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Célébrités: Regardez, elles sont pires que nous

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L’affaire Palmade: un fait divers exemplaire


Il est des faits divers qui laissent durablement une trace vivace sur la société. Le cas du Petit Grégory, plus récemment le meurtre horrifique de la jeune Lola, ou encore le célèbre « pullover rouge », auront tous imprimé les inconscients des Français, allant jusqu’à marquer des générations entières au fer rouge de l’effroi collectif.

Le feuilleton Palmade, qui rythme le quotidien des chaînes d’information en continu depuis près d’un mois, n’a pas tout à fait la dramaturgie des affaires évoquées plus avant mais il fascine par la personnalité de son principal protagoniste ainsi que par ses multiples rebondissements.

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Humoriste célèbre de la France des années 1990, Pierre Palmade appartenait à cette catégorie de célébrités populaires parvenant à toucher peu ou prou l’ensemble des milieux. Avec ses amies Michèle Laroque et Muriel Robin, il fut l’auteur et l’interprète de nombreux spectacles comiques parlant de ces thèmes universels que sont le couple – homme / femme, c’est plutôt bon de le préciser – et l’amitié. Légèrement has been depuis quelques années, le natif de Bordeaux produisait et écrivait toutefois toujours des pièces à succès dans le genre du théâtre de boulevard.

Coming-out tardif

Longtemps, Pierre Palmade fut un homosexuel du placard. Le public savait confusément, mais l’artiste entretenait le doute, semblant ne pas tout à fait assumer son orientation sexuelle en raison peut-être d’une éducation bourgeoise. Il est d’ailleurs resté marié plus de six ans avec la chanteuse Véronique Sanson, amitié amoureuse qui troubla encore un peu les pistes avant qu’il ne finisse par admettre son homosexualité. Un « coming out » tardif qui trouva son aboutissement dans le spectacle J’ai jamais été aussi vieux donné en 2010 : « Boujenah, Elmaleh, Jamel ont bâti leurs spectacles sur leurs racines, leur identité, eh bien moi, mon identité, c’est mon homosexualité ».


Cette carrière d’artiste est maintenant du passé. La personnalité privée a pris le pas sur la vedette. En 2019, déjà, Pierre Palmade ne passait pas loin du billot, se défendant avec succès d’une fausse accusation de viol lancée par un clandestin d’à peine 19 ans avec qui il avait passé une nuit de « chemsex » dans le Marais. Le 10 février, l’acteur n’a pas eu cette chance, et encore moins ceux qui ont eu le malheur de croiser sa route. Drogué et hagard après trois jours d’orgies sans dormir, Pierre Palmade a percuté le véhicule qui arrivait en face du sien sur une route près de Cély-en-Bière, provoquant l’hospitalisation du conducteur qui ne pourra plus jamais retravailler, d’une femme enceinte dont l’enfant à naître est décédé après un accouchement dans l’urgence, et de graves blessures à un enfant de six ans.

Ennemi public numéro 1, on n’avait pas vu ça depuis Jérôme Kerviel

Depuis lors, Pierre Palmade est littéralement l’ennemi public numéro un, son visage d’oiseau déplumé s’affichant en permanence sur BFM TV, LCI, C-News, et l’ensemble des bulletins de nouvelles. Avocats, pipoles, psychologues, addictologues, représentants des homosexuels, amis célèbres de l’acteur, gendarmes ou hommes politiques viennent tour à tour commenter les moindres détails de l’enquête et les soubresauts d’une instruction judiciaire si suivie qu’elle pourrait servir de révision pour l’examen de procédure pénale des jeunes licenciés en droit.

Car, entre-temps, Pierre Palmade a aussi été cité dans une nouvelle enquête relative à de la détention d’images pédopornographiques, avec un « transsexuel chinois » venu compléter ce tableau Benetton d’amants et de gigolos qui servaient de récréation à l’immortel interprète du barde Assurencetourix. Il est notable de constater que de nombreuses célébrités du petit écran des années 1990 ont toutes, à leur manière, sombré. La descente aux enfers de Pierre Palmade est la plus choquante, mais des gens comme Francis Lalanne ou encore Jean-Marie Bigard, autrefois aimés du grand public, n’en finissent plus de se distinguer par leurs excès et leurs déclarations tapageuses.

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Faut-il pour autant faire le procès de la célébrité ? Soupçonner, comme certains s’empressent de le faire, la majorité des homosexuels de s’adonner au « chemsex » en compagnie de migrants clandestins payés en liquide ? Pis, de participer à des réseaux pédophiles sous la protection des puissants ? Ou, a contrario, dénoncer la « richophobie » qui serait la cause de la curée que subirait Pierre Palmade selon l’inénarrable Roselyne Bachelot ? L’homme a provoqué un accident mortel sous l’emprise d’un cocktail de drogues et d’alcool. Que l’opinion soit choquée et demande justice est parfaitement normal. Il n’y a là nulle « richophobie ».

Les complotistes se régalent

Il ne semble pas non plus spécifiquement protégé par l’institution judiciaire ou la police. Sa santé est surveillée. C’est mieux. Il y aura ainsi moins de chance qu’il ne décède au prochain AVC ou qu’il se suicide en cellule, afin qu’il puisse être jugé et que le fin mot des deux affaires dans lesquelles il est impliqué soit connu. Evidemment, une telle affaire ne pouvait qu’enflammer les imaginations. C’est du pain béni pour les « complotistes » et un terrain de jeu merveilleux pour leurs adversaires, de quoi nourrir des centaines d’heures de discussions en ligne et de talk-shows débiles. L’infotainment des sociétés connectées est pornographique. Le public se nourrit de ces drames, les décortique et se rassure : « Regardez, ils sont pires que nous ». 

Le procès Palmade ne doit pas devenir celui de la célébrité, mais le procès exemplaire des salauds qui tuent sur les routes sans aucune considération pour leur prochain. Ceux qui en ont été témoins ou qui l’ont vécu savent bien que la bêtise et la malhonnêteté ne connaissent pas de barrières de classes.


« Un lynchage »: le coup de gueule d’Elisabeth Lévy sur le traitement médiatique de l’affaire Palmade

Notre directrice de la rédaction consacre son éditorial de mars à l’affaire Palmade. Le numéro est disponible à la vente maintenant.

Les chacals

Qui n’est pas rentré une fois dans sa vie au volant de sa voiture en bordée noire d’une nuit blanche en faisant un écart à gauche? Où, protégé à ce moment précis par, un ange, le destin ou le Dieu des ivrognes, n’a pas eu face à sa calandre un précipice, un mur, un platane ou pour le pire, un ou des êtres vivants. Apparemment, à part moi personne. Alors la Justice, sensible à une opinion surchauffée, jette le cadavre vivant d’un malade du nom de Palmade au cachot. Mais les chiens ne rentrent pas à la niche pour autant. Quant aux palmipèdes courage fuyons.


L’opinion, définition. Masse anonyme élevée au lait de chèvre et à la Bible, peuplée de gentils p’tits Mickeys qui « sont sondés, ont voté, n’ont jamais fait de chèques en bois, passent en courant au Bois mais jamais pour ce que l’on croit, pour prendre l’air…” (Claude Moine) 

La presse, les réseaux sociaux, la Justice. Ces trois piliers de la société contemporaine se sont retrouvés sur un tronçon de ligne droite de Seine-et-Marne en plein hiver. Pour y installer le plus grand camp de naturisme d’Europe. Les Français veulent savoir, prière de laisser votre pudeur et votre raison au vestiaire.

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La presse fournit le matos. Du lourd. Avocats (et pas que de Droit routier), magistrats à la retraite partants pour une pige (surtout si c’est la télé), politiques mis à la retraite par les électeurs (tant qu’il reste la télé), psychiatres addictologues et autres médecins (accros à la lumière), drogués rechapés (devant les stups ça a du balancer), j’en passe et des pires. Tout ce beau monde a mis fin à la guerre en Ukraine, éteint la grogne sur la réforme des retraites et rempli les frigidaires vidés par l’inflation. Même LCI, co-belligérant dans le Donbass depuis un an, s’est soumis à l’inextinguible soif de Missel de la Route en envoyant ses généraux sucer des glaçons en maintenance. “Né viable et vivant” à 22h18 déclaré mort à 22h51. Comble du morbide une chaine balance le résultat de l’autopsie du fœtus avec cet encart de la gerbe. Comble de la putasserie une autre chaine réalise l’interview d’une famille qui a perdu un gamin percuté par un chauffard. Ils en veulent à Palmade d’avoir fait remonter des ténèbres leur cauchemar à la surface. Dernier verre d’huile de foie de morue pour la route, “ il est censé nous faire rire pas pleurer.” (sic) Portez-vous partie civile tant que vous y êtes!

Les réseaux sociaux le pathos. Que l’on soit d’accord. Ce papier n’est pas l’œuvre d’un fan. Je ne connais pas suffisamment son répertoire, je peux seulement écrire que “le scrabble” m’a amusé mais pour une sortie de route je préfère “l’auto-stoppeur” de Coluche. Sur les réseaux je serais bref, y étant étranger. Pas par mépris mais par non-attirance de misanthrope invétéré. Mais ne vivant pas non-plus dans un trou, les infos ont fait remonter à la surface les aboiements de haine d’une meute lancée à la vitesse du frelon asiatique dans la chasse aux pédés. Et quand l’enquête par médias interposés (c’est maintenant normal, admis et toléré) a évoqué les images pédopornographiques, la boucle était bouclée, son sort scellé, l’amalgame réalisé. Les mêmes réseaux retourneront leur veste quand il sera embastillé ou suicidé.

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La Justice. On la savait parfois dépendante au pouvoir en matière politique, politico-financière, sex and co-politico-financière. On la découvre hyper sensible à l’exigence d’exemplarité réclamée par l’opinion. Selon tous les avocats spécialisés en Droit routier, confrontés à l’horreur des accidents de la route où le drame provoqué par Palmade se produit peu ou prou tous les jours, avec des conséquences parfois encore plus dégueu, rarement ou jamais leurs clients ne reçoivent du Parquet (de par son appel), une telle facture. À plus forte raison s’ils sont d’authentiques malades. On peut aussi s’interroger sur la passivité du Parquet quand Palmade, via des interviews et une autobiographie, se déclarait être un danger potentiel. Allant même jusqu’à bénir le ciel de n’avoir encore écrasé personne. Pourquoi ne s’est-il pas auto-saisi afin qu’il ne puisse plus conduire?

Tout va bien. Maintenant que nous sommes à l’abri des agissements du nocif on fait sauter le verrou, on ouvre, on sort. Avec ou sans Palmade nos poumons respirent encore de l’hydrogène sulfurée. On a mis des barreaux autour d’un malade, on peut s’endormir tranquille. Pas au volant j’espère.

L’Europe doit soutenir le processus en cours au Soudan, pour éviter une nouvelle crise migratoire dont elle sera aussi la victime


Le Soudan, comme nombre de pays arabes qui ont vécu les Printemps arabes, cherche depuis plusieurs années sa voie vers la démocratisation. Depuis 2021, pays tente d’avancer vers un accord de transition politique à terme entre pouvoir et militaire et société civile. Début décembre 2022, un premier accord encourageant était signé pour tenter de mettre fin à la crise profonde que traverse le pays depuis plusieurs années. Le pays est en équilibre précaire et si le président actuel est le général Abdel Fattah al-Buhran, Mohamed Hamdan Daglo (surnommé Emetti), vice-président du Conseil souverain de transition, a de fortes chances de lui succéder. 

On ne met pas en place un nouveau système et un nouveau régime infaillible après trois décennies d’Omar el Béchir. Crise économique, montée des tensions entre les différentes ethnies du pays doivent se résoudre au plus vite. Le risque d’un échec complet serait celui de l’effondrement d’un nouvel Etat en Afrique, une nouvelle guerre et le risque d’un afflux massif de réfugiés, comme l’Europe en avait connu au moment de la guerre en Afghanistan et en Syrie. L’Europe, qui a tout à craindre d’un échec de la transition doit être pragmatique. Elle doit aussi être derrière ce processus car la première chose à craindre pour elle ce serait l’explosion de migrants sur le vieux continent. 

