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« A l’insu de leur plein gré » : les footballeurs contre la FIFA

Encore une de ces indignations de pacotille.

« A l’insu de leur plein gré » : les footballeurs contre la FIFA
Un supporteur belge arbore un t-shirt "one love" lors du match Belgique-Canada au Qatar le 23 novembre 2022 John Patrick Fletcher/Action Plu/SIPA Shutterstock41022727_000012

La coupe du monde au Qatar a fourni aux lobbys LGBTQIA+ et à la plupart des médias occidentaux une occasion rêvée pour exprimer leur indignation au sujet de la culture du pays hôte. Mais n’oublions pas que ces mêmes lobbys militent pour une éducation sexuelle et au transgenrisme dès le plus jeune âge. Tribune libre d’Alain Destexhe, sénateur honoraire belge.


« A l’insu de leur plein gré », ces grands enfants gâtés que sont nos footballeurs professionnels propagent l’idéologie LGBTQ. Après le genou à terre par sympathie avec les Black Lives Matter, l’affaire du brassard « One love » manifeste encore une de ces indignations de pacotille qui permet au camp du bien de se reconnaître et de pratiquer, sans frais ni danger, ce que les Américains appellent la « vertu ostentatoire » (virtue signalling).

De la BBC refusant de retransmettre la cérémonie d’ouverture (mais pas celle des JO de Pékin) à Volkswagen (fondée en 1937 dont le nom évoque la politique d’Hitler mais n’a pas été changé après la Seconde guerre mondiale), en passant par Antony Blinken et une chaine allemande de supermarchés suspendant son sponsoring, les réactions indignées ont fusé à travers le monde après l’interdiction intimée aux capitaines d’équipes de porter le brassard militant « One love », censé symboliser la diversité et l’inclusion des LGBTQIA+,… en espérant n’avoir oublié personne !

La Palme d’Or, très disputée, des réactions est sans doute revenue à la ministre des affaires étrangères belge, Hadja Lahbib, qui, vêtue du maillot des Diables rouges, a « dans un geste puissant défié la FIFA en portant le brassard One Love en tribune ». La FIFA en est restée sans voix et le Qatar ne s’en est toujours pas remis ; il est vrai que le plat pays importe peu de gaz du Qatar. 

Menacée par la Waffen FIFA de la sanction suprême d’un carton jaune, nos vaillants résistants multimillionnaires ont rapidement baissé leur short, mais les Allemands – qui se sentent toujours tenu d’en faire un peu plus que les autres dans l’affichage de la vertu – ont quand même tenu à montrer leur courage… en se bâillonnant la bouche de la main. Après la saine réaction de Hugo Lloris, la star belge Eden Hazard, interrogée sur le geste de l’équipe allemande, a trouvé les mots justes : « Oui mais après ils ont perdu le match (contre le Japon). Ils auraient mieux fait de ne pas le faire et de gagner. On est là pour jouer au foot, je ne suis pas ici pour faire passer un message politique, des gens sont mieux placés pour ça. On veut être concentrés sur le football ». Des réactions minoritaires, audacieuses dans les circonstances, des mots qui n’ont d’ailleurs pas été très appréciés par la presse belge, mais il n’est pas encore si facile d’annuler (cancel) les icônes du ballon rond.

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Car c’est précisément pour jouer au foot que ces champions multimillionnaires sont à Doha et leurs opinions politiques dont on suspecte d’ailleurs, par un préjugé assumé mais nullement méprisant, qu’ils n’en ont guère, nous indiffèrent. Si les joueurs étaient en désaccord avec la FIFA et la politique du Qatar, ils pouvaient ne pas se rendre à Doha, à l’instar du maoïste allemand Paul Breitner, qui avait refusé d’aller en Argentine en 1978, un pays alors dirigé par une junte militaire. D’ailleurs, la FIFA a – évidemment – raison d’interdire toute forme de manifestation politique dans les stades. Comment réagiraient les journalistes si un joueur ou une équipe affichait à travers un brassard ses convictions Pro-Life (refus de l’avortement,) ou en faveur de La manif pour tous (contre le mariage gay) ou si Neymar Jr, l’idole du Brésil, arborait la photo du président Bolsonaro qu’il a soutenu lors des récentes élections, sans parler d’un insigne MAGA qui déclencherait une hystérie médiatique reprenant des arguments identiques à ceux de la FIFA aujourd’hui ! Qu’écrirait Libération qui trouve que la FIFA « viole le saint des saints : l’espace du match » ! Comme dans ce cas la Cause, va, comme toujours, dans le sens voulu par le régime diversitaire et ses journalistes gardes rouges, nul n’y a trouvé à redire.

