un peu rêvée, on pourrait imaginer que l’acquisition des savoirs fondamentaux soit l’unique et essentielle mission de l’Education nationale, sachant qu’elle a déjà bien du mal à la remplir. Mais non, ce n’est plus qu’une mission parmi d’autres, et même pas la plus importante.

A lire aussi: Ne pas tomber dans le « Panot »

Mais maintenant il faut envisager, apparemment, une cinquième mission : l’Éducation Nationale doit éduquer nos enfants à bien penser. Il faut leur enseigner où se situe le bon, le bien, le vrai. Il faut désigner les méchants et les mal pensants, leur expliquer qu’il y a des choses qui ne se disent pas, et même qui ne se pensent pas, et qu’il existe à droite une frontière au-delà de laquelle commence l’empire du mal.

Remarque : le ministre en question avait déjà dit au début de sa prise de fonction que son combat de toujours consistait et consisterait encore là à se battre contre le « Front National » qu’il appelle ainsi malgré le changement de nom. C’est dire si on ne l’a pas nommé au bon poste ! Il serait éventuellement bon de rappeler ses premiers propos pour démontrer l’obsession du monsieur à l’égard de ce que l’on appelle « l’extrême droite ».

Sortez découverts !

Le port de la kippa en public n’est pas si différent de celui du voile : ils sont tous les deux contraires à l’esprit de la laïcité à la française.


L’autre matin, l’excellent et avenant Cyrille Cohen, directeur du laboratoire d’immunothérapie de l’université Bar-Ilan de Tel-Aviv, était invité à CNews, sur le plateau de Pascal Praud. Ses critiques plus ou moins feutrées de certaines mesures anti-Covid ont sans doute passionné les téléspectateurs et les autres participants – dont la plupart ont été, comme votre servante, enchantés que leurs agacements reçoivent une onction scientifique. Cependant, comme l’a signalé Praud, qui reçoit des messages pendant l’émission, ce qui a fait réagir le public autant que ses explications scientifiques, c’est la kippa qu’il avait sur la tête. Rappelons que ce couvre-chef de forme circulaire est porté par les juifs (les hommes) à la synagogue, mais que les plus pratiquants le conservent en permanence.

Je l’avoue, dès mon arrivée, cette kippa m’a contrariée. Lorsque le sujet s’est invité dans le débat, j’ai fait remarquer au professeur qu’en France, on n’affichait pas ses convictions et pratiques religieuses. Question de savoir-vivre. Certes, la loi n’interdit pas le port de la kippa ou du voile islamique dans l’espace public. Mais quelle que soit la règle, l’esprit de la laïcité commande une certaine discrétion. « Je m’appelle Cohen, tout le monde sait que je suis juif », m’a rétorqué l’intéressé. Oui, et moi je m’appelle Lévy. Un nom, aussi caractéristique soit-il, ne dit strictement rien de la pratique, a fortiori pour un juif dont la définition relève de la filiation – selon la loi hébraïque, est juif quiconque est né d’une mère juive (même ashkénaze[1] !). On peut donc être juif et totalement athée ou mécréant. Au demeurant, personne ne demande à Cyrille Cohen de se cacher. Et il est vrai qu’il est israélien. Mais il se trouvait en France (pays dont il possède probablement la nationalité). Qu’il respecte le shabbat et mange cacher, c’est une affaire strictement privée. Pour autant, cet appel à la retenue ne vaudrait pas pour un imam, un rabbin ou le pape, en tout cas s’ils étaient invités es qualité.

Plus encore qu’une loi, qui ne peut être modifiée que par le vote du Parlement, une règle tacite est sujette à évolution, en fonction des débats qui traversent la société. Il est probable que cette kippa n’aurait pas choqué il y a trente ans, avant que le voile islamique devienne un sujet récurrent de la dispute française, notamment grâce à certaines sœurs Lévy[2]… Certains internautes n’ont pas manqué de faire le rapprochement. « Là on est au comble du fou rire sur #hdpros eux qui râlent à longueur de journée sur les voiles ou les djellabas, hop dès le lundi matin professeur Cyrille Cohen et sa kippa sur la tête sur le plateau », tweete un courageux anonyme qui s’est baptisé « Le Comédien ». Eh bien, en dépit d’une légère aigreur, ce comédien-là n’a pas tort. Dénoncer le voile et accepter la kippa témoigne au minimum d’une incohérence et, aux yeux de pas mal de gens, d’un déplorable deux poids, deux mesures. C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’il y a quelques années, Marine Le Pen avait demandé aux juifs français de renoncer à la kippa dans la rue. Beaucoup l’ont fait, malheureusement pour des raisons de sécurité.

A lire aussi : Elisabeth Lévy: faut-il se voiler pour compatir avec les musulmans?

On me dira que ce n’est pas pareil. En effet, la kippa n’est pas un signe d’infériorité des femmes (ni des hommes). Elle n’est pas l’étendard de nos ennemis, elle n’est pas suspecte de manifester des sentiments antifrançais. On n’a pas vu d’hommes à kippa se réjouir des massacres de Charlie Hebdo ou du Bataclan. Mais en France, beaucoup de jeunes filles musulmanes portent le voile sans avoir la moindre sympathie pour les terroristes ni la moindre détestation pour leur pays. Qu’elles soient instrumentalisées au service d’une cause qui les dépasse, c’est ma conviction, mais cela relève du débat.

Inutile de se raconter des histoires. Il y a une forme de séparatisme juif. Certes, il est pacifique et apolitique. Autrement dit, ce ne sont pas les juifs qui mettent aujourd’hui au défi la cohésion de la société française. N’empêche : ce qui pouvait passer il y a quelques décennies pour un innocent particularisme paraît aujourd’hui problématique à nombre de nos concitoyens. Qu’il y ait parmi eux des gens qui ont un problème avec les juifs ne doit pas nous empêcher d’entendre les autres, ceux qui pensent légitimement qu’une règle n’a de sens que si elle vaut pour tous.

J’ai également été frappée par le silence de mes camarades de plateau – fait suffisamment rare pour être significatif. Peut-être auraient-ils été plus directs avec une femme voilée. Leur retenue témoigne d’une certaine délicatesse qui a partie liée avec l’histoire. Si j’ai été la seule à prendre la parole, c’est sans doute parce que mon patronyme et mon appartenance m’immunisent contre le soupçon d’antisémitisme. Quoi qu’en pensent beaucoup de nos compatriotes musulmans, l’antisémitisme traduit la haine des juifs alors que ce qu’ils appellent islamophobie est la critique de certaines expressions de l’islam. Sauf que ces distinctions subtiles ne peuvent guère avoir cours dans un débat télévisé. Alors, que mes amis de CNews et le professeur Cohen souffrent que je les interpelle gentiment. Nous ne sommes pas menacés par le retour du nazisme. Les juifs ne sont pas des petites choses fragiles et susceptibles incapables de tolérer la moindre remarque. Interdire toute critique ou blague à leur encontre serait, finalement, une forme paradoxale (et inconsciente) d’antisémitisme.


[1]. Je n’ignore pas qu’on s’empaille depuis des lustres sur cette définition, que des gens dont seul le père est juif se définissent comme juifs et que d’autres, de mère juive, ne revendiquent aucune appartenance. Mais ce n’est pas le lieu d’un débat talmudique…

[2] En 2003, Alma et Lila Lévy, filles d’un avocat juif athée et d’une mère kabyle de culture musulmane ont été exclues du lycée d’Aubervilliers pour refus d’ôter leur hidjab.

Espagne : Pedro Sánchez, un président candidat à la postérité

0

L’actuel gouvernement socialiste, à la différence de tous ses prédécesseurs, cherche à se donner une forme de légitimité durable en rouvrant les blessures de la Guerre civile et de l’ère franquiste. Ce faisant, il risque la désintégration de l’Espagne.


Venu rendre hommage à la romancière espagnole Almudena Grandes disparue en novembre 2021, et dont le dernier roman vient d’être publié à titre posthume, le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez (PSOE, Parti Socialiste) en a surtout profité, ce 28 novembre, pour parler de lui et de ce que l’Histoire retiendra de son passage en politique. « L’une des choses pour lesquelles je passerai à la postérité sera d’avoir exhumé un dictateur », a-t-il déclaré devant le parterre du Centre Culturel de l’Athénée (Madrid) qui ne semble pas s’être ému de cette forme particulière d’immodestie consistant à se projeter dans les livres d’histoire à venir, debout devant le portrait d’une romancière décédée avant d’avoir pu achever l’écriture de son dernier ouvrage. Il faut dire que l’assistance, du réalisateur Pedro Almodóvar à l’actrice Ana Belén, était acquise à Pedro Sánchez. Il faut dire aussi que les romans d’Almudena Grandes, très appréciés du grand public, sont autant d’explorations littéraires de la guerre civile espagnole et de la dictature franquiste, la romancière – fervente militante de la récupération de la mémoire historique – ayant toujours dit regretter que l’Espagne soit le seul pays d’Europe où, selon elle, « dans une guerre entre fascistes et démocrates, on ne désigne toujours pas clairement les bons et les mauvais ». Affaire de littérature et non d’histoire, assurément.

La phrase de Pedro Sánchez n’est pas passée inaperçue dans un contexte électrique où, à six mois des prochaines élections municipales (28 mai 2023) et à un an des élections générales, ses adversaires politiques – à commencer par ceux du Partido Popular (PP, droite libéral-conservatrice) et de Vox (classé à l’extrême droite) – n’ont pas hésité à questionner ces curieuses prétentions à un destin historique. Et ils rappellent au candidat à la postérité que la coalition entre le parti socialiste (PSOE) et l’extrême gauche (Unidas Podemos,UP: « Unies nous pouvons »), au pouvoir depuis janvier 2020,  avait accouché de plusieurs lois incendiaires parmi lesquelles : la  Loi trans, la Loi de garantie intégrale de liberté sexuelle (loi dite du consentement explicite, sans lequel tout acte sexuel est potentiellement un viol, plus connue en Espagne sous le nom de « Seul un oui est un oui ») et la Loi de réforme du délit de sédition.