Plusieurs pays d’Afrique, et c’est le cas du Soudan, mènent une politique de contrôle et de démantèlement de ces réseaux. Du point de vue international, l’immigration illégale représente un vrai danger pour les Africains comme pour les Européens. Parmi ces flots ininterrompus, des terroristes peuvent profiter des réseaux pour s’infiltrer. C’est aujourd’hui un instrument clair du terrorisme transnational. Mais aussi un circuit qui favorise le trafic de drogue et d’êtres humains. 

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Le Soudan est à la croisée des chemins d’Afrique et des routes de l’immigration illégale. Venus de partout du continent africain, ces migrants restent pour 10% au Soudan, mais 90% des flux ne sont que de passage. Le pays dispose de près de 6700 km de frontières ouvertes bordant 7 pays. Dans le pays, les Forces de Soutien Rapide, dirigées par Mohamed Hamdan Daglo, mènent un combat quotidien contre l’immigration illégale et le trafic d’humains depuis longtemps. C’est aussi au nom de la sécurité et afin de lutter contre le crime organisé que les Forces cherchent à démanteler les réseaux clandestins qui sévissent sur son territoire. 

Cela passe souvent par la mise en place d’opérations d’infiltration au sein des réseaux de trafiquants d’humains. De nombreux responsables ont déjà été arrêtés mais de nouveaux groupes se créent et de nouvelles vocations mafieuses émergent. Le désert rend la tâche compliquée. L’objectif du Soudan, tant qu’il le peut, est aussi de libérer ces migrants sans espoir de ces réseaux esclavagistes qui leur font payer cher un exil plus qu’hasardeux. 

Mais le pays est seul face à cela et ne reçoit aucune aide étrangère. La grande partie des actions de lutte contre cette immigration est menée par Mohamed Hamdan Daglo. Sans un soutien supplémentaire des Etats membres de l’Europe, qui ont tous le même intérêt à réduire drastiquement l’immigration illégale, le Soudan comme d’autres pays d’Afrique ne peuvent parvenir seuls à la tâche. Cela pour leur propre sécurité et afin d’éviter les drames auquel on assiste chaque jour en Méditerranée et ces centaines de migrants qui perdent la vie en mer. 

[1] Rapid Support Forces

Estrosi fait son cirque

« Pour Jumbo, avec Christian Estrosi, nous ne lâcherons rien » annonce le premier adjoint au maire de Nice. Les habitants susceptibles de se rendre à une représentation du cirque Zavatta sont passibles de poursuites, prévient-il. Les professionnels du cirque, quant à eux, dénoncent un « génocirque », et menacent à présent de bloquer la Promenade des Anglais le 7 mars.


« Dans un bief, il ne peut exister qu’un hippopotame mâle » écrivit Ahmadou Kourouma dans son roman En attendant le vote des bêtes sauvages. Christian Estrosi, l’édile de Nice, confronté cette semaine au cirque animalier Zavatta bien déterminé à planter son chapiteau pourtant jugé indésirable en terre niçoise, vient d’expérimenter cette vérité.

Face aux frères Zavatta, accompagnés de leur ménagerie (dont l’emblématique Jumbo, hippopotame mâle âgé de 38 ans), le maire de la cité azuréenne nous a gratifié, pour notre plus grand plaisir, d’un savoureux numéro de clown blanc. Si notre apprenti circassien, n’écoutant que son courage, n’a pas hésité à grimper sur des tabourets et à sauter dans tous les cerceaux en feu que lui présentaient les deux frères Zavatta, il s’est quand même, force est de le reconnaître, un peu cramé les moustaches. On vous raconte la… corrida.

Christian Estrosi, Hugo Clément: même combat

Lundi matin, à Nice, le cirque Zavatta (environ 20 camions et caravanes, 50 animaux sauvages) a investi, sans autorisation, un terrain communal boueux sis près de la zone commerciale Lingostière. Cette invasion visait, comme l’a expliqué John Zavatta, le directeur dudit cirque, à sensibiliser l’opinion quant à la mort annoncée d’une profession qui propose encore des spectacles avec des animaux sauvages, exhibitions activement combattues par les défenseurs de la condition animale. Aussi, John Zavatta, solide gaillard, auprès duquel Christian Estrosi fait figure d’ablette, ne redoutant rien, pas même des mots, n’a pas hésité, au cours de l’altercation, à évoquer le « génocirque » menaçant son métier.


La Métropole et la Ville, avisées de l’intrusion des circassiens, sont immédiatement montées au créneau. C’est d’abord Anthony Borré (premier adjoint au maire) qui a signifié sur Twitter un refus catégorique (partagé par Christian Estrosi) d’accueillir un cirque qui « exploite des animaux sauvages ». Concomitamment, le premier magistrat de la cité et président de la Métropole annonçait qu’une plainte allait être déposée contre le cirque.

Puis, vers 13h30, une escouade d’officiels (dont était le préfet des Alpes-Maritimes, Bernard Gonzalès), menée par le preux Christian Estrosi, s’est rendue sur place. Encravatés, vêtus de costumes légers et de mocassins en chevreau, nos valeureux guerriers, patouillant allègrement dans la gadoue, ont entamé les pourparlers avec un adversaire à l’aise en milieu hostile. On a alors assisté à une scène digne du film L’âge de glace. Estrosi et ses chevau-légers se sont, en effet, pris pour Carl et Frank, les deux rhinocéros du film.

T’es mal placé dans la chaîne alimentaire

Après s’être consultée : « Carl ? », « Tout doux Franck… », la troupe s’est lancée à l’assaut des frères Zavatta, bien décidée à les « emplafonner » à coup de tirades technocratiques.  « On vous enverra la facture de tout ce que vous avez couté à la collectivité. Nous allons aller, avec notre référé d’heure à heure, tranquillement devant la justice qui aura à trancher », a lancé l’édile. Antony Borré a renchéri : « Il y a des procédures à respecter. Vous êtes ici sur le patrimoine des Niçois ». Christian Estrosi est alors monté dans les tours, déclarant à ses interlocuteurs qu’ils étaient « une menace à l’ordre public. » John et Alexandre Zavatta, goguenards, ont recadré leurs adversaires d’opérette comme le fit Diégo, le Tigre à dents de sabre, toujours dans L’âge de glace pour Sid le paresseux qui plastronnait. On se rappelle la réplique culte du félin préhistorique : « T’es mal placé dans la chaîne alimentaire pour faire ta grande gueule. ».

« La menace (à l’ordre public), ce n’est pas nous, c’est ceux qui vendent de la drogue dans les quartiers » a rétorqué Alexandre Zavatta. Il a ensuite traité le maire de « dictateur » et « de raciste des gens du cirque », usant de la rhétorique convenue pour discriminer un opposant désarçonné de voir ses armes de destruction lourdes se retourner contre lui.Les belligérants campent sur leurs positions tandis que le cirque annonce son premier spectacle pour samedi.

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Pour autant, l’affaire rocambolesque n’est pas réglée ! On a appris que la friche occupée par le cirque n’appartient ni à la Ville de Nice, ni à la Métropole, mais à l’Établissement public foncier, ce qui rend caduques les menaces de poursuite annoncées par la municipalité. Contacté, le camp estrosiste confirme mais précise que la Ville est toutefois gestionnaire du terrain.

Borré sort les griffes, Estrosi démasqué

De plus, mardi, sur le plateau de BFM TV, Anthony Borré dénonçait une supposée mutilation des félins du cirque. On leur aurait ôté leurs griffes. Côté Zavatta, une plainte a été illico déposée contre le premier adjoint. « Il raconte n’importe quoi, c’est plus possible. Tenez, je vais vous montrer si mes animaux sont mutilés » s’est agacé mercredi matin John Zavatta à l’occasion d’un échange avec Le Figaro. Et le circassien de tendre un balai dans la cage des fauves. Ceux-ci, tous rasoirs sortis, s’y sont agrippés fermement.

Pour John Zavatta, la posture de Christian Estrosi vis-à-vis des animaux frise l’imposture : « Le maire dit ne pas pouvoir cautionner une soi-disant maltraitance des animaux alors que lui-même est allé voir un spectacle de cirque avec animaux, à Monaco, début janvier. Et il a même dit que le numéro qu’il avait trouvé le plus beau, c’était celui avec les tigres. (…) C’est comme moi, si je vous disais de ne pas manger de viande et que je me préparais une côte de bœuf. » En effet, c’est ballot. Notre Tartuffe-Estrosi, qui excelle aussi dans le rôle de Dom Juan : « (…) l’hypocrisie est un vice à la mode (…), la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoi qu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle », a été ici malheureusement démasqué.

Une bataille semble perdue, mais pas la guerre. Il s’agit maintenant, pour les estrosiens, de sauver Jumbo, afin de ne pas perdre la face. Aussi, Antony Borré vient de twitter : « Avec@cestrosi nous lançons une grande pétition pour que l’hippopotame Jumbo du cirque de la famille Muller (Zavatta) puisse enfin vivre dignement loin de cette bassine honteuse ! Aidez- nous à sauver Jumbo et ses compagnons sauvages, signez la pétition. » Ce tweet fait suite à un précédent : « Pour Jumbo, avec @cestrosi, nous ne lâcherons rien. » John Zavatta n’a pas été pris au dépourvu. Il a pu expliquer que la mascotte était bichonnée : « Il a une piscine de 50 000 litres d’eau et une autre de 23 000 litres dans le camion. Il faut savoir que la peau d’un hippopotame, au bout de quatre ou cinq heures commence à sécher. Or ici, on voit très bien que ça n’est pas le cas. (…) L’eau est d’ailleurs chauffée comme c’est prévu par la loi. »

Menace de blocage sur la Promenade des Anglais

Notre belliqueux circassien, un brin excédé, dit avoir été contacté par « tous les directeurs de cirques » et envisage maintenant de « descendre dans la rue », le 7 mars, sur la Promenade desAnglais avec « les animaux, les camions, les artistes et les manèges. » Il s’agit de représenter la profession menacée. En attendant, Antony Borré prévient les spectateurs tentés d’assister aux représentations du cirque réprouvé : ils seront « eux aussi passibles de poursuites en pénétrant sur un terrain privé. »

À ce stade, on redoute un dénouement tragique de l’affaire, si la France est à l’arrêt, à partir du 7 mars. Olivier Véran a, en effet, affirmé, cette semaine également, à l’issue du Conseil des ministres : « Mettre la France à l’arrêt, ce serait laisser filer une crise qu’on peut encore éviter. (…) Mettre le pays à l’arrêt, c’est prendre le risque d’une catastrophe écologique, agricole, sanitaire, voire humaine dans quelques mois. » D’ici à ce Nice soit coupée du monde comme le fut jadis Paris, assiégée par l’armée prussienne, à la fin de l’année 1870, le pire est à craindre. Il ne faudrait pas que la clique des élus niçois, affamée, s’avise de boulotter Jumbo. Nous gardons en mémoire la funeste destinée de Castor et Pollux, les deux très populaires éléphants d’Asie du Jardin des plantes. Les malheureux furent cuisinés lors du siège de la capitale française en ce sinistre hiver de 1870. Ils furent servis à ceux qui avaient les moyens de s’offrir ce met de choix, tandis que les pauvres se contentaient de surmulots.

En attendant le vote des bêtes sauvages

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Face aux étudiants militants de gauche, nos facs complaisantes?

Échange avec des militants de l’UNI, syndicat étudiant de droite


La colère de Fiona Idda et Luca Barbagli n’est toujours pas retombée. Membres du bureau national de l’UNI (Union nationale inter-université), les deux étudiants, l’une en lettres, l’autre en master de philosophie, sont indignés par les propos tenus par un professeur d’histoire contemporaine de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, par ailleurs tête de liste La France insoumise pour les régionales en Occitanie [1]

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Le 25 janvier, dans un de ses cours, l’universitaire déclarait : « Si certains d’entre vous ont voté Macron/Ciotti/Le Pen/Roussel, je les respecterais très peu, mais si certains ont voté Zemmour, je les considérerai comme des bêtes à abattre » ! Des propos d’une incroyable violence, qui ne devraient pas avoir leur place dans un amphithéâtre, mais qui illustrent l’enracinement de la gauche radicale dans nos universités.

