Le ministre de l’Intérieur s’est récemment prononcé pour un retrait des 12 points du permis en cas de conduite sous stupéfiant. Amusant, car cela s’apparente à une dépénalisation de la drogue à bas bruit. Explications.
Fidèle à son mentor, Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin n’a pas manqué de rebondir sur le drame causé par Pierre Palmade. Outre l’inutile projet de création du délit d’« homicide routier », ce communicant retors en a profité pour envisager de supprimer les 12 points du permis de « toute personne qui conduit alors qu’elle a consommé de la drogue ». Simple et efficace ? Ni l’un ni l’autre a priori.
-6 points, un coup de semonce déjà dissuasif
Parier sur l’efficacité de la mesure, c’est s’imaginer que les millions d’utilisateurs de cannabis, cocaïne, MDMA ou ecstasy (liste non exhaustive) vont significativement baisser leur consommation. En revanche, c’est s’affranchir du palier de six points retirés – sanction actuelle et coup de semonce plutôt dissuasif pour ne pas s’y faire prendre deux fois. Au fil du temps, l’application résolue d’une telle mesure finirait par permettre de doubler le nombre de conducteurs sans permis (donc sans assurance) – un million aujourd’hui sillonnent les routes. Une ambition que l’on abandonnera à notre ministre de l’Intérieur.
Quant à la simplicité de la chose, elle n’a rien d’évident. En effet, tout comme ceux de l’alcool, les effets des drogues se dissipent dans les heures qui suivent leur prise. En revanche, les traces laissées dans l’organisme n’ont pas la même durée de vie suivant le produit. On peut ainsi détecter l’alcool dans le sang seulement dix à douze heures après sa consommation, alors qu’il faut deux jours pour éliminer la cocaïne et une à trois semaines pour le cannabis. Ce dernier reste détectable dans les cheveux trois mois après l’écrasement du pétard (à côté du cendrier). On est pourtant, heureusement, et depuis longtemps, autant en état de conduire que celui qui s’était pris une cuite au même moment. Il conviendrait ainsi de définir le délai réaliste après lequel on aurait le droit de reprendre le volant – ça, ce serait une ambition fort légitime de nature à avoir une influence sur les consommateurs.
Il faut donc, comme pour l’alcool et ses 0,5 g/l, déterminer un seuil de détection en deçà duquel le conducteur ne sera plus considéré comme sous l’empire de la drogue. Amusant, car cela s’apparente à une dépénalisation à bas bruit. Ce n’est certainement pas ce que notre ministre avait en tête.
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La une de L’Incorrect fait beaucoup jaser. Sous le titre « Les jeunes coupent le cordon », trois jeunes gens, visiblement copains, se marrent: Guilhem Carayon, Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, respectivement responsables jeunes de LR, de « Reconquête ! » et du RN. Si l’entretien n’est pas encore disponible en ligne, le message est clair: chez les jeunes, l’union des droites a déjà eu lieu ! Cette jeunesse décomplexée se parle, se côtoie, festoie ensemble sans se soucier des frontières partisanes et des haines recuites de ses chefs. « J’espère que nous combattrons ensemble », déclare notamment Thionnet.
Sans surprise, cette photo a suscité les cris d’orfraie des néo-chiraquiens de LR qui croient, ou feignent de croire, qu’il y a un mur infranchissable entre ce qu’ils appellent l’extrême droite et eux, droite autoproclamée républicaine c’est-à-dire fréquentable. Par exemple, François Durovray, président du Conseil départemental de l’Essonne, somme Eric Ciotti de démettre le jeune Carayon, coupable de crime de dialogue. Preuve que la gauche n’a pas le monopole du sectarisme.
Faut-il y voir la preuve que la diabolisation marche toujours?
Non. Ou plutôt, elle marche encore un peu pour Eric Zemmour, car là, les médias ont mis le paquet. Pour le RN, la diabolisation relève aujourd’hui du rituel, de l’incantation vaudou ou de la pensée magique. Quand Olivier Dussopt, le ministre du Travail, a affirmé, lors des discussions sur la réforme des retraites, qu’à l’Assemblée les élus RN avaient été plus républicains que les Insoumis, on a entendu des réactions outragées, comme s’il avait dit qu’Hitler était un chic type. Mathilde Panot a tweeté gravement : «La honte». Plus personne ne croit à cet antifascisme d’opérette (car il n’y a pas de fascistes en vue), ni au cordon sanitaire qui allait avec.
