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Nathan Devers : «Penser un événement suppose de faire table rase de tout ce qu’on a pu penser auparavant»

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L’écrivain, philosophe et chroniqueur parle avec Philippe Bilger des rapports entre la pensée philosophique et l’analyse de l’actualité.


Entretien dans « Bilger les soumet à la question » avec un jeune philosophe et écrivain d’une précocité exceptionnelle et qui avec une modestie non feinte n’y attache aucune importance. Nathan Devers a et est une personnalité qui constitue un miracle dans un monde et à une période où, malgré les hommages obligatoires à la jeunesse dégradés souvent en culte du jeunisme, l’intelligence, la perfection de la forme, l’infinie richesse du  langage, la profondeur authentique du fond, l’aptitude au dialogue sont infiniment rares. L’entretien avec lui m’a permis de savourer sans modération ces dispositions d’esprit et de caractère. Son dernier livre, Les liens artificiels, a été loué sans la moindre réserve.
Je me suis plu à démontrer que dans mes choix l’âge ne faisait rien à l’affaire et que ce qui m’animait était avant tout  l’espérance d’une rencontre singulière. Elle le fut.

Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).

A lire aussi: Luc Ferry : « La loi décline, les droits augmentent ! »

Les Liens artificiels

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Le Mur des cons

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Un avocat général s'est échappé

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Libres propos d'un inclassable

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Immigration, une chance pour personne

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Découvrez le sommaire de notre numéro de décembre.


Notre grand entretien avec Jérôme Sainte-Marie est le clou de notre dossier sur l’immigration, sur cette immigration qui n’est une chance ni pour la France ni pour un grand nombre d’immigrés. Selon le sondeur et analyste politique, qui s’est confié à Elisabeth Lévy, le Rassemblement National, dont il forme les cadres sans être lui-même adhérent, «n’est ni extrême ni de droite». Le parti de Marine Le Pen est l’objet d’une stigmatisation injuste alors qu’il représente une bonne partie des classes populaires et comprend les préoccupations de ces dernières au sujet de l’immigration, devenue l’un des enjeux principaux du conflit entre peuple et élites. Présentant le dossier, Elisabeth Lévy voit dans l’affaire de l’Ocean Viking la démonstration de l’incurie (ou de l’inexistence) de notre politique migratoire. Ni les postures ni l’émotion ne permettent de faire face à l’afflux toujours plus important de candidats à l’Europe. Une majorité de Français, inquiets, ne veulent pas que leur pays soit ouvert à tous. Mais nos dirigeants semblent plus soucieux de câliner les médias que de rassurer les électeurs. Car, selon Philippe d’Iribarne, l’immigré est devenu un objet sacré. Quand les prophètes du camp du Bien prêchent la belle «ouverture à l’Autre» face au vilain «repli sur soi», d’autres dévots nourrissent une haine de la France, éternellement coupable de son passé, et dont la rédemption passe par les nouveaux venus.

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Interviewé par Céline Pina, Patrick Stefanini affirme que la France peut mener une politique migratoire plus restrictive et plus intelligente en modifiant le droit du sol, les délais d’exécution des OQTF ou en dénonçant des accords passés avec certains pays, en particulier l’Algérie. Le juriste Carl Hubert confirme qu’il est possible et urgent de modifier le droit d’asile qui est aujourd’hui totalement dévoyé. L’Observatoire de l’immigration et de la démographie étudie la diaspora marocaine en France qui est surreprésentée à Pôle emploi, dans les HLM et dans nos prisons. Michel Aubouin et Céline Pina pointent le manque de volonté politique et le rôle néfaste des ONG. Causeur a invité un fonctionnaire qui travaille sur l’accueil des migrants à défendre l’immigration : pour lui, certains politiques attisent des craintes irraisonnées dans la société.

Dans son éditorial de décembre, Elisabeth Lévy compare le port de la kippa en public avec celui du voile : ils sont tous les deux contraires à l’esprit de la laïcité en France. « Dénoncer le voile et accepter la kippa témoigne au minimum d’une incohérence et, aux yeux de pas mal de gens, d’un déplorable deux poids, deux mesures ». Et les Juifs n’ont pas besoin d’une indulgence spéciale : « Interdire toute critique ou blague à leur encontre serait, finalement, une forme paradoxale (et inconsciente) d’antisémitisme ». Robert Ménard, le maire de Béziers, explique pourquoi a quitté les réseaux sociaux et suspendu ses interventions radio-télévisées. Loin de l’infernale mécanique du buzz et des likes, il renoue avec le bon sens, la nuance et retrouve sa liberté. Stéphane Rozès se confie à Céline Pina au sujet de son nouveau livre, Chaos, où il analyse les causes de la défiance des peuples envers leurs élites et celles de la montée des extrêmes. Loin de défendre des intérêts nationaux, les technocrates qui nous gouvernent légitiment des décisions prises ailleurs et par d’autres, et bafouent l’idéal démocratique dont ils se réclament. Mériadec Raffray considère que l’Allemagne d’Olaf Scholz est au bord d’une crise politico-économique majeure susceptible de déstabiliser encore plus les relations franco-allemandes. La crise de l’Ocean Viking, pour Annabella Mocenigo, a montré que la nouvelle présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, pouvait défendre ses idées sans renoncer au cadre européen. Frédéric Ferney se demande si la droite « gaulliste » incarnée par Les Républicains est menacée d’effacement, pendant que Jean-Michel Delacomptée continue à défendre la cause des hommes et Emmanuelle Ménard à nous raconter sa vie à l’Assemblée, avec une mention spéciale pour le député antispéciste, Aymeric Caron.

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Dans le monde de l’édition, L’Artilleur s’est imposé comme le champion des esprits résistants et des pensées à contre-courant. Bérénice Levet voit en son directeur, Damien Serieyx, un homme rigoureux et courageux qui met un point d’honneur à témoigner du monde réel quand tant d’autres l’occultent. Pierre Berville se demande si le prix Nobel de littérature récompense vraiment le talent d’un auteur : le récent couronnement d’Annie Ernaux permet d’en douter. Et les soupçons qui entourent l’Académie suédoise se multiplient lorsqu’on épluche la liste des précédents lauréats. Dans la lutte contre cette maladie intellectuelle qu’on appelle le «wokisme», la publication du nouveau livre de Bérénice Levet, Le Courage de la dissidence, frappe un grand coup, à mon sens. S’appuyant sur l’allégorie de la caverne, dans La République de Platon, la philosophe trace une nouvelle voie : celle, lumineuse, qui nous permettra de sortir de la grotte obscure dans laquelle nous enferment les nouveaux idéologues. En s’entretenant avec Jean Clair, Jonathan Siksou nous permet de découvrir l’œuvre d’un de nos plus grands artistes contemporains, Sam Szafran, marginalisé par l’avant-garde officielle mais à qui une exposition à l’Orangerie rend hommage.

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Jérôme Leroy salue entrée dans « La Pléiade » de Shirley, roman méconnu de l’Anglaise, Charlotte Brontë, ainsi que la parution d’un essai bref et lumineux de Frédéric Ferney, L’Amour de la lecture, qui célèbre les livres comme les derniers refuges de l’homme libre. Après les grottes et les cavernes, Jean Chauvet nous prépare à l’exploration des salles obscures. En cette fin d’année, les films français affichent le pire comme le meilleur. Dans cette seconde catégorie, Le Parfum vert de Nicolas Pariser fait la course en tête avec grâce et fantaisie. Malgré ses 12 étoiles au Guide Michelin, la curiosité, l’audace et l’inventivité du chef Pierre Gagnaire restent intactes. En conversation avec Yannis Ezziadi, il raconte comment il continue d’explorer les possibilités que lui offrent les produits du monde entier sans jamais oublier ce qu’il considère comme la base de son métier : le plaisir de ses convives. Pour arroser tout ça, Emmanuel Tresmontant nous fait visiter le domaine, non loin d’Épernay, où Alain Bernard perpétue le travail de la vigne à l’ancienne. Avec ses chevaux de trait et ses caves de fûts de chêne, il est encore l’un des rares à élaborer ses propres champagnes. Un digestif très fort est servi par Ivan Rioufol qui, dans ses carnets, dénonce la presse d’État qui est l’héritière de La Pravda des communistes. Sous couvert de pureté morale, ses journalistes immaculés s’inscrivent dans cet assujettissement. Ils sont, dans leur docilité, des désinformateurs en puissance. Enfin, Marsault pose une question fondamentale : est-il possible d’entamer un dialogue constructif avec un immigrationniste ? Et il apporte une réponse !

Chaos - Essai sur les imaginaires des peuples

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Twitter files: Elon Musk révèle en direct comment Twitter a censuré les éléments de l’affaire de l’ordinateur de Hunter Biden

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Accusé de favoriser la désinformation, Elon Musk, avec l’aide du journaliste Matt Taibbi, dévoile preuves à l’appui l’affaire de Hunter Biden. Il souligne que sur Twitter, c’était la censure qui desservait la vérité.


L’excitation était à son comble sur le réseau social, le 2 décembre, à 17h précises, heure de New-York. C’est l’heure qu’a choisie Elon Musk, le nouveau président de Twitter, pour révéler en direct, sur son compte, le traitement qui fut réservé à l’affaire Hunter Biden par la précédente direction du réseau social. Des centaines de milliers d’usagers se sont donné rendez-vous pour dévorer chaque nouveau tweet du fil de discussion comme un chapitre de roman policier. Un scoop révélé en temps réel.

Le journaliste d’investigation Matt Taibbi, qui publie le rapport sur le compte d’Elon Musk, évoque « un conte à la Frankenstein sur un mécanisme conçu par les humains mais qui a totalement échappé au contrôle de son créateur ».

Il nous raconte que si Twitter se voulait au départ un réseau libre d’échange d’informations et d’opinions, le programme dut très rapidement imposer des limites à ce qui pouvait être publié, en particulier pour endiguer les spams et la fraude. Hélas, ils ne s’arrêtèrent pas là : des voix de plus en plus nombreuses s’élevèrent, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise, pour appeler à limiter considérablement la liberté des publications. Des célébrités comme des anonymes commencèrent à voir leur compte désactivé, à la simple demande d’un parti politique (les documents sont à chaque fois joints aux révélations pour appuyer les propos du journaliste).

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En effet, selon Matt Taibbi, les deux grands partis politiques américains avaient accès à ces outils de « désactivation ». En 2020, des demandes de censure émanant aussi bien de la Maison Blanche sous la présidence de Donald Trump que du cabinet de campagne de Joe Biden furent « reçues et honorées ». La direction de Twitter répondait aux requêtes par un simple mot : handled ; en Français : traité. Et comme le personnel était à grande majorité démocrate (98%, tout de même), les désactivations s’orientèrent rapidement vers la droite et les personnalités républicaines.

En octobre 2020, le New York Post publia un article sur les affaires en Ukraine du tumultueux fils du vice-président de l’époque, Joe Biden. Le magazine avait mis la main sur les emails échangés entre Hunter Biden et un important homme d’affaires ukrainien, siégeant au conseil d’administration d’une grande compagnie de gaz, Burisma, qui était ravi d’avoir pu rencontrer son influent père. Ces emails avaient été trouvés sur un ancien ordinateur portable de Hunter Biden, déposé chez un réparateur informatique de l’Etat du Delaware… Les propos échangés entre les deux hommes contredisaient les affirmations de Joe Biden selon lesquelles il n’était jamais intervenu dans les « affaires de son fils à l’étranger ». Il n’en fallut guère plus pour que les rumeurs de corruption se répandent, en pleine campagne présidentielle…

La direction de Twitter fit des pieds et des mains pour que cette information ne circule pas sur son réseau, alertant ses usagers qu’elle pouvait être « unsafe » (peu sure). Ils bloquèrent même la circulation de l’information par voie de messagerie, ce qu’ils ne s’autorisaient à faire jusqu’ici que pour lutter contre la pornographie infantile.

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Même la porte-parole de la Maison Blanche de l’époque, Kaleigh McEnany, vit son compte désactivé après avoir évoqué l’information. Des employés de Twitter remarquèrent des tensions entre les équipes chargées de la politique d’entreprise et les équipes de «sécurité en ligne». La décision d’enterrer complètement l’affaire fut prise au plus haut niveau, mais sans que le PDG de l’époque, Jack Dorsey, fut mis au courant. La responsable juridique, politique et financière de Twitter, Vijaya Gadde, joua un rôle-clé dans la censure de cette information. Cette même responsable fut plus tard licenciée avec fracas par Elon Musk, dès son arrivée à la tête du réseau social.

La publication de ces révélations n’a rien d’anodin : Musk répond avec force aux critiques qui l’accusent de promouvoir la désinformation en libérant la parole sur Twitter.

L’entrepreneur libertarien les nargue en leur rétorquant que la désinformation existait déjà sur le réseau social… mais par la voie de la censure. Grâce aux efforts zélés de l’ancienne équipe, de nombreux Américains ont longtemps cru que ces fameux emails étaient faux… En jetant le discrédit sur une information importante, la censure a une fois de plus servi le mensonge et non la vérité.