A lire aussi :  Mythe et mythes de la Guerre d’Espagne: les raisons d’une polémique

La Loi trans, portée par la Ministre de l’Égalité, Irene Montero, issue du parti d’extrême gauche, UP, prévoit, entre autres dispositions, que toute personne de plus de 16 ans pourra choisir librement son identité de genre (sans consentement parental ni avis médical ou psychologique préalable), que les mineurs entre 14 et 16 ans auront également ce droit (quoique devant être assistés dans leurs démarches par leurs parents ou tuteurs légaux), comme ceux de moins de 12 ans (qui, eux, devront tout de même obtenir une autorisation judiciaire).

Si la Loi trans n’a pas encore été votée, c’est qu’elle a été retardée par le chaos engendré par la récente Loi du Seul un oui est un oui – de la même ministre de l’Egalité – entrée en vigueur le 7 octobre. Car cette loi, d’avantage conçue comme protectrice des victimes (n’ayant heureusement plus, désormais, à se justifier d’avoir été abusées ou violées), plutôt que punitive (les peines minimales ont été abaissées suite à la décision de gommer la distinction entre « abus » et « viol »), produit l’effet inverse de l’objectif poursuivi initialement. Censée protéger du viol et de toutes les violences sexuelles, la loi se révèle être plus avantageuse pour de nombreux délinquants qui, à la faveur de la disposition de rétroactivité de toute nouvelle législation plus favorable à l’accusé, voient leurs peines sensiblement réduites. Situation ubuesque – si elle n’était pas aussi tragique pour les victimes elles-mêmes – quand on sait que le point de départ de cette loi a été l’exaspération de l’opinion publique en 2018 devant les peines jugées trop clémentes des cinq individus condamnés pour le viol collectif dit de La Manada (La Meute), dont l’un des membres n’a d’ailleurs pas hésité, le 21 novembre, à réclamer une réduction de presque deux années de prison (sur 15) à la faveur de la nouvelle législation…

A lire : Panique et hystérie devant “Les mythes de la guerre d’Espagne, 1936-1939”

Quant à la Proposition de loi de réforme du « délit de sédition » (article 544 du Code Pénal) en « désordres publics aggravés », elle se traduit par un allègement significatif des peines d’emprisonnement (potentiellement divisées par trois pour les leaders de la tentative de sécession de la Catalogne en septembre 2017). Les anti-Sánchez y voient une insupportable compromission avec les indépendantistes de tout poil, de la Gauche républicaine de Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya ou ERC), les indépendantistes catalans, à EH Bildu (Euskal Herria Bildu, « Réunir le Pays basque »), les indépendantistes de la gauche radicale abertzale basque, et un lamentable clientélisme politique de nature à remettre en cause une Constitution qui repose, depuis 1978, sur « l’indissoluble unité de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols », reconnaissant et garantissant «  le droit à l’autonomie des nationalités et régions qui l’intègrent et la solidarité entre elles toutes » (Article 2). Il n’est pas jusqu’à Felipe González, figure mythique du Parti Socialiste espagnol dont la première victoire aux élections générales remonte à 1982, qui n’ait vivement critiqué la politique du gouvernement de Pedro Sánchez, dans une interview du 2 décembre, considérant la loi du consentement explicite « mal faite », « à rectifier immédiatement ». Il taxe Podemos et ses leaders politiques de « populistes qui donnent des réponses simplistes à des problèmes complexes », et souligne la distinction sémantique entre « sédition » et « désordre public » : le désordre public, c’est occuper une gare, la sédition, c’est se déclarer République indépendante… Reste à savoir si on peut entrer dans l’Histoire pour avoir exhumé un dictateur mort en 1975 quand on n’a pas soi-même vécu sous la censure et la dictature. S’enorgueillir à 50 ans d’un anti-franquisme militant alors que la génération politique issue du franquisme, celle de la Transition démocratique, enfants de vainqueurs et de vaincus, avait réalisé le tour de force de sortir d’un antagonisme historique en réconciliant les Espagnols et en les projetant dans un avenir commun, est la parfaite illustration de ce que l’historien espagnol Santos Juliá nomme le phénomène des « enfants discrets versus petits-enfants vindicatifs ». Peut-on réclamer un destin historique quand on affirme à la fois la nécessité de savoir d’où l’on vient (Cérémonie anniversaire des 40 ans de la première victoire du Parti Socialiste aux élections générales de 1982) tout en réformant l’Education pour ne faire commencer le programme d’histoire du Baccalauréat qu’au 19ème siècle ? Ou quand on dit revendiquer un « passé radieux » et un « héritage de lumière obscurci par la dictature franquiste » quand l’histoire de l’Espagne est tout sauf le combat manichéen de l’ombre contre la lumière ?  En somme, peut-on entrer dans l’Histoire quand on capitalise autant sur la Mémoire ?

New York, ville-monde, sur le chemin de la tiers-mondisation

0

Drogue, délinquance, délires wokistes : la ville de New York, dont le maire est démocrate, se trouve actuellement sur une très mauvaise pente. Pourtant, les Américains restent, malgré tout, plus fiers d’être américains que les Français d’être français !


En novembre 2021, après le passage de la pandémie, alors que les États-Unis rouvraient leurs frontières à l’Europe, j’ai revu New York, convalescente, morne et meurtrie. Les rues de la géante étaient vides. Les stores baissés sur les devantures des magasins et des restaurants exhibaient des faillites. On imaginait des vies brisées. Un froid glacial limitait mes déambulations solitaires. Où était donc passée la foule habituelle qui autrefois encombrait les trottoirs de marcheurs aussi rapides que déterminés ? Où étaient-ils, ceux qui, mus par des impératifs mystérieux pour le profane, ne lui en dispensaient pas moins, généreusement, une énergie contagieuse ? Seuls quelques homeless (sans abris), hagards, poussaient des caddies contenant leurs hardes et des couvertures crasseuses.

Novembre 2022, le «Big Apple» a recouvré son insolente vitalité et l’été indien joue les prolongations. Sous les derniers feux d’un soleil qui s’éternise, les buildings du Financial District s’élancent à la verticale, comme autant de lames acérées, dardées dans le bleu profond du ciel. Les façades en briques ocres des quartiers anciens de Soho, Tribeca, Nolita, quant à elles, rosissent sous la tiède caresse d’un astre qui leur dispense ses ultimes faveurs. Central Park convie à une flânerie sans but sous des frondaisons rousses et dorées qui s’effeuillent lentement. « New York avait toute l’irisation du monde », aurait écrit F. Scott Fitzgerald, témoin d’un semblable moment de grâce.

Pourtant, depuis quelques années la ville a changé. Imperceptiblement, parfois plus franchement. Elle affiche, je l’ai constaté lors de mon récent séjour, son vif désir de s’inscrire en son siècle.

A lire aussi: Sourions un peu en attendant la fin

Je garderai en mémoire ce lumineux dimanche 6 novembre 2022. S’est couru le Marathon de New York. Or, il comptait, pour cette édition, 59 personnes déclarées non-binaires contre 16 l’année précédente. Cette catégorie nouvelle a été créée pour répondre à une demande de représentation et d’inclusion des communautés LGTBTQIA+. C’est un dénommé Jake Caswell, âgé de 25 ans et biologiquement homme, qui s’est imposé dans ladite catégorie, obtenant un prix de 5000 $. Notons que la discrimination n’en demeure pas moins puisque c’est 500 000 dollars qu’on attribue aux vainqueurs hommes et femmes.

Dans le registre « inclusif », encore, j’ai été frappée par le nombre de créatures androgynes croisées lors de mes pérégrinations, souvent d’une beauté étrange et de surcroît très élégantes. J’aurais été bien en peine de savoir si elles étaient en voie de transition et auquel cas, vers quel sexe. On m’a expliqué que les « genderqueer » peuvent passer leur vie entière à « transitionner » en redéfinissant et ré-interprétant leur genre au fur et à mesure du temps. On s’achemine donc résolument vers un flou identitaire.

Heureusement, l’Église épiscopale située au début de la Cinquième Avenue (Church of the Ascension) est là pour guider sur cette voie du « all inclusive » qui conjugue wokisme et progressisme. Gaiment pavoisée aux couleurs LGBT, l’édifice religieux affiche fièrement, au fronton de sa porte : « BLACK LIVES MATTER », affirmant ainsi l’avènement d’une époque mutante, en marche vers le progrès. Tout comme le fit, en son temps, la pharmacie de M. Homais dans Madame Bovary. « Mais ce qui attire le plus les yeux, c’est, en face de l’auberge du Lion d’or, la pharmacie de M.Homais ! […] L’enseigne, qui tient toute la largeur de la boutique, porte en lettres d’or : Homais, pharmacien ».

Enfin, comme je m’étonnais de baigner en permanence dans des effluves de cannabis, on m’affranchit obligeamment : depuis le 30 mars 2021, New York est devenu le 15e état des États-Unis à autoriser l’achat, la possession, la culture du cannabis pour l’ensemble des citoyens de plus de 21 ans. L’attribution des licences autorisant officiellement le commerce récréatif de la plante n’a commencé que le… 22 novembre 2022. Ce qui n’a pas empêché certains entrepreneurs audacieux de démarrer leur business, créant ainsi un immense marché gris.