Pour la majorité des Français, le RN est un parti comme les autres. S’ils ne votent pas pour Marine Le Pen, c’est parce qu’ils n’aiment pas son étatisme ou qu’ils doutent de sa compétence (quoique de moins en moins) : des raisons normales, banales. Mais, elle ne fait pas peur. D’ailleurs, au palmarès des politiques préférés du JDD, Marine Le Pen est numéro 2, entre Edouard Philippe et Bruno Le Maire. Pour le Times, grand quotidien à Londres, elle sera la prochaine présidente. Cela se murmure aussi à Paris, en une de L’Obs.
L’Obs
L’avancée silencieuse
Cette « avancée silencieuse » prouve une nouvelle fois que l’indignation morale est inopérante.
La première raison du succès de Marine Le Pen, c’est que ses adversaires lui ont fait cadeau du réel (l’expression est d’Alain Finkielkraut). Ils n’argumentent pas, ils agitent des gousses d’ail ou des croix. Depuis des années, ils s’enferment dans un déni sidérant : le niveau monte à l’école… l’immigration est une chance pour la France… et le grand remplacement un fantasme d’extrême droite. Ils ne veulent pas voir ce qu’ils voient, et ils nazifient ceux qui voient.
En 40 ans, ils ont ainsi réussi à faire passer le FN/RN de moins de 10% à plus de 40% des voix. Encore un petit effort, et ils amèneront Marine Le Pen à l’Élysée. Comme ça, pendant cinq ans, ils pourront jouer à la Résistance.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi après le journal de 8 heures
Le magazine L’Incorrect vient de réussir un joli coup, autant médiatique que politique.
Et qui a fait parler avant même la sortie en kiosque du numéro de mars du mensuel. Dans celui-ci, L’Incorrect mène un grand entretien réunissant les figures de la jeunesse des partis situés « à droite » d’Emmanuel Macron. La « jeune droite », puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, et même si le terme de « droite » est précisément l’un des sujets de ce débat, est interviewée par Arthur de Watrigant, Wandrille de Guerpel et Jérôme Besnard. Elle évoque ses divergences et convergences sur tous les grands sujets du moment.
L’Incorrect n°62
À tout seigneur tout honneur, Pierre-Romain Thionnet, 28 ans, président du Rassemblement national de la Jeunesse (RNJ), présenté comme un gaulliste social, a la tâche de représenter ici la principale force politique située à la droite de la majorité gouvernementale dans l’hémicycle (88 députés). Révélation de la jeunesse politique de la campagne présidentielle passée, Stanislas Rigault, 23 ans, est le président de Génération Zemmour et porte-parole de Reconquête ! dont il continue à porter le message malgré les déconvenues politiques du candidat Eric Zemmour. Enfin, Guilhem Carayon, 23 ans, porte-parole du parti Les Républicains (LR), après avoir été nommé à ce poste par son président Eric Ciotti, est défini comme libéral-conservateur, et vient d’une longue tradition familiale de droite (RPR puis UMP). Retraites, système de santé, éducation, immigration, Ukraine, tous les sujets sont abordés, permettant de se faire une idée bien précise des positionnements de chacun.
Sur la réforme des retraites, une alliance LR-Reconquête
Sur la réforme des retraites, Pierre-Romain Thionnet détaille la ligne qui est celle du RN dans la bataille. Il se montre catégoriquement opposé à la réforme gouvernementale, pointant les nombreuses injustices qu’elle porte, démontrant par le menu qu’elle n’est pas indispensable, détaillant les diverses autres pistes de financement existantes (démographie, productivité, réindustrialisation et lutte contre le chômage, notamment). Guilhem Carayon et Stanislas Rigault, eux, se disent tous deux favorables au principe du report de l’âge de départ à la retraite. Même s’ils y mettent toutes les nuances, et émettent quelques propositions alternatives, ils soutiennent évidemment, comme leurs partis respectifs, la réforme qu’Emmanuel Macron tente actuellement de faire adopter. Par soucis comptables principalement. La dette et les déficits chroniques (commercial comme de l’État) nous y obligeraient, par souci de préserver notre souveraineté, selon eux. Ce sera le point crucial sur lequel on observera une divergence nette entre le dirigeant du RNJ et les porte-parole de LR et Reconquête !