Visite à l’UNI

Au siège national de l’UNI, dans le 8e arrondissement de Paris, les murs présentent tout le folklore militant estudiantin de droite. De vieilles affiches des années 1970, imprimées au rouleau et au pochoir, témoignent des premiers combats de l’organisation. Méritocratie, excellence et responsabilité sont depuis toujours les valeurs défendues par le syndicat créé en 1969 par Jean-François Chauvel (journaliste au Figaro), Jacques Rougeot et Pierre de Vernejoul. Ce soir-là, les différents présidents de sections (l’UNI en compte plus de 45, dispersées dans toutes les académies), arborant chemises BCBG ou sweats floqués « UNI », sont assis sur de vieux canapés et fauteuils. Autour de bouteilles de bière pas assez fraîches, de feuilles qui volent de partout et de piles branlantes de livres d’histoire, de biographies politiques ou de manuels de droit, la discussion des militants est animée pendant qu’ils découpent les tracts dans une ambiance accueillante.

Tous ensemble contre le wokisme

Même s’il est heureusement rare que des professeurs aillent aussi loin, la pensée de gauche plus ou moins radicale pèse comme une chape de plomb sur les étudiants français. Les professeurs « assument, partagent, voire imposent leur idéologie dans leurs cours » peste Luca. Lors de sa prérentrée, au moment de choisir un sujet de mémoire, l’un de ses professeurs a menacé les étudiants de leur assigner saint Thomas d’Aquin s’ils n’avaient pas d’inspiration. « Comme si c’était le philosophe qu’il ne fallait pas étudier. Le philosophe-punition ! » D’autres profs boycottent les interventions de présentation de l’UNI durant les élections étudiantes. 

À ne pas manquer, notre grand dossier : Causeur: Rééducation nationale «Stop au grand endoctrinement!»

Liberté académique ou psychose gauchiste, à vous de choisir, mais le venin woke contamine désormais les sujets de partiels et les mails, rédigés en écriture inclusive, comme à Aix-Marseille, en mai dernier, ou sur la Côte d’Azur en janvier 2023. Dans certaines facultés, des « points bonifiants » sont même accordés si partiels et galops d’essai sont rédigés en toute inclusivité… Et des étudiants craignent de se faire déprécier s’ils ne suivent pas le mouvement, déplorent nos militants.


Le Grand Soir «facho» ?

Les militants de l’UNEF ou de L’Alternative [2], pourtant minoritaires dans les facs, sont à l’initiative de blocages réguliers qui empêchent en permanence les étudiants de poursuivre sereinement leurs apprentissages. Dans le pire des cas, cela conduit à décaler les dates des partiels au détriment des étudiants salariés dont le calendrier de présence en entreprise est déterminé à l’avance. Les violences, les intimidations envers les adhérents de l’UNI qui s’aventurent à tracter au sein des facs ne sont que rarement sanctionnées. À Nantes, le 1er février, une dizaine d’individus masqués se sont introduits dans le hall de la faculté de droit, hurlant « dégagez, les fascistes ! ». À Reims, le 9 février, la porte du local de l’UNI a été taguée « Danger fascho » (sic). « C’est la diabolisation totale de l’individu de droite, affirme Fiona, dégoûtée. On te traite de fasciste, et cela te condamne à une mort sociale. » Traiter de « facho » toute personne de droite ou ne répondant pas à la liste de critères du monde woke est l’arme bien connue qui permet d’étouffer dans l’œuf toute tentative de débat contradictoire. Les lieux de prière découverts à Tolbiac en décembre et les locaux UNI ravagés maintes fois à Chambéry, sans que la moindre sanction soit prise, énervent aussi particulièrement les militants. Toutefois, depuis peu, on veut croire qu’on assiste au réveil de la majorité silencieuse des étudiants qui mènent leur vie sans s’intéresser plus que ça à la politique. « Il y a quand même un changement de tendance, il y a eu une longue période durant laquelle les étudiants avaient peur de faire valoir leurs revendications, parce que les méthodes gauchistes fonctionnaient. Aujourd’hui, ils en ont ras-le-bol », analyse Luca. Ainsi, en quatre ans, le nombre d’adhérents à l’UNI a triplé. Le bureau national, qui annonce plus de 25 000 adhérents sur toute la France, indique que 50% d’entre eux sont par ailleurs encartés dans un parti politique (la distribution entre LR, Reconquête ou RN n’est évidemment pas communiquée, mais cela fluctuerait beaucoup en fonction de l’actualité et… des dernières élections).


A lire aussi: Droite: les jeunes LR, Reconquête et RN coupent le cordon sanitaire

Couardise ahurissante ou complicité, beaucoup de campus se laissent régulièrement bloquer par la gauche, parfois par seulement 20 personnes. Et les réactions des présidents d’université sont en dessous de tout. Luca rapporte qu’à Nanterre la rouge, « une partie du bâtiment administratif était bloquée toute l’année 2021-2022 par l’UNEF. L’administration fermait les yeux, elle ne faisait pas intervenir la sécurité. » Pendant les élections universitaires, il y avait même une banderole sur le bâtiment appelant à voter l’UNEF. « C’est comme si le président de la faculté appelait à voter pour eux, franchement. » Louis Boyard a été accueilli en star pendant sa tournée des facs à Rennes, Paris, Montpellier, Nantes, Tours, Clermont, Nanterre, Toulouse, Rouen… Et depuis les bancs de l’Assemblée nationale, le 7 février, le benjamin des députés a appelé les étudiants à « bloquer toutes les universités du pays » contre la réforme des retraites. Ordre appliqué à la lettre à Tolbiac. Le 16 février, les bloqueurs affichaient une pancarte : « La retraite, on s’en fout, on ne veut pas travailler »…

Alors que la réunion à l’UNI se termine, force est de constater que la bataille culturelle est donc loin d’être gagnée. Les ridicules élans évolutionnaires façon Mai 68, s’ils sont loin d’en avoir l’envergure, ont encore de beaux jours devant eux…


[1] Par souci de sa sécurité, nous préférons ne pas mentionner son nom.

[2] Organisations étudiantes qui se revendiquent de gauche, voire d’extrême gauche.

Harcèlement scolaire: était-ce à CNews de sauver Maël?

Dans une démocratie digne de ce nom, l’indifférence ou l’impuissance des pouvoirs publics ne devraient pas être suppléées par les médias.


Il n’est pas normal que le harcèlement odieux du jeune Maël, dans l’Académie de Dijon, et qui durait depuis plusieurs semaines, n’ait trouvé une solution équitable et efficace qu’à la suite de l’intervention du père de l’enfant dans les médias. Il a suffi en effet d’entendre ses propos émouvants et indignés quoique calmes, par exemple sur TF1 ou CNews, pour que dès le lendemain le bon sens et la justice soient restaurés : ce n’est pas à l’enfant harcelé de quitter son établissement mais au harceleur qui trop longtemps a bénéficié d’une impunité. Pourtant ce n’était pas rien : insultes, moqueries, coups jusqu’en pleine classe, au point que cette jeune victime a un jour déclaré, durant un cours, qu’il voulait « mourir pour que cela s’arrête ».

Pour secourir votre enfant, ne quittez pas…

Maël pourra retourner à l’école dès le 6 mars alors qu’il ne pouvait plus y aller depuis le mois de décembre. On ne peut plus tolérer que face à de tels scandales, on oppose seulement un numéro national de référence (3020) pour signaler les harcèlements scolaires. Cela ne sert à rien sinon à s’illusionner : parce qu’on a révélé, on s’imagine qu’une suite rapide et adaptée sera mise en branle. C’est oublier deux choses : les institutions officielles sont lâches, elles détestent plus ceux qui dénoncent le scandale que le scandale lui-même ; et la bureaucratie étouffera jusqu’à l’insupportable les bonnes volontés qui miraculeusement se seraient manifestées.

Face à de tels constats et à des dérives qui se rapportent à tous les secteurs ministériels et à leurs responsables et agents, de bas en haut, il n’est plus possible de se contenter de déplorer, de réagir médiatiquement et de laisser au mieux les immobilismes s’épargner la moindre prise de conscience.

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En admettant la réalité de ce harcèlement, de sa durée, des diverses modalités rapportées par les parents de Maël et de l’incurie qui s’en est suivie, ne faut-il pas envisager une solution plus radicale pour faire bouger des lignes implacablement figées ? Pour Maël, nous avons l’épouse du président de la République, qui avait mis en avant la lutte contre le harcèlement scolaire. Nous avons un ministre de l’Education nationale qui n’aurait pas dû être concrètement étranger à ce fléau et à la situation terrifiante et longtemps prétendue insoluble du jeune Maël. Nous avons les instances administratives intermédiaires qui ont été passives, demeurant dans leur ouate si éloignée des difficultés du terrain. Nous avons un directeur d’établissement, nous avons un corps professoral, nous avons des enseignants dont certains ont sans doute été directement témoins du sadisme du jeune harceleur à l’encontre de sa victime. Nous avons des parents d’élèves qui probablement étaient au fait de cet insupportable harcèlement mais bien sûr cela ne les concernait pas !

Tous responsables ?

Pourquoi ne pas judiciariser toute la chaîne de responsabilités que j’ai décrite ?

Pourquoi ne pas concevoir des procédures individuelles ou de groupe qui pourraient incriminer le délit de non-assistance à enfants en danger ou, ailleurs, à citoyens, qui auraient le mérite de briser net le hiatus si confortable entre ceux qui ont le pouvoir de décider et les acteurs confrontés aux réalités traumatisantes immédiates ?

L’instauration d’une épée de Damoclès dans les reins du pouvoir, à tous ses niveaux, serait salubre, rappellerait l’exigence de l’action et surtout réduirait à néant le système français de l’irresponsabilité. On ne serait plus quitte seulement avec des promesses ! On serait fondé à questionner le ministre, tous les échelons techniquement inférieurs et subordonnés : qu’avez-vous fait de votre devoir, de votre possibilité d’agir ou de réagir ?

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Qu’on ne vienne surtout pas me rétorquer cet alibi de l’inaction : « Je ne peux pas m’occuper de tout, être au courant de tout ! ». C’est la pire des argumentations que celle qui ose affirmer qu’il y a des petites tâches et des grands devoirs, que le pouvoir d’en haut n’a pas à se commettre avec les misérables aléas du bas, que le harcèlement du jeune Maël était une transgression de trop peu d’importance pour oser prétendre à une sollicitude du plus haut niveau…

Bien au-delà de l’Éducation nationale, qu’on songe à la véritable révolution que constituerait ce recours frénétique mais tellement rassurant à la Justice ! Il n’y aurait plus de matelas dans les prisons, plus de voyous libérés avant l’heure et récidivistes et donc de familles dévastées, plus de SDF de plus en plus nombreux dans nos villes, plus de ministres s’occupant de ce qui ne les regarde pas et négligeant l’essentiel… C’est un hommage pervers rendu à la médiatisation que cette heureuse avancée permise par les médias. On ne peut plus laisser les pouvoirs, sous toutes leurs formes et quelle que soit leur place dans cette immense chaîne favorisant impuissance et indifférence, se laver les mains de leur culpabilité de chaque jour !

Vladimir, Volodymyr

Les présidents russe et ukrainien portent le même prénom.


C’est un symbole de la guerre plein de sens, mais dont on ne parle pas, tellement le malheur est grand pour les gens qui la subissent, tellement les conséquences sont lourdes pour le monde entier. Les deux protagonistes principaux du conflit russo-ukrainien portent le même prénom. Vladimir (Poutine) en transcription russe, Volodymyr (Zelenski) en ukrainien.

Dans l’histoire des slaves orientaux ce n’est pas un prénom quelconque. Il est celui de Vladimir 1er, connu également comme Vladimir le Grand ou encore Vladimir le Beau Soleil, le grand-prince de la Rus de Kiev, le prince de Novgorod la Grande. L’un des descendants les plus emblématiques de la dynastie Riourik, ces Vikings qui ont fondé la Rus de Kiev, ces terres reparties aujourd’hui entre Ukraine, Biélorussise et Russie. Vladimir le Grand est celui qui a converti la Rus de Kiev au christianisme il y a un peu plus de mille ans, en 988 et qui a posé les bases de la civilisation dont les deux peuples voisins s’arrachent aujourd’hui la possession et l’héritage.