A lire aussi: De Laure Adler à Claude Askolovitch, en passant par Paul B. Preciado : entre-soi wokisto-journalistique et philosophie trans

New York change, lentement, insidieusement, mais sûrement, et l’inflation qui sévit n’arrange rien à l’affaire : les sans-abris sont de plus en plus nombreux. Rudy Giuliani, maire de 1994 à 2001, qui fit de New York une ville sûre (qu’elle risque de ne pas rester longtemps), en appliquant la politique dite de « la tolérance zéro », serait certainement affligé par une promenade dans Washington Square Park, fréquenté par les étudiants de la prestigieuse Université de New York. Haut lieu de la revente de drogue, dans les années 80, on est en droit de penser qu’il ne va pas tarder à le redevenir.

Si de nombreuses personnes apathiques, inoffensives et affalées y fument leur joint, l’œil vague, d’autres qu’on imagine sous l’emprise de substances plus dures vocifèrent, accostent les passants, se roulent par terre voire s’écroulent. La police intervient régulièrement pour rétablir l’ordre. J’ai pu voir aussi, pour la première fois depuis près de trente ans, la carcasse d’une voiture brûlée sur la Cinquième Avenue et évité de justesse une dame juchée sur un vélo. Roulant sur le trottoir, elle s’employait (sans beaucoup de succès, il faut bien en convenir, en raison d’un… équilibre précaire) à dégommer les piétons.

Le 22 novembre 2022, disais-je, 36 candidats ont obtenu, moyennant 2000 dollars déboursés, leur licence pour vendre légalement du « cannabis à usage adulte ». 28 d’entre eux sont, comme on dit chez nous : « défavorablement connus des services de police » pour détention passée ou présente de marijuana. Il s’agit, principe inédit, d’aider à s’intégrer des consommateurs issus des minorités. On souhaite aussi privilégier les femmes et les anciens combattants handicapés. Sans oublier les agriculteurs en détresse.

Si wokisme et progressisme nous viennent d’outre-Atlantique, ils n’ont pourtant, peut-être pas, là-bas, le même pouvoir de nuisance qu’en France. La fierté partagée par tous d’être américain semble fédérer le peuple. Peut-être empêche-t-elle ces idéologies d’agir sur la société comme des solvants trop puissants ? Chez nous, malheureusement, la honte d’être français, décuple sur notre sol le pouvoir délétère de ces doctrines importées qu’une frange de la population accueille avec enthousiasme.

Gilles Verdez l’assimilé

0

Arrivé en 2013 sur le plateau de « Touche pas à mon poste » et désormais un incontournable de l’équipe de TPMP, Gilles Verdez et ses déclarations ont souvent fait parler. Le chroniqueur a aujourd’hui un autre prénom : Souleymane.


Gilles Verdez est un visage familier des téléspectateurs. Journaliste de presse pendant plus de vingt ans, il a notamment écrit dans les colonnes du Parisien et de l’Équipe mais c’est en tant que chroniqueur de l’émission « Touche pas à mon poste » qu’il a été révélé au grand public. Officiant dans ce talk-show depuis 2013, il a multiplié les coups de gueule en neuf années d’antenne. La sincérité du chroniqueur est régulièrement sujette à caution, étant donnée la propension de ce dernier à théâtraliser ses prises de parole et à surjouer l’indignation. Sur le plateau de C8, le 26 février 2018, il avait notamment qualifié l’animateur Bernard de la Villardière « d’islamophobe », ce qui lui a valu, en février 2021, une condamnation en diffamation et une amende de 5000 euros. En septembre 2018, sur le plateau de Cyril Hanouna, il réclamait le bannissement d’Eric Zemmour de tous les plateaux télés. « Bien sûr qu’il faut l’interdire, il professe la haine » avait-il déclaré dans une passe d’armes l’opposant à André Bercoff, venu défendre la liberté d’expression du polémiste. Depuis des années, dans l’émission, un élément de la vie privée de Gilles Verdez est utilisé comme un comique de répétition: la relation qu’il entretient avec une femme d’origine sénégalaise prénommée Fatou. En août, ils se sont dit oui au Sénégal, une union qui n’est pas reconnue en France puisqu’il s’agit d’un mariage religieux. Gilles Verdez nous a également appris, le 29 août sur C8, qu’il avait dorénavant deux prénoms car au Sénégal « on m’appelle Souleymane ». Visiblement, dans certains pays, les prénoms ont leur importance, comme le martèle celui que Verdez souhaite bannir de tous les plateaux. Désireux de parachever son assimilation, le 18 novembre, alors qu’il était interrogé par Cyril Hanouna sur son rapport à la religion, le chroniqueur a déclaré qu’il s’apprêtait à « faire le ramadan prochainement ». L’assimilation de Gilles Verdez est à l’image de son cerveau… à l’envers.

A lire aussi : Cyril Hanouna: comprendre, contredire sans mépriser!

L’été indien

0

La cause écologique, souci des pays développés, est-elle imposable et réalisable dans des pays en développement ?


Les paysans indiens sont-ils des salauds ? Début novembre, ouvriers, écoliers et une partie des fonctionnaires de New Dehli ont été invités à rester chez eux. Raisons de ce confinement ? Une énorme concentration de particules fines, 25 fois plus forte que les recommandations de l’OMS. Capitale de l’Inde, New Dehli est régulièrement en tête du classement des villes les plus polluées au monde mais cette fois, les coupables ne sont pas que les conducteurs de poids lourds ou les industriels peu soucieux de dame Nature. Outre la part des pollueurs habituels, les vents ont drainé des nuages de fumée issus du Penjab, cette région du nord. Les agriculteurs y ont brûlé les restes de leurs cultures d’été pour préparer leurs champs pour l’hiver, un choix motivé par des raisons économiques. Bhupender Yadav, ministre de l’Environnement, n’a pas eu de mots assez durs à l’encontre de l’opposition qui administre le Penjab. « Il n’y a aucun doute sur qui a transformé le Penjab en chambre à gaz », a-t-il tweeté. Le plus haut responsable politique du Penjab, Bhagwant Mann, a retorqué que son administration n’était entrée en fonction qu’il y a six mois. En 2018, une étude de l’Institut de politique énergétique de l’université de Chicago estimait qu’en moyenne, un Delhiite perdait dix ans d’espérance de vie à cause de la pollution. Persuadés d’être les phares du monde, nos écolos rivalisent de créativité pour montrer la bonne voie. Sur son site internet, la mairie de Grenoble affirme sans rire que « la révolution verte est en marche ». Un message qui n’est visiblement pas parvenu jusqu’en Orient. Depuis des années, l’Inde est l’un des plus grands pollueurs au dioxyde de carbone. Après Grenoble, Éric Piolle devra aussi convertir les paysans du Penjab aux vertus de la trottinette électrique et du tri sélectif. Chiche ?

A lire aussi: Dette climatique, le nouveau fardeau de l’homme blanc?

Commerce extérieur : le grand effondrement

1

En dépit des boniments du gouvernement, le commerce extérieur, surtout dans le domaine industriel, est aujourd’hui en piteux état. L’histoire que racontent les chiffres officiels est celle d’un déclin inexorable. Tribune de Jean Messiha et Frédéric Amoudru.


La France s’achemine inexorablement vers le pire déficit commercial de son histoire. De 63.3 milliards d’euros[1] en 2018, première année pleine du quinquennat d’Emmanuel Macron, à une estimation de 150 milliards à la fin 2022, la 5ème année pleine de son règne, les compteurs ont explosé et la France s’est mécaniquement appauvrie.

Pour expliquer ces chiffres calamiteux, la macronie a une excuse toute trouvée : la flambée des cours des hydrocarbures et des matières premières. Il est vrai que ces hausses spectaculaires des cours pèsent lourd dans la balance, même si une partie de l’aggravation de notre déficit énergétique est due à la débâcle de notre industrie nucléaire traditionnellement exportatrice d’électricité. Après cinq ans au pouvoir, Emmanuel Macron ne peut pas dire que « cela vient de loin », comme il l’avait fait valoir lors de l’explosion de colère des Gilets jaunes.

S’il paraît difficile de lui reprocher la guerre en Ukraine, véritable catalyseur d’une montée spectaculaire du prix des hydrocarbures, il nous faut aborder une autre composante de ce déficit qui est celui des biens manufacturés. Déficit d’autant plus impressionnant qu’il reflète la santé de notre industrie. Et à en croire les chiffres, elle n’est pas bonne. Prenons les données qui font référence en la matière, à savoir celles fournies par la Direction Générale des Douanes.

En 2018, le déficit du poste produits manufacturés était de 36,7 milliards d’euros, ce qui indiquait déjà le degré de désindustrialisation atteint par la France. Le chiffre reste à peu près stable en 2019, puis plonge en 2020, à cause du COVID, à 57,5 milliards d’euros. Mais en 2021, tandis que les usines avaient repris leurs activités, nous tombions à 65,7 milliards et en 2022, alors qu’aucune excuse COVID n’est invocable, nous nous acheminons vers le chiffre de 78 milliards d’euros pour 2022 ![2]

On a beau nous expliquer que la France se « réindustrialise » grâce à la politique du président et de son très « techno » ministre de l’économie Bruno Le Maire, les chiffres sont têtus. Qui peut, en effet, croire à cette soi-disant désindustrialisation quand nos échanges industriels (hors énergie) se dégradent à ce point ?

A lire aussi: Métiers en tension : pourquoi l’immigration ?

Quand un pays se réindustrialise vraiment, soit les usines locales satisfont davantage la demande locale et les importations diminuent – c’est ce que l’on appelle « l’import-substitution » – ou bien lesdites usines se spécialisent et exportent fortement comme les industries suisses, allemandes ou du Nord de l’Italie. Dans l’un ou l’autre cas, le déficit de la balance commerciale des produits manufacturés s‘améliore voire devient excédentaire.