Tous trois sont d’accord pour faire de la réindustrialisation de la France une priorité. Et même, pour mettre en œuvre une politique nataliste. Guilhem Carayon déplore : « Nous avons la natalité la plus basse depuis 1946 ! » Une politique « fasciste », en somme, pour Sandrine Rousseau et ses acolytes de la Nupes. Oui, c’est ainsi qu’ils l’ont décrite, lorsque des députés du RN ont récemment proposé cette orientation…
Santé, école et… immigration
Les trois jeunes sont également d’accord pour déplorer l’état dramatique de notre service hospitalier, même si Pierre-Romain Thionnet rappelle opportunément à Guilhem Carayon que les réformes néolibérales engagées par les gouvernements RPR-UMP des années 2000 portent une lourde responsabilité dans ce délabrement des services publics de santé.
La question de l’éducation arrive ensuite, et l’on s’aperçoit que chacun tombe spontanément d’accord pour affirmer que la politique d’immigration de ces dernières années est la principale cause du dysfonctionnement majeur que connaît l’Éducation nationale. Cachez cette réalité que Pap N’Diaye ne veut pas voir ! Ainsi, la politique d’immigration arrive spontanément et rapidement sur la table lors de ce débat : l’esbroufe perpétuelle de la « politique d’immigration » de Gérald Darmanin est mal perçue par MM. Thionnet, Rigault et Carayon, aucun n’y accorde le moindre crédit. En 2022, Emmanuel Macron vient de décrocher le record historique d’immigration légale entrant en France (325 000 immigrés légaux), et l’invasion migratoire semble fatalement devoir s’amplifier.
Pierre-Romain Thionnet souligne que le RN n’avait aucune divergence programmatique avec Reconquête sur la question migratoire, durant la campagne présidentielle, hormis la question des prénoms. On perçoit bien, y compris chez Guilhem Carayon qui appartient à une droite plus modérée, une réelle conscience que l’avenir de la France se joue sur cette question de l’immigration légale. L’on ne peut qu’espérer dès lors que leurs partis respectifs se décideront enfin à l’arrêter, une fois arrivés au pouvoir.
Sur l’Ukraine, la droite gênée ?
La question ukrainienne arrive, enfin, et la gêne se fait palpable sur ce sujet. Signe peut-être de la séduction profonde sur la droite qu’ont exercé depuis 2000 le virilisme d’un Vladimir Poutine et la fierté russe retrouvée face à une globalisation américaine peu conforme à l’esprit de la droite française « tradi ». MM. Thionnet, Rigault et Carayon sont évidemment d’accord pour condamner l’invasion russe et soutenir l’Ukraine. « Sans armes offensives » pour Pierre-Romain Thionnet. « Sujet compliqué » pour Stanislas Rigaut. « Pas de solution facile » pour Guilhem Carayon. La droite française est bien emmerdée. Mais subsiste néanmoins l’espoir que la Russie pourra réintégrer la famille européenne « dans 15 ou 20 ans », pour Pierre-Romain Thionnet.
Sauver la France
Le bilan d’Emmanuel Macron est désastreux, c’est entendu. Pour la suite, Guilhem Carayon pense à Laurent Wauquiez, à qui il tresse les plus beaux lauriers. Pour Stanislas Rigault, l’avenir passe par une coalition des trois forces, à l’image de la spectaculaire victoire remportée en Italie par Giorgia Meloni, laquelle a su rassembler Matteo Salvini et Silvio Berlusconi dans un gouvernement d’union. Pierre-Romain Thionnet forme également l’espoir qu’ils se retrouveront tous sous la même bannière pour battre Emmanuel Macron et son successeur. On réalise que ces jeunes-là se connaissent, se comprennent, s’estiment, s’apprécient et qu’ils ont en commun d’avoir pleinement conscience des défis que la France doit affronter. Et l’on se dit que des divergences économiques sur la réforme du système des retraites ou des questions de personnalités pour incarner une candidature commune pèsent finalement bien peu à côté du devoir de sauver la France.
Le président LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, s’est insurgé depuis contre la une de nos confrères
Je maintiendrai toujours le cordon avec l’extrême droite. Je me battrai pour qu’il n’y ait jamais d’alliance avec eux. Nous n’avons pas la même conception de la politique et de l’intérêt général. On ne dirige pas un pays en le fracturant ! pic.twitter.com/THONdK6UW8
Mais la réalité des LR nous rattrapant, au galop, on se dit qu’il reste encore un peu de travail à faire chez ces derniers. Avant même la parution de l’entretien, le président LR du conseil départemental de l’Essonne François Durovray demandait la démission de Guilhem Carayon de son poste de porte-parole, suivi par la vice-présidente LR de la région Grand Est Valérie Debord… Pendant ce temps, Jordan Bardella, interrogé par France Inter, répondait qu’il souhaitait effectivement le rassemblement de tous les patriotes, le plus large possible. Bardella est légitime pour le demander : des trois partis impliqués dans la dernière présidentielle et participant à cet entretien, rappelons que c’est LR qui a fini à 4%…
« La TV des 70’s », le documentaire écrit par Philippe Thuillier, est reprogrammé ce vendredi soir sur France 3 à 21h10. À ne pas rater.