Ce Vladimir de l’Histoire qui a régné sur Novgorod, l’une des plus anciennes villes de la Russie moderne et sur Kiev, la capitale indéfectible de l’Ukraine, pourrait-il réconcilier les pays de deux Vladimir en guerre ? Au vu des nouvelles qui proviennent du théâtre des opérations, qui annoncent des combats dignes de Verdun et de Stalingrad, avec des pertes humaines effroyables, cette hypothèse n’est pas d’actualité. Les deux Vladimir de la guerre sont aux antipodes l’un de l’autre, sur tous les points, séparés par une ligne de front.

L’un revendique, sans le cacher, depuis la publication sur le site du Kremlin de son article « De l’unité historique des Russes et des Ukrainiens » en juillet 2021, la racine commune des deux peuples, leur destin inséparable, car pour Vladimir le lien de sang passe par-dessus toutes les autres vérités et surtout celle du désir d’être ensemble ou non. L’autre, Volodymyr, crie son désir de l’Europe et de l’Occident. Parce que l’Ukraine, ce « bord » occidental du foyer des slaves orientaux, a connu d’autres influences et d’autres alliances, notamment celle de la République des Deux nations, un royaume polono-lithuanien, prospère entre XVIème et XVIIIème siècles.

C’est un différend qui parait irréconciliable, qui ressemble sur le fond aux déboires des couples divorcés se battant pour la garde de leurs enfants. Où chacun cherche à s’entourer des avocats les plus redoutables pour gagner la partie. Volodymyr se fond dans les bras du vieux président de la plus grande puissance mondiale, bien qu’en perte de vitesse. Vladimir, lui, mise sur un autre chef d’Etat, celui du plus grand pays asiatique, en pleine expansion.

L’étymologie du prénom Vladimir apporte une touche ultime à cette incroyable symbolique de l’opposition entre deux présidents et, derrière eux, entre deux mondes. « Vladi » vient du mot « vlastj », qui signifie «  pouvoir » et  « gouvernance », alors que « Mir » veut dire en russe « paix », mais aussi « monde ». Ce choc régional vu d’abord uniquement comme une agression brutale d’un pays voisin par un président cruel s’est transformé en une confrontation mondiale Ouest-Est à son apogée, portée par deux peuples venant de la même terre, ayant la même croyance et le même sang. La guerre fratricide entre le pays de Vladimir et celui de Volodymyr est une incarnation dramatique de notre monde d’aujourd’hui. Qui n’aime plus son histoire millénaire et sa logique, sa richesse et ses enseignements. Pendant que l’Occident se voit happé par le phénomène de la cancel culture et son impitoyable tribunal numérique, la Russie de Vladimir interdit l’ONG Mémorial et oublie les crimes de Staline. Parmi lesquels 3.6 millions de victimes du Holodomor en Ukraine, mais aussi autant, voire deux, voire 10 fois plus de morts (selon les différentes estimations des historiens) dans le Goulag russe. Et bien que le tort de Vladimir dans le conflit avec l’Ukraine soit évident et impardonnable, la quête de Volodymyr et de son parlement pour effacer dans son pays les traces russes, culturelles et  historiques ne pourra pas apporter « mir », la paix sur cette terre qui brûle aujourd’hui dans des combats féroces…

Quelle que soit l’ampleur de l’aide militaire et du support politique du monde démocratique, l’ombre de Vladimir le Grand planera toujours sur l’Ukraine et la Russie et ce, indépendamment de la transcription de son prénom.

Darmanin: drogué à la com’

Le ministre de l’Intérieur s’est récemment prononcé pour un retrait des 12 points du permis en cas de conduite sous stupéfiant. Amusant, car cela s’apparente à une dépénalisation de la drogue à bas bruit. Explications.


Fidèle à son mentor, Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin n’a pas manqué de rebondir sur le drame causé par Pierre Palmade. Outre l’inutile projet de création du délit d’« homicide routier », ce communicant retors en a profité pour envisager de supprimer les 12 points du permis de « toute personne qui conduit alors qu’elle a consommé de la drogue ». Simple et efficace ? Ni l’un ni l’autre a priori.

-6 points, un coup de semonce déjà dissuasif

Parier sur l’efficacité de la mesure, c’est s’imaginer que les millions d’utilisateurs de cannabis, cocaïne, MDMA ou ecstasy (liste non exhaustive) vont significativement baisser leur consommation. En revanche, c’est s’affranchir du palier de six points retirés – sanction actuelle et coup de semonce plutôt dissuasif pour ne pas s’y faire prendre deux fois. Au fil du temps, l’application résolue d’une telle mesure finirait par permettre de doubler le nombre de conducteurs sans permis (donc sans assurance) – un million aujourd’hui sillonnent les routes. Une ambition que l’on abandonnera à notre ministre de l’Intérieur.

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Quant à la simplicité de la chose, elle n’a rien d’évident. En effet, tout comme ceux de l’alcool, les effets des drogues se dissipent dans les heures qui suivent leur prise. En revanche, les traces laissées dans l’organisme n’ont pas la même durée de vie suivant le produit. On peut ainsi détecter l’alcool dans le sang seulement dix à douze heures après sa consommation, alors qu’il faut deux jours pour éliminer la cocaïne et une à trois semaines pour le cannabis. Ce dernier reste détectable dans les cheveux trois mois après l’écrasement du pétard (à côté du cendrier). On est pourtant, heureusement, et depuis longtemps, autant en état de conduire que celui qui s’était pris une cuite au même moment. Il conviendrait ainsi de définir le délai réaliste après lequel on aurait le droit de reprendre le volant – ça, ce serait une ambition fort légitime de nature à avoir une influence sur les consommateurs.

Il faut donc, comme pour l’alcool et ses 0,5 g/l, déterminer un seuil de détection en deçà duquel le conducteur ne sera plus considéré comme sous l’empire de la drogue. Amusant, car cela s’apparente à une dépénalisation à bas bruit. Ce n’est certainement pas ce que notre ministre avait en tête.

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Ce n’est pas pour vous faire pleurer, mais les temps sont durs. Pour vous. Et pour nous aussi.

D’abord, nous devons encaisser une augmentation considérable de nos coûts de production. À l’exception de nos salaires, nos coûts de production augmentent à commencer par le papier, poste qui s’est alourdi de 40%. Cela veut dire beaucoup moins de moyens, notamment pour rémunérer les auteurs. Or, Causeur, c’est d’abord une troupe d’esprits libres qui veulent réfléchir, comprendre, critiquer, dénoncer, tout ça en se marrant. Et tout ça avec vous. Causeur est une conversation.

Or, si les coûts augmentent, les recettes diminuent. Quand l’avenir est incertain, beaucoup d’entre vous rognent sur les dépenses qu’ils jugent non-essentielles, comme on disait au temps de la Covid. À nous de vous convaincre que votre abonnement à Causeur est une dépense essentielle.

Notre force, c’est que nous n’appartenons à aucun camp. Dans le paysage idéologique, nous avons des amis, des cousins même, mais nous conservons un inconscient libertaire, un goût pour la coquinerie et, par-dessus tout, un amour de la liberté y compris dans ses excès, qui nous éloigne parfois d’eux.

Seulement, cette force est aussi une faiblesse. Nous sommes seuls. Certes, nous avons des actionnaires patients, que je remercie ici en particulier. Nous avons des amis. Mais pas de puissants parrains qui, en trois coups de téléphone nous ramèneraient les 100 pages de pub annuelles qui nous tireraient d’affaire. Et la réputation de fachos que nous font aimablement des confrères qui ne nous ont jamais lu n’aide pas. Beaucoup de gens confient qu’ils aiment Causeur comme s’ils sortaient du bordel.

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Pour traverser cette mauvaise passe – et trouver notre équilibre économique –, nous avons besoin de publicité, d’abonnements, de ventes et de dons. Faites-nous connaître à vos amis, offrez des abonnements !

Comme vous, nous voyons disparaître le monde que nous aimons et l’humanité à laquelle nous appartenons. Comme vous nous ne nous y résignons pas. Bien sûr, nous ne sommes pas parfaits. Nous vous énervons parfois. Mais à vous de savoir : voudriez-vous vivre dans un monde sans Causeur ?

Elisabeth Lévy

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Pour le «Times» de Londres, Marine Le Pen pourrait être la prochaine présidente

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


La une de L’Incorrect fait beaucoup jaser. Sous le titre « Les jeunes coupent le cordon », trois jeunes gens, visiblement copains, se marrent: Guilhem Carayon, Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, respectivement responsables jeunes de LR, de « Reconquête ! » et du RN. Si l’entretien n’est pas encore disponible en ligne, le message est clair: chez les jeunes, l’union des droites a déjà eu lieu ! Cette jeunesse décomplexée se parle, se côtoie, festoie ensemble sans se soucier des frontières partisanes et des haines recuites de ses chefs. « J’espère que nous combattrons ensemble », déclare notamment Thionnet.

Sans surprise, cette photo a suscité les cris d’orfraie des néo-chiraquiens de LR qui croient, ou feignent de croire, qu’il y a un mur infranchissable entre ce qu’ils appellent l’extrême droite et eux, droite autoproclamée républicaine c’est-à-dire fréquentable. Par exemple, François Durovray, président du Conseil départemental de l’Essonne, somme Eric Ciotti de démettre le jeune Carayon, coupable de crime de dialogue. Preuve que la gauche n’a pas le monopole du sectarisme.

Faut-il y voir la preuve que la diabolisation marche toujours?

Non. Ou plutôt, elle marche encore un peu pour Eric Zemmour, car là, les médias ont mis le paquet. Pour le RN, la diabolisation relève aujourd’hui du rituel, de l’incantation vaudou ou de la pensée magique. Quand Olivier Dussopt, le ministre du Travail, a affirmé, lors des discussions sur la réforme des retraites, qu’à l’Assemblée les élus RN avaient été plus républicains que les Insoumis, on a entendu des réactions outragées, comme s’il avait dit qu’Hitler était un chic type. Mathilde Panot a tweeté gravement : «La honte». Plus personne ne croit à cet antifascisme d’opérette (car il n’y a pas de fascistes en vue), ni au cordon sanitaire qui allait avec.

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Pour la majorité des Français, le RN est un parti comme les autres. S’ils ne votent pas pour Marine Le Pen, c’est parce qu’ils n’aiment pas son étatisme ou qu’ils doutent de sa compétence (quoique de moins en moins) : des raisons normales, banales. Mais, elle ne fait pas peur. D’ailleurs, au palmarès des politiques préférés du JDD, Marine Le Pen est numéro 2, entre Edouard Philippe et Bruno Le Maire. Pour le Times, grand quotidien à Londres, elle sera la prochaine présidente. Cela se murmure aussi à Paris, en une de L’Obs.

L’Obs

L’avancée silencieuse

Cette « avancée silencieuse » prouve une nouvelle fois que l’indignation morale est inopérante.

La première raison du succès de Marine Le Pen, c’est que ses adversaires lui ont fait cadeau du réel (l’expression est d’Alain Finkielkraut). Ils n’argumentent pas, ils agitent des gousses d’ail ou des croix. Depuis des années, ils s’enferment dans un déni sidérant : le niveau monte à l’école… l’immigration est une chance pour la France… et le grand remplacement un fantasme d’extrême droite. Ils ne veulent pas voir ce qu’ils voient, et ils nazifient ceux qui voient.

En 40 ans, ils ont ainsi réussi à faire passer le FN/RN de moins de 10% à plus de 40% des voix. Encore un petit effort, et ils amèneront Marine Le Pen à l’Élysée. Comme ça, pendant cinq ans, ils pourront jouer à la Résistance.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi après le journal de 8 heures

Célébrités: Regardez, elles sont pires que nous

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Pierre Palmade sur le plateau d'"On n'est pas couché", 2019. D.R.

L’affaire Palmade: un fait divers exemplaire


Il est des faits divers qui laissent durablement une trace vivace sur la société. Le cas du Petit Grégory, plus récemment le meurtre horrifique de la jeune Lola, ou encore le célèbre « pullover rouge », auront tous imprimé les inconscients des Français, allant jusqu’à marquer des générations entières au fer rouge de l’effroi collectif.