En France, cette balance, nous l’aggravons. Et pendant ce temps, l’exécutif et les médias qui lui sont inféodés, comme BFM Business, Les Échos, etc., proclament que les usines poussent comme des champignons dans notre beau pays et qu’enfin nous réindustrialisons ! Toutefois le sujet est suffisamment sérieux pour que l’on creuse le champ des explications.

A cet effet, nous avons analysé les chiffres des 16 secteurs que détaillent les Douanes depuis 2018 à 2022 en annualisant les chiffres des 3 premiers trimestres sur 9 mois.

Prenons d’abord les quelques domaines où nous sommes excédentaires :

  • Nos industries agro-alimentaires poursuivent leur bonhomme de chemin et affichent un excédent stable à environ 6-6,5 milliards d’euros.
  • Les parfums et cosmétiques marchent plutôt bien puisque nous passons de 11,3 milliards d’euros d’excédents à 15 milliards, reflétant le succès à l’export de nos produits de luxe.
  • La pharmacie évolue négativement sur 5 ans avec un excédent qui montait en régime de 4,3 milliards d’euros en 2018 jusqu’à 6 milliards d’euros en 2019. Il baisse ensuite à 2,4 milliards d’euros en 2022 avec la crise COVID et les importations massives qui en ont découlé, l’industrie française étant incapable de suivre.
  • Gros poste : l’aéronautique et le spatial. Essentiellement, Airbus. Voilà l’entreprise qui en quelque sorte fait la pluie et le beau temps de l’industrie nationale et de ses exportations. 27 milliards d’euros d’excédent en 2018, encore mieux en 2019, puis le trou d’air du COVID. Depuis, nous assistons à une lente reprise qui nous laisse à environ 22 milliards d’euros en 2022.Les navires, et en particulier les paquebots de croisière fabriqués aux chantiers de l’Atlantique, sont une fierté nationale. On les exporte pratiquement tous, puisque nous n’avons pratiquement plus de croisiériste français. Excédent variable selon les années et les livraisons, de 1 à 2 milliards d’euros annuels, sauf en 2020 et 2021 avec l’impact du COVID sur les travaux et donc les livraisons. Mais gros rebond en 2022 (+2,7 milliards) où on livre beaucoup. Ce fleuron est malheureusement menacé par la hausse des coûts de l’énergie et le fait que les croisiéristes ont déjà acheté de nombreux navires.

Venons-en maintenant à la litanie des secteurs où nous sommes perdants :

  • Déficitaire depuis des lustres en raison d’une délocalisation ancienne le « textile, habillement et cuir », en négatif de 13 milliards d’euros en 2018, a baissé à près de 11 milliards d’euros en annualisé 2022. Un léger mieux lié au fait que les Français ont un peu réduit leur consommation de fringues comme en témoigne les faillites en série des magasins d’habillement.     
  • Le secteur « bois, papier, carton », pour sa part, voit, lui, son déficit se creuser, passant de 4,8 milliards d’euros à 7,6 milliards, reflétant la poursuite des fermetures des entreprises du secteur en France et dont la faillite de la société Arjo Wiggins fut un symbole.
  • La chimie, positive de près de 1,5 milliards d’euros est passée, 5 ans plus tard, à près de 3 milliards de déficit.
  • Dans les plastiques et caoutchouc, les choses vont de mal en pis puisque l’on passe de -7,2 milliards à -10.2 milliards d’euros. Les importations de plus en plus importantes de pneus bon marché de Chine et d’ailleurs constitue une partie de l’explication.   
  • La métallurgie fait un four, sans mauvais jeu de mots, avec un déficit qui explose de 8,9 milliards à 16,8 milliards d’euros. En cause la hausse des cours de l’acier et des métaux non-ferreux que nous fabriquons de moins en moins.
  • Personne ne s’étonnera que les matériels informatiques constituent un gouffre qui se creuse. Nous en consommons de plus en plus et n’en produisons aucun, d’où un déficit qui passe de 16,5 milliards à plus de 21,6 milliards d’euros en 2022. Les équipements électriques et ménagers, très emblématiques de notre désindustrialisation avec les célèbres faillites de Brandt, Moulinex et plus récemment la fermeture de Whirlpool, entre autres, ne déçoit pas. Le déficit augmente de 7,4 milliards à plus de 10,5 milliards d’euros.

Venons-en au secteur très stratégique des machines dans lequel on retrouve machines-outils, robots industriels mais également les machines agricoles.  Une bérézina qui voit notre déficit plus que doubler de moins de 5 milliards à plus de 11 milliards d’euros.  « C’est une bonne nouvelle », nous dit-on, car cela veut dire que la France modernise son appareil de production. Nous verrons !

Passons au plus scandaleux des scandales industriels français : les véhicules et équipements auto. Les bagnoles et les pièces détachées pour faire simple. Nous avions près de 10 milliards d’euros de déficit en 2018. Il passe à 18,3 milliards en annualisé 2022. Pourtant, nous voyons plein de voitures françaises sur nos routes. Késaco ? C’est simple. Ces soi-disant voitures françaises n’ont de française que la marque. Pire, les bonus écologiques que distribue allégrement notre gouvernement incompétent au nom de la transition climatique profite majoritairement aux petites et moyennes cylindrées qui sont massivement importées. En effet, à part le japonais Toyota et sa Yaris de Valencienne, nos PSA et Renault fabriquent leur modèle d’entrée de gamme ailleurs puis importent en France. Nous subventionnons ainsi les usines slovènes, slovaques, tchèques, espagnoles, turques ou encore marocaines. Nos « progressistes » au pouvoir ont du talent…

A lire aussi: Immigration : un mariage forcé à l’issue fatale

Dans la catégorie autre matériels de transport, qui inclut en particulier les deux roues que nous ne fabriquons plus, nous avons, sans surprise, un déficit de 2 à 3 milliards d’euros chaque année.

Enfin, nous avons le poste autres produits manufacturés, un fourre-tout qui inclut tout ce qui ne rentre pas dans les catégories précédentes. Il pèse plutôt lourd, puisqu’il accuse une perte qui passe de moins de 10,7 milliards d’euros en 2018 à plus de 14 milliards d’euros en 2022.

Ce tableau négatif s’accompagne pourtant d’une floraison d’initiatives :

  • Création des Pôles de compétitivité en 2004 ;
  • Plan d’Investissements d’Avenir en 2010 ;
  • Création du CICE en 2014 ;
  • Relance du Conseil National de l’Industrie en 2017 ;
  • Baisse progressive de l’impôt sur les sociétés à 25% ;
  • Baisse des impôts de production des entreprises de 10 Mds par an (sur un total d’environ 85 Mds)
  • Plan « France Relance » en 2020 qui contient :

– des stratégies d’accélération pour l’innovation dans le cadre du quatrième programme d’investissements d’avenir (PIA4) ;

-des appels à projet pour soutenir les secteurs stratégiques de l’industrie ;

-un soutien à la Transformation numérique des TPE-PME ;

-un plan pour la décarbonation de l’industrie.

  • Suppression définitive de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) sur 2023-2024 soit 9.3 Mds d’euros en deux ans.

Rien n’y fait.

Le très sérieux portail de recherche économique allemand, STATISTA, nous livre le chiffre de la part de l’industrie manufacturière dans le PIB français. Là encore, il nous montre un lent déclin : 10,14% en 2017, puis 9,97% en 2018, 10,01% en 2019, 9,39% en 2020 et enfin 9,18% en 2021.

Il en résulte que tout ce que la propagande gouvernementale répand sur la réindustrialisation en cours c’est du… flan(by) ! Il serait toutefois prétentieux de conclure cette tribune en affirmant que les solutions sont simples. Mais il y a clairement une problématique que ni la droite sarkozienne, ni la gauche hollandienne ni le centre macronien ne sont arrivés à résoudre.

Il y a, en réalité, deux stratégies possibles :

  1. Une forte intervention gouvernementale pour structurer des filières industrielles. Mais le volontarisme ne peut suffire. Il doit s’accompagner de subventions publiques massives ciblées qui se heurteront aux règles européennes ;
  2. Poursuivre, mais de façon beaucoup plus ambitieuse, la baisse des prélèvements obligatoires qui pèsent sur nos industries. Là encore, l’UE ne nous permettra pas de cibler des secteurs en particulier.

C’est pourquoi la baisse des impôts de production timidement entamée par le gouvernement, fait sens, dans la mesure où elle bénéficie structurellement davantage aux usines. Il faut toutefois aller plus loin, car l’écart avec l’Allemagne reste élevé, et mieux cibler géographiquement cette baisse, ce qui est permis, de façon à ce qu’elle se concentre sur les zones où l’industrie est présente ou susceptible de se développer. Cette stratégie est plus efficiente que celle consistant en un arrosage large qui bénéficie au secteur des services dans les métropoles, secteur qui n’en a nul besoin.

Le grand défi reste celui de la conditionnalité. Comment faire en sorte que ces baisses d’impôts se traduisent bien par un surcroît de production plutôt qu’à une hausse des bénéfices et des dividendes ?

Nous reparlerons de la stratégie de réindustrialisation dans une prochaine tribune…


[1] Chiffres incluant les matériels militaires  

[2] En annualisant les chiffres des 3 premiers trimestres, ce que nous ferons pour tous les chiffres qui suivent !

Pour les mélenchonistes, il faut « dénazifier » la France

0
Hadrien Clouet, le 22/11/22 / PHOTO: Juliette Avot/SIPA / 01095360_000030

Hadrien Clouet, député LFI, demande dans une question écrite à la ministre de la Culture de changer les rues ayant des noms de «nazis » ou «collabos».