Rétrospectivement et collectivement, nous avons été sévères, trop sévères avec la télé à paillettes des Carpentier et de Monsieur Lux, des Jeux de 20 heures et de Ring Parade. Nous étions des snobs et de mauvais coucheurs. Voilà tout, des idiots incapables d’estimer notre chance. Alors que nous vivions, sans le savoir, une parenthèse enchantée, la collusion heureuse entre une certaine exigence culturelle et les prémices d’un audimat fou, l’amalgame entre la variété à patte d’eph’ et les salles silencieuses de la BNF, entre la rue de Valois et les studios de Cognacq-Jay naissait une idylle contre nature pour le bien de la Nation.
Garcimore, Danielle Gilbert, Coluche, Desproges…
Cette télé des années 1970 qui se voulait libératrice et émancipatrice, débarrassée de la tutelle de l’État tout en ne s’offrant pas aux appétits voraces de la privatisation fut initiée par Giscard, le réformateur en haut de forme, communicant auvergnat imitant les Kennedy avec un naturel « inutilement guindé », selon sa propre expression. Nouvellement élu le 19 mai 1974, le président dissout l’ORTF dans la foulée et fait sortir de son chapeau tel Garcimore, trois chaînes : TF1, Antenne 2 et FR3. En France, tout commence par une révolution de palais et se termine par de petits arrangements entre amis. Comme tous les élans refondateurs, après quelques ajustements technocratiques et des nominations sensibles, le soufflé de la liberté, cette chère irrévérence, retomba.
Logos des trois chaînes de télévision françaises dans les années 70
Avouons qu’il mit un certain temps avant de retomber. Il y eut du mou dans la zapette, donc des espaces de totale subversion, qui seraient inimaginables aujourd’hui, purent ici et là éclore ; des talents du music-hall ou de la presse écrite, Coluche et Desproges, par exemple, s’invitèrent dans le salon des Français. Et puis, vigilants, les hommes politiques s’étant habitués à leur hochet télévisuel, ils ne furent plus tellement disposés à le partager. Ils préférèrent le garder pour leur strict usage personnel et électoral. Pourtant, malgré les menaces de reprise en main et la marchandisation de la société, cette télé des années 1970 nous paraît a posteriori rafraîchissante, d’une innocence et d’une fantaisie dont nous avons perdu la recette. On la trouvait bébête, commerciale à souhait, criarde et bavarde, saturée de couleurs et de tubes obsédants.
De la tenue, du direct
Le documentaire diffusé ce soir est là pour confirmer notre méprise, il nous éclaire sur un bouillon de pop-culture qui mérite vraiment le détour. Cette télé imaginée pour les classes moyennes était finalement « élitiste » en comparaison de nos codes actuels, inventive, caustique parfois, poétique assez souvent, marrante car le direct offrait des instants de funambulisme aux animateurs et elle avait en même temps de la tenue. Les invités s’y exprimaient sans la bouillie idéologique à la mode et aussi étonnant que cela puisse paraître, avec une forme de sincérité. Quand on voit la désolation de nos samedis soir, la faiblesse des débats, la moraline à gros tube déversée sur le moindre sujet d’actualité et une floppée d’artistes ne pouvant aligner deux mots distinctement sans paraître puérils ou pontifiants… On appelle Sheila, Nicoletta, Dave et Michel Delpech à la rescousse !
Il suffit de voir le spectacle de la dernière cérémonie des César où, à l’exception de quelques professionnels du rire comme Jérôme Commandeur ou de l’élégant Benoît Magimel, le combat culturel semble perdu. Des acteurs bafouillant de gratitude, sans charme et sans malice, toujours au premier degré, dépourvu de la moindre qualité oratoire, ça laisse perplexe. Alors, on se consolera en revoyant Danielle Gilbert jonglant avec les aléas du direct aussi agile que Mabrouk dans « 30 millions d’amis », on se pincera devant un Bouvard intervieweur-agresseur d’une méchanceté jouissive ou d’un Jacques Martin ténor lyonnais soupe au lait et génial dynamiteur du ronron habituel.