Sur son propre compte, le journaliste Matt Taibbi nous annonce que les révélations sur les méthodes de tri de l’ancien Twitter ne font que commencer…

France world et pain perdu

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De la baguette à la coupe du monde, grandeur et décadence de notre nation qui sera bientôt privée de sa langue, de sa littérature et de son histoire.


L’Unesco vient d’inscrire la baguette de pain sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Dans le pétrin des affaires, le Boulanger en chef de la Start-up nation salue le miracle, la France qui gagne, le levain des Sadducéens et des Parisiens : « 250 grammes de magie et de perfection dans nos quotidiens […] Dans ces quelques centimètres de savoir-faire passés de main en main, il y a exactement l’esprit du savoir-faire français ». Baguette classique, de campagne, rustique, tradition ? Gare au virilisme réac ! Il y a quarante ans, Pierre Nora avait identifié des Lieux de mémoire ayant marqué l’inconscient collectif et le roman national. Ce séquençage génétique, jeu de l’oie de l’identité nationale est-il toujours recevable ? « Si on continue comme ça, la France sera un nouveau Disney World, ce sera France World, les gens porteront des bérets et des baguettes sous le bras » (Gérard Depardieu).

Pain perdu et jalousie

En 2013, Le Monde titrait sur «Les crispations alarmantes de la société française». « Mes idées ne sont pas bien représentées, 72%. Les politiques agissent principalement dans leur intérêt personnel, 82%. L’autorité est une valeur trop souvent critiquée, 86% ». Plus on s’angoisse, moins ça va mieux. Les quinquennats de François Macron et Emmanuel Hollande n’ont rien arrangé. Ça interroge… Les populistes veulent le gouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple : ils sont un danger pour la démocratie. Télérama et les enfermés de France Info contextualisent les chamailleries des sauvageons qui règlent leurs comptes à coup de marteaux et machettes, les séparatismes, la communauté réduite aux aguets. La faute à Thatcher, à Blanquer, au latin, la crise du logement, la fermeture d’une ludothèque à Tremblay-en-France… tous victimes de l’enfer néo-libéral, des méchants Native French, « souchiens », phallocrates, xénophobes.

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Les réseaux et raisons de la colère ne manquent pas : insécurité physique, économique, culturelle, politique du chat crevé au fil de l’eau. Le populo manque de brioche. Les carabistouilles, pénuries, l’inflation, exacerbent la fièvre jaune. Démagogie, lâchetés et corporatismes obèrent tout aggiornamento. Les politiques Lotophages se voilent la face sur les fléaux qui nous gangrènent : crétinisation numérique, analphabétisation, trafics de drogue au zénith, délires libéral-libertaire, métavers, post-trans-humanistes, discours hyèneux des réseaux sociaux. L’abeille de la Culture a été liquidée par les sociologues déconstructeurs de néant, décapitée par le frelon (vespa velutina) «culturel». Un crime contre les Humanités.

Dans une cacophonie ubuesque, un monde en voie de reféodalisation avancée (magistralement analysé par Pierre Legendre depuis 50 ans), chacun déclame ses indignations. Les rebelles antifas s’ébattent dans l’outrage et les bassines, badigeonnent la Joconde de Pom’Potes, boycottent le foot pour sauver la planète, les queers qataris, l’hijab des collégiennes balbyniennes. À l’ombre des Chief Happiness Officers de Wall street, des retraites de l’éducation nationale, à Yvetot, sur France Inter, les matamoresses, crieuses de vieux chapeaux, damnées de la chaire, Rokhaya Diallo, Assa Traoré, Laure Adler, prospèrent dans le business de l’invisible, du teeshirt woke, vantent la diversitéocratie, et donnent des conférences en tous genres pour venger leur race et les dominés. Touche pas à mon buzz, mes sponsors, ma rage, mon Nobel. Gloria victis ! Ce sont les bateaux vides qui font le plus de bruit. « On n’a jamais fait tant fortune que du jour où on s’est mis à s’occuper du peuple » (Anouilh).

Triangulées, la Droite et la Gauche sociale-démocrate peinent à sauver les bijoux de leurs petites couronnes électorales. Abraracourcix contre Moralélastix contre Faurix contre Ciottix, n’ont plus de potion magique. Au Rassemblement National, Bonemine attend son heure. Comme Godot ? Le comte de Chambord en 1871 ? Ou Charles de Gaulle en 1958 ? Dans son château, entouré d’une cour de nains agioteurs sans envergure, Emmanuel Macron, plus tactile que tactique, inquiet comme la Reine de Blanche-Neige, s’interroge, navigue à vue, à voile, à vapeur, dans l’hélium, la battologie, la naïveté, l’indécision, des cavillations dérisoires. Les miroirs aux alouettes, la langue avariée des gribouilles de cabinets ou d’amphis, miment la pensée, minent la confiance, et détruisent l’affectio societatis.

 La République nous appelle, sachons vaincre ou sachons périr

Le Chant du départ est entrainant. Mourir pour la patrie ? Pour des idées ? De mort lente ? Pour les droits de l’Homme, les RTT ? Ernst Kantorowicz a travaillé l’énigme. La patrie, – étymologiquement, le pays des pères -, n’existe plus, c’est un gros mot. Les bataillons, l’étendard, le jour de gloire, incommodent les jeunes consciences. Comment transformer la b.te (?) génération en Spartiates ? Pour le républicain, il faut du fer, du pain, renouer avec la pompe, l’école de Mars, honorer l’Être suprême, les mémoires de Joseph Bara et Joseph Viala, planter des arbres de la Liberté.

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Alas, triste façade désossée d’un immeuble haussmannien en rénovation, notre République est parcourue de momies, squatteurs, révoltés en carton-pâte, une cordelle de bâtardises idéologiques, crises de nerfs. En 1966, «Et moi et moi et moi», c’était une chansonnette ironique de Jacques Dutronc. En 2022, c’est la doxa des fossoyeurs de la nation. Des jacuzzis, l’agrégation, l’orgasme, les jumeaux pour tous.s.e.s ! Le droit à la paresse, le droit au tordu. Marianne partage un secret avec Maître Cornille. Finies les farandoles, elle a vendu sa croix d’or et travaille pour l’exportation. Les sacs de farine sont remplis de plâtre. Le Monde d’après, Teilhard de Chardin 2.0, le point Oméga, co(s)mique, c’est la nousosphère, l’encommun, le fairesociétalisme. La France sans sa langue, sa littérature, son histoire, ce n’est plus la France, ce n’est plus grand-chose.

Le salut le 18 décembre ?

Stade de Lusail, 18 décembre 2022, 20 heure, France 4 – Brésil 0 ! Les poteaux et la VAR avec nous ! Nous sommes les meilleurs parce que nous vaincrons ! Je dirais même plus… Plus que trois victoires à aligner. Pas impossible. Dans le calendrier républicain, le 18 décembre, c’est en Frimaire et officiellement le « jour de la truffe ». C’est aussi la Saint-Sébastien, la naissance de Staline, de Laurent Voulzy et Raimu.

Le Français, jovial, a des chouchous. Cette année, Jean-Jacques Goldman, Thomas Pesquet, Teddy Riner. Chez les féminines, l’or pour Sophie Marceau, talonnée par Mylène Farmer, Marion Cotillard, Alexandra Lamy. « Je suis rouge avec les rouges, blanc avec les blancs, bleu avec les bleus; c’est à dire tricolore. En d’autres termes, je suis pour le peuple, pour l’ordre et pour la liberté » (Victor Hugo, Choses vues).

Hypocrisie dans le monde du football : le jeu de la FFF

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Pour la Fédération Française de Football, c’est un deux poids, deux mesures quant aux valeurs imposées aux joueurs.


Y-a-t-il institution plus hypocrite que la Fédération Française de Football présidée par Noël Le Graët ? Il y a quelques mois de cela, précisément en mai de cette année, Idrissa Gueye était vilipendé et tancé publiquement pour avoir refusé de porter un maillot aux couleurs du mouvement LGBT lors de l’avant-dernière journée du championnat de France de football. Le joueur du Paris Saint-Germain devait pourtant, avec son club, soutenir lui aussi la « Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie ». 

La Fédération Française de Football avait vivement réagi à ce refus, de fait une blessure diplomatique puisque le susnommé Gueye avait pudiquement déclaré forfait pour éviter la polémique. « En refusant de participer à cette opération collective, vous validez les comportements discriminatoires, le refus de l’autre, et pas uniquement contre les LGBTQI+ », affirmait ainsi le Conseil national de l’éthique de la Fédération. Se faisait alors jour une profonde divergence de vues entre l’Europe et les responsables africains sur cette question, le président sénégalais Macky Sall affichant son soutien à son compatriote en déclarant que ses « convictions religieuses » devaient être respectées.

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Plus surprenant encore, le Paris Saint-Germain qui est la propriété de l’émir qatari Ben Hamad Al Thani faisait l’éloge de l’opération, rhabillant ses joueurs d’un maillot arc-en-ciel Accor Live Limitless décrit comme un « signe de paix, de diversité, et symbole par excellence du mouvement LGBT ». Sous nos latitudes, le soft power qatari répond en effet à tous les critères de l’inclusivité contemporaine, voire du mouvement dit « woke », sorte de maladie d’Alzheimer du progrès occidental. La chaîne Aj+ est ainsi le porte-drapeau de toutes les causes du genre, attaquant les réactionnaires et les conservateurs de tous bords, pourvu qu’ils soient de droite et qu’ils défendent les traditions françaises et européennes.

Un contraste si saisissant avec les politiques intérieures qataries, mises en lumière durant cette Coupe du Monde, qu’il ne manquera pas d’interroger les plus suspicieux d’entre nous. Pourquoi, en effet, le Qatar protectionniste et conservateur à l’intérieur de ses frontières, a minima selon nos critères, est-il ici chez nous le champion de causes qu’il combat chez lui ? Certains observateurs soulignent d’ailleurs à juste titre que l’obtention de l’organisation de cette Coupe du Monde 2022, très contestée, est arrivée trop tôt pour un pays dont le projet de modernisation devrait apporter ses premiers résultats à l’horizon 2030 avec le plan « Qatar National Vision 2030 » dont l’objectif déclaré est d’en faire « une société avancée capable de maintenir son développement et de fournir un niveau de vie élevé à son peuple ».

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Le Qatar semble donc engagé sur une voie de progrès que cette Coupe du Monde est censée illustrer, à l’image des stades et des installations ultra-modernes qui équipent le pays. Au fond, que les autorités qataries censurent les messages LGBT dans leurs stades et y interdisent l’alcool ne devrait pas nous surprendre. Ils n’ont, dans le cadre de leur politique intérieure, jamais caché qu’ils n’étaient pas des sociaux-démocrates suédois ou l’aile gauche du parti démocrate américain. Ce qui est en revanche plus surprenant, ce sont ces institutions occidentales et internationales qui n’ont de cesse de faire la promotion de certaines idées ici mais se couchent dès que l’argent est en jeu.

La FFF, si prompte à jouer du violon, a demandé aux joueurs des Bleus de ne pas porter les fameux brassards LGBT qui sont presque obligatoires en Ligue 1. Idem pour la FIFA et les autres. Il n’est qu’à voir l’équipe d’Angleterre pour comprendre que le signalement de vertus est une farce, ses joueurs ayant posé le genou à terre comme tous les week-ends en Premier League, alors même que leurs adversaires afro-américains restaient debout… Peut-on être plus ridicule ? On peut aussi rappeler l’affaire Riot Games, éditeur de League of Legends qui a éliminé son personnage noir et gay dans les pays africains. Le producteur exécutif du jeu, Jeremy Lee, ne s’en est même pas caché : « Chaque région peut localiser et publier cette histoire en fonction de ce qu’ils estiment le mieux pour les joueurs. Chaque région peut publier différemment certains aspects du jeu pour mieux s’adapter à la culture locale ». Oui, chaque pays est souverain. Le Qatar pas moins qu’un autre, bien qu’on puisse considérer son traitement de l’homosexualité anachronique et autoritaire, surtout eu égard à son attitude à l’étranger. Ne soyons pas non plus arrogants en jouant les ligues de vertu du monde libre, toutes nos valeurs ne sont pas plus universelles qu’exportables. On peut d’ailleurs s’amuser du fait que les combats de certaines stars du sport semblent s’arrêter là où leurs intérêts commerciaux commencent. Les Iraniens prenaient des risques bien plus grands en refusant de chanteur leur hymne, ils l’ont pourtant fait. Quand les convictions sont sincères, on ne se couche pas.

FOG, le mémorialiste

La Belle Epoque, le deuxième volume de son Histoire Intime de la Ve République, est dans les librairies.