Dénazifier l’Ukraine ? Poutine en a rêvé ! Dénazifier la France ? Mélenchon et les siens vont le faire.

C’est Hadrien Clouet, un obscur député Insoumis, qui a sonné l’alarme. Dans une question écrite à la ministre de la Culture, il lui demande « d’agir contre les nazis et les collabos ». Il alerte sur le fait que plusieurs d’entre eux ont leur nom sur des plaques de rues.

Ce député ignore manifestement que les noms des rues sont du ressort des municipalités plutôt que des ministères. Mais on ne va pas demander à un parlementaire mélenchoniste de connaitre la loi…

Voyons en détail les raisons de l’indignation d’Hadrien Clouet. Il pointe du doigt le fait que de nombreuses rues, places et artères portent les noms d’Alexis Carrel et de Paul Morand. Carrel, dit-il, voulait exterminer par le gaz « les populations inférieures ». Quant à Paul Morand, toujours selon Hadrien Clouet, « c’était un antisémite acharné ».

A lire aussi: Ne pas tomber dans le « Panot »

Renseignements pris, nous sommes en mesure de vous révéler que le docteur Carrel était un éminent savant récompensé par un prix Nobel de médecine. Il était eugéniste. C’était la mode à l’époque. Carrel prônait l’euthanasie non pas pour les « populations inférieures » mais pour les handicapés. Ces préconisations ne furent pas, heureusement, suivies d’effets. D’ailleurs, depuis les années 90, des rues et des institutions portant son nom sont régulièrement débaptisées. La demande d’Hadrien Clouet n’a rien de très nouveau.

Quant à Paul Morand, c’était un brillantissime écrivain. Il fut ambassadeur de Vichy à Bucarest. Ce qui en dit long sur ses convictions. Mais depuis, il est publié et republié. Faudrait-il brûler ses livres parce qu’il était antisémite ?

A part ça, nous ne pouvons cacher notre étonnement de voir les Insoumis se préoccuper des Juifs. Les aurait-on changés ? Leurs amis islamistes ne vont pas apprécier !

Hadrien Clouet, sur sa lancée se fait poignant. « Que deviennent, s’exclame-t-il, les enfants qui grandissent rue du docteur Carrel? » Et il souligne les tourments indicibles du facteur obligé d’arpenter chaque jour la rue Paul Morand.

Voilà bien un souci qui l’honore. Nous nous permettons de relever qu’il y a en France de multiples rues qui portent les noms de Lénine, de Trotsky, et d’Aragon (qui écrivit un poème à la gloire du Guépéou, la cruelle police stalinienne). Il nous semble qu’ils ont beaucoup plus de morts sur la conscience.

Capitaine abandonné

0
Hugo Lloris, le 21/11/22 / PHOTO: José Mendez/EFE/SIPA / 01094824_000006

Pas de brassard LGBT lors de la Coupe du monde au Qatar, la FFF et Hugo Lloris respectent les règles du Qatar et ce n’est pas au goût des médias bien-pensants.


Alors que la Coupe du Monde se déroule au Qatar, pays où l’homosexualité est illégale, un brassard arc-en-ciel a été conçu en soutien aux personnes LGBT. Lundi 14 novembre, à la veille du départ des Bleus pour Doha, Hugo Lloris, le capitaine de l’équipe, est interrogé lors d’une conférence de presse au sujet du port de ce brassard. En effet, n’ayant pas reçu l’aval de la FIFA, Noël Le Graët, le président de la FFF, s’était également exprimé à ce sujet dans l’Équipe : « On va en discuter. Mais j’aime autant qu’il [Hugo Lloris] ne le fasse pas. On va jouer dans un pays que l’on doit respecter ». Face au journaliste, qui lui demandait si ce n’est pas « une bonne idée de porter ce brassard pour faire avancer les choses », le gardien a été droit au but : « Sur le sujet, bien sûr, j’ai mon opinion personnelle. Et ça rejoint celle du président Le Graët. Lorsqu’on est en France, lorsqu’on accueille des étrangers, on a souvent envie qu’ils se prêtent à nos règles, qu’ils respectent notre culture, et j’en ferai de même quand j’irai au Qatar. Après, je peux être d’accord ou non avec leurs idées, mais je dois montrer du respect par rapport à ça ». Il n’en fallait pas plus pour déclencher une polémique. Pour réagir à cette dernière, Amélie Oudéa-Castéra, la ministre des Sports, s’est rendue dans l’émission C à vous, sur France 5, le 18 novembre. L’animatrice, Anne-Élisabeth Lemoine, représentative de la bien-pensance de l’audiovisuel public, a posé une question qui révèle son opinion sur le sujet : « Comment peut-on dire qu’on va respecter la culture d’un pays où l’homosexualité est illégale ? ». Il y a actuellement 69 états qui interdisent l’homosexualité, autant de pays dont la culture n’est pas respectable ? Le Maroc, l’Algérie, Singapour, la Malaisie, la Tanzanie, le Kenya, le Pakistan, la Mauritanie, seront ravis d’apprendre que leur culture n’est pas respectable. Hugo Lloris arbore néanmoins le brassard le plus important… celui de capitaine de l’équipe de France.

A lire aussi: « A l’insu de leur plein gré » : les footballeurs contre la FIFA

Au service de « Ta Majesté »

0
Tony Curtis et Roger Moore, principaux acteurs du feuilleton "Amicalement Vôtre"./UNIVERSAL PHOTO/SIPA/ 00517368_000004

Le meilleur remède contre le wokisme ambiant s’appelle Amicalement vôtre.


Ils n’ont pas réussi à l’interdire. C’est une question d’années, voire de mois. Croyez-moi, ces gens-là combattront le moindre espace de liberté. Ils nettoieront à sec la moindre rigole d’insouciance badine. Ils veulent tuer « nos plus belles années » à coups de sit-ins sauvages et d’outrances verbales. Ils voient des machistes suprémacistes un peu partout, d’affreux virilistes à la piscine du « Palm Beach », des prédateurs carbonés sur l’autoroute des vacances et des viandards au « room service ». Ils ne supportent pas cette décontraction azuréenne assumée, cette déconne débonnaire et ce cortège de dépenses forcément somptuaires qui furent longtemps la marque des civilisations les plus avancées. La farce les dépasse, la fesse les oppresse, l’humour les agresse. Ils voudront bientôt nous faire ravaler jusqu’à nos menus plaisirs télévisuels. Ils traqueront et judiciariseront nos programmes préférés comme ils épurent déjà nos bibliothèques.

Vous pensez, deux grands dadais aux répliques boulevardières portant chemises à jabot et fréquentant les bars des palaces, draguant ouvertement et ne prenant rien au sérieux, sont considérés aujourd’hui comme de dangereux idéologues. Des activistes d’un art de vivre décadent à bannir ! Á jeter dans les fosses de l’Histoire ! Comment les jeunes générations pourraient-elles se reconnaître dans des hommes aussi puérils et superficiels ? Á trop les fréquenter, elles pourraient même avoir envie de leur ressembler. Ces faux vertueux n’aiment ni les playboys d’opérette, ni les voitures de sport, encore moins la prolifération du bikini sur les plages de France. Ils ont peur des cocktails alcoolisés, des peaux qui se collent au contact du sable chaud, des blagues sous la ceinture et de ce dilettantisme souverain que l’on devrait enseigner dans les écoles de la haute fonction publique. Nos comptes seraient mieux gérés et nos dirigeants auraient meilleure allure. Ces puritains-là sont plus sérieux que nos anciens calotins. La honte doit désormais changer de camp. Comment y parvenir ? Comment refluer ce mouvement qui ne comprend rien au second degré et à la beauté du vagabondage amoureux. Une solution existe : revoir les vingt-quatre épisodes de la série Amicalement vôtre. Revenir à la source du mâle. Entrons chèr-e-s ami-e-s en résistance et prenons ces vingt-quatre feuilletons comme un traité de philosophie à l’usage des mauvais coucheurs. Un remède contre les temps sombres qui s’annoncent. Un bras d’honneur à tous les rigoristes verbeux qui encombrent les écrans. Je ne connais pas vadémécum plus limpide et inspirant que Danny Wilde (Tony Curtis) et Lord Brett Sinclair (Roger Moore) se chamaillant sur la composition du « Créole crème ». Faut-il y adjoindre une ou deux olives ? Mystère. Les mixologues n’ont pas tranché la question.

A lire aussi : Marielle, Broca, Belmondo: le beau recueil nostalgique de Thomas Morales

Avec ces deux-là, le cabotinage entre Cannes et Brighton était la règle, la distance avec la réalité prenait une forme d’élévation spirituelle. Ils furent essentiels à notre éducation. Je dois admettre qu’ils surclassaient mes professeurs d’alors dans de nombreux domaines, notamment le choix des vins, le port de la chemise en soie sauvage ou l’emphase comique. Le fait qu’ils roulent en Dino 246 GT et Aston Martin DBS les rendaient encore plus crédibles à mes yeux. Chacun, ses faiblesses. Leur humanisme dénué de toute prétention nous a permis d’aborder les années 1980 avec des valeurs fortes et le sens des priorités. Grâce à leur travail de sape, nous avons été insensibles aux discours victimaires, aux injonctions alimentaires et aux crises identitaires.  Le générique orchestré par John Barry devrait suffire à calmer toutes les polémiques et à convaincre les plus réticents d’entre vous. Sa puissance évocatrice est un bain de jouvence dont l’onde nostalgique n’a pas fini de nous bercer. Au début des années 1970, juste avant les crises pétrolières et la chasse au gaspi, on savait vivre et on savait surtout rire. L’humour était un bien largement partagé dans toutes les couches de la société. On ne partait pas en guerre au premier string ficelle aperçu et on ne s’offusquait pas d’une accélération vigoureuse mais néanmoins mélodieuse sur une route de l’arrière-pays niçois. Les téléspectateurs s’amusaient des joutes oratoires (upgradées par les deux génies du doublage qu’étaient Michel Roux et Claude Bertrand) et des codes esthétiques en vigueur. Le laid n’avait pas sa place dans cette série. Toutes les situations prêtaient à la dérision. Dès le premier épisode, le juge Fulton avait reproché à Brett Sinclair de parler neuf langues qui ne lui servaient seulement qu’à commander à boire au restaurant. Et quand Danny descendit de l’avion, il lança, s’adressant aux jolies hôtesses de l’air, cette formule mémorable : « N’abusez pas trop de votre physique ! ». On ne criait pas à la phallocratie triomphante mais à la répartie brillante. Question d’époque ! 