Dans cette décennie bénie, Sagan passait une tête dans la lucarne, Brassens grattait sa guitare, Nino Ferrer nous emportait par sa mélancolie abrasive, Jean-Claude Brialy était un exquis maître d’hôtel, Robert Chapatte coiffait le sport, Sim se déguisait, Dorothée était émouvante et Jean-Jacques Debout écrivait une comédie musicale chaque semaine. Quelle joie également de revoir Martine Chardon et Virginia Crespeau, mes deux speakerines préférées. J’attends qu’un jour, un réalisateur s’empare du personnage de Guy Lux dans un biopic épique, à son image, flamboyant et bondissant. SVP bonsoir !
France 3, vendredi 3 mars à 21 h 10. Rediffusion mercredi 8 mars à 23h40.
Le nouveau Protocole sur l’Irlande du Nord annoncé cette semaine dans la ville royale de Windsor mettra-t-il fin aux tensions qui, depuis 2016, perturbent les relations entre l’UE et le Royaume Uni ? Permettra-t-il aux partis politiques nord-irlandais de sortir de l’impasse qui paralyse leurs institutions gouvernementales ? Nous autorise-t-il à dire que le Brexit est enfin terminé ?
Lundi 27 février, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre britannique, Rishi Sunak, ont annoncé avec grande pompe être arrivés, d’un commun accord, à un remaniement du « Protocole sur l’Irlande et l’Irlande du Nord ». Ce résultat intervient après des négociations, parfois houleuses, qui duraient depuis que le Royaume Uni avait quitté l’UE à la fin du mois de janvier 2020. D’ailleurs, le destin de l’Irlande du Nord et de la frontière terrestre entre le nord et le sud posait un problème dès le début des pourparlers sur le Brexit en 2017. Aujourd’hui, quatre questions se posent :
L’UE, quoique toujours soucieuse de préserver l’intégrité du marché unique, semble avoir fait des concessions…
Pourquoi cette nouvelle version du protocole est-elle nécessaire ? Quels en sont les principes ? Comment les deux partis sont-ils enfin arrivés à un nouvel accord ? Et enfin, le nouveau protocole sera-t-il apte à résoudre les différents problèmes provoqués par le Brexit ?
Mon royaume pour un protocole !
Rappelons brièvement les enjeux. Signés en 1998, les fameux Accords du vendredi saint – car il y en a deux : l’un entre la plupart des partis politiques nord-irlandais et l’autre entre le Royaume Uni et la république d’Irlande – ont mis plus ou moins fin à l’ère des troubles en garantissant, entre autres choses, l’invisibilisation relative de la frontière nord/sud. Cette invisibilisation était possible grâce au fait que les deux territoires faisaient partie du marché unique de l’UE et que des contrôles douaniers n’étaient pas nécessaires. Désormais, les deux camps en Irlande du Nord – celui des nationalistes et celui des unionistes – pouvaient garder leurs perceptions opposées des choses. Les nationalistes avaient l’impression de vivre dans une Irlande presque réunifiée, tandis que les unionistes avaient celle de vivre dans un Royaume toujours Uni. Le Brexit a mis en danger cet équilibre délicat en menaçant de rétablir une frontière douanière entre les deux Irlande.
On se souviendra que Theresa May a fait une vaine tentative pour réaliser la quadrature de ce cercle avec son fameux « back stop », un serpent de mer éphémère bien oublié aujourd’hui. Boris Johnson a créé l’illusion d’une résolution de l’imbroglio à travers son « Protocole sur l’Irlande et l’Irlande du Nord » qui fait partie de l’« Accord sur le retrait » signé en décembre 2019. Ce Protocole maintient l’Irlande du Nord dans le marché unique de l’UE et en même temps l’installe dans une union douanière avec la Grande Bretagne. Le problème, c’est qu’il dessine une frontière douanière entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume Uni. L’invisibilisation, chère aux nationalistes, de la frontière nord/sud est préservée, tandis qu’une nouvelle frontière est/ouest devient visible, au grand dam des unionistes qui se prétendent floués.
Une renégociation du Protocole était donc nécessaire afin d’atteindre les objectifs suivants.
Dans la mesure du possible, invisibiliser la frontière est/ouest en rendant beaucoup plus fluide le passage des biens entre le Royaume Uni et l’Irlande du Nord.