Franz-Olivier Giesbert poursuit sa trilogie consacrée à l’« Histoire intime de la Ve République ». Après nous avoir ravis avec le premier tome où nous découvrions un de Gaulle « pris » de l’intérieur, voici le deuxième intitulé : « La Belle Époque ». Car, en effet, les années 70, rythmées par les films de Sautet, Tavernier, les chansons de Christophe, Delpech, Sardou, les grimaces de De Funes, la vitalité de Depardieu, ça avait de l’allure. Franz-Olivier Giesbert a replongé dans ses archives personnelles. Journaliste impétueux, plus ambitieux que Rastignac, et moins fragile que Rubempré, il a côtoyé les Présidents qui ont eu la lourde tâche de succéder à l’Homme du 18 juin. Mais au-delà des portraits de Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand – le plus réussi, même si le biographe ne dit pas tout – et Jacques Chirac, c’est, en réalité, à la lente dégringolade de la France à laquelle il nous convie. Électrisés par une croissance économique extraordinaire, les français vivent dans l’insouciance et l’exubérance. Ils pensent que c’est parti pour durer mille ans. Les deux chocs pétroliers vont vite les faire déchanter. Mais au lieu de retrousser les manches et de faire face, ils vont plier, comme leurs ainés ont plié en 1940. Paresseux et velléitaires, ils ne vont pas suivre quand VGE ouvre la voie de la modernisation. Franz-Olivier Giesbert, citant l’écrivain Jean Cau : VGE pensait qu’il « entraînerait derrière lui en laissant dans son élégant sillage, un parfum de savonnette. C’était oublier que les peuples, comme les chiens, aiment les odeurs de soudard (de Gaulle) ; de paysan (Pompidou) ; et même, trouble et d’aventurier, celle que dégagea Mitterrand ».

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Mitterrand, justement. Franz-Olivier Giesbert est son toutou, il le renifle, le suit partout. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le mémorialiste lui-même. Avec l’âge, il pratique l’autocritique, voire l’autodénigrement. Il juge durement ses nombreux articles du Nouvel Obs consacrés à Tonton. « Au lieu de m’épuiser à « immortaliser » ces fadaises et ces rognures idéologiques, que n’ai-je couru dans les forêts, joué avec mes enfants, écrit d’autres romans, nagé dans les calanques, bu l’eau des cascades ! » Mais c’est à ce prix que son livre est truffé d’anecdotes croustillantes. Il revient notamment sur le fameux dîner entre Mitterrand et Chirac, en novembre 1980, chez Édith Cresson. C’est d’ailleurs lui qui avait, le premier, révélé cette trahison digne d’un joueur d’échecs en culotte courte. À la veille de sa mort, Mitterrand, plus cynique que jamais, demanda à VGE de lui rendre visite à l’Élysée. Franz-Olivier Giesbert rapporte les propos du mourant à Giscard, mortifié : « Je n’ai été élu que grâce aux 550 000 voix que m’a apporté Chirac au deuxième tour. Vous n’avez qu’à regarder les chiffres. Sans ces […] voix qui ont changé de camp, je ne pouvais pas être élu ».

À propos de VGE et du regroupement familial, qu’on ne cesse de lui reprocher, Franz-Olivier Giesbert rétablit la vérité en indiquant que cette décision « infernale » date de 1920, suivi de plusieurs circulaires, notamment celle du 20 janvier 1947, toutes entendant réglementer et encourager l’immigration des familles des travailleurs étrangers. Franz-Olivier Giesbert précise : « […] on ne peut lui imputer l’explosion migratoire qui a commencé sous son mandat avant d’atteindre son plafond dans les années 1980 et 1990 pour le crever ensuite ».

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Franz-Olivier Giesbert a connu sa nuit pascalienne. Il la raconte chapitre 30. Il avoue ne plus être socialiste depuis 1977. Ce qui lui permet aujourd’hui de jeter un regard inquiet voire désabusé sur la France. Il accuse le camp du Bien d’être responsable de ce suicide collectif. Les portraits au vitriol qu’il brosse des grandes figures intellectuelles de gauche sont jubilatoires. À commencer par le plus grand sectaire de tous, Jean-Paul Sartre. Franz-Olivier Giesbert ne retient pas ses coups : « Je le hais. Fouquier-Tinville du tribunal pénal international du café de Flore, il sent la mort et, avec sa cour d’idolâtres effusants, dégage de mauvaises ondes ». Il s’en prend également à Philippe Sollers mais, subtilement, il écrit : « C’est un jeune vieux qui, toute sa vie, semblera en exil de quelque chose ». Il y a du Chateaubriand des Mémoires d’outre-tombe dans ces pages-là.

À la fin de ce tome 2, Franz-Olivier Giesbert souligne non seulement le déclin de la France mais aussi sa probable dilution. Tout s’effondre autour de nous, et les Français regardent ailleurs. Ils sont frappés du phénomène de scotomisation. Encore un instant de bonheur, s’écrient-ils, cernés d’enfants aux yeux rougis par les écrans de smartphone, devant une série dégoulinant de wokisme sur Netflix et un repas vegan servi par un cycliste sans lumière. Et ça n’est pas prêt de changer. Être dans le camp du Bien, c’est tellement gratifiant.

Franz-Olivier Giesbert, Histoire intime de la Ve République: La Belle Époque, Gallimard, 2022, 400 p., 22€.

Histoire intime de la Vᵉ République: La belle époque (2)

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Genèse du complot illuminati

Pierre-Yves Beaurepaire retrace la naissance et les ramifications d’un mouvement né pendant les Lumières et qui est devenu le symbole du complotisme contemporain.


Ils avaient envahi la toile dans les années 2000. Ils, ce sont les Illuminatis. Pierre-Yves Beaurepaire en a fait une histoire, chez Tallandier, revenant à la fois sur la société secrète née à Ingolstadt, en Bavière, en 1776, mais aussi sur son fabuleux destin des deux côtés de l’Atlantique, bien après leur interdiction et leur disparition.

L’affaire commence donc dans la Bavière catholique, dans un espace allemand encore marqué par la Guerre de Trente Ans, quand Adam Weishaupt, un jeune professeur de droit épris d’idées nouvelles et anticléricales, constitue une société secrète en 1776. Leur objectif était de faire avancer la tendance la plus radicale des Lumières, contre les menaces cléricales.

Weishaupt recruta alors ses étudiants et les encouragea à coopter le maximum de monde et tenta aussi de s’infiltrer parmi les Francs-maçons. On a beau penser de plus en plus comme Voltaire et de moins en moins comme Bossuet dans l’Europe de cette époque, Weishaupt a quand même la sensation qu’une course contre la montre se joue avec ses ennemis les Jésuites. Certes, l’ordre des Jésuites a été chassé des royaumes catholiques puis dissous par le pape lui-même, mais Adam Weishaupt les croit encore plus dangereux depuis qu’ils sont clandestins. Il craint de les voir s’infiltrer au sein des loges maçonniques et de retourner les partisans modérés des Lumières.

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Les Illuminati connaissent un essor important dans le monde germanique et en Europe, avec quelques ramifications dans le Nouveau Monde, jusqu’à ce que le prince-électeur Charles-Théodore de Bavière siffle la fin de la récré en interdisant la société secrète en 1784, puis que Joseph II en Autriche se décide à encadrer sérieusement le monde maçonnique l’année suivante. Mais avec les Illuminati, c’est quand tout s’arrête que ça commence vraiment. Car nous ne sommes plus très loin des temps révolutionnaires, et aux yeux de quelques esprits, parmi lesquels l’abbé Barruel, auteur de Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, le parti jacobin va apparaître comme une sorte de section française de l’Internationale illuminati.

On soupçonne l’existence d’un vaste réseau d’initiés se transmettant les informations à la vitesse de la lumière, plus rapidement et efficacement encore que le télégraphe. On aurait tort d’imaginer que l’histoire n’intéresse que quelques jésuites et quelques hobereaux déchus par la Révolution : l’abbé Barruel connaît un fort succès d’édition (l’abbé Louis-Siffrein-Joseph de Salamon, chargé des affaires du Saint-Siège à Paris, écrit dans une lettre en 1792 : « Ces abbés, Barruel, […] sont des gens qui travaillent pour la bonne cause ; c’est fort bien, mais ils font un trafic de leur ouvrage : ils les vendent au poids de l’or. Barruel vend vingt-quatre sols un numéro de son Journal [Ecclésiastique] qui n’a que quelques feuilles »). L’abbé Barruel, réfugié à Londres, se créé un réseau d’informateurs et de continuateurs, pour beaucoup protestants, ce qui permit à la thèse de circuler dans le monde anglo-saxon. Un beau jour, en 1806, Barruel reçoit une lettre d’un obscur florentin, Giovanni Battista Simonini, qui l’avertit qu’il manque un étage à sa construction complotiste car, au sein du même du complot illuminati, ce sont les Juifs qui mènent le bal. Cette lettre est au cœur du roman d’Umberto Eco, Le cimetière de Prague (2010).

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Si on a pu regarder en France l’émergence des vidéos Youtube dénonçant le complot illuminati d’un œil ricaneur, on comprend en lisant le livre que la peur du complot est presque consubstantielle à la démocratie américaine. Bien avant l’élection de 2020, le soupçon de trucage des élections est une constante de l’histoire politique des Etats-Unis.

A côté des habituels partis républicain et démocrate, il a même existé un Anti-Masonic Party assez influent dans les années 1830. Cette crainte d’une influence jacobine semble avoir joué un rôle dans les relations complexes entre la jeune République américaine et la jeune République française à leurs débuts, et peut-être à plus long terme entre les Etats-Unis et la France. Il n’est pas jusqu’aux symboles les plus américains (le billet de banque américain avec la date de 1776 inscrite dessus, allusion non pas à la déclaration d’indépendance mais à la fondation des Illuminati ; la statue de la Liberté réalisée par le maçon Auguste Bartholdi) qui échappent aux soupçons. Pendant la guerre froide, William Carr, sous-marinier canadien devenu essayiste, n’a pas peur d’intégrer n’importe quel document à sa thèse, et pourquoi pas une lettre de 1871 adressée à Giuseppe Mazzini dans laquelle figurent déjà les termes « nazisme » et « fascistes ». Hitler et Mussolini n’étaient pas encore nés…

Pierre-Yves Beaurepaire, Les Illuminati : De la société secrète aux théories du complot, Taillandier, 2022, 352 p., 21,90€.

Faiseurs de veuves

Jørund Viktoria Alme est norvégien. Il se définit comme étant une femme. Handicapée. Son épouse, qui le supporte, appartient désormais à une nouvelle catégorie appelée « les veuves trans ».


Le malaise incurable de notre siècle que constitue l’autodéfinition genro-identitaire semble atteindre son paroxysme dans un cas bien singulier où le vertige de la dissonance cognitive rivalise avec les abîmes de la dysphorie de genre. Dans les terres hiémales de Norvège, un homme parfaitement valide souhaite désormais se définir comme une femme… handicapée. Sans décence aucune à l’égard des personnes réellement handicapées, Jørund Viktoria Alme, quinquagénaire, se déplace en fauteuil roulant et assume publiquement son transgenrisme. Ayant fait son coming out sur Facebook en 2020, cet analyste de crédit travaillant dans une banque à Oslo est passé à la télévision plusieurs fois cette année pour plaider sa cause : « De la même manière que je vis le fait d’être une femme dans un corps d’homme, je vis le fait que j’aurais dû être paralysé au-dessous de la taille ». Des collectifs d’associations de personnes handicapées n’ont pas manqué de dénoncer cette appropriation corporelle, se sentant narguées par un trans-usurpateur aux jambes résolument fonctionnelles. Ce personnage prétend être victime d’un « trouble de l’intégrité corporelle », une forme de dissonance entre la perception qu’il a de lui-même et son corps réel. Pourtant, il ne souhaite aucune intervention chirurgicale pour devenir physiquement handicapé ou plus féminin. Il a avoué son attirance fétichiste pour les vêtements féminins et notamment les chaussures à talons hauts, ce qui laisse croire qu’il souffre en fait de ce qu’on appelle l’« autogynéphilie », une forme d’excitation sexuelle qu’éprouvent certains hommes à l’idée de se trouver dans un corps de femme, excitation probablement renforcée par le sentiment d’être dans un état de dépendance et d’incapacité. Son épouse a essayé de le quitter deux fois, mais s’est résignée à continuer de vivre avec lui. Elle appartient à une nouvelle catégorie qu’on appelle les « veuves trans », des femmes soumises à leur mari qui leur impose son choix de sexe et d’activité sexuelle.

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Que nous apprennent les nouvelles données du recensement britannique sur l’immigration ?

L’Observatoire de l’immigration et de la démographie décrypte pour Causeur la place de l’immigration dans l’augmentation de la population britannique observée entre 2011 et 2021.


Le recensement décennal réalisé par l’ONS (Office for National Statistics) en Angleterre et au Pays de Galles a récemment révélé une augmentation de 33% du nombre de personnes nées à l’étranger au cours des dix dernières années : celui-ci est passé de 7,5 à 10 millions entre 2011 et 2021 (sur 59,6 millions d’habitants dans ces deux nations du Royaume-Uni), représentant désormais 16,8% de la population.

Pour bien comprendre ce recensement, il faut prendre en compte la double dynamique d’augmentation de la population : celle dite « naturelle » et celle due à l’impact direct de l’immigration nette. Si la première (nombre de naissances moins nombre de décès) représente 42,5% de la croissance observée, la seconde compte quant à elle pour 57,5%. Il importe cependant de comprendre que l’immigration se glisse aussi dans l’accroissement « naturel », les naissances sur le sol britannique d’enfants de parents nés à l’étranger ne cessant d’augmenter. 