Cette cause n’est évidemment ni consensuelle, ni tolérante, ni inclusive. Il s’agit d’abord du combat d’une minorité d’associations occidentales qui tentent d’imposer leurs certitudes à la terre entière en instrumentalisant un événement sportif majeur. Parmi les sept équipes qui avaient annoncé faire le geste de défiance, aucune africaine, ni latino-américaine. Pour Jules Ferry, en son temps, il s’agissait de « civiliser les races inférieures », le mot race se comprenant à l’époque dans le sens de « peuples ». Pour nos militants LGBTQ, souvent adeptes de la convergence des luttes, il s‘agit, bien sûr sans le reconnaître, d’éduquer ces attardés d’Arabes et d’Africains qui n’acceptent toujours pas l’homosexualité. Avec la même bonne conscience et le même sentiment de supériorité, ils reproduisent en fait les schémas mentaux des colonisateurs du XIXème siècle ! Aujourd’hui, une majorité d’Africains et d’Arabes ne considèrent pas l’homosexualité et la dysphorie de genre comme des phénomènes normaux, ils doivent donc être éduqués aux valeurs universelles – occidentales – comme au bon vieux temps des colonies. A Rome fais comme les Romains ! dit l’adage. Si on demande aux étrangers de respecter nos lois et nos coutumes lorsqu’ils visitent l’Europe, le moins que l’on puisse exiger de ceux qui se rendent au Qatar, c’est de respecter ses lois et de ne pas provoquer le pays hôte. 

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Ensuite, le combat LGBTQ n’est pas un combat pour l’amour, la tolérance et l’inclusion pour des personnes qui ne sont plus discriminées depuis longtemps. Plusieurs pays occidentaux ont eu des premiers ministres homosexuels et des ministres transgenres et le drapeau arc-en-ciel s’affiche régulièrement sur les édifices publics. Loin d’être marginalisées, elles sont au cœur du système et l’objet de toute son attention, mais leurs militants veulent imposer à une majorité encore réticente une politique radicale du genre. A travers le choix des pronoms (iel par exemple au lieu de il ou elle et, comme c’est déjà le cas aux États-Unis, la possibilité de licencier ou condamner par les tribunaux celui qui n’utilise pas les pronoms choisis par l’intéressé), l’éducation sexuelle à l’homosexualité et au transgenrisme dès l’école maternelle, le changement de sexe et de genre y compris à travers l’hormonothérapie et la chirurgie dès l’enfance (donc le rétablissement de la torture), l’abolition du sexe biologique dans les documents d’État-civil, il s’agit en fait d’imposer une véritable révolution anthropologique, défiant dix mille ans d’histoire, au nom d’une conception absolutiste des droits individuels. Avec la complicité active du système médiatique, cette évolution est présentée comme allant de soi et cherche à s’imposer sans passer par l’étape du débat et de la démocratie.

On ne doute pas que la majorité des footballeurs professionnels, qui pour la majorité répondent encore à la définition classique de mâle alpha, ne souhaitent pas cette évolution, dont, selon l’expression des Guignols, « à l’insu de leur plein gré », ils se font pourtant les instruments dociles et consentants.

On n’a peut-être pas vu les brassards « One love », sur le terrain, mais tous les médias mainstream les ont montrés et en ont parlé sur le ton de l’indignation évidente avec la complicité de la plupart des joueurs. Résultat du match LGBTQ 1 – FIFA 0.

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Sénateur belge, ex-secrétaire général de Médecins sans frontières, ex-président de l’International Crisis Group

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