Le feuilleton Palmade, qui rythme le quotidien des chaînes d’information en continu depuis près d’un mois, n’a pas tout à fait la dramaturgie des affaires évoquées plus avant mais il fascine par la personnalité de son principal protagoniste ainsi que par ses multiples rebondissements.

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Humoriste célèbre de la France des années 1990, Pierre Palmade appartenait à cette catégorie de célébrités populaires parvenant à toucher peu ou prou l’ensemble des milieux. Avec ses amies Michèle Laroque et Muriel Robin, il fut l’auteur et l’interprète de nombreux spectacles comiques parlant de ces thèmes universels que sont le couple – homme / femme, c’est plutôt bon de le préciser – et l’amitié. Légèrement has been depuis quelques années, le natif de Bordeaux produisait et écrivait toutefois toujours des pièces à succès dans le genre du théâtre de boulevard.

Coming-out tardif

Longtemps, Pierre Palmade fut un homosexuel du placard. Le public savait confusément, mais l’artiste entretenait le doute, semblant ne pas tout à fait assumer son orientation sexuelle en raison peut-être d’une éducation bourgeoise. Il est d’ailleurs resté marié plus de six ans avec la chanteuse Véronique Sanson, amitié amoureuse qui troubla encore un peu les pistes avant qu’il ne finisse par admettre son homosexualité. Un « coming out » tardif qui trouva son aboutissement dans le spectacle J’ai jamais été aussi vieux donné en 2010 : « Boujenah, Elmaleh, Jamel ont bâti leurs spectacles sur leurs racines, leur identité, eh bien moi, mon identité, c’est mon homosexualité ».


Cette carrière d’artiste est maintenant du passé. La personnalité privée a pris le pas sur la vedette. En 2019, déjà, Pierre Palmade ne passait pas loin du billot, se défendant avec succès d’une fausse accusation de viol lancée par un clandestin d’à peine 19 ans avec qui il avait passé une nuit de « chemsex » dans le Marais. Le 10 février, l’acteur n’a pas eu cette chance, et encore moins ceux qui ont eu le malheur de croiser sa route. Drogué et hagard après trois jours d’orgies sans dormir, Pierre Palmade a percuté le véhicule qui arrivait en face du sien sur une route près de Cély-en-Bière, provoquant l’hospitalisation du conducteur qui ne pourra plus jamais retravailler, d’une femme enceinte dont l’enfant à naître est décédé après un accouchement dans l’urgence, et de graves blessures à un enfant de six ans.

Ennemi public numéro 1, on n’avait pas vu ça depuis Jérôme Kerviel

Depuis lors, Pierre Palmade est littéralement l’ennemi public numéro un, son visage d’oiseau déplumé s’affichant en permanence sur BFM TV, LCI, C-News, et l’ensemble des bulletins de nouvelles. Avocats, pipoles, psychologues, addictologues, représentants des homosexuels, amis célèbres de l’acteur, gendarmes ou hommes politiques viennent tour à tour commenter les moindres détails de l’enquête et les soubresauts d’une instruction judiciaire si suivie qu’elle pourrait servir de révision pour l’examen de procédure pénale des jeunes licenciés en droit.

Car, entre-temps, Pierre Palmade a aussi été cité dans une nouvelle enquête relative à de la détention d’images pédopornographiques, avec un « transsexuel chinois » venu compléter ce tableau Benetton d’amants et de gigolos qui servaient de récréation à l’immortel interprète du barde Assurencetourix. Il est notable de constater que de nombreuses célébrités du petit écran des années 1990 ont toutes, à leur manière, sombré. La descente aux enfers de Pierre Palmade est la plus choquante, mais des gens comme Francis Lalanne ou encore Jean-Marie Bigard, autrefois aimés du grand public, n’en finissent plus de se distinguer par leurs excès et leurs déclarations tapageuses.

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Faut-il pour autant faire le procès de la célébrité ? Soupçonner, comme certains s’empressent de le faire, la majorité des homosexuels de s’adonner au « chemsex » en compagnie de migrants clandestins payés en liquide ? Pis, de participer à des réseaux pédophiles sous la protection des puissants ? Ou, a contrario, dénoncer la « richophobie » qui serait la cause de la curée que subirait Pierre Palmade selon l’inénarrable Roselyne Bachelot ? L’homme a provoqué un accident mortel sous l’emprise d’un cocktail de drogues et d’alcool. Que l’opinion soit choquée et demande justice est parfaitement normal. Il n’y a là nulle « richophobie ».

Les complotistes se régalent

Il ne semble pas non plus spécifiquement protégé par l’institution judiciaire ou la police. Sa santé est surveillée. C’est mieux. Il y aura ainsi moins de chance qu’il ne décède au prochain AVC ou qu’il se suicide en cellule, afin qu’il puisse être jugé et que le fin mot des deux affaires dans lesquelles il est impliqué soit connu. Evidemment, une telle affaire ne pouvait qu’enflammer les imaginations. C’est du pain béni pour les « complotistes » et un terrain de jeu merveilleux pour leurs adversaires, de quoi nourrir des centaines d’heures de discussions en ligne et de talk-shows débiles. L’infotainment des sociétés connectées est pornographique. Le public se nourrit de ces drames, les décortique et se rassure : « Regardez, ils sont pires que nous ». 

Le procès Palmade ne doit pas devenir celui de la célébrité, mais le procès exemplaire des salauds qui tuent sur les routes sans aucune considération pour leur prochain. Ceux qui en ont été témoins ou qui l’ont vécu savent bien que la bêtise et la malhonnêteté ne connaissent pas de barrières de classes.


« Un lynchage »: le coup de gueule d’Elisabeth Lévy sur le traitement médiatique de l’affaire Palmade

Notre directrice de la rédaction consacre son éditorial de mars à l’affaire Palmade. Le numéro est disponible à la vente maintenant.

Les chacals

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Capture BFMTV

Qui n’est pas rentré une fois dans sa vie au volant de sa voiture en bordée noire d’une nuit blanche en faisant un écart à gauche? Où, protégé à ce moment précis par, un ange, le destin ou le Dieu des ivrognes, n’a pas eu face à sa calandre un précipice, un mur, un platane ou pour le pire, un ou des êtres vivants. Apparemment, à part moi personne. Alors la Justice, sensible à une opinion surchauffée, jette le cadavre vivant d’un malade du nom de Palmade au cachot. Mais les chiens ne rentrent pas à la niche pour autant. Quant aux palmipèdes courage fuyons.


L’opinion, définition. Masse anonyme élevée au lait de chèvre et à la Bible, peuplée de gentils p’tits Mickeys qui « sont sondés, ont voté, n’ont jamais fait de chèques en bois, passent en courant au Bois mais jamais pour ce que l’on croit, pour prendre l’air…” (Claude Moine) 

La presse, les réseaux sociaux, la Justice. Ces trois piliers de la société contemporaine se sont retrouvés sur un tronçon de ligne droite de Seine-et-Marne en plein hiver. Pour y installer le plus grand camp de naturisme d’Europe. Les Français veulent savoir, prière de laisser votre pudeur et votre raison au vestiaire.

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La presse fournit le matos. Du lourd. Avocats (et pas que de Droit routier), magistrats à la retraite partants pour une pige (surtout si c’est la télé), politiques mis à la retraite par les électeurs (tant qu’il reste la télé), psychiatres addictologues et autres médecins (accros à la lumière), drogués rechapés (devant les stups ça a du balancer), j’en passe et des pires. Tout ce beau monde a mis fin à la guerre en Ukraine, éteint la grogne sur la réforme des retraites et rempli les frigidaires vidés par l’inflation. Même LCI, co-belligérant dans le Donbass depuis un an, s’est soumis à l’inextinguible soif de Missel de la Route en envoyant ses généraux sucer des glaçons en maintenance. “Né viable et vivant” à 22h18 déclaré mort à 22h51. Comble du morbide une chaine balance le résultat de l’autopsie du fœtus avec cet encart de la gerbe. Comble de la putasserie une autre chaine réalise l’interview d’une famille qui a perdu un gamin percuté par un chauffard. Ils en veulent à Palmade d’avoir fait remonter des ténèbres leur cauchemar à la surface. Dernier verre d’huile de foie de morue pour la route, “ il est censé nous faire rire pas pleurer.” (sic) Portez-vous partie civile tant que vous y êtes!

Les réseaux sociaux le pathos. Que l’on soit d’accord. Ce papier n’est pas l’œuvre d’un fan. Je ne connais pas suffisamment son répertoire, je peux seulement écrire que “le scrabble” m’a amusé mais pour une sortie de route je préfère “l’auto-stoppeur” de Coluche. Sur les réseaux je serais bref, y étant étranger. Pas par mépris mais par non-attirance de misanthrope invétéré. Mais ne vivant pas non-plus dans un trou, les infos ont fait remonter à la surface les aboiements de haine d’une meute lancée à la vitesse du frelon asiatique dans la chasse aux pédés. Et quand l’enquête par médias interposés (c’est maintenant normal, admis et toléré) a évoqué les images pédopornographiques, la boucle était bouclée, son sort scellé, l’amalgame réalisé. Les mêmes réseaux retourneront leur veste quand il sera embastillé ou suicidé.

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La Justice. On la savait parfois dépendante au pouvoir en matière politique, politico-financière, sex and co-politico-financière. On la découvre hyper sensible à l’exigence d’exemplarité réclamée par l’opinion. Selon tous les avocats spécialisés en Droit routier, confrontés à l’horreur des accidents de la route où le drame provoqué par Palmade se produit peu ou prou tous les jours, avec des conséquences parfois encore plus dégueu, rarement ou jamais leurs clients ne reçoivent du Parquet (de par son appel), une telle facture. À plus forte raison s’ils sont d’authentiques malades. On peut aussi s’interroger sur la passivité du Parquet quand Palmade, via des interviews et une autobiographie, se déclarait être un danger potentiel. Allant même jusqu’à bénir le ciel de n’avoir encore écrasé personne. Pourquoi ne s’est-il pas auto-saisi afin qu’il ne puisse plus conduire?

Tout va bien. Maintenant que nous sommes à l’abri des agissements du nocif on fait sauter le verrou, on ouvre, on sort. Avec ou sans Palmade nos poumons respirent encore de l’hydrogène sulfurée. On a mis des barreaux autour d’un malade, on peut s’endormir tranquille. Pas au volant j’espère.

L’Europe doit soutenir le processus en cours au Soudan, pour éviter une nouvelle crise migratoire dont elle sera aussi la victime

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Le Soudan, comme nombre de pays arabes qui ont vécu les Printemps arabes, cherche depuis plusieurs années sa voie vers la démocratisation. Depuis 2021, pays tente d’avancer vers un accord de transition politique à terme entre pouvoir et militaire et société civile. Début décembre 2022, un premier accord encourageant était signé pour tenter de mettre fin à la crise profonde que traverse le pays depuis plusieurs années. Le pays est en équilibre précaire et si le président actuel est le général Abdel Fattah al-Buhran, Mohamed Hamdan Daglo (surnommé Emetti), vice-président du Conseil souverain de transition, a de fortes chances de lui succéder. 

On ne met pas en place un nouveau système et un nouveau régime infaillible après trois décennies d’Omar el Béchir. Crise économique, montée des tensions entre les différentes ethnies du pays doivent se résoudre au plus vite. Le risque d’un échec complet serait celui de l’effondrement d’un nouvel Etat en Afrique, une nouvelle guerre et le risque d’un afflux massif de réfugiés, comme l’Europe en avait connu au moment de la guerre en Afghanistan et en Syrie. L’Europe, qui a tout à craindre d’un échec de la transition doit être pragmatique. Elle doit aussi être derrière ce processus car la première chose à craindre pour elle ce serait l’explosion de migrants sur le vieux continent. 

Plusieurs pays d’Afrique, et c’est le cas du Soudan, mènent une politique de contrôle et de démantèlement de ces réseaux. Du point de vue international, l’immigration illégale représente un vrai danger pour les Africains comme pour les Européens. Parmi ces flots ininterrompus, des terroristes peuvent profiter des réseaux pour s’infiltrer. C’est aujourd’hui un instrument clair du terrorisme transnational. Mais aussi un circuit qui favorise le trafic de drogue et d’êtres humains. 