Au total, Migration Watch (think tank britannique créé en 2001 et engagé en faveur d’une réduction significative de l’immigration) estime que « plus des quatre cinquièmes de la croissance démographique totale depuis 2001 ont été dus directement ou indirectement à l’immigration, atteignant 90 % en 2017-19 et probablement encore plus depuis lors ».

Environ 1 personne sur 6 est née en dehors du Royaume-Uni.

Le Top 10 des pays de naissance non britanniques en 2011 et 2021 en Angleterre et au Pays de Galles

Avec 920 000 personnes, l’Inde conserve la première place des pays de naissance les plus courants pour les immigrés, toujours suivie de la Pologne et du Pakistan. 

Qualifiée par Jon Wroth-Smith (directeur adjoint du recensement) de « grand moteur de ce changement », la Roumanie se hisse quant à elle en quatrième position. Elle effectue un bond absolument inédit, passant de 80 000 personnes en 2011 à 539 000 en 2021, soit une augmentation de 459 000 personnes (576%). La levée des restrictions de travail pour les citoyens roumains explique le rebondissement de cette migration européenne dans la seconde moitié de la dernière décennie. En effet, à partir du 1er janvier 2014, Roumains et Bulgares ont pu travailler librement dans l’ensemble de l’Union européenne, suscitant à l’époque une levée de boucliers du parti conservateur britannique qui brandissait la menace d’une « invasion » du pays.

Analysant les premiers chiffres officiels du trimestre suivant cette autorisation, le journal La Croix s’était empressé d’affirmer en 2014 que « “L’invasion” du Royaume-Uni n’a pas eu lieu », et que « rien de dramatique ne s’est produit », qualifiant alors les inquiétudes des conservateurs de « prophétie non vérifiée ». Diagnostic un peu rapide de toute évidence…

Londres en top 1 

Londres reste la région d’Angleterre et du Pays de Galles dotée à la fois de la plus grande proportion de personnes nées en dehors du Royaume-Uni (plus de 4 résidents habituels sur 10) et de personnes avec des passeports non-britanniques (1 sur 5).

Pression migratoire et surcharge sociale

Places scolaires, routes, sécurité sociale ou habitations… aucun domaine n’est épargné par les conséquences de cet afflux. Dans le domaine de la santé, par exemple, près de 700 000 nouvelles inscriptions par des immigrés auprès de médecins généralistes ont été enregistrées en 2019 et 2020. Pour ce qui est du logement, ces volumes entrants nécessiteraient la construction d’une maison « toutes les cinq minutes, nuit et jour » en Angleterre pour répondre à la demande croissante, selon les projections de l’ONS.

Crise démocratique dans l’opinion publique 

Comme en France et de nombreux pays d’Europe, l’opposition à une immigration de masse fait pourtant consensus dans la population. 6 sondés sur 10 soutiennent la réduction de l’immigration (Deltapoll) et près de 8 sur 10 estiment que le gouvernement échoue dans la gestion de ce phénomène (YouGov). 

Ces résultats illustrent la forte inquiétude des Britanniques. A titre comparatif pour la France, 71% des sondés sont favorables à une réduction de l’immigration et 77% constatent l’échec du gouvernement dans sa gestion de ce sujet. Cette opinion est donc communément partagée des deux côtés de la Manche.

Une telle crise de confiance se traduit aussi dans le champ des préférences électorales. Le premier sondage évoqué de Deltapoll révèle justement l’importance de la question migratoire et de sa gestion pour les partisans conservateurs. Si 73% d’entre eux sont favorables à une réduction des flux, on atteint 86% chez ceux qui ont voté conservateur en 2019 mais ne soutiennent plus le parti… suggérant ainsi que l’échec d’un contrôle des flux migratoires était l’une des raisons de leur abandon des Tories.

Car si les trois dernières majorités conservatrices ont été élues sur des promesses répétées de réduction notable de l’immigration (David Cameron s’étant engagé dès 2010 à ramener les flux nets à « quelques dizaines de milliers de personnes »), celles-ci n’ont jamais été tenues, suscitant des déceptions parmi les électeurs chez qui cette motivation était centrale – notamment ceux conquis aux travaillistes dans les territoires ouvriers du Nord.

Le Brexit, une déception sur l’immigration ?

L’exécutif avait fait du contrôle des flux migratoires une priorité affichée du Brexit. Or, loin d’en finir avec l’immigration de masse, le Royaume-Uni a connu un solde migratoire net de plus d’un demi-million de personnes (504 000) sur son territoire entre juin 2021 et juin 2022 – sans compter les entrées clandestines. Un nouveau record d’immigration nette, supérieur de 170,000 personnes au précédent record enregistré en 2015/2016, a ainsi été établi…

Le Brexit n’aura-t-il finalement été qu’un leurre concernant la maîtrise des flux migratoires, tant attendue par la population britannique ? S’il a incontestablement offert aux autorités de Londres de forts leviers d’action en la matière (libérés notamment des contraintes issues des traités et de la jurisprudence de l’Union européenne), force est de constater que seule une volonté politique décidée permettrait de les activer efficacement et de répondre à la demande démocratique de contrôle, largement affirmée par la société anglaise.

Manœuvres militaires Algérie-Russie : l’isolement d’Alger et la démonstration de force de Moscou

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Au moment où l’effort de guerre russe s’enlise en Ukraine, des exercices militaires conjoints entre la Russie et l’Algérie, de même que le renforcement général de la coopération militaire entre les deux pays, sont censés démontrer que Vladimir Poutine poursuit sa stratégie de confrontation avec l’Occident. En revanche, l’Algérie semble de plus en plus coupée de ses alliés naturels.


Entre le 16 novembre et le 28 novembre, l’Algérie a accueilli des troupes russes afin de mener des manœuvres militaires communes dans le sud du pays, à Béchar, près de la frontière marocaine. Cet évènement inédit, « Bouclier du désert 2022 », annonce vouloir lutter contre des groupes armés illégaux en territoires sahariens. Néanmoins, dans le contexte de « l’opération spéciale » de la Russie en Ukraine, des vives tensions entre Alger et Rabat, et de l’expansion russe en Afrique, le message adressé aux européens et aux africains est limpide.

La volonté de puissance de la Russie

La Russie avait déjà accueilli un contingent algérien d’une centaine de soldats en septembre lors des exercices militaires conjoints avec la Chine « Vostok 2022 ». Afin de préparer l’opération inédite sur le sol algérien, le chef de la coopération militaro-technique russe, Dmitry Evgenyevich Shugayev, s’est rendu sur place le 10 novembre, afin de rencontrer le chef d’état-major algérien, Saïd Chengriha. Africa Intelligence révélait déjà à la fin du mois d’octobre des négociations en cours entre le Kremlin et l’Algérie, cette dernière ayant récemment porté son budget militaire à 23 milliards de dollars. Un marché juteux pour la Russie, et une aubaine pour le régime algérien qui doit moderniser ses équipements. Compte tenu du profil de Dmitry Evgenyevich Shugayev, personnel civil et non militaire, fort de son expérience au sein du cabinet de direction de Rosoboronexport, société d’État d’exportation militaire russe, il est fort probable que Moscou cherche à rafler une part importante du budget dédié aux achats de matériel.

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Si l’opération « Bouclier du désert 2022 » annonce vouloir lutter contre les groupes armés terroristes, il est difficile de ne pas y voir un message à destination de l’Europe et du monde occidental. En effet, alors que Vladimir Poutine s’enlise en Ukraine, cet exercice a pour objectif de mettre en avant les capacités de projection de forces conventionnelles russes. Jusqu’ici, la force Wagner était la seule force armée à se projeter directement et massivement sur le continent africain depuis maintenant plusieurs années. Même si la Russie n’a envoyé qu’une centaine de soldats, et notamment les brigades « motostrelki », c’est à dire l’infanterie motorisée du Caucase russe, elle tient évidemment à démontrer sa capacité de déploiement à proximité des intérêts occidentaux.

L’Algérie n’est pour Moscou qu’un front avancé. Dans sa stratégie de confrontation avec l’Occident, la Russie marque ainsi l’extension de sa sphère d’influence jusqu’à la frontière marocaine. Cette dernière devient d’ailleurs la ligne de démarcation entre la zone d’influence occidentale et la zone d’influence « de l’Est », comme si les 30 dernières années depuis la fin de la Guerre froide n’avaient été qu’une parenthèse, comme si l’Histoire, qui ne semble décidément pas vouloir de fin, voulait sans cesse faire mentir Hegel et Fukuyama…

Afrique, monde arabe, Europe : Alger s’isole

Force est de constater que la diplomatie algérienne a toujours été « surprenante ». Quoiqu’il en soit il est difficile de penser que les choix d’Alger soient dénués de réflexion. L’année 2018 a marqué le renouveau de la coopération Russie-Algérie en matière de renseignement. En effet, Nikolai Patrushev, patron du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie et coordinateur de ses services de renseignements, a rendu visite à son allié en janvier 2018, et un programme d’harmonisation s’est mis en place afin de garantir une coopération durable : unification des procédures, coopération en matière de formations, mise en place d’une base de données communes, échanges d’information. Alger ne pouvait ignorer servir les avancées russes en Afrique, en Centrafrique, en Libye et au Soudan notamment. Dernièrement, ce sont les navires de guerre russes qui faisaient escale au port d’Alger dans le cadre du renforcement des relations de coopération militaire bilatérale entre la marine de l’armée nationale algérienne et la marine russe. La relation indéfectible entre l’Algérie et la Russie sur le plan géopolitique place définitivement Alger dans le clan pro-russe.

Pourtant, le régime d’Abdelmadjid Tebboune essaie encore de jouer sur les deux tableaux entre l’Occident et l’alliance « Russie-Syrie-Iran ». Alors que les médias algériens annonçaient la venue de Shugayev comme une simple étape de préparation des manœuvres de l’opération « Bouclier du désert 2022 », ils se sont bien gardés d’évoquer un éventuel contrat d’achat d’équipement militaire, qui pourrait tomber sous la coupe des sanctions occidentales, comme le Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA).

De même, au sujet de la guerre en Ukraine, l’Algérie prône sa position traditionnelle : celle du non-alignement et de la neutralité. Force est de constater que la communication est trahie par les actes lorsque l’armée algérienne s’affiche pour la troisième fois avec des forces militaires russes en quelques mois. Le jeu algérien semble dangereux : combien de temps l’Occident acceptera qu’Abdelmadjid Tebboune profite des dividendes de ses contrats énergétiques avec l’Europe notamment, alors qu’il continue de rehausser sa coopération militaire avec Moscou… ?

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Le récent Sommet de la Ligue arabe qui s’est déroulé à Alger les 1er et 2 novembre 2022 a encore vu Alger se détacher de ses alliés «naturels». En effet, l’Algérie soutenait déjà ouvertement l’Ethiopie contre l’Egypte sur l’épineux dossier du Barrage de la Renaissance, barrage éthiopien rendant dépendants l’Egypte et le Soudan sur la question de la gestion de l’eau. Elle avait également renforcé sa coopération avec l’Iran, pourtant accusé d’ingérence par le reste des nations arabes. Enfin, elle a fait perdre au sommet tout son sens en forçant le roi du Maroc, Mohammed VI, d’annuler sa venue. Résultat : un sommet pour rien, privé de l’Arabie Saoudite, de la Jordanie, d’Oman, du Koweït, des Emirats arabes unis, de Bahreïn et du Maroc.

Sur cette question des relations avec le Maroc, là encore Alger marque sa détermination à envoyer un message clair. En déployant des forces à 50 kilomètres de la frontière marocaine, elle appuie sa volonté de s’isoler de son voisin, sur la très épineuse question du Maroc saharien. Alors que Rabat affirme sa souveraineté sur le sud du Maroc, l’Algérie de son côté, soutient indéfectiblement le Front Polisario, mouvement séparatiste créé en 1973. Ce dernier multipliant les attaques militaires malgré le cessez-le-feu onusien, annonçait récemment se doter de drones… iraniens. La présence de troupes algériennes à la frontière ne peut être autre chose qu’un message fort envoyé au Maroc sur la volonté de continuer à lutter contre son intégrité territoriale. Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Russie, a, de son côté, pris la peine de souligner que ces exercices militaires conjoints « ne visent aucun pays tiers ».

Si les objectifs de la Russie et le positionnement « à contre-courant » de l’Algérie semblent clairs, il est légitime de poser la question de la portée de la diplomatie algérienne qui renforce les risques de déstabilisation du Maghreb et qui pose une question essentielle à l’Occident dans le jeu des alliances.

Nathan Devers : «Penser un événement suppose de faire table rase de tout ce qu’on a pu penser auparavant»

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Nathan Devers et Philippe Bilger, le 05/12/22 / Capture d'écran YouTube d'une vidéo de Philippe Bilger du 05/12/22

L’écrivain, philosophe et chroniqueur parle avec Philippe Bilger des rapports entre la pensée philosophique et l’analyse de l’actualité.