Amicalement vôtre - L'Intégrale de la série

Price: ---

0 used & new available from

Amicalement vôtre-L’intégrale [Édition Ultime]: DVD et Blu-ray : Amazon.fr

Un nouveau rôle pour l’Éducation nationale

0
Pap Ndiaye, le 01/12/22 / PHOTO: Jacques Witt/SIPA / 01095928_000011

Lors d’une interview, Pap Ndiaye révèle son souhait pour l’Éducation nationale : combattre certaines idées. En somme, apprendre aux enfants à « bien penser » plutôt qu’à apprendre les fondamentaux scolaires.


La longue interview sur Radio J du ministre de l’Education nationale mériterait d’être commentée dans son ensemble, tant il s’est montré droit dans ses bottes idéologiques, en réponse à des questions généralement d’une grande complaisance de Frédéric Haziza, qui semblait avoir décidé de lui servir la soupe.

Une seule phrase toutefois suffira pour mesurer les intentions de Pap Ndiaye, quant à sa conception de son rôle de ministre. La voici, à propos d’Eric Zemmour : « Il est clair que ce type de personnage dans la vie politique est un poison lent contre lequel il faut mettre les français en garde, et nous avons, nous, du côté de l’Éducation Nationale, notre rôle à jouer ».

Tout est dit, l’Éducation nationale a un nouveau rôle à jouer, il faut le savoir et le souligner. On savait déjà que ce ministre avait donné quatre axes à son action, dans l’ordre : lutte contre les inégalités, savoirs fondamentaux, bien-être de l’élève, question écologique. Dans un autre monde, dans une vie un peu rêvée, on pourrait imaginer que l’acquisition des savoirs fondamentaux soit l’unique et essentielle mission de l’Education nationale, sachant qu’elle a déjà bien du mal à la remplir. Mais non, ce n’est plus qu’une mission parmi d’autres, et même pas la plus importante.

A lire aussi: Ne pas tomber dans le « Panot »

Mais maintenant il faut envisager, apparemment, une cinquième mission : l’Éducation Nationale doit éduquer nos enfants à bien penser. Il faut leur enseigner où se situe le bon, le bien, le vrai. Il faut désigner les méchants et les mal pensants, leur expliquer qu’il y a des choses qui ne se disent pas, et même qui ne se pensent pas, et qu’il existe à droite une frontière au-delà de laquelle commence l’empire du mal.

Remarque : le ministre en question avait déjà dit au début de sa prise de fonction que son combat de toujours consistait et consisterait encore là à se battre contre le « Front National » qu’il appelle ainsi malgré le changement de nom. C’est dire si on ne l’a pas nommé au bon poste ! Il serait éventuellement bon de rappeler ses premiers propos pour démontrer l’obsession du monsieur à l’égard de ce que l’on appelle « l’extrême droite ».

Sortez découverts !

0
Un homme portant une kippa lors d’une manifestation contre l’antisémitisme à Cologne, le 25 avril 2018 Henning Kaiser/AP/SIPA AP22194220_000008

Le port de la kippa en public n’est pas si différent de celui du voile : ils sont tous les deux contraires à l’esprit de la laïcité à la française.


L’autre matin, l’excellent et avenant Cyrille Cohen, directeur du laboratoire d’immunothérapie de l’université Bar-Ilan de Tel-Aviv, était invité à CNews, sur le plateau de Pascal Praud. Ses critiques plus ou moins feutrées de certaines mesures anti-Covid ont sans doute passionné les téléspectateurs et les autres participants – dont la plupart ont été, comme votre servante, enchantés que leurs agacements reçoivent une onction scientifique. Cependant, comme l’a signalé Praud, qui reçoit des messages pendant l’émission, ce qui a fait réagir le public autant que ses explications scientifiques, c’est la kippa qu’il avait sur la tête. Rappelons que ce couvre-chef de forme circulaire est porté par les juifs (les hommes) à la synagogue, mais que les plus pratiquants le conservent en permanence.

Je l’avoue, dès mon arrivée, cette kippa m’a contrariée. Lorsque le sujet s’est invité dans le débat, j’ai fait remarquer au professeur qu’en France, on n’affichait pas ses convictions et pratiques religieuses. Question de savoir-vivre. Certes, la loi n’interdit pas le port de la kippa ou du voile islamique dans l’espace public. Mais quelle que soit la règle, l’esprit de la laïcité commande une certaine discrétion. « Je m’appelle Cohen, tout le monde sait que je suis juif », m’a rétorqué l’intéressé. Oui, et moi je m’appelle Lévy. Un nom, aussi caractéristique soit-il, ne dit strictement rien de la pratique, a fortiori pour un juif dont la définition relève de la filiation – selon la loi hébraïque, est juif quiconque est né d’une mère juive (même ashkénaze[1] !). On peut donc être juif et totalement athée ou mécréant. Au demeurant, personne ne demande à Cyrille Cohen de se cacher. Et il est vrai qu’il est israélien. Mais il se trouvait en France (pays dont il possède probablement la nationalité). Qu’il respecte le shabbat et mange cacher, c’est une affaire strictement privée. Pour autant, cet appel à la retenue ne vaudrait pas pour un imam, un rabbin ou le pape, en tout cas s’ils étaient invités es qualité.

Plus encore qu’une loi, qui ne peut être modifiée que par le vote du Parlement, une règle tacite est sujette à évolution, en fonction des débats qui traversent la société. Il est probable que cette kippa n’aurait pas choqué il y a trente ans, avant que le voile islamique devienne un sujet récurrent de la dispute française, notamment grâce à certaines sœurs Lévy[2]… Certains internautes n’ont pas manqué de faire le rapprochement. « Là on est au comble du fou rire sur #hdpros eux qui râlent à longueur de journée sur les voiles ou les djellabas, hop dès le lundi matin professeur Cyrille Cohen et sa kippa sur la tête sur le plateau », tweete un courageux anonyme qui s’est baptisé « Le Comédien ». Eh bien, en dépit d’une légère aigreur, ce comédien-là n’a pas tort. Dénoncer le voile et accepter la kippa témoigne au minimum d’une incohérence et, aux yeux de pas mal de gens, d’un déplorable deux poids, deux mesures. C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’il y a quelques années, Marine Le Pen avait demandé aux juifs français de renoncer à la kippa dans la rue. Beaucoup l’ont fait, malheureusement pour des raisons de sécurité.

A lire aussi : Elisabeth Lévy: faut-il se voiler pour compatir avec les musulmans?

On me dira que ce n’est pas pareil. En effet, la kippa n’est pas un signe d’infériorité des femmes (ni des hommes). Elle n’est pas l’étendard de nos ennemis, elle n’est pas suspecte de manifester des sentiments antifrançais. On n’a pas vu d’hommes à kippa se réjouir des massacres de Charlie Hebdo ou du Bataclan. Mais en France, beaucoup de jeunes filles musulmanes portent le voile sans avoir la moindre sympathie pour les terroristes ni la moindre détestation pour leur pays. Qu’elles soient instrumentalisées au service d’une cause qui les dépasse, c’est ma conviction, mais cela relève du débat.

Inutile de se raconter des histoires. Il y a une forme de séparatisme juif. Certes, il est pacifique et apolitique. Autrement dit, ce ne sont pas les juifs qui mettent aujourd’hui au défi la cohésion de la société française. N’empêche : ce qui pouvait passer il y a quelques décennies pour un innocent particularisme paraît aujourd’hui problématique à nombre de nos concitoyens. Qu’il y ait parmi eux des gens qui ont un problème avec les juifs ne doit pas nous empêcher d’entendre les autres, ceux qui pensent légitimement qu’une règle n’a de sens que si elle vaut pour tous.

J’ai également été frappée par le silence de mes camarades de plateau – fait suffisamment rare pour être significatif. Peut-être auraient-ils été plus directs avec une femme voilée. Leur retenue témoigne d’une certaine délicatesse qui a partie liée avec l’histoire. Si j’ai été la seule à prendre la parole, c’est sans doute parce que mon patronyme et mon appartenance m’immunisent contre le soupçon d’antisémitisme. Quoi qu’en pensent beaucoup de nos compatriotes musulmans, l’antisémitisme traduit la haine des juifs alors que ce qu’ils appellent islamophobie est la critique de certaines expressions de l’islam. Sauf que ces distinctions subtiles ne peuvent guère avoir cours dans un débat télévisé. Alors, que mes amis de CNews et le professeur Cohen souffrent que je les interpelle gentiment. Nous ne sommes pas menacés par le retour du nazisme. Les juifs ne sont pas des petites choses fragiles et susceptibles incapables de tolérer la moindre remarque. Interdire toute critique ou blague à leur encontre serait, finalement, une forme paradoxale (et inconsciente) d’antisémitisme.