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Le Soudan est à la croisée des chemins d’Afrique et des routes de l’immigration illégale. Venus de partout du continent africain, ces migrants restent pour 10% au Soudan, mais 90% des flux ne sont que de passage. Le pays dispose de près de 6700 km de frontières ouvertes bordant 7 pays. Dans le pays, les Forces de Soutien Rapide, dirigées par Mohamed Hamdan Daglo, mènent un combat quotidien contre l’immigration illégale et le trafic d’humains depuis longtemps. C’est aussi au nom de la sécurité et afin de lutter contre le crime organisé que les Forces cherchent à démanteler les réseaux clandestins qui sévissent sur son territoire. 

Cela passe souvent par la mise en place d’opérations d’infiltration au sein des réseaux de trafiquants d’humains. De nombreux responsables ont déjà été arrêtés mais de nouveaux groupes se créent et de nouvelles vocations mafieuses émergent. Le désert rend la tâche compliquée. L’objectif du Soudan, tant qu’il le peut, est aussi de libérer ces migrants sans espoir de ces réseaux esclavagistes qui leur font payer cher un exil plus qu’hasardeux. 

Mais le pays est seul face à cela et ne reçoit aucune aide étrangère. La grande partie des actions de lutte contre cette immigration est menée par Mohamed Hamdan Daglo. Sans un soutien supplémentaire des Etats membres de l’Europe, qui ont tous le même intérêt à réduire drastiquement l’immigration illégale, le Soudan comme d’autres pays d’Afrique ne peuvent parvenir seuls à la tâche. Cela pour leur propre sécurité et afin d’éviter les drames auquel on assiste chaque jour en Méditerranée et ces centaines de migrants qui perdent la vie en mer. 

[1] Rapid Support Forces

Estrosi fait son cirque

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Echange houleux entre Christian Estrosi et John Zavatta, Nice, 27 février 2023 © SYSPEO/SIPA

« Pour Jumbo, avec Christian Estrosi, nous ne lâcherons rien » annonce le premier adjoint au maire de Nice. Les habitants susceptibles de se rendre à une représentation du cirque Zavatta sont passibles de poursuites, prévient-il. Les professionnels du cirque, quant à eux, dénoncent un « génocirque », et menacent à présent de bloquer la Promenade des Anglais le 7 mars.


« Dans un bief, il ne peut exister qu’un hippopotame mâle » écrivit Ahmadou Kourouma dans son roman En attendant le vote des bêtes sauvages. Christian Estrosi, l’édile de Nice, confronté cette semaine au cirque animalier Zavatta bien déterminé à planter son chapiteau pourtant jugé indésirable en terre niçoise, vient d’expérimenter cette vérité.

Face aux frères Zavatta, accompagnés de leur ménagerie (dont l’emblématique Jumbo, hippopotame mâle âgé de 38 ans), le maire de la cité azuréenne nous a gratifié, pour notre plus grand plaisir, d’un savoureux numéro de clown blanc. Si notre apprenti circassien, n’écoutant que son courage, n’a pas hésité à grimper sur des tabourets et à sauter dans tous les cerceaux en feu que lui présentaient les deux frères Zavatta, il s’est quand même, force est de le reconnaître, un peu cramé les moustaches. On vous raconte la… corrida.

Christian Estrosi, Hugo Clément: même combat

Lundi matin, à Nice, le cirque Zavatta (environ 20 camions et caravanes, 50 animaux sauvages) a investi, sans autorisation, un terrain communal boueux sis près de la zone commerciale Lingostière. Cette invasion visait, comme l’a expliqué John Zavatta, le directeur dudit cirque, à sensibiliser l’opinion quant à la mort annoncée d’une profession qui propose encore des spectacles avec des animaux sauvages, exhibitions activement combattues par les défenseurs de la condition animale. Aussi, John Zavatta, solide gaillard, auprès duquel Christian Estrosi fait figure d’ablette, ne redoutant rien, pas même des mots, n’a pas hésité, au cours de l’altercation, à évoquer le « génocirque » menaçant son métier.


La Métropole et la Ville, avisées de l’intrusion des circassiens, sont immédiatement montées au créneau. C’est d’abord Anthony Borré (premier adjoint au maire) qui a signifié sur Twitter un refus catégorique (partagé par Christian Estrosi) d’accueillir un cirque qui « exploite des animaux sauvages ». Concomitamment, le premier magistrat de la cité et président de la Métropole annonçait qu’une plainte allait être déposée contre le cirque.

Puis, vers 13h30, une escouade d’officiels (dont était le préfet des Alpes-Maritimes, Bernard Gonzalès), menée par le preux Christian Estrosi, s’est rendue sur place. Encravatés, vêtus de costumes légers et de mocassins en chevreau, nos valeureux guerriers, patouillant allègrement dans la gadoue, ont entamé les pourparlers avec un adversaire à l’aise en milieu hostile. On a alors assisté à une scène digne du film L’âge de glace. Estrosi et ses chevau-légers se sont, en effet, pris pour Carl et Frank, les deux rhinocéros du film.

T’es mal placé dans la chaîne alimentaire

Après s’être consultée : « Carl ? », « Tout doux Franck… », la troupe s’est lancée à l’assaut des frères Zavatta, bien décidée à les « emplafonner » à coup de tirades technocratiques.  « On vous enverra la facture de tout ce que vous avez couté à la collectivité. Nous allons aller, avec notre référé d’heure à heure, tranquillement devant la justice qui aura à trancher », a lancé l’édile. Antony Borré a renchéri : « Il y a des procédures à respecter. Vous êtes ici sur le patrimoine des Niçois ». Christian Estrosi est alors monté dans les tours, déclarant à ses interlocuteurs qu’ils étaient « une menace à l’ordre public. » John et Alexandre Zavatta, goguenards, ont recadré leurs adversaires d’opérette comme le fit Diégo, le Tigre à dents de sabre, toujours dans L’âge de glace pour Sid le paresseux qui plastronnait. On se rappelle la réplique culte du félin préhistorique : « T’es mal placé dans la chaîne alimentaire pour faire ta grande gueule. ».

« La menace (à l’ordre public), ce n’est pas nous, c’est ceux qui vendent de la drogue dans les quartiers » a rétorqué Alexandre Zavatta. Il a ensuite traité le maire de « dictateur » et « de raciste des gens du cirque », usant de la rhétorique convenue pour discriminer un opposant désarçonné de voir ses armes de destruction lourdes se retourner contre lui.Les belligérants campent sur leurs positions tandis que le cirque annonce son premier spectacle pour samedi.

A lire aussi, du même auteur: C’est l’élégance à la française qu’on assassine à l’Assemblée et c’est l’ironie qu’on muselle

Pour autant, l’affaire rocambolesque n’est pas réglée ! On a appris que la friche occupée par le cirque n’appartient ni à la Ville de Nice, ni à la Métropole, mais à l’Établissement public foncier, ce qui rend caduques les menaces de poursuite annoncées par la municipalité. Contacté, le camp estrosiste confirme mais précise que la Ville est toutefois gestionnaire du terrain.

Borré sort les griffes, Estrosi démasqué

De plus, mardi, sur le plateau de BFM TV, Anthony Borré dénonçait une supposée mutilation des félins du cirque. On leur aurait ôté leurs griffes. Côté Zavatta, une plainte a été illico déposée contre le premier adjoint. « Il raconte n’importe quoi, c’est plus possible. Tenez, je vais vous montrer si mes animaux sont mutilés » s’est agacé mercredi matin John Zavatta à l’occasion d’un échange avec Le Figaro. Et le circassien de tendre un balai dans la cage des fauves. Ceux-ci, tous rasoirs sortis, s’y sont agrippés fermement.

Pour John Zavatta, la posture de Christian Estrosi vis-à-vis des animaux frise l’imposture : « Le maire dit ne pas pouvoir cautionner une soi-disant maltraitance des animaux alors que lui-même est allé voir un spectacle de cirque avec animaux, à Monaco, début janvier. Et il a même dit que le numéro qu’il avait trouvé le plus beau, c’était celui avec les tigres. (…) C’est comme moi, si je vous disais de ne pas manger de viande et que je me préparais une côte de bœuf. » En effet, c’est ballot. Notre Tartuffe-Estrosi, qui excelle aussi dans le rôle de Dom Juan : « (…) l’hypocrisie est un vice à la mode (…), la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoi qu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle », a été ici malheureusement démasqué.

Une bataille semble perdue, mais pas la guerre. Il s’agit maintenant, pour les estrosiens, de sauver Jumbo, afin de ne pas perdre la face. Aussi, Antony Borré vient de twitter : « Avec@cestrosi nous lançons une grande pétition pour que l’hippopotame Jumbo du cirque de la famille Muller (Zavatta) puisse enfin vivre dignement loin de cette bassine honteuse ! Aidez- nous à sauver Jumbo et ses compagnons sauvages, signez la pétition. » Ce tweet fait suite à un précédent : « Pour Jumbo, avec @cestrosi, nous ne lâcherons rien. » John Zavatta n’a pas été pris au dépourvu. Il a pu expliquer que la mascotte était bichonnée : « Il a une piscine de 50 000 litres d’eau et une autre de 23 000 litres dans le camion. Il faut savoir que la peau d’un hippopotame, au bout de quatre ou cinq heures commence à sécher. Or ici, on voit très bien que ça n’est pas le cas. (…) L’eau est d’ailleurs chauffée comme c’est prévu par la loi. »

Menace de blocage sur la Promenade des Anglais

Notre belliqueux circassien, un brin excédé, dit avoir été contacté par « tous les directeurs de cirques » et envisage maintenant de « descendre dans la rue », le 7 mars, sur la Promenade desAnglais avec « les animaux, les camions, les artistes et les manèges. » Il s’agit de représenter la profession menacée. En attendant, Antony Borré prévient les spectateurs tentés d’assister aux représentations du cirque réprouvé : ils seront « eux aussi passibles de poursuites en pénétrant sur un terrain privé. »

À ce stade, on redoute un dénouement tragique de l’affaire, si la France est à l’arrêt, à partir du 7 mars. Olivier Véran a, en effet, affirmé, cette semaine également, à l’issue du Conseil des ministres : « Mettre la France à l’arrêt, ce serait laisser filer une crise qu’on peut encore éviter. (…) Mettre le pays à l’arrêt, c’est prendre le risque d’une catastrophe écologique, agricole, sanitaire, voire humaine dans quelques mois. » D’ici à ce Nice soit coupée du monde comme le fut jadis Paris, assiégée par l’armée prussienne, à la fin de l’année 1870, le pire est à craindre. Il ne faudrait pas que la clique des élus niçois, affamée, s’avise de boulotter Jumbo. Nous gardons en mémoire la funeste destinée de Castor et Pollux, les deux très populaires éléphants d’Asie du Jardin des plantes. Les malheureux furent cuisinés lors du siège de la capitale française en ce sinistre hiver de 1870. Ils furent servis à ceux qui avaient les moyens de s’offrir ce met de choix, tandis que les pauvres se contentaient de surmulots.

En attendant le vote des bêtes sauvages

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Face aux étudiants militants de gauche, nos facs complaisantes?

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Photographie fournie par les militants de l'UNI D.R.

Échange avec des militants de l’UNI, syndicat étudiant de droite


La colère de Fiona Idda et Luca Barbagli n’est toujours pas retombée. Membres du bureau national de l’UNI (Union nationale inter-université), les deux étudiants, l’une en lettres, l’autre en master de philosophie, sont indignés par les propos tenus par un professeur d’histoire contemporaine de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, par ailleurs tête de liste La France insoumise pour les régionales en Occitanie [1]

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Abonnez-vous! Rengagez-vous!

Le 25 janvier, dans un de ses cours, l’universitaire déclarait : « Si certains d’entre vous ont voté Macron/Ciotti/Le Pen/Roussel, je les respecterais très peu, mais si certains ont voté Zemmour, je les considérerai comme des bêtes à abattre » ! Des propos d’une incroyable violence, qui ne devraient pas avoir leur place dans un amphithéâtre, mais qui illustrent l’enracinement de la gauche radicale dans nos universités.