Entretien dans « Bilger les soumet à la question » avec un jeune philosophe et écrivain d’une précocité exceptionnelle et qui avec une modestie non feinte n’y attache aucune importance. Nathan Devers a et est une personnalité qui constitue un miracle dans un monde et à une période où, malgré les hommages obligatoires à la jeunesse dégradés souvent en culte du jeunisme, l’intelligence, la perfection de la forme, l’infinie richesse du  langage, la profondeur authentique du fond, l’aptitude au dialogue sont infiniment rares. L’entretien avec lui m’a permis de savourer sans modération ces dispositions d’esprit et de caractère. Son dernier livre, Les liens artificiels, a été loué sans la moindre réserve.
Je me suis plu à démontrer que dans mes choix l’âge ne faisait rien à l’affaire et que ce qui m’animait était avant tout  l’espérance d’une rencontre singulière. Elle le fut.

Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).

A lire aussi: Luc Ferry : « La loi décline, les droits augmentent ! »

Les Liens artificiels

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Immigration, une chance pour personne

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Découvrez le sommaire de notre numéro de décembre.


Notre grand entretien avec Jérôme Sainte-Marie est le clou de notre dossier sur l’immigration, sur cette immigration qui n’est une chance ni pour la France ni pour un grand nombre d’immigrés. Selon le sondeur et analyste politique, qui s’est confié à Elisabeth Lévy, le Rassemblement National, dont il forme les cadres sans être lui-même adhérent, «n’est ni extrême ni de droite». Le parti de Marine Le Pen est l’objet d’une stigmatisation injuste alors qu’il représente une bonne partie des classes populaires et comprend les préoccupations de ces dernières au sujet de l’immigration, devenue l’un des enjeux principaux du conflit entre peuple et élites. Présentant le dossier, Elisabeth Lévy voit dans l’affaire de l’Ocean Viking la démonstration de l’incurie (ou de l’inexistence) de notre politique migratoire. Ni les postures ni l’émotion ne permettent de faire face à l’afflux toujours plus important de candidats à l’Europe. Une majorité de Français, inquiets, ne veulent pas que leur pays soit ouvert à tous. Mais nos dirigeants semblent plus soucieux de câliner les médias que de rassurer les électeurs. Car, selon Philippe d’Iribarne, l’immigré est devenu un objet sacré. Quand les prophètes du camp du Bien prêchent la belle «ouverture à l’Autre» face au vilain «repli sur soi», d’autres dévots nourrissent une haine de la France, éternellement coupable de son passé, et dont la rédemption passe par les nouveaux venus.

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Interviewé par Céline Pina, Patrick Stefanini affirme que la France peut mener une politique migratoire plus restrictive et plus intelligente en modifiant le droit du sol, les délais d’exécution des OQTF ou en dénonçant des accords passés avec certains pays, en particulier l’Algérie. Le juriste Carl Hubert confirme qu’il est possible et urgent de modifier le droit d’asile qui est aujourd’hui totalement dévoyé. L’Observatoire de l’immigration et de la démographie étudie la diaspora marocaine en France qui est surreprésentée à Pôle emploi, dans les HLM et dans nos prisons. Michel Aubouin et Céline Pina pointent le manque de volonté politique et le rôle néfaste des ONG. Causeur a invité un fonctionnaire qui travaille sur l’accueil des migrants à défendre l’immigration : pour lui, certains politiques attisent des craintes irraisonnées dans la société.

Dans son éditorial de décembre, Elisabeth Lévy compare le port de la kippa en public avec celui du voile : ils sont tous les deux contraires à l’esprit de la laïcité en France. « Dénoncer le voile et accepter la kippa témoigne au minimum d’une incohérence et, aux yeux de pas mal de gens, d’un déplorable deux poids, deux mesures ». Et les Juifs n’ont pas besoin d’une indulgence spéciale : « Interdire toute critique ou blague à leur encontre serait, finalement, une forme paradoxale (et inconsciente) d’antisémitisme ». Robert Ménard, le maire de Béziers, explique pourquoi a quitté les réseaux sociaux et suspendu ses interventions radio-télévisées. Loin de l’infernale mécanique du buzz et des likes, il renoue avec le bon sens, la nuance et retrouve sa liberté. Stéphane Rozès se confie à Céline Pina au sujet de son nouveau livre, Chaos, où il analyse les causes de la défiance des peuples envers leurs élites et celles de la montée des extrêmes. Loin de défendre des intérêts nationaux, les technocrates qui nous gouvernent légitiment des décisions prises ailleurs et par d’autres, et bafouent l’idéal démocratique dont ils se réclament. Mériadec Raffray considère que l’Allemagne d’Olaf Scholz est au bord d’une crise politico-économique majeure susceptible de déstabiliser encore plus les relations franco-allemandes. La crise de l’Ocean Viking, pour Annabella Mocenigo, a montré que la nouvelle présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, pouvait défendre ses idées sans renoncer au cadre européen. Frédéric Ferney se demande si la droite « gaulliste » incarnée par Les Républicains est menacée d’effacement, pendant que Jean-Michel Delacomptée continue à défendre la cause des hommes et Emmanuelle Ménard à nous raconter sa vie à l’Assemblée, avec une mention spéciale pour le député antispéciste, Aymeric Caron.

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Dans le monde de l’édition, L’Artilleur s’est imposé comme le champion des esprits résistants et des pensées à contre-courant. Bérénice Levet voit en son directeur, Damien Serieyx, un homme rigoureux et courageux qui met un point d’honneur à témoigner du monde réel quand tant d’autres l’occultent. Pierre Berville se demande si le prix Nobel de littérature récompense vraiment le talent d’un auteur : le récent couronnement d’Annie Ernaux permet d’en douter. Et les soupçons qui entourent l’Académie suédoise se multiplient lorsqu’on épluche la liste des précédents lauréats. Dans la lutte contre cette maladie intellectuelle qu’on appelle le «wokisme», la publication du nouveau livre de Bérénice Levet, Le Courage de la dissidence, frappe un grand coup, à mon sens. S’appuyant sur l’allégorie de la caverne, dans La République de Platon, la philosophe trace une nouvelle voie : celle, lumineuse, qui nous permettra de sortir de la grotte obscure dans laquelle nous enferment les nouveaux idéologues. En s’entretenant avec Jean Clair, Jonathan Siksou nous permet de découvrir l’œuvre d’un de nos plus grands artistes contemporains, Sam Szafran, marginalisé par l’avant-garde officielle mais à qui une exposition à l’Orangerie rend hommage.

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Jérôme Leroy salue entrée dans « La Pléiade » de Shirley, roman méconnu de l’Anglaise, Charlotte Brontë, ainsi que la parution d’un essai bref et lumineux de Frédéric Ferney, L’Amour de la lecture, qui célèbre les livres comme les derniers refuges de l’homme libre. Après les grottes et les cavernes, Jean Chauvet nous prépare à l’exploration des salles obscures. En cette fin d’année, les films français affichent le pire comme le meilleur. Dans cette seconde catégorie, Le Parfum vert de Nicolas Pariser fait la course en tête avec grâce et fantaisie. Malgré ses 12 étoiles au Guide Michelin, la curiosité, l’audace et l’inventivité du chef Pierre Gagnaire restent intactes. En conversation avec Yannis Ezziadi, il raconte comment il continue d’explorer les possibilités que lui offrent les produits du monde entier sans jamais oublier ce qu’il considère comme la base de son métier : le plaisir de ses convives. Pour arroser tout ça, Emmanuel Tresmontant nous fait visiter le domaine, non loin d’Épernay, où Alain Bernard perpétue le travail de la vigne à l’ancienne. Avec ses chevaux de trait et ses caves de fûts de chêne, il est encore l’un des rares à élaborer ses propres champagnes. Un digestif très fort est servi par Ivan Rioufol qui, dans ses carnets, dénonce la presse d’État qui est l’héritière de La Pravda des communistes. Sous couvert de pureté morale, ses journalistes immaculés s’inscrivent dans cet assujettissement. Ils sont, dans leur docilité, des désinformateurs en puissance. Enfin, Marsault pose une question fondamentale : est-il possible d’entamer un dialogue constructif avec un immigrationniste ? Et il apporte une réponse !

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Twitter files: Elon Musk révèle en direct comment Twitter a censuré les éléments de l’affaire de l’ordinateur de Hunter Biden

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Profile d'Elon Musk / 21/09/22 Photo: Jaap Arriens/Sipa USA/SIPA / SIPAUSA30323654_000008

Accusé de favoriser la désinformation, Elon Musk, avec l’aide du journaliste Matt Taibbi, dévoile preuves à l’appui l’affaire de Hunter Biden. Il souligne que sur Twitter, c’était la censure qui desservait la vérité.


L’excitation était à son comble sur le réseau social, le 2 décembre, à 17h précises, heure de New-York. C’est l’heure qu’a choisie Elon Musk, le nouveau président de Twitter, pour révéler en direct, sur son compte, le traitement qui fut réservé à l’affaire Hunter Biden par la précédente direction du réseau social. Des centaines de milliers d’usagers se sont donné rendez-vous pour dévorer chaque nouveau tweet du fil de discussion comme un chapitre de roman policier. Un scoop révélé en temps réel.

Le journaliste d’investigation Matt Taibbi, qui publie le rapport sur le compte d’Elon Musk, évoque « un conte à la Frankenstein sur un mécanisme conçu par les humains mais qui a totalement échappé au contrôle de son créateur ».

Il nous raconte que si Twitter se voulait au départ un réseau libre d’échange d’informations et d’opinions, le programme dut très rapidement imposer des limites à ce qui pouvait être publié, en particulier pour endiguer les spams et la fraude. Hélas, ils ne s’arrêtèrent pas là : des voix de plus en plus nombreuses s’élevèrent, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise, pour appeler à limiter considérablement la liberté des publications. Des célébrités comme des anonymes commencèrent à voir leur compte désactivé, à la simple demande d’un parti politique (les documents sont à chaque fois joints aux révélations pour appuyer les propos du journaliste).

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En effet, selon Matt Taibbi, les deux grands partis politiques américains avaient accès à ces outils de « désactivation ». En 2020, des demandes de censure émanant aussi bien de la Maison Blanche sous la présidence de Donald Trump que du cabinet de campagne de Joe Biden furent « reçues et honorées ». La direction de Twitter répondait aux requêtes par un simple mot : handled ; en Français : traité. Et comme le personnel était à grande majorité démocrate (98%, tout de même), les désactivations s’orientèrent rapidement vers la droite et les personnalités républicaines.

En octobre 2020, le New York Post publia un article sur les affaires en Ukraine du tumultueux fils du vice-président de l’époque, Joe Biden. Le magazine avait mis la main sur les emails échangés entre Hunter Biden et un important homme d’affaires ukrainien, siégeant au conseil d’administration d’une grande compagnie de gaz, Burisma, qui était ravi d’avoir pu rencontrer son influent père. Ces emails avaient été trouvés sur un ancien ordinateur portable de Hunter Biden, déposé chez un réparateur informatique de l’Etat du Delaware… Les propos échangés entre les deux hommes contredisaient les affirmations de Joe Biden selon lesquelles il n’était jamais intervenu dans les « affaires de son fils à l’étranger ». Il n’en fallut guère plus pour que les rumeurs de corruption se répandent, en pleine campagne présidentielle…

La direction de Twitter fit des pieds et des mains pour que cette information ne circule pas sur son réseau, alertant ses usagers qu’elle pouvait être « unsafe » (peu sure). Ils bloquèrent même la circulation de l’information par voie de messagerie, ce qu’ils ne s’autorisaient à faire jusqu’ici que pour lutter contre la pornographie infantile.

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Même la porte-parole de la Maison Blanche de l’époque, Kaleigh McEnany, vit son compte désactivé après avoir évoqué l’information. Des employés de Twitter remarquèrent des tensions entre les équipes chargées de la politique d’entreprise et les équipes de «sécurité en ligne». La décision d’enterrer complètement l’affaire fut prise au plus haut niveau, mais sans que le PDG de l’époque, Jack Dorsey, fut mis au courant. La responsable juridique, politique et financière de Twitter, Vijaya Gadde, joua un rôle-clé dans la censure de cette information. Cette même responsable fut plus tard licenciée avec fracas par Elon Musk, dès son arrivée à la tête du réseau social.

La publication de ces révélations n’a rien d’anodin : Musk répond avec force aux critiques qui l’accusent de promouvoir la désinformation en libérant la parole sur Twitter.

L’entrepreneur libertarien les nargue en leur rétorquant que la désinformation existait déjà sur le réseau social… mais par la voie de la censure. Grâce aux efforts zélés de l’ancienne équipe, de nombreux Américains ont longtemps cru que ces fameux emails étaient faux… En jetant le discrédit sur une information importante, la censure a une fois de plus servi le mensonge et non la vérité.

Sur son propre compte, le journaliste Matt Taibbi nous annonce que les révélations sur les méthodes de tri de l’ancien Twitter ne font que commencer…

France world et pain perdu

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De la baguette à la coupe du monde, grandeur et décadence de notre nation qui sera bientôt privée de sa langue, de sa littérature et de son histoire.