Rétablir le partage des pouvoirs en Irlande du Nord entre les nationalistes et les unionistes, partage garanti par les Accords du Vendredi saint et l’Accord de Saint-Andrews de 2006.
Mettre enfin un terme aux négociations sur le Brexit et améliorer les relations entre le Royaume Uni, d’un côté, et de l’autre, l’UE, la France et les Etats-Unis.
Aux dernières élections à l’Assemblée d’Irlande du Nord, le parti nationaliste, Sinn Féin, a eu le plus d’élus, lui donnant le droit de former un gouvernement exécutif et de désigner le Premier ministre. Mais à condition que le plus grand parti unioniste, en l’occurrence le Parti unioniste démocrate (DUP), y participe. Or, ce parti refuse obstinément de donner son accord afin d’exprimer son hostilité au Protocole et à la frontière douanière est/ouest.
En même temps, la difficulté des négociations sur le Protocole a prolongé les tensions qui avaient caractérisé les négociations sur le Brexit, tensions particulièrement exacerbées entre le Royaume Uni et la France – et sur le plan personnel, entre Boris Johnson et Emmanuel Macron. Outre-Atlantique, le président Biden, faisant grand cas de ses racines irlandaises et désireux de choyer ses électeurs irlando-américains, voyait d’un très mauvais œil les difficultés créées en Irlande par la non-résolution du problème. Par conséquent, une note discordante s’était fait entendre dans les relations normalement cordiales entre les Etats-Unis et le Royaume Uni.
Ainsi, une renégociation réussie trancherait d’un seul coup plusieurs nœuds gordiens.
Un vieux protocole dans une nouvelle bouteille ?
Le résultat des négociations est surnommé « le cadre de Windsor » (« the Windsor Framework ») d’après le nom de la ville où Sunak et von der Leyen ont fait leur annonce. La nouvelle version du Protocole est-elle si différente de la première ? Les objections à celle-ci formulées par les unionistes tournaient surtout autour des contrôles douaniers bureautiques et coûteux imposés aux biens traversant la Mer d’Irlande d’est en ouest, et du rôle joué par la Cour de justice européenne dans la gestion des normes et réglementations appliquées sur le territoire nord-irlandais.
À cet égard, l’UE, quoique toujours soucieuse de préserver l’intégrité du marché unique, semble avoir fait des concessions. Concernant les contrôles douaniers, on propose des couloirs « verts » pour les biens destinés à rester en Irlande du Nord et « rouges » pour ceux destinés à finir dans la république et donc dans le marché unique. Les biens passant par les couloirs verts ne seraient pas normalement sujets à des contrôles physiques. Il reste deux bémols du point de vue unioniste : pour pouvoir exploiter le couloir vert, il faudrait avoir l’agrément officiel de « commerçant de confiance » (plus ou moins l’équivalent d’« Opérateur économique agréé » dans la législation française), et les vérifications ne disparaîtraient pas complètement.
Quant à la capacité de la Cour de justice européenne à intervenir dans les affaires de l’Irlande du Nord, elle serait réduite, mais toujours réelle. En revanche, si la TVA européenne continue à s’appliquer en Irlande du Nord, ce sera avec des assouplissements pour reconnaître l’appartenance de la province au Royaume Uni.
La concession apparemment la plus spectaculaire de l’UE s’appelle « le frein Stormont » (« the Stormont Brake »), d’après le nom de l’Assemblée nord-irlandaise). Si au moins 30 (un tiers) des députés de l’Assemblée, appartenant à au moins deux partis politiques, soutiennent une proposition contestant une nouvelle règle adoptée par le marché unique, le gouvernement britannique aura le droit d’opposer un véto à son application en Irlande du Nord. Ce véto ne pourrait être invoqué que dans des circonstances exceptionnelles et si la nouvelle règle européenne créait une situation ingérable dans la province. Si la suspension de la règle se révélait permanente, l’UE aurait le droit de prendre les mesures correctives qu’elle voudrait. Selon certains commentateurs, elle pourrait imposer des amendes considérables au gouvernement britannique en compensation des pertes commerciales. À l’heure actuelle, les tenants et aboutissants de ce « frein Stormont » restent assez vagues.