[1]. Je n’ignore pas qu’on s’empaille depuis des lustres sur cette définition, que des gens dont seul le père est juif se définissent comme juifs et que d’autres, de mère juive, ne revendiquent aucune appartenance. Mais ce n’est pas le lieu d’un débat talmudique…

[2] En 2003, Alma et Lila Lévy, filles d’un avocat juif athée et d’une mère kabyle de culture musulmane ont été exclues du lycée d’Aubervilliers pour refus d’ôter leur hidjab.

Espagne : Pedro Sánchez, un président candidat à la postérité

0
Le président espagnol, Pedro Sánchez, à l'occasion du G20. Novembre 2022. /Dita Alangkara/AP/SIPA/AP22740628_000196

L’actuel gouvernement socialiste, à la différence de tous ses prédécesseurs, cherche à se donner une forme de légitimité durable en rouvrant les blessures de la Guerre civile et de l’ère franquiste. Ce faisant, il risque la désintégration de l’Espagne.


Venu rendre hommage à la romancière espagnole Almudena Grandes disparue en novembre 2021, et dont le dernier roman vient d’être publié à titre posthume, le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez (PSOE, Parti Socialiste) en a surtout profité, ce 28 novembre, pour parler de lui et de ce que l’Histoire retiendra de son passage en politique. « L’une des choses pour lesquelles je passerai à la postérité sera d’avoir exhumé un dictateur », a-t-il déclaré devant le parterre du Centre Culturel de l’Athénée (Madrid) qui ne semble pas s’être ému de cette forme particulière d’immodestie consistant à se projeter dans les livres d’histoire à venir, debout devant le portrait d’une romancière décédée avant d’avoir pu achever l’écriture de son dernier ouvrage. Il faut dire que l’assistance, du réalisateur Pedro Almodóvar à l’actrice Ana Belén, était acquise à Pedro Sánchez. Il faut dire aussi que les romans d’Almudena Grandes, très appréciés du grand public, sont autant d’explorations littéraires de la guerre civile espagnole et de la dictature franquiste, la romancière – fervente militante de la récupération de la mémoire historique – ayant toujours dit regretter que l’Espagne soit le seul pays d’Europe où, selon elle, « dans une guerre entre fascistes et démocrates, on ne désigne toujours pas clairement les bons et les mauvais ». Affaire de littérature et non d’histoire, assurément.

La phrase de Pedro Sánchez n’est pas passée inaperçue dans un contexte électrique où, à six mois des prochaines élections municipales (28 mai 2023) et à un an des élections générales, ses adversaires politiques – à commencer par ceux du Partido Popular (PP, droite libéral-conservatrice) et de Vox (classé à l’extrême droite) – n’ont pas hésité à questionner ces curieuses prétentions à un destin historique. Et ils rappellent au candidat à la postérité que la coalition entre le parti socialiste (PSOE) et l’extrême gauche (Unidas Podemos,UP: « Unies nous pouvons »), au pouvoir depuis janvier 2020,  avait accouché de plusieurs lois incendiaires parmi lesquelles : la  Loi trans, la Loi de garantie intégrale de liberté sexuelle (loi dite du consentement explicite, sans lequel tout acte sexuel est potentiellement un viol, plus connue en Espagne sous le nom de « Seul un oui est un oui ») et la Loi de réforme du délit de sédition.

A lire aussi :  Mythe et mythes de la Guerre d’Espagne: les raisons d’une polémique

La Loi trans, portée par la Ministre de l’Égalité, Irene Montero, issue du parti d’extrême gauche, UP, prévoit, entre autres dispositions, que toute personne de plus de 16 ans pourra choisir librement son identité de genre (sans consentement parental ni avis médical ou psychologique préalable), que les mineurs entre 14 et 16 ans auront également ce droit (quoique devant être assistés dans leurs démarches par leurs parents ou tuteurs légaux), comme ceux de moins de 12 ans (qui, eux, devront tout de même obtenir une autorisation judiciaire).

Si la Loi trans n’a pas encore été votée, c’est qu’elle a été retardée par le chaos engendré par la récente Loi du Seul un oui est un oui – de la même ministre de l’Egalité – entrée en vigueur le 7 octobre. Car cette loi, d’avantage conçue comme protectrice des victimes (n’ayant heureusement plus, désormais, à se justifier d’avoir été abusées ou violées), plutôt que punitive (les peines minimales ont été abaissées suite à la décision de gommer la distinction entre « abus » et « viol »), produit l’effet inverse de l’objectif poursuivi initialement. Censée protéger du viol et de toutes les violences sexuelles, la loi se révèle être plus avantageuse pour de nombreux délinquants qui, à la faveur de la disposition de rétroactivité de toute nouvelle législation plus favorable à l’accusé, voient leurs peines sensiblement réduites. Situation ubuesque – si elle n’était pas aussi tragique pour les victimes elles-mêmes – quand on sait que le point de départ de cette loi a été l’exaspération de l’opinion publique en 2018 devant les peines jugées trop clémentes des cinq individus condamnés pour le viol collectif dit de La Manada (La Meute), dont l’un des membres n’a d’ailleurs pas hésité, le 21 novembre, à réclamer une réduction de presque deux années de prison (sur 15) à la faveur de la nouvelle législation…

A lire : Panique et hystérie devant “Les mythes de la guerre d’Espagne, 1936-1939”

Quant à la Proposition de loi de réforme du « délit de sédition » (article 544 du Code Pénal) en « désordres publics aggravés », elle se traduit par un allègement significatif des peines d’emprisonnement (potentiellement divisées par trois pour les leaders de la tentative de sécession de la Catalogne en septembre 2017). Les anti-Sánchez y voient une insupportable compromission avec les indépendantistes de tout poil, de la Gauche républicaine de Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya ou ERC), les indépendantistes catalans, à EH Bildu (Euskal Herria Bildu, « Réunir le Pays basque »), les indépendantistes de la gauche radicale abertzale basque, et un lamentable clientélisme politique de nature à remettre en cause une Constitution qui repose, depuis 1978, sur « l’indissoluble unité de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols », reconnaissant et garantissant «  le droit à l’autonomie des nationalités et régions qui l’intègrent et la solidarité entre elles toutes » (Article 2). Il n’est pas jusqu’à Felipe González, figure mythique du Parti Socialiste espagnol dont la première victoire aux élections générales remonte à 1982, qui n’ait vivement critiqué la politique du gouvernement de Pedro Sánchez, dans une interview du 2 décembre, considérant la loi du consentement explicite « mal faite », « à rectifier immédiatement ». Il taxe Podemos et ses leaders politiques de « populistes qui donnent des réponses simplistes à des problèmes complexes », et souligne la distinction sémantique entre « sédition » et « désordre public » : le désordre public, c’est occuper une gare, la sédition, c’est se déclarer République indépendante… Reste à savoir si on peut entrer dans l’Histoire pour avoir exhumé un dictateur mort en 1975 quand on n’a pas soi-même vécu sous la censure et la dictature. S’enorgueillir à 50 ans d’un anti-franquisme militant alors que la génération politique issue du franquisme, celle de la Transition démocratique, enfants de vainqueurs et de vaincus, avait réalisé le tour de force de sortir d’un antagonisme historique en réconciliant les Espagnols et en les projetant dans un avenir commun, est la parfaite illustration de ce que l’historien espagnol Santos Juliá nomme le phénomène des « enfants discrets versus petits-enfants vindicatifs ». Peut-on réclamer un destin historique quand on affirme à la fois la nécessité de savoir d’où l’on vient (Cérémonie anniversaire des 40 ans de la première victoire du Parti Socialiste aux élections générales de 1982) tout en réformant l’Education pour ne faire commencer le programme d’histoire du Baccalauréat qu’au 19ème siècle ? Ou quand on dit revendiquer un « passé radieux » et un « héritage de lumière obscurci par la dictature franquiste » quand l’histoire de l’Espagne est tout sauf le combat manichéen de l’ombre contre la lumière ?  En somme, peut-on entrer dans l’Histoire quand on capitalise autant sur la Mémoire ?

New York, ville-monde, sur le chemin de la tiers-mondisation

0
Pexels

Drogue, délinquance, délires wokistes : la ville de New York, dont le maire est démocrate, se trouve actuellement sur une très mauvaise pente. Pourtant, les Américains restent, malgré tout, plus fiers d’être américains que les Français d’être français !


En novembre 2021, après le passage de la pandémie, alors que les États-Unis rouvraient leurs frontières à l’Europe, j’ai revu New York, convalescente, morne et meurtrie. Les rues de la géante étaient vides. Les stores baissés sur les devantures des magasins et des restaurants exhibaient des faillites. On imaginait des vies brisées. Un froid glacial limitait mes déambulations solitaires. Où était donc passée la foule habituelle qui autrefois encombrait les trottoirs de marcheurs aussi rapides que déterminés ? Où étaient-ils, ceux qui, mus par des impératifs mystérieux pour le profane, ne lui en dispensaient pas moins, généreusement, une énergie contagieuse ? Seuls quelques homeless (sans abris), hagards, poussaient des caddies contenant leurs hardes et des couvertures crasseuses.

Novembre 2022, le «Big Apple» a recouvré son insolente vitalité et l’été indien joue les prolongations. Sous les derniers feux d’un soleil qui s’éternise, les buildings du Financial District s’élancent à la verticale, comme autant de lames acérées, dardées dans le bleu profond du ciel. Les façades en briques ocres des quartiers anciens de Soho, Tribeca, Nolita, quant à elles, rosissent sous la tiède caresse d’un astre qui leur dispense ses ultimes faveurs. Central Park convie à une flânerie sans but sous des frondaisons rousses et dorées qui s’effeuillent lentement. « New York avait toute l’irisation du monde », aurait écrit F. Scott Fitzgerald, témoin d’un semblable moment de grâce.

Pourtant, depuis quelques années la ville a changé. Imperceptiblement, parfois plus franchement. Elle affiche, je l’ai constaté lors de mon récent séjour, son vif désir de s’inscrire en son siècle.