L’Unesco vient d’inscrire la baguette de pain sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Dans le pétrin des affaires, le Boulanger en chef de la Start-up nation salue le miracle, la France qui gagne, le levain des Sadducéens et des Parisiens : « 250 grammes de magie et de perfection dans nos quotidiens […] Dans ces quelques centimètres de savoir-faire passés de main en main, il y a exactement l’esprit du savoir-faire français ». Baguette classique, de campagne, rustique, tradition ? Gare au virilisme réac ! Il y a quarante ans, Pierre Nora avait identifié des Lieux de mémoire ayant marqué l’inconscient collectif et le roman national. Ce séquençage génétique, jeu de l’oie de l’identité nationale est-il toujours recevable ? « Si on continue comme ça, la France sera un nouveau Disney World, ce sera France World, les gens porteront des bérets et des baguettes sous le bras » (Gérard Depardieu).

Pain perdu et jalousie

En 2013, Le Monde titrait sur «Les crispations alarmantes de la société française». « Mes idées ne sont pas bien représentées, 72%. Les politiques agissent principalement dans leur intérêt personnel, 82%. L’autorité est une valeur trop souvent critiquée, 86% ». Plus on s’angoisse, moins ça va mieux. Les quinquennats de François Macron et Emmanuel Hollande n’ont rien arrangé. Ça interroge… Les populistes veulent le gouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple : ils sont un danger pour la démocratie. Télérama et les enfermés de France Info contextualisent les chamailleries des sauvageons qui règlent leurs comptes à coup de marteaux et machettes, les séparatismes, la communauté réduite aux aguets. La faute à Thatcher, à Blanquer, au latin, la crise du logement, la fermeture d’une ludothèque à Tremblay-en-France… tous victimes de l’enfer néo-libéral, des méchants Native French, « souchiens », phallocrates, xénophobes.

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Les réseaux et raisons de la colère ne manquent pas : insécurité physique, économique, culturelle, politique du chat crevé au fil de l’eau. Le populo manque de brioche. Les carabistouilles, pénuries, l’inflation, exacerbent la fièvre jaune. Démagogie, lâchetés et corporatismes obèrent tout aggiornamento. Les politiques Lotophages se voilent la face sur les fléaux qui nous gangrènent : crétinisation numérique, analphabétisation, trafics de drogue au zénith, délires libéral-libertaire, métavers, post-trans-humanistes, discours hyèneux des réseaux sociaux. L’abeille de la Culture a été liquidée par les sociologues déconstructeurs de néant, décapitée par le frelon (vespa velutina) «culturel». Un crime contre les Humanités.

Dans une cacophonie ubuesque, un monde en voie de reféodalisation avancée (magistralement analysé par Pierre Legendre depuis 50 ans), chacun déclame ses indignations. Les rebelles antifas s’ébattent dans l’outrage et les bassines, badigeonnent la Joconde de Pom’Potes, boycottent le foot pour sauver la planète, les queers qataris, l’hijab des collégiennes balbyniennes. À l’ombre des Chief Happiness Officers de Wall street, des retraites de l’éducation nationale, à Yvetot, sur France Inter, les matamoresses, crieuses de vieux chapeaux, damnées de la chaire, Rokhaya Diallo, Assa Traoré, Laure Adler, prospèrent dans le business de l’invisible, du teeshirt woke, vantent la diversitéocratie, et donnent des conférences en tous genres pour venger leur race et les dominés. Touche pas à mon buzz, mes sponsors, ma rage, mon Nobel. Gloria victis ! Ce sont les bateaux vides qui font le plus de bruit. « On n’a jamais fait tant fortune que du jour où on s’est mis à s’occuper du peuple » (Anouilh).

Triangulées, la Droite et la Gauche sociale-démocrate peinent à sauver les bijoux de leurs petites couronnes électorales. Abraracourcix contre Moralélastix contre Faurix contre Ciottix, n’ont plus de potion magique. Au Rassemblement National, Bonemine attend son heure. Comme Godot ? Le comte de Chambord en 1871 ? Ou Charles de Gaulle en 1958 ? Dans son château, entouré d’une cour de nains agioteurs sans envergure, Emmanuel Macron, plus tactile que tactique, inquiet comme la Reine de Blanche-Neige, s’interroge, navigue à vue, à voile, à vapeur, dans l’hélium, la battologie, la naïveté, l’indécision, des cavillations dérisoires. Les miroirs aux alouettes, la langue avariée des gribouilles de cabinets ou d’amphis, miment la pensée, minent la confiance, et détruisent l’affectio societatis.

 La République nous appelle, sachons vaincre ou sachons périr

Le Chant du départ est entrainant. Mourir pour la patrie ? Pour des idées ? De mort lente ? Pour les droits de l’Homme, les RTT ? Ernst Kantorowicz a travaillé l’énigme. La patrie, – étymologiquement, le pays des pères -, n’existe plus, c’est un gros mot. Les bataillons, l’étendard, le jour de gloire, incommodent les jeunes consciences. Comment transformer la b.te (?) génération en Spartiates ? Pour le républicain, il faut du fer, du pain, renouer avec la pompe, l’école de Mars, honorer l’Être suprême, les mémoires de Joseph Bara et Joseph Viala, planter des arbres de la Liberté.

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Alas, triste façade désossée d’un immeuble haussmannien en rénovation, notre République est parcourue de momies, squatteurs, révoltés en carton-pâte, une cordelle de bâtardises idéologiques, crises de nerfs. En 1966, «Et moi et moi et moi», c’était une chansonnette ironique de Jacques Dutronc. En 2022, c’est la doxa des fossoyeurs de la nation. Des jacuzzis, l’agrégation, l’orgasme, les jumeaux pour tous.s.e.s ! Le droit à la paresse, le droit au tordu. Marianne partage un secret avec Maître Cornille. Finies les farandoles, elle a vendu sa croix d’or et travaille pour l’exportation. Les sacs de farine sont remplis de plâtre. Le Monde d’après, Teilhard de Chardin 2.0, le point Oméga, co(s)mique, c’est la nousosphère, l’encommun, le fairesociétalisme. La France sans sa langue, sa littérature, son histoire, ce n’est plus la France, ce n’est plus grand-chose.

Le salut le 18 décembre ?

Stade de Lusail, 18 décembre 2022, 20 heure, France 4 – Brésil 0 ! Les poteaux et la VAR avec nous ! Nous sommes les meilleurs parce que nous vaincrons ! Je dirais même plus… Plus que trois victoires à aligner. Pas impossible. Dans le calendrier républicain, le 18 décembre, c’est en Frimaire et officiellement le « jour de la truffe ». C’est aussi la Saint-Sébastien, la naissance de Staline, de Laurent Voulzy et Raimu.

Le Français, jovial, a des chouchous. Cette année, Jean-Jacques Goldman, Thomas Pesquet, Teddy Riner. Chez les féminines, l’or pour Sophie Marceau, talonnée par Mylène Farmer, Marion Cotillard, Alexandra Lamy. « Je suis rouge avec les rouges, blanc avec les blancs, bleu avec les bleus; c’est à dire tricolore. En d’autres termes, je suis pour le peuple, pour l’ordre et pour la liberté » (Victor Hugo, Choses vues).

Hypocrisie dans le monde du football : le jeu de la FFF

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Noël Le Graët, le 19/11/22 / PHOTO: Christophe Ena/AP/SIPA / AP22742439_000001

Pour la Fédération Française de Football, c’est un deux poids, deux mesures quant aux valeurs imposées aux joueurs.


Y-a-t-il institution plus hypocrite que la Fédération Française de Football présidée par Noël Le Graët ? Il y a quelques mois de cela, précisément en mai de cette année, Idrissa Gueye était vilipendé et tancé publiquement pour avoir refusé de porter un maillot aux couleurs du mouvement LGBT lors de l’avant-dernière journée du championnat de France de football. Le joueur du Paris Saint-Germain devait pourtant, avec son club, soutenir lui aussi la « Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie ». 

La Fédération Française de Football avait vivement réagi à ce refus, de fait une blessure diplomatique puisque le susnommé Gueye avait pudiquement déclaré forfait pour éviter la polémique. « En refusant de participer à cette opération collective, vous validez les comportements discriminatoires, le refus de l’autre, et pas uniquement contre les LGBTQI+ », affirmait ainsi le Conseil national de l’éthique de la Fédération. Se faisait alors jour une profonde divergence de vues entre l’Europe et les responsables africains sur cette question, le président sénégalais Macky Sall affichant son soutien à son compatriote en déclarant que ses « convictions religieuses » devaient être respectées.

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Plus surprenant encore, le Paris Saint-Germain qui est la propriété de l’émir qatari Ben Hamad Al Thani faisait l’éloge de l’opération, rhabillant ses joueurs d’un maillot arc-en-ciel Accor Live Limitless décrit comme un « signe de paix, de diversité, et symbole par excellence du mouvement LGBT ». Sous nos latitudes, le soft power qatari répond en effet à tous les critères de l’inclusivité contemporaine, voire du mouvement dit « woke », sorte de maladie d’Alzheimer du progrès occidental. La chaîne Aj+ est ainsi le porte-drapeau de toutes les causes du genre, attaquant les réactionnaires et les conservateurs de tous bords, pourvu qu’ils soient de droite et qu’ils défendent les traditions françaises et européennes.

Un contraste si saisissant avec les politiques intérieures qataries, mises en lumière durant cette Coupe du Monde, qu’il ne manquera pas d’interroger les plus suspicieux d’entre nous. Pourquoi, en effet, le Qatar protectionniste et conservateur à l’intérieur de ses frontières, a minima selon nos critères, est-il ici chez nous le champion de causes qu’il combat chez lui ? Certains observateurs soulignent d’ailleurs à juste titre que l’obtention de l’organisation de cette Coupe du Monde 2022, très contestée, est arrivée trop tôt pour un pays dont le projet de modernisation devrait apporter ses premiers résultats à l’horizon 2030 avec le plan « Qatar National Vision 2030 » dont l’objectif déclaré est d’en faire « une société avancée capable de maintenir son développement et de fournir un niveau de vie élevé à son peuple ».

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Le Qatar semble donc engagé sur une voie de progrès que cette Coupe du Monde est censée illustrer, à l’image des stades et des installations ultra-modernes qui équipent le pays. Au fond, que les autorités qataries censurent les messages LGBT dans leurs stades et y interdisent l’alcool ne devrait pas nous surprendre. Ils n’ont, dans le cadre de leur politique intérieure, jamais caché qu’ils n’étaient pas des sociaux-démocrates suédois ou l’aile gauche du parti démocrate américain. Ce qui est en revanche plus surprenant, ce sont ces institutions occidentales et internationales qui n’ont de cesse de faire la promotion de certaines idées ici mais se couchent dès que l’argent est en jeu.

La FFF, si prompte à jouer du violon, a demandé aux joueurs des Bleus de ne pas porter les fameux brassards LGBT qui sont presque obligatoires en Ligue 1. Idem pour la FIFA et les autres. Il n’est qu’à voir l’équipe d’Angleterre pour comprendre que le signalement de vertus est une farce, ses joueurs ayant posé le genou à terre comme tous les week-ends en Premier League, alors même que leurs adversaires afro-américains restaient debout… Peut-on être plus ridicule ? On peut aussi rappeler l’affaire Riot Games, éditeur de League of Legends qui a éliminé son personnage noir et gay dans les pays africains. Le producteur exécutif du jeu, Jeremy Lee, ne s’en est même pas caché : « Chaque région peut localiser et publier cette histoire en fonction de ce qu’ils estiment le mieux pour les joueurs. Chaque région peut publier différemment certains aspects du jeu pour mieux s’adapter à la culture locale ». Oui, chaque pays est souverain. Le Qatar pas moins qu’un autre, bien qu’on puisse considérer son traitement de l’homosexualité anachronique et autoritaire, surtout eu égard à son attitude à l’étranger. Ne soyons pas non plus arrogants en jouant les ligues de vertu du monde libre, toutes nos valeurs ne sont pas plus universelles qu’exportables. On peut d’ailleurs s’amuser du fait que les combats de certaines stars du sport semblent s’arrêter là où leurs intérêts commerciaux commencent. Les Iraniens prenaient des risques bien plus grands en refusant de chanteur leur hymne, ils l’ont pourtant fait. Quand les convictions sont sincères, on ne se couche pas.

FOG, le mémorialiste

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Franz-Olivier Giesbert, le 29/01/20 / PHOTO: SIPA / 00942658_000034

La Belle Epoque, le deuxième volume de son Histoire Intime de la Ve République, est dans les librairies.