As far as I can tell, if there was a new EU law that the DUP wanted to veto coming into effect in Northern Ireland, the new Stormont Brake would work like this. pic.twitter.com/9JCZ8aSeJR
Un comptable a essayé d’expliquer l’opération du « frein Stormont » par un diagramme…
Le bras de fer des faibles
Certains pourraient être tentés de remarquer que ces concessions (si elles se révèlent être de véritables concessions) auraient pu être octroyées par l’UE il y a longtemps. Qu’est-ce qui a changé récemment ? Comme l’a dit Ursula von der Leyen, il y a un nouvel esprit de coopération face à la guerre en Ukraine et à un certain nombre de problèmes économiques communs. D’une importance au moins égale, il y a le fait que, lors des négociations sur le Brexit, l’UE avait l’avantage : la confusion qui régnait au sein de la classe politique britannique rendait désespérée la recherche par le Royaume Uni d’un accord de retrait. Depuis, cet accord a été trouvé en principe et la confusion s’est bien dissipée. En revanche, le désespoir est du côté irlandais – nord et sud – car il faut remettre en œuvre le partage des pouvoirs exécutifs prévus par les différents Accords. C’est seulement de cette manière que la province peut retrouver son autonomie relative et que ses citoyens peuvent être fixés sur leur statut entre l’UE et le Royaume Uni. Or, l’UE n’est pas signataire des Accords (pas plus que les États-Unis). La république d’Irlande, membre de l’UE, est pressée de voir les difficultés résolues. C’est donc au Royaume Uni, signataire des Accords et acteur incontournable, que revient l’avantage. Les concessions de l’UE reflètent donc, non seulement un dégel dans les relations diplomatiques, mais aussi l’initiative que les Britanniques ont pu saisir.
Il est quand même trop tôt pour déboucher le champagne. Le « cadre de Windsor » doit être approuvé par le Parlement britannique. Certains députés conservateurs restant fidèles à l’idée d’un Brexit dur pourraient se révolter contre leur gouvernement. Ce serait gênant pour Sunak mais ne constituerait pas un obstacle pour le nouveau Protocole car les Travaillistes sont prêts à le voter. La difficulté majeure est celle que présente le plus grand parti unioniste, le DUP, qui, s’il ne trouve pas le Protocole à son goût, continuera de bloquer la mise en place d’un gouvernement exécutif. Pour l’instant, les partisans de la ligne la plus dure au DUP ont exprimé leur désapprobation, mais le Parti lui-même n’a pas encore formulé sa réponse officielle. Il y a une pression pour qu’elle soit positive, car le gouvernement britannique pourrait déclencher de nouvelles élections qui ne favoriseraient pas le DUP.
Pourtant, même si le Protocole new-look est adopté, ce ne sera pas nécessairement le point final. Chaque fois que, pour une raison ou une autre, le frein Stormont sera invoqué, l’UE et le Royaume Uni seront obligés de renégocier leurs relations à la lumière de la règle faisant l’objet du frein. Au théâtre où le spectacle du Brexit se produit, on peut faire relâche de temps en temps, mais la saison elle-même est sans fin.
Maire LR du 6e arrondissement de Paris depuis 30 ans, Jean-Pierre Lecoq est une figure de l’opposition municipale. Mais il croit davantage en une opposition constructive qu’en une opposition frontale à l’Hôtel de Ville.
Causeur. Quand on sait ce que coûte l’organisation des Jeux Olympiques et quand on voit l’état dans lequel se trouve Paris, fallait-il se battre pour accueillir cet événement, et notre capitale va-t-elle en sortir gagnante – indépendamment des résultats sportifs ?
Jean-Pierre Lecoq. Je ne reprocherai pas à Mme Hidalgo de s’être battue pour obtenir les JO car Paris s’est doté ces dernières années de nombreuses installations sportives qui n’ont pas vieilli. Je pense au stade Charléty construit par Jacques Chirac, au stade de France, au parc des Princes qui a été rénové etc. À chacune de nos candidatures, il y en a eu plusieurs en vingt ans, nous avions déjà environ 80% de nos équipements. Et 2024 marquera le centenaire des JO de Paris de 1924, c’est un beau symbole. Ce qui n’était pas prévisible, c’est l’état de tension dans lequel se trouve le monde actuel : guerre en Ukraine, sortie de crise Covid, guerres asymétriques, tensions économiques etc.
Il n’en demeure pas moins que les JO de 2024 sont un rendez-vous absolument essentiel, d’autant que ce ne sera pas Paris qui jouera sa crédibilité mais la France.
Il faut donc la jouer collectif ?