Visite à l’UNI

Au siège national de l’UNI, dans le 8e arrondissement de Paris, les murs présentent tout le folklore militant estudiantin de droite. De vieilles affiches des années 1970, imprimées au rouleau et au pochoir, témoignent des premiers combats de l’organisation. Méritocratie, excellence et responsabilité sont depuis toujours les valeurs défendues par le syndicat créé en 1969 par Jean-François Chauvel (journaliste au Figaro), Jacques Rougeot et Pierre de Vernejoul. Ce soir-là, les différents présidents de sections (l’UNI en compte plus de 45, dispersées dans toutes les académies), arborant chemises BCBG ou sweats floqués « UNI », sont assis sur de vieux canapés et fauteuils. Autour de bouteilles de bière pas assez fraîches, de feuilles qui volent de partout et de piles branlantes de livres d’histoire, de biographies politiques ou de manuels de droit, la discussion des militants est animée pendant qu’ils découpent les tracts dans une ambiance accueillante.

Tous ensemble contre le wokisme

Même s’il est heureusement rare que des professeurs aillent aussi loin, la pensée de gauche plus ou moins radicale pèse comme une chape de plomb sur les étudiants français. Les professeurs « assument, partagent, voire imposent leur idéologie dans leurs cours » peste Luca. Lors de sa prérentrée, au moment de choisir un sujet de mémoire, l’un de ses professeurs a menacé les étudiants de leur assigner saint Thomas d’Aquin s’ils n’avaient pas d’inspiration. « Comme si c’était le philosophe qu’il ne fallait pas étudier. Le philosophe-punition ! » D’autres profs boycottent les interventions de présentation de l’UNI durant les élections étudiantes. 

À ne pas manquer, notre grand dossier : Causeur: Rééducation nationale «Stop au grand endoctrinement!»

Liberté académique ou psychose gauchiste, à vous de choisir, mais le venin woke contamine désormais les sujets de partiels et les mails, rédigés en écriture inclusive, comme à Aix-Marseille, en mai dernier, ou sur la Côte d’Azur en janvier 2023. Dans certaines facultés, des « points bonifiants » sont même accordés si partiels et galops d’essai sont rédigés en toute inclusivité… Et des étudiants craignent de se faire déprécier s’ils ne suivent pas le mouvement, déplorent nos militants.


Le Grand Soir «facho» ?

Les militants de l’UNEF ou de L’Alternative [2], pourtant minoritaires dans les facs, sont à l’initiative de blocages réguliers qui empêchent en permanence les étudiants de poursuivre sereinement leurs apprentissages. Dans le pire des cas, cela conduit à décaler les dates des partiels au détriment des étudiants salariés dont le calendrier de présence en entreprise est déterminé à l’avance. Les violences, les intimidations envers les adhérents de l’UNI qui s’aventurent à tracter au sein des facs ne sont que rarement sanctionnées. À Nantes, le 1er février, une dizaine d’individus masqués se sont introduits dans le hall de la faculté de droit, hurlant « dégagez, les fascistes ! ». À Reims, le 9 février, la porte du local de l’UNI a été taguée « Danger fascho » (sic). « C’est la diabolisation totale de l’individu de droite, affirme Fiona, dégoûtée. On te traite de fasciste, et cela te condamne à une mort sociale. » Traiter de « facho » toute personne de droite ou ne répondant pas à la liste de critères du monde woke est l’arme bien connue qui permet d’étouffer dans l’œuf toute tentative de débat contradictoire. Les lieux de prière découverts à Tolbiac en décembre et les locaux UNI ravagés maintes fois à Chambéry, sans que la moindre sanction soit prise, énervent aussi particulièrement les militants. Toutefois, depuis peu, on veut croire qu’on assiste au réveil de la majorité silencieuse des étudiants qui mènent leur vie sans s’intéresser plus que ça à la politique. « Il y a quand même un changement de tendance, il y a eu une longue période durant laquelle les étudiants avaient peur de faire valoir leurs revendications, parce que les méthodes gauchistes fonctionnaient. Aujourd’hui, ils en ont ras-le-bol », analyse Luca. Ainsi, en quatre ans, le nombre d’adhérents à l’UNI a triplé. Le bureau national, qui annonce plus de 25 000 adhérents sur toute la France, indique que 50% d’entre eux sont par ailleurs encartés dans un parti politique (la distribution entre LR, Reconquête ou RN n’est évidemment pas communiquée, mais cela fluctuerait beaucoup en fonction de l’actualité et… des dernières élections).


A lire aussi: Droite: les jeunes LR, Reconquête et RN coupent le cordon sanitaire

Couardise ahurissante ou complicité, beaucoup de campus se laissent régulièrement bloquer par la gauche, parfois par seulement 20 personnes. Et les réactions des présidents d’université sont en dessous de tout. Luca rapporte qu’à Nanterre la rouge, « une partie du bâtiment administratif était bloquée toute l’année 2021-2022 par l’UNEF. L’administration fermait les yeux, elle ne faisait pas intervenir la sécurité. » Pendant les élections universitaires, il y avait même une banderole sur le bâtiment appelant à voter l’UNEF. « C’est comme si le président de la faculté appelait à voter pour eux, franchement. » Louis Boyard a été accueilli en star pendant sa tournée des facs à Rennes, Paris, Montpellier, Nantes, Tours, Clermont, Nanterre, Toulouse, Rouen… Et depuis les bancs de l’Assemblée nationale, le 7 février, le benjamin des députés a appelé les étudiants à « bloquer toutes les universités du pays » contre la réforme des retraites. Ordre appliqué à la lettre à Tolbiac. Le 16 février, les bloqueurs affichaient une pancarte : « La retraite, on s’en fout, on ne veut pas travailler »…

Alors que la réunion à l’UNI se termine, force est de constater que la bataille culturelle est donc loin d’être gagnée. Les ridicules élans évolutionnaires façon Mai 68, s’ils sont loin d’en avoir l’envergure, ont encore de beaux jours devant eux…


[1] Par souci de sa sécurité, nous préférons ne pas mentionner son nom.

[2] Organisations étudiantes qui se revendiquent de gauche, voire d’extrême gauche.

Harcèlement scolaire: était-ce à CNews de sauver Maël?

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Unsplash

Dans une démocratie digne de ce nom, l’indifférence ou l’impuissance des pouvoirs publics ne devraient pas être suppléées par les médias.


Il n’est pas normal que le harcèlement odieux du jeune Maël, dans l’Académie de Dijon, et qui durait depuis plusieurs semaines, n’ait trouvé une solution équitable et efficace qu’à la suite de l’intervention du père de l’enfant dans les médias. Il a suffi en effet d’entendre ses propos émouvants et indignés quoique calmes, par exemple sur TF1 ou CNews, pour que dès le lendemain le bon sens et la justice soient restaurés : ce n’est pas à l’enfant harcelé de quitter son établissement mais au harceleur qui trop longtemps a bénéficié d’une impunité. Pourtant ce n’était pas rien : insultes, moqueries, coups jusqu’en pleine classe, au point que cette jeune victime a un jour déclaré, durant un cours, qu’il voulait « mourir pour que cela s’arrête ».

Pour secourir votre enfant, ne quittez pas…

Maël pourra retourner à l’école dès le 6 mars alors qu’il ne pouvait plus y aller depuis le mois de décembre. On ne peut plus tolérer que face à de tels scandales, on oppose seulement un numéro national de référence (3020) pour signaler les harcèlements scolaires. Cela ne sert à rien sinon à s’illusionner : parce qu’on a révélé, on s’imagine qu’une suite rapide et adaptée sera mise en branle. C’est oublier deux choses : les institutions officielles sont lâches, elles détestent plus ceux qui dénoncent le scandale que le scandale lui-même ; et la bureaucratie étouffera jusqu’à l’insupportable les bonnes volontés qui miraculeusement se seraient manifestées.

Face à de tels constats et à des dérives qui se rapportent à tous les secteurs ministériels et à leurs responsables et agents, de bas en haut, il n’est plus possible de se contenter de déplorer, de réagir médiatiquement et de laisser au mieux les immobilismes s’épargner la moindre prise de conscience.

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En admettant la réalité de ce harcèlement, de sa durée, des diverses modalités rapportées par les parents de Maël et de l’incurie qui s’en est suivie, ne faut-il pas envisager une solution plus radicale pour faire bouger des lignes implacablement figées ? Pour Maël, nous avons l’épouse du président de la République, qui avait mis en avant la lutte contre le harcèlement scolaire. Nous avons un ministre de l’Education nationale qui n’aurait pas dû être concrètement étranger à ce fléau et à la situation terrifiante et longtemps prétendue insoluble du jeune Maël. Nous avons les instances administratives intermédiaires qui ont été passives, demeurant dans leur ouate si éloignée des difficultés du terrain. Nous avons un directeur d’établissement, nous avons un corps professoral, nous avons des enseignants dont certains ont sans doute été directement témoins du sadisme du jeune harceleur à l’encontre de sa victime. Nous avons des parents d’élèves qui probablement étaient au fait de cet insupportable harcèlement mais bien sûr cela ne les concernait pas !

Tous responsables ?

Pourquoi ne pas judiciariser toute la chaîne de responsabilités que j’ai décrite ?

Pourquoi ne pas concevoir des procédures individuelles ou de groupe qui pourraient incriminer le délit de non-assistance à enfants en danger ou, ailleurs, à citoyens, qui auraient le mérite de briser net le hiatus si confortable entre ceux qui ont le pouvoir de décider et les acteurs confrontés aux réalités traumatisantes immédiates ?

L’instauration d’une épée de Damoclès dans les reins du pouvoir, à tous ses niveaux, serait salubre, rappellerait l’exigence de l’action et surtout réduirait à néant le système français de l’irresponsabilité. On ne serait plus quitte seulement avec des promesses ! On serait fondé à questionner le ministre, tous les échelons techniquement inférieurs et subordonnés : qu’avez-vous fait de votre devoir, de votre possibilité d’agir ou de réagir ?

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Qu’on ne vienne surtout pas me rétorquer cet alibi de l’inaction : « Je ne peux pas m’occuper de tout, être au courant de tout ! ». C’est la pire des argumentations que celle qui ose affirmer qu’il y a des petites tâches et des grands devoirs, que le pouvoir d’en haut n’a pas à se commettre avec les misérables aléas du bas, que le harcèlement du jeune Maël était une transgression de trop peu d’importance pour oser prétendre à une sollicitude du plus haut niveau…

Bien au-delà de l’Éducation nationale, qu’on songe à la véritable révolution que constituerait ce recours frénétique mais tellement rassurant à la Justice ! Il n’y aurait plus de matelas dans les prisons, plus de voyous libérés avant l’heure et récidivistes et donc de familles dévastées, plus de SDF de plus en plus nombreux dans nos villes, plus de ministres s’occupant de ce qui ne les regarde pas et négligeant l’essentiel… C’est un hommage pervers rendu à la médiatisation que cette heureuse avancée permise par les médias. On ne peut plus laisser les pouvoirs, sous toutes leurs formes et quelle que soit leur place dans cette immense chaîne favorisant impuissance et indifférence, se laver les mains de leur culpabilité de chaque jour !

Vladimir, Volodymyr

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© Evgeniy Maloletka/AP/SIPA © Anton Novoderezhkin/TASS/Sipa US/SIPA

Les présidents russe et ukrainien portent le même prénom.


C’est un symbole de la guerre plein de sens, mais dont on ne parle pas, tellement le malheur est grand pour les gens qui la subissent, tellement les conséquences sont lourdes pour le monde entier. Les deux protagonistes principaux du conflit russo-ukrainien portent le même prénom. Vladimir (Poutine) en transcription russe, Volodymyr (Zelenski) en ukrainien.

Dans l’histoire des slaves orientaux ce n’est pas un prénom quelconque. Il est celui de Vladimir 1er, connu également comme Vladimir le Grand ou encore Vladimir le Beau Soleil, le grand-prince de la Rus de Kiev, le prince de Novgorod la Grande. L’un des descendants les plus emblématiques de la dynastie Riourik, ces Vikings qui ont fondé la Rus de Kiev, ces terres reparties aujourd’hui entre Ukraine, Biélorussise et Russie. Vladimir le Grand est celui qui a converti la Rus de Kiev au christianisme il y a un peu plus de mille ans, en 988 et qui a posé les bases de la civilisation dont les deux peuples voisins s’arrachent aujourd’hui la possession et l’héritage.