Franz-Olivier Giesbert poursuit sa trilogie consacrée à l’« Histoire intime de la Ve République ». Après nous avoir ravis avec le premier tome où nous découvrions un de Gaulle « pris » de l’intérieur, voici le deuxième intitulé : « La Belle Époque ». Car, en effet, les années 70, rythmées par les films de Sautet, Tavernier, les chansons de Christophe, Delpech, Sardou, les grimaces de De Funes, la vitalité de Depardieu, ça avait de l’allure. Franz-Olivier Giesbert a replongé dans ses archives personnelles. Journaliste impétueux, plus ambitieux que Rastignac, et moins fragile que Rubempré, il a côtoyé les Présidents qui ont eu la lourde tâche de succéder à l’Homme du 18 juin. Mais au-delà des portraits de Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand – le plus réussi, même si le biographe ne dit pas tout – et Jacques Chirac, c’est, en réalité, à la lente dégringolade de la France à laquelle il nous convie. Électrisés par une croissance économique extraordinaire, les français vivent dans l’insouciance et l’exubérance. Ils pensent que c’est parti pour durer mille ans. Les deux chocs pétroliers vont vite les faire déchanter. Mais au lieu de retrousser les manches et de faire face, ils vont plier, comme leurs ainés ont plié en 1940. Paresseux et velléitaires, ils ne vont pas suivre quand VGE ouvre la voie de la modernisation. Franz-Olivier Giesbert, citant l’écrivain Jean Cau : VGE pensait qu’il « entraînerait derrière lui en laissant dans son élégant sillage, un parfum de savonnette. C’était oublier que les peuples, comme les chiens, aiment les odeurs de soudard (de Gaulle) ; de paysan (Pompidou) ; et même, trouble et d’aventurier, celle que dégagea Mitterrand ».

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Mitterrand, justement. Franz-Olivier Giesbert est son toutou, il le renifle, le suit partout. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le mémorialiste lui-même. Avec l’âge, il pratique l’autocritique, voire l’autodénigrement. Il juge durement ses nombreux articles du Nouvel Obs consacrés à Tonton. « Au lieu de m’épuiser à « immortaliser » ces fadaises et ces rognures idéologiques, que n’ai-je couru dans les forêts, joué avec mes enfants, écrit d’autres romans, nagé dans les calanques, bu l’eau des cascades ! » Mais c’est à ce prix que son livre est truffé d’anecdotes croustillantes. Il revient notamment sur le fameux dîner entre Mitterrand et Chirac, en novembre 1980, chez Édith Cresson. C’est d’ailleurs lui qui avait, le premier, révélé cette trahison digne d’un joueur d’échecs en culotte courte. À la veille de sa mort, Mitterrand, plus cynique que jamais, demanda à VGE de lui rendre visite à l’Élysée. Franz-Olivier Giesbert rapporte les propos du mourant à Giscard, mortifié : « Je n’ai été élu que grâce aux 550 000 voix que m’a apporté Chirac au deuxième tour. Vous n’avez qu’à regarder les chiffres. Sans ces […] voix qui ont changé de camp, je ne pouvais pas être élu ».

À propos de VGE et du regroupement familial, qu’on ne cesse de lui reprocher, Franz-Olivier Giesbert rétablit la vérité en indiquant que cette décision « infernale » date de 1920, suivi de plusieurs circulaires, notamment celle du 20 janvier 1947, toutes entendant réglementer et encourager l’immigration des familles des travailleurs étrangers. Franz-Olivier Giesbert précise : « […] on ne peut lui imputer l’explosion migratoire qui a commencé sous son mandat avant d’atteindre son plafond dans les années 1980 et 1990 pour le crever ensuite ».

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Franz-Olivier Giesbert a connu sa nuit pascalienne. Il la raconte chapitre 30. Il avoue ne plus être socialiste depuis 1977. Ce qui lui permet aujourd’hui de jeter un regard inquiet voire désabusé sur la France. Il accuse le camp du Bien d’être responsable de ce suicide collectif. Les portraits au vitriol qu’il brosse des grandes figures intellectuelles de gauche sont jubilatoires. À commencer par le plus grand sectaire de tous, Jean-Paul Sartre. Franz-Olivier Giesbert ne retient pas ses coups : « Je le hais. Fouquier-Tinville du tribunal pénal international du café de Flore, il sent la mort et, avec sa cour d’idolâtres effusants, dégage de mauvaises ondes ». Il s’en prend également à Philippe Sollers mais, subtilement, il écrit : « C’est un jeune vieux qui, toute sa vie, semblera en exil de quelque chose ». Il y a du Chateaubriand des Mémoires d’outre-tombe dans ces pages-là.

À la fin de ce tome 2, Franz-Olivier Giesbert souligne non seulement le déclin de la France mais aussi sa probable dilution. Tout s’effondre autour de nous, et les Français regardent ailleurs. Ils sont frappés du phénomène de scotomisation. Encore un instant de bonheur, s’écrient-ils, cernés d’enfants aux yeux rougis par les écrans de smartphone, devant une série dégoulinant de wokisme sur Netflix et un repas vegan servi par un cycliste sans lumière. Et ça n’est pas prêt de changer. Être dans le camp du Bien, c’est tellement gratifiant.

Franz-Olivier Giesbert, Histoire intime de la Ve République: La Belle Époque, Gallimard, 2022, 400 p., 22€.

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Genèse du complot illuminati

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Pierre-Yves Beaurepaire retrace la naissance et les ramifications d’un mouvement né pendant les Lumières et qui est devenu le symbole du complotisme contemporain.


Ils avaient envahi la toile dans les années 2000. Ils, ce sont les Illuminatis. Pierre-Yves Beaurepaire en a fait une histoire, chez Tallandier, revenant à la fois sur la société secrète née à Ingolstadt, en Bavière, en 1776, mais aussi sur son fabuleux destin des deux côtés de l’Atlantique, bien après leur interdiction et leur disparition.

L’affaire commence donc dans la Bavière catholique, dans un espace allemand encore marqué par la Guerre de Trente Ans, quand Adam Weishaupt, un jeune professeur de droit épris d’idées nouvelles et anticléricales, constitue une société secrète en 1776. Leur objectif était de faire avancer la tendance la plus radicale des Lumières, contre les menaces cléricales.

Weishaupt recruta alors ses étudiants et les encouragea à coopter le maximum de monde et tenta aussi de s’infiltrer parmi les Francs-maçons. On a beau penser de plus en plus comme Voltaire et de moins en moins comme Bossuet dans l’Europe de cette époque, Weishaupt a quand même la sensation qu’une course contre la montre se joue avec ses ennemis les Jésuites. Certes, l’ordre des Jésuites a été chassé des royaumes catholiques puis dissous par le pape lui-même, mais Adam Weishaupt les croit encore plus dangereux depuis qu’ils sont clandestins. Il craint de les voir s’infiltrer au sein des loges maçonniques et de retourner les partisans modérés des Lumières.

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Les Illuminati connaissent un essor important dans le monde germanique et en Europe, avec quelques ramifications dans le Nouveau Monde, jusqu’à ce que le prince-électeur Charles-Théodore de Bavière siffle la fin de la récré en interdisant la société secrète en 1784, puis que Joseph II en Autriche se décide à encadrer sérieusement le monde maçonnique l’année suivante. Mais avec les Illuminati, c’est quand tout s’arrête que ça commence vraiment. Car nous ne sommes plus très loin des temps révolutionnaires, et aux yeux de quelques esprits, parmi lesquels l’abbé Barruel, auteur de Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, le parti jacobin va apparaître comme une sorte de section française de l’Internationale illuminati.

On soupçonne l’existence d’un vaste réseau d’initiés se transmettant les informations à la vitesse de la lumière, plus rapidement et efficacement encore que le télégraphe. On aurait tort d’imaginer que l’histoire n’intéresse que quelques jésuites et quelques hobereaux déchus par la Révolution : l’abbé Barruel connaît un fort succès d’édition (l’abbé Louis-Siffrein-Joseph de Salamon, chargé des affaires du Saint-Siège à Paris, écrit dans une lettre en 1792 : « Ces abbés, Barruel, […] sont des gens qui travaillent pour la bonne cause ; c’est fort bien, mais ils font un trafic de leur ouvrage : ils les vendent au poids de l’or. Barruel vend vingt-quatre sols un numéro de son Journal [Ecclésiastique] qui n’a que quelques feuilles »). L’abbé Barruel, réfugié à Londres, se créé un réseau d’informateurs et de continuateurs, pour beaucoup protestants, ce qui permit à la thèse de circuler dans le monde anglo-saxon. Un beau jour, en 1806, Barruel reçoit une lettre d’un obscur florentin, Giovanni Battista Simonini, qui l’avertit qu’il manque un étage à sa construction complotiste car, au sein du même du complot illuminati, ce sont les Juifs qui mènent le bal. Cette lettre est au cœur du roman d’Umberto Eco, Le cimetière de Prague (2010).

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Si on a pu regarder en France l’émergence des vidéos Youtube dénonçant le complot illuminati d’un œil ricaneur, on comprend en lisant le livre que la peur du complot est presque consubstantielle à la démocratie américaine. Bien avant l’élection de 2020, le soupçon de trucage des élections est une constante de l’histoire politique des Etats-Unis.

A côté des habituels partis républicain et démocrate, il a même existé un Anti-Masonic Party assez influent dans les années 1830. Cette crainte d’une influence jacobine semble avoir joué un rôle dans les relations complexes entre la jeune République américaine et la jeune République française à leurs débuts, et peut-être à plus long terme entre les Etats-Unis et la France. Il n’est pas jusqu’aux symboles les plus américains (le billet de banque américain avec la date de 1776 inscrite dessus, allusion non pas à la déclaration d’indépendance mais à la fondation des Illuminati ; la statue de la Liberté réalisée par le maçon Auguste Bartholdi) qui échappent aux soupçons. Pendant la guerre froide, William Carr, sous-marinier canadien devenu essayiste, n’a pas peur d’intégrer n’importe quel document à sa thèse, et pourquoi pas une lettre de 1871 adressée à Giuseppe Mazzini dans laquelle figurent déjà les termes « nazisme » et « fascistes ». Hitler et Mussolini n’étaient pas encore nés…

Pierre-Yves Beaurepaire, Les Illuminati : De la société secrète aux théories du complot, Taillandier, 2022, 352 p., 21,90€.

Faiseurs de veuves

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Jørund Viktoria Alme s'est attiré les foudres de nombreux handicapés. / capture d'écran Twitter.

Jørund Viktoria Alme est norvégien. Il se définit comme étant une femme. Handicapée. Son épouse, qui le supporte, appartient désormais à une nouvelle catégorie appelée « les veuves trans ».


Le malaise incurable de notre siècle que constitue l’autodéfinition genro-identitaire semble atteindre son paroxysme dans un cas bien singulier où le vertige de la dissonance cognitive rivalise avec les abîmes de la dysphorie de genre. Dans les terres hiémales de Norvège, un homme parfaitement valide souhaite désormais se définir comme une femme… handicapée. Sans décence aucune à l’égard des personnes réellement handicapées, Jørund Viktoria Alme, quinquagénaire, se déplace en fauteuil roulant et assume publiquement son transgenrisme. Ayant fait son coming out sur Facebook en 2020, cet analyste de crédit travaillant dans une banque à Oslo est passé à la télévision plusieurs fois cette année pour plaider sa cause : « De la même manière que je vis le fait d’être une femme dans un corps d’homme, je vis le fait que j’aurais dû être paralysé au-dessous de la taille ». Des collectifs d’associations de personnes handicapées n’ont pas manqué de dénoncer cette appropriation corporelle, se sentant narguées par un trans-usurpateur aux jambes résolument fonctionnelles. Ce personnage prétend être victime d’un « trouble de l’intégrité corporelle », une forme de dissonance entre la perception qu’il a de lui-même et son corps réel. Pourtant, il ne souhaite aucune intervention chirurgicale pour devenir physiquement handicapé ou plus féminin. Il a avoué son attirance fétichiste pour les vêtements féminins et notamment les chaussures à talons hauts, ce qui laisse croire qu’il souffre en fait de ce qu’on appelle l’« autogynéphilie », une forme d’excitation sexuelle qu’éprouvent certains hommes à l’idée de se trouver dans un corps de femme, excitation probablement renforcée par le sentiment d’être dans un état de dépendance et d’incapacité. Son épouse a essayé de le quitter deux fois, mais s’est résignée à continuer de vivre avec lui. Elle appartient à une nouvelle catégorie qu’on appelle les « veuves trans », des femmes soumises à leur mari qui leur impose son choix de sexe et d’activité sexuelle.

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Que nous apprennent les nouvelles données du recensement britannique sur l’immigration ?

Manifestation contre l'immigration à Douvres le 29 mai 2021 Grant Falvey/LNP/Shutterstock/SIPA Shutterstock40855155_000006

L’Observatoire de l’immigration et de la démographie décrypte pour Causeur la place de l’immigration dans l’augmentation de la population britannique observée entre 2011 et 2021.


Le recensement décennal réalisé par l’ONS (Office for National Statistics) en Angleterre et au Pays de Galles a récemment révélé une augmentation de 33% du nombre de personnes nées à l’étranger au cours des dix dernières années : celui-ci est passé de 7,5 à 10 millions entre 2011 et 2021 (sur 59,6 millions d’habitants dans ces deux nations du Royaume-Uni), représentant désormais 16,8% de la population.