Il faut bien sûr la jouer collectif ! Les Français sont par définition divisés, depuis de Gaulle et ses 365 fromages à Emmanuel Macron qui alimente les crispations à coup de petites phrases. Mais il est nécessaire que nous soyons unis pour ce rendez-vous. Cet événement nous placera sous les projecteurs du monde entier. Tous les responsables, politiques et autres, doivent en prendre conscience.
Là où il est en revanche difficile d’avoir l’esprit d’équipe, c’est face à la vie quotidienne imposée aux Parisiens: chantiers permanents et absence de coordination, pistes cyclables tracées en dépit du bon sens… En tant que maire d’arrondissement, disposez-vous de leviers pour freiner les ardeurs de l’Hôtel de Ville ?
Vous mettez le doigt sur la politique la plus clivante à Paris – avec celle des logements sociaux –, la politique des « mobilités ». Je tiens à préciser que nous votons à l’unanimité, dans le 6e arrondissement, 90% des délibérations qui nous sont soumises. Sur la sécurité par exemple, il n’y a plus de clivage puisque la maire de Paris a enfin créé une police municipale. Le débat est désormais sur son armement ou non. On estime aujourd’hui que 10% des effectifs pourraient être armés, cela se fera peut-être dans le futur, mais c’est un point sur lequel il faut être prudent et patient : tout le monde n’est pas apte à porter une arme et des formations sont nécessaires pour ceux qui en ont la capacité.
La ville de Paris a attendu beaucoup trop longtemps pour réagir face à l’invasion anarchique des trottinettes
Concernant les mobilités, Anne Hidalgo est dans la même situation qu’était Bertrand Delanoë durant son premier mandat. Il n’avait pas obtenu de majorité socialiste-communiste et a dû composer avec les Verts ; ce qu’il n’a pas eu à faire lors de son second mandat. Les communistes ne sont pas embêtants et sont pour les socialistes des alliés fidèles. En revanche, les Verts sont des alliés encombrants, infidèles et ingérables ! On voit bien à quoi ressemble la gestion des troupes écologistes au parlement. Tout cela n’est pas brillant et ils ont en plus des totems. L’un d’eux est l’automobile – qu’ils veulent faire disparaître – et un autre est le vélo – qu’ils veulent imposer à tous. Les Verts aujourd’hui, c’est Pékin en 1966 ! Il ne manque que la casquette Mao… Plus sérieusement, il est une réalité indéniable : tout le monde veut respirer un air meilleur. Les centres-villes ont été décongestionnés, et il est heureux qu’ils ne ressemblent plus à ce qu’ils étaient dans les années 1970/80. Mais ce que je reproche à nos amis écolos, c’est d’être dogmatiques et sectaires. Même les adeptes du vélo ou de la marche à pied – c’est mon cas – peuvent avoir besoin d’utiliser une voiture pour une raison ou pour une autre. Il est invraisemblable de vouloir l’interdire.
Et on voit bien que le vélo n’est pas sans danger…
Le vélo à Paris peut être dangereux. Dangereux à cause des autres cyclistes, des automobilistes, des piétons et c’est vrai qu’on assiste à un grand bazar. Il y a un travail à faire mais la majorité municipale, si inclusive, fraternelle, transversale et solidaire par ailleurs, concernant la rue et la chaussée, ne fait rien. Certains jours, on a vraiment l’impression que c’est la guerre civile ! Mais je suis optimiste car il me semble, depuis quelques semaines, que les vélos font plus attention aux piétons et aux voitures. Mais on en reparlera au retour du beau temps !
Au chapitre des mobilités qui fâchent, il y a aussi les trottinettes. L’Hôtel de Ville organise le 2 avril une votation « pour ou contre les trottinettes en libre-service ». La Mairie ne pourrait-elle pas y mettre fin d’autorité, comme elle l’a fait pour les Autolib’ ?
Bien évidemment ! Quand on est maire de Paris, et sur un sujet certes important mais qui s’ajoute à tant d’autres décisions qu’il faut prendre – social, urbanisme, sécurité etc. –, on doit assumer ses choix. D’autant qu’Anne Hidalgo nous dit quelle est sa position : en même temps qu’elle annonce cette votation, elle nous dit qu’elle est contre le maintien des trottinettes. Et David Belliard, son adjoint, en rajoute une couche en annonçant qu’elles sont très dangereuses et que lui aussi est contre. Il s’est passé avec les opérateurs de trottinettes la même chose qu’avec Airbnb : ils occupent le terrain et attendent de voir ce qu’