Ce Vladimir de l’Histoire qui a régné sur Novgorod, l’une des plus anciennes villes de la Russie moderne et sur Kiev, la capitale indéfectible de l’Ukraine, pourrait-il réconcilier les pays de deux Vladimir en guerre ? Au vu des nouvelles qui proviennent du théâtre des opérations, qui annoncent des combats dignes de Verdun et de Stalingrad, avec des pertes humaines effroyables, cette hypothèse n’est pas d’actualité. Les deux Vladimir de la guerre sont aux antipodes l’un de l’autre, sur tous les points, séparés par une ligne de front.

L’un revendique, sans le cacher, depuis la publication sur le site du Kremlin de son article « De l’unité historique des Russes et des Ukrainiens » en juillet 2021, la racine commune des deux peuples, leur destin inséparable, car pour Vladimir le lien de sang passe par-dessus toutes les autres vérités et surtout celle du désir d’être ensemble ou non. L’autre, Volodymyr, crie son désir de l’Europe et de l’Occident. Parce que l’Ukraine, ce « bord » occidental du foyer des slaves orientaux, a connu d’autres influences et d’autres alliances, notamment celle de la République des Deux nations, un royaume polono-lithuanien, prospère entre XVIème et XVIIIème siècles.

C’est un différend qui parait irréconciliable, qui ressemble sur le fond aux déboires des couples divorcés se battant pour la garde de leurs enfants. Où chacun cherche à s’entourer des avocats les plus redoutables pour gagner la partie. Volodymyr se fond dans les bras du vieux président de la plus grande puissance mondiale, bien qu’en perte de vitesse. Vladimir, lui, mise sur un autre chef d’Etat, celui du plus grand pays asiatique, en pleine expansion.

L’étymologie du prénom Vladimir apporte une touche ultime à cette incroyable symbolique de l’opposition entre deux présidents et, derrière eux, entre deux mondes. « Vladi » vient du mot « vlastj », qui signifie «  pouvoir » et  « gouvernance », alors que « Mir » veut dire en russe « paix », mais aussi « monde ». Ce choc régional vu d’abord uniquement comme une agression brutale d’un pays voisin par un président cruel s’est transformé en une confrontation mondiale Ouest-Est à son apogée, portée par deux peuples venant de la même terre, ayant la même croyance et le même sang. La guerre fratricide entre le pays de Vladimir et celui de Volodymyr est une incarnation dramatique de notre monde d’aujourd’hui. Qui n’aime plus son histoire millénaire et sa logique, sa richesse et ses enseignements. Pendant que l’Occident se voit happé par le phénomène de la cancel culture et son impitoyable tribunal numérique, la Russie de Vladimir interdit l’ONG Mémorial et oublie les crimes de Staline. Parmi lesquels 3.6 millions de victimes du Holodomor en Ukraine, mais aussi autant, voire deux, voire 10 fois plus de morts (selon les différentes estimations des historiens) dans le Goulag russe. Et bien que le tort de Vladimir dans le conflit avec l’Ukraine soit évident et impardonnable, la quête de Volodymyr et de son parlement pour effacer dans son pays les traces russes, culturelles et  historiques ne pourra pas apporter « mir », la paix sur cette terre qui brûle aujourd’hui dans des combats féroces…

Quelle que soit l’ampleur de l’aide militaire et du support politique du monde démocratique, l’ombre de Vladimir le Grand planera toujours sur l’Ukraine et la Russie et ce, indépendamment de la transcription de son prénom.

Darmanin: drogué à la com’

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D.R.

Le ministre de l’Intérieur s’est récemment prononcé pour un retrait des 12 points du permis en cas de conduite sous stupéfiant. Amusant, car cela s’apparente à une dépénalisation de la drogue à bas bruit. Explications.


Fidèle à son mentor, Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin n’a pas manqué de rebondir sur le drame causé par Pierre Palmade. Outre l’inutile projet de création du délit d’« homicide routier », ce communicant retors en a profité pour envisager de supprimer les 12 points du permis de « toute personne qui conduit alors qu’elle a consommé de la drogue ». Simple et efficace ? Ni l’un ni l’autre a priori.

-6 points, un coup de semonce déjà dissuasif

Parier sur l’efficacité de la mesure, c’est s’imaginer que les millions d’utilisateurs de cannabis, cocaïne, MDMA ou ecstasy (liste non exhaustive) vont significativement baisser leur consommation. En revanche, c’est s’affranchir du palier de six points retirés – sanction actuelle et coup de semonce plutôt dissuasif pour ne pas s’y faire prendre deux fois. Au fil du temps, l’application résolue d’une telle mesure finirait par permettre de doubler le nombre de conducteurs sans permis (donc sans assurance) – un million aujourd’hui sillonnent les routes. Une ambition que l’on abandonnera à notre ministre de l’Intérieur.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: P. le maudit

Quant à la simplicité de la chose, elle n’a rien d’évident. En effet, tout comme ceux de l’alcool, les effets des drogues se dissipent dans les heures qui suivent leur prise. En revanche, les traces laissées dans l’organisme n’ont pas la même durée de vie suivant le produit. On peut ainsi détecter l’alcool dans le sang seulement dix à douze heures après sa consommation, alors qu’il faut deux jours pour éliminer la cocaïne et une à trois semaines pour le cannabis. Ce dernier reste détectable dans les cheveux trois mois après l’écrasement du pétard (à côté du cendrier). On est pourtant, heureusement, et depuis longtemps, autant en état de conduire que celui qui s’était pris une cuite au même moment. Il conviendrait ainsi de définir le délai réaliste après lequel on aurait le droit de reprendre le volant – ça, ce serait une ambition fort légitime de nature à avoir une influence sur les consommateurs.

Il faut donc, comme pour l’alcool et ses 0,5 g/l, déterminer un seuil de détection en deçà duquel le conducteur ne sera plus considéré comme sous l’empire de la drogue. Amusant, car cela s’apparente à une dépénalisation à bas bruit. Ce n’est certainement pas ce que notre ministre avait en tête.

Abonnez-vous! Rengagez-vous!

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Elisabeth Lévy © Pierre Olivier

Chers lecteurs, chers abonnés et, si vous m’y autorisez, chers amis, car on écrit toujours en s’adressant à des amis inconnus…


Ce n’est pas pour vous faire pleurer, mais les temps sont durs. Pour vous. Et pour nous aussi.

D’abord, nous devons encaisser une augmentation considérable de nos coûts de production. À l’exception de nos salaires, nos coûts de production augmentent à commencer par le papier, poste qui s’est alourdi de 40%. Cela veut dire beaucoup moins de moyens, notamment pour rémunérer les auteurs. Or, Causeur, c’est d’abord une troupe d’esprits libres qui veulent réfléchir, comprendre, critiquer, dénoncer, tout ça en se marrant. Et tout ça avec vous. Causeur est une conversation.

Or, si les coûts augmentent, les recettes diminuent. Quand l’avenir est incertain, beaucoup d’entre vous rognent sur les dépenses qu’ils jugent non-essentielles, comme on disait au temps de la Covid. À nous de vous convaincre que votre abonnement à Causeur est une dépense essentielle.

Notre force, c’est que nous n’appartenons à aucun camp. Dans le paysage idéologique, nous avons des amis, des cousins même, mais nous conservons un inconscient libertaire, un goût pour la coquinerie et, par-dessus tout, un amour de la liberté y compris dans ses excès, qui nous éloigne parfois d’eux.

Seulement, cette force est aussi une faiblesse. Nous sommes seuls. Certes, nous avons des actionnaires patients, que je remercie ici en particulier. Nous avons des amis. Mais pas de puissants parrains qui, en trois coups de téléphone nous ramèneraient les 100 pages de pub annuelles qui nous tireraient d’affaire. Et la réputation de fachos que nous font aimablement des confrères qui ne nous ont jamais lu n’aide pas. Beaucoup de gens confient qu’ils aiment Causeur comme s’ils sortaient du bordel.

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Pour traverser cette mauvaise passe – et trouver notre équilibre économique –, nous avons besoin de publicité, d’abonnements, de ventes et de dons. Faites-nous connaître à vos amis, offrez des abonnements !

Comme vous, nous voyons disparaître le monde que nous aimons et l’humanité à laquelle nous appartenons. Comme vous nous ne nous y résignons pas. Bien sûr, nous ne sommes pas parfaits. Nous vous énervons parfois. Mais à vous de savoir : voudriez-vous vivre dans un monde sans Causeur ?

Elisabeth Lévy

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Pour le «Times» de Londres, Marine Le Pen pourrait être la prochaine présidente

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Marine Le Pen à Paris, juin 2022 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


La une de L’Incorrect fait beaucoup jaser. Sous le titre « Les jeunes coupent le cordon », trois jeunes gens, visiblement copains, se marrent: Guilhem Carayon, Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, respectivement responsables jeunes de LR, de « Reconquête ! » et du RN. Si l’entretien n’est pas encore disponible en ligne, le message est clair: chez les jeunes, l’union des droites a déjà eu lieu ! Cette jeunesse décomplexée se parle, se côtoie, festoie ensemble sans se soucier des frontières partisanes et des haines recuites de ses chefs. « J’espère que nous combattrons ensemble », déclare notamment Thionnet.

Sans surprise, cette photo a suscité les cris d’orfraie des néo-chiraquiens de LR qui croient, ou feignent de croire, qu’il y a un mur infranchissable entre ce qu’ils appellent l’extrême droite et eux, droite autoproclamée républicaine c’est-à-dire fréquentable. Par exemple, François Durovray, président du Conseil départemental de l’Essonne, somme Eric Ciotti de démettre le jeune Carayon, coupable de crime de dialogue. Preuve que la gauche n’a pas le monopole du sectarisme.

Faut-il y voir la preuve que la diabolisation marche toujours?

Non. Ou plutôt, elle marche encore un peu pour Eric Zemmour, car là, les médias ont mis le paquet. Pour le RN, la diabolisation relève aujourd’hui du rituel, de l’incantation vaudou ou de la pensée magique. Quand Olivier Dussopt, le ministre du Travail, a affirmé, lors des discussions sur la réforme des retraites, qu’à l’Assemblée les élus RN avaient été plus républicains que les Insoumis, on a entendu des réactions outragées, comme s’il avait dit qu’Hitler était un chic type. Mathilde Panot a tweeté gravement : «La honte». Plus personne ne croit à cet antifascisme d’opérette (car il n’y a pas de fascistes en vue), ni au cordon sanitaire qui allait avec.

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Pour la majorité des Français, le RN est un parti comme les autres. S’ils ne votent pas pour Marine Le Pen, c’est parce qu’ils n’aiment pas son étatisme ou qu’ils doutent de sa compétence (quoique de moins en moins) : des raisons normales, banales. Mais, elle ne fait pas peur. D’ailleurs, au palmarès des politiques préférés du JDD, Marine Le Pen est numéro 2, entre Edouard Philippe et Bruno Le Maire. Pour le Times, grand quotidien à Londres, elle sera la prochaine présidente. Cela se murmure aussi à Paris, en une de L’Obs.

L’Obs

L’avancée silencieuse

Cette « avancée silencieuse » prouve une nouvelle fois que l’indignation morale est inopérante.

La première raison du succès de Marine Le Pen, c’est que ses adversaires lui ont fait cadeau du réel (l’expression est d’Alain Finkielkraut). Ils n’argumentent pas, ils agitent des gousses d’ail ou des croix. Depuis des années, ils s’enferment dans un déni sidérant : le niveau monte à l’école… l’immigration est une chance pour la France… et le grand remplacement un fantasme d’extrême droite. Ils ne veulent pas voir ce qu’ils voient, et ils nazifient ceux qui voient.

En 40 ans, ils ont ainsi réussi à faire passer le FN/RN de moins de 10% à plus de 40% des voix. Encore un petit effort, et ils amèneront Marine Le Pen à l’Élysée. Comme ça, pendant cinq ans, ils pourront jouer à la Résistance.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

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