Pour bien comprendre ce recensement, il faut prendre en compte la double dynamique d’augmentation de la population : celle dite « naturelle » et celle due à l’impact direct de l’immigration nette. Si la première (nombre de naissances moins nombre de décès) représente 42,5% de la croissance observée, la seconde compte quant à elle pour 57,5%. Il importe cependant de comprendre que l’immigration se glisse aussi dans l’accroissement « naturel », les naissances sur le sol britannique d’enfants de parents nés à l’étranger ne cessant d’augmenter. 

Au total, Migration Watch (think tank britannique créé en 2001 et engagé en faveur d’une réduction significative de l’immigration) estime que « plus des quatre cinquièmes de la croissance démographique totale depuis 2001 ont été dus directement ou indirectement à l’immigration, atteignant 90 % en 2017-19 et probablement encore plus depuis lors ».

Environ 1 personne sur 6 est née en dehors du Royaume-Uni.

Le Top 10 des pays de naissance non britanniques en 2011 et 2021 en Angleterre et au Pays de Galles

Avec 920 000 personnes, l’Inde conserve la première place des pays de naissance les plus courants pour les immigrés, toujours suivie de la Pologne et du Pakistan. 

Qualifiée par Jon Wroth-Smith (directeur adjoint du recensement) de « grand moteur de ce changement », la Roumanie se hisse quant à elle en quatrième position. Elle effectue un bond absolument inédit, passant de 80 000 personnes en 2011 à 539 000 en 2021, soit une augmentation de 459 000 personnes (576%). La levée des restrictions de travail pour les citoyens roumains explique le rebondissement de cette migration européenne dans la seconde moitié de la dernière décennie. En effet, à partir du 1er janvier 2014, Roumains et Bulgares ont pu travailler librement dans l’ensemble de l’Union européenne, suscitant à l’époque une levée de boucliers du parti conservateur britannique qui brandissait la menace d’une « invasion » du pays.

Analysant les premiers chiffres officiels du trimestre suivant cette autorisation, le journal La Croix s’était empressé d’affirmer en 2014 que « “L’invasion” du Royaume-Uni n’a pas eu lieu », et que « rien de dramatique ne s’est produit », qualifiant alors les inquiétudes des conservateurs de « prophétie non vérifiée ». Diagnostic un peu rapide de toute évidence…

Londres en top 1 

Londres reste la région d’Angleterre et du Pays de Galles dotée à la fois de la plus grande proportion de personnes nées en dehors du Royaume-Uni (plus de 4 résidents habituels sur 10) et de personnes avec des passeports non-britanniques (1 sur 5).

Pression migratoire et surcharge sociale

Places scolaires, routes, sécurité sociale ou habitations… aucun domaine n’est épargné par les conséquences de cet afflux. Dans le domaine de la santé, par exemple, près de 700 000 nouvelles inscriptions par des immigrés auprès de médecins généralistes ont été enregistrées en 2019 et 2020. Pour ce qui est du logement, ces volumes entrants nécessiteraient la construction d’une maison « toutes les cinq minutes, nuit et jour » en Angleterre pour répondre à la demande croissante, selon les projections de l’ONS.

Crise démocratique dans l’opinion publique 

Comme en France et de nombreux pays d’Europe, l’opposition à une immigration de masse fait pourtant consensus dans la population. 6 sondés sur 10 soutiennent la réduction de l’immigration (Deltapoll) et près de 8 sur 10 estiment que le gouvernement échoue dans la gestion de ce phénomène (YouGov). 

Ces résultats illustrent la forte inquiétude des Britanniques. A titre comparatif pour la France, 71% des sondés sont favorables à une réduction de l’immigration et 77% constatent l’échec du gouvernement dans sa gestion de ce sujet. Cette opinion est donc communément partagée des deux côtés de la Manche.

Une telle crise de confiance se traduit aussi dans le champ des préférences électorales. Le premier sondage évoqué de Deltapoll révèle justement l’importance de la question migratoire et de sa gestion pour les partisans conservateurs. Si 73% d’entre eux sont favorables à une réduction des flux, on atteint 86% chez ceux qui ont voté conservateur en 2019 mais ne soutiennent plus le parti… suggérant ainsi que l’échec d’un contrôle des flux migratoires était l’une des raisons de leur abandon des Tories.

Car si les trois dernières majorités conservatrices ont été élues sur des promesses répétées de réduction notable de l’immigration (David Cameron s’étant engagé dès 2010 à ramener les flux nets à « quelques dizaines de milliers de personnes »), celles-ci n’ont jamais été tenues, suscitant des déceptions parmi les électeurs chez qui cette motivation était centrale – notamment ceux conquis aux travaillistes dans les territoires ouvriers du Nord.

Le Brexit, une déception sur l’immigration ?

L’exécutif avait fait du contrôle des flux migratoires une priorité affichée du Brexit. Or, loin d’en finir avec l’immigration de masse, le Royaume-Uni a connu un solde migratoire net de plus d’un demi-million de personnes (504 000) sur son territoire entre juin 2021 et juin 2022 – sans compter les entrées clandestines. Un nouveau record d’immigration nette, supérieur de 170,000 personnes au précédent record enregistré en 2015/2016, a ainsi été établi…

Le Brexit n’aura-t-il finalement été qu’un leurre concernant la maîtrise des flux migratoires, tant attendue par la population britannique ? S’il a incontestablement offert aux autorités de Londres de forts leviers d’action en la matière (libérés notamment des contraintes issues des traités et de la jurisprudence de l’Union européenne), force est de constater que seule une volonté politique décidée permettrait de les activer efficacement et de répondre à la demande démocratique de contrôle, largement affirmée par la société anglaise.

Manœuvres militaires Algérie-Russie : l’isolement d’Alger et la démonstration de force de Moscou

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Conférence de presse commune avec Sergueï Lavrov et Ramtane Lamamra, en Algérie le 10 mai 2022 Russian Foreign Ministry/TASS/Si/SIPA SIPAUSA30308755_000043

Au moment où l’effort de guerre russe s’enlise en Ukraine, des exercices militaires conjoints entre la Russie et l’Algérie, de même que le renforcement général de la coopération militaire entre les deux pays, sont censés démontrer que Vladimir Poutine poursuit sa stratégie de confrontation avec l’Occident. En revanche, l’Algérie semble de plus en plus coupée de ses alliés naturels.


Entre le 16 novembre et le 28 novembre, l’Algérie a accueilli des troupes russes afin de mener des manœuvres militaires communes dans le sud du pays, à Béchar, près de la frontière marocaine. Cet évènement inédit, « Bouclier du désert 2022 », annonce vouloir lutter contre des groupes armés illégaux en territoires sahariens. Néanmoins, dans le contexte de « l’opération spéciale » de la Russie en Ukraine, des vives tensions entre Alger et Rabat, et de l’expansion russe en Afrique, le message adressé aux européens et aux africains est limpide.

La volonté de puissance de la Russie

La Russie avait déjà accueilli un contingent algérien d’une centaine de soldats en septembre lors des exercices militaires conjoints avec la Chine « Vostok 2022 ». Afin de préparer l’opération inédite sur le sol algérien, le chef de la coopération militaro-technique russe, Dmitry Evgenyevich Shugayev, s’est rendu sur place le 10 novembre, afin de rencontrer le chef d’état-major algérien, Saïd Chengriha. Africa Intelligence révélait déjà à la fin du mois d’octobre des négociations en cours entre le Kremlin et l’Algérie, cette dernière ayant récemment porté son budget militaire à 23 milliards de dollars. Un marché juteux pour la Russie, et une aubaine pour le régime algérien qui doit moderniser ses équipements. Compte tenu du profil de Dmitry Evgenyevich Shugayev, personnel civil et non militaire, fort de son expérience au sein du cabinet de direction de Rosoboronexport, société d’État d’exportation militaire russe, il est fort probable que Moscou cherche à rafler une part importante du budget dédié aux achats de matériel.

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Si l’opération « Bouclier du désert 2022 » annonce vouloir lutter contre les groupes armés terroristes, il est difficile de ne pas y voir un message à destination de l’Europe et du monde occidental. En effet, alors que Vladimir Poutine s’enlise en Ukraine, cet exercice a pour objectif de mettre en avant les capacités de projection de forces conventionnelles russes. Jusqu’ici, la force Wagner était la seule force armée à se projeter directement et massivement sur le continent africain depuis maintenant plusieurs années. Même si la Russie n’a envoyé qu’une centaine de soldats, et notamment les brigades « motostrelki », c’est à dire l’infanterie motorisée du Caucase russe, elle tient évidemment à démontrer sa capacité de déploiement à proximité des intérêts occidentaux.

L’Algérie n’est pour Moscou qu’un front avancé. Dans sa stratégie de confrontation avec l’Occident, la Russie marque ainsi l’extension de sa sphère d’influence jusqu’à la frontière marocaine. Cette dernière devient d’ailleurs la ligne de démarcation entre la zone d’influence occidentale et la zone d’influence « de l’Est », comme si les 30 dernières années depuis la fin de la Guerre froide n’avaient été qu’une parenthèse, comme si l’Histoire, qui ne semble décidément pas vouloir de fin, voulait sans cesse faire mentir Hegel et Fukuyama…

Afrique, monde arabe, Europe : Alger s’isole

Force est de constater que la diplomatie algérienne a toujours été « surprenante ». Quoiqu’il en soit il est difficile de penser que les choix d’Alger soient dénués de réflexion. L’année 2018 a marqué le renouveau de la coopération Russie-Algérie en matière de renseignement. En effet, Nikolai Patrushev, patron du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie et coordinateur de ses services de renseignements, a rendu visite à son allié en janvier 2018, et un programme d’harmonisation s’est mis en place afin de garantir une coopération durable : unification des procédures, coopération en matière de formations, mise en place d’une base de données communes, échanges d’information. Alger ne pouvait ignorer servir les avancées russes en Afrique, en Centrafrique, en Libye et au Soudan notamment. Dernièrement, ce sont les navires de guerre russes qui faisaient escale au port d’Alger dans le cadre du renforcement des relations de coopération militaire bilatérale entre la marine de l’armée nationale algérienne et la marine russe. La relation indéfectible entre l’Algérie et la Russie sur le plan géopolitique place définitivement Alger dans le clan pro-russe.

Pourtant, le régime d’Abdelmadjid Tebboune essaie encore de jouer sur les deux tableaux entre l’Occident et l’alliance « Russie-Syrie-Iran ». Alors que les médias algériens annonçaient la venue de Shugayev comme une simple étape de préparation des manœuvres de l’opération « Bouclier du désert 2022 », ils se sont bien gardés d’évoquer un éventuel contrat d’achat d’équipement militaire, qui pourrait tomber sous la coupe des sanctions occidentales, comme le Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA).

De même, au sujet de la guerre en Ukraine, l’Algérie prône sa position traditionnelle : celle du non-alignement et de la neutralité. Force est de constater que la communication est trahie par les actes lorsque l’armée algérienne s’affiche pour la troisième fois avec des forces militaires russes en quelques mois. Le jeu algérien semble dangereux : combien de temps l’Occident acceptera qu’Abdelmadjid Tebboune profite des dividendes de ses contrats énergétiques avec l’Europe notamment, alors qu’il continue de rehausser sa coopération militaire avec Moscou… ?

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Le récent Sommet de la Ligue arabe qui s’est déroulé à Alger les 1er et 2 novembre 2022 a encore vu Alger se détacher de ses alliés «naturels». En effet, l’Algérie soutenait déjà ouvertement l’Ethiopie contre l’Egypte sur l’épineux dossier du Barrage de la Renaissance, barrage éthiopien rendant dépendants l’Egypte et le Soudan sur la question de la gestion de l’eau. Elle avait également renforcé sa coopération avec l’Iran, pourtant accusé d’ingérence par le reste des nations arabes. Enfin, elle a fait perdre au sommet tout son sens en forçant le roi du Maroc, Mohammed VI, d’annuler sa venue. Résultat : un sommet pour rien, privé de l’Arabie Saoudite, de la Jordanie, d’Oman, du Koweït, des Emirats arabes unis, de Bahreïn et du Maroc.

Sur cette question des relations avec le Maroc, là encore Alger marque sa détermination à envoyer un message clair. En déployant des forces à 50 kilomètres de la frontière marocaine, elle appuie sa volonté de s’isoler de son voisin, sur la très épineuse question du Maroc saharien. Alors que Rabat affirme sa souveraineté sur le sud du Maroc, l’Algérie de son côté, soutient indéfectiblement le Front Polisario, mouvement séparatiste créé en 1973. Ce dernier multipliant les attaques militaires malgré le cessez-le-feu onusien, annonçait récemment se doter de drones… iraniens. La présence de troupes algériennes à la frontière ne peut être autre chose qu’un message fort envoyé au Maroc sur la volonté de continuer à lutter contre son intégrité territoriale. Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Russie, a, de son côté, pris la peine de souligner que ces exercices militaires conjoints « ne visent aucun pays tiers ».

Si les objectifs de la Russie et le positionnement « à contre-courant » de l’Algérie semblent clairs, il est légitime de poser la question de la portée de la diplomatie algérienne qui renforce les risques de déstabilisation du Maghreb et qui pose une question essentielle à l’Occident dans le jeu des alliances.