A lire aussi: Sourions un peu en attendant la fin

Je garderai en mémoire ce lumineux dimanche 6 novembre 2022. S’est couru le Marathon de New York. Or, il comptait, pour cette édition, 59 personnes déclarées non-binaires contre 16 l’année précédente. Cette catégorie nouvelle a été créée pour répondre à une demande de représentation et d’inclusion des communautés LGTBTQIA+. C’est un dénommé Jake Caswell, âgé de 25 ans et biologiquement homme, qui s’est imposé dans ladite catégorie, obtenant un prix de 5000 $. Notons que la discrimination n’en demeure pas moins puisque c’est 500 000 dollars qu’on attribue aux vainqueurs hommes et femmes.

Dans le registre « inclusif », encore, j’ai été frappée par le nombre de créatures androgynes croisées lors de mes pérégrinations, souvent d’une beauté étrange et de surcroît très élégantes. J’aurais été bien en peine de savoir si elles étaient en voie de transition et auquel cas, vers quel sexe. On m’a expliqué que les « genderqueer » peuvent passer leur vie entière à « transitionner » en redéfinissant et ré-interprétant leur genre au fur et à mesure du temps. On s’achemine donc résolument vers un flou identitaire.

Heureusement, l’Église épiscopale située au début de la Cinquième Avenue (Church of the Ascension) est là pour guider sur cette voie du « all inclusive » qui conjugue wokisme et progressisme. Gaiment pavoisée aux couleurs LGBT, l’édifice religieux affiche fièrement, au fronton de sa porte : « BLACK LIVES MATTER », affirmant ainsi l’avènement d’une époque mutante, en marche vers le progrès. Tout comme le fit, en son temps, la pharmacie de M. Homais dans Madame Bovary. « Mais ce qui attire le plus les yeux, c’est, en face de l’auberge du Lion d’or, la pharmacie de M.Homais ! […] L’enseigne, qui tient toute la largeur de la boutique, porte en lettres d’or : Homais, pharmacien ».

Enfin, comme je m’étonnais de baigner en permanence dans des effluves de cannabis, on m’affranchit obligeamment : depuis le 30 mars 2021, New York est devenu le 15e état des États-Unis à autoriser l’achat, la possession, la culture du cannabis pour l’ensemble des citoyens de plus de 21 ans. L’attribution des licences autorisant officiellement le commerce récréatif de la plante n’a commencé que le… 22 novembre 2022. Ce qui n’a pas empêché certains entrepreneurs audacieux de démarrer leur business, créant ainsi un immense marché gris.

A lire aussi: De Laure Adler à Claude Askolovitch, en passant par Paul B. Preciado : entre-soi wokisto-journalistique et philosophie trans

New York change, lentement, insidieusement, mais sûrement, et l’inflation qui sévit n’arrange rien à l’affaire : les sans-abris sont de plus en plus nombreux. Rudy Giuliani, maire de 1994 à 2001, qui fit de New York une ville sûre (qu’elle risque de ne pas rester longtemps), en appliquant la politique dite de « la tolérance zéro », serait certainement affligé par une promenade dans Washington Square Park, fréquenté par les étudiants de la prestigieuse Université de New York. Haut lieu de la revente de drogue, dans les années 80, on est en droit de penser qu’il ne va pas tarder à le redevenir.

Si de nombreuses personnes apathiques, inoffensives et affalées y fument leur joint, l’œil vague, d’autres qu’on imagine sous l’emprise de substances plus dures vocifèrent, accostent les passants, se roulent par terre voire s’écroulent. La police intervient régulièrement pour rétablir l’ordre. J’ai pu voir aussi, pour la première fois depuis près de trente ans, la carcasse d’une voiture brûlée sur la Cinquième Avenue et évité de justesse une dame juchée sur un vélo. Roulant sur le trottoir, elle s’employait (sans beaucoup de succès, il faut bien en convenir, en raison d’un… équilibre précaire) à dégommer les piétons.

Le 22 novembre 2022, disais-je, 36 candidats ont obtenu, moyennant 2000 dollars déboursés, leur licence pour vendre légalement du « cannabis à usage adulte ». 28 d’entre eux sont, comme on dit chez nous : « défavorablement connus des services de police » pour détention passée ou présente de marijuana. Il s’agit, principe inédit, d’aider à s’intégrer des consommateurs issus des minorités. On souhaite aussi privilégier les femmes et les anciens combattants handicapés. Sans oublier les agriculteurs en détresse.

Si wokisme et progressisme nous viennent d’outre-Atlantique, ils n’ont pourtant, peut-être pas, là-bas, le même pouvoir de nuisance qu’en France. La fierté partagée par tous d’être américain semble fédérer le peuple. Peut-être empêche-t-elle ces idéologies d’agir sur la société comme des solvants trop puissants ? Chez nous, malheureusement, la honte d’être français, décuple sur notre sol le pouvoir délétère de ces doctrines importées qu’une frange de la population accueille avec enthousiasme.

Gilles Verdez l’assimilé

0
Gilles Verdez, le 05 novembre 2021. /JP PARIENTE/SIPA/ 01047372_000014

Arrivé en 2013 sur le plateau de « Touche pas à mon poste » et désormais un incontournable de l’équipe de TPMP, Gilles Verdez et ses déclarations ont souvent fait parler. Le chroniqueur a aujourd’hui un autre prénom : Souleymane.


Gilles Verdez est un visage familier des téléspectateurs. Journaliste de presse pendant plus de vingt ans, il a notamment écrit dans les colonnes du Parisien et de l’Équipe mais c’est en tant que chroniqueur de l’émission « Touche pas à mon poste » qu’il a été révélé au grand public. Officiant dans ce talk-show depuis 2013, il a multiplié les coups de gueule en neuf années d’antenne. La sincérité du chroniqueur est régulièrement sujette à caution, étant donnée la propension de ce dernier à théâtraliser ses prises de parole et à surjouer l’indignation. Sur le plateau de C8, le 26 février 2018, il avait notamment qualifié l’animateur Bernard de la Villardière « d’islamophobe », ce qui lui a valu, en février 2021, une condamnation en diffamation et une amende de 5000 euros. En septembre 2018, sur le plateau de Cyril Hanouna, il réclamait le bannissement d’Eric Zemmour de tous les plateaux télés. « Bien sûr qu’il faut l’interdire, il professe la haine » avait-il déclaré dans une passe d’armes l’opposant à André Bercoff, venu défendre la liberté d’expression du polémiste. Depuis des années, dans l’émission, un élément de la vie privée de Gilles Verdez est utilisé comme un comique de répétition: la relation qu’il entretient avec une femme d’origine sénégalaise prénommée Fatou. En août, ils se sont dit oui au Sénégal, une union qui n’est pas reconnue en France puisqu’il s’agit d’un mariage religieux. Gilles Verdez nous a également appris, le 29 août sur C8, qu’il avait dorénavant deux prénoms car au Sénégal « on m’appelle Souleymane ». Visiblement, dans certains pays, les prénoms ont leur importance, comme le martèle celui que Verdez souhaite bannir de tous les plateaux. Désireux de parachever son assimilation, le 18 novembre, alors qu’il était interrogé par Cyril Hanouna sur son rapport à la religion, le chroniqueur a déclaré qu’il s’apprêtait à « faire le ramadan prochainement ». L’assimilation de Gilles Verdez est à l’image de son cerveau… à l’envers.

A lire aussi : Cyril Hanouna: comprendre, contredire sans mépriser!

L’été indien

0
Bhupender Yadav, ministre de l'environnement indien, le 15/11/22 / PHOTO: Peter Dejong/AP/SIPA / AP22740711_000078

La cause écologique, souci des pays développés, est-elle imposable et réalisable dans des pays en développement ?


Les paysans indiens sont-ils des salauds ? Début novembre, ouvriers, écoliers et une partie des fonctionnaires de New Dehli ont été invités à rester chez eux. Raisons de ce confinement ? Une énorme concentration de particules fines, 25 fois plus forte que les recommandations de l’OMS. Capitale de l’Inde, New Dehli est régulièrement en tête du classement des villes les plus polluées au monde mais cette fois, les coupables ne sont pas que les conducteurs de poids lourds ou les industriels peu soucieux de dame Nature. Outre la part des pollueurs habituels, les vents ont drainé des nuages de fumée issus du Penjab, cette région du nord. Les agriculteurs y ont brûlé les restes de leurs cultures d’été pour préparer leurs champs pour l’hiver, un choix motivé par des raisons économiques. Bhupender Yadav, ministre de l’Environnement, n’a pas eu de mots assez durs à l’encontre de l’opposition qui administre le Penjab. « Il n’y a aucun doute sur qui a transformé le Penjab en chambre à gaz », a-t-il tweeté. Le plus haut responsable politique du Penjab, Bhagwant Mann, a retorqué que son administration n’était entrée en fonction qu’il y a six mois. En 2018, une étude de l’Institut de politique énergétique de l’université de Chicago estimait qu’en moyenne, un Delhiite perdait dix ans d’espérance de vie à cause de la pollution. Persuadés d’être les phares du monde, nos écolos rivalisent de créativité pour montrer la bonne voie. Sur son site internet, la mairie de Grenoble affirme sans rire que « la révolution verte est en marche ». Un message qui n’est visiblement pas parvenu jusqu’en Orient. Depuis des années, l’Inde est l’un des plus grands pollueurs au dioxyde de carbone. Après Grenoble, Éric Piolle devra aussi convertir les paysans du Penjab aux vertus de la trottinette électrique et du tri sélectif. Chiche ?

A lire aussi: Dette climatique, le nouveau fardeau de l’homme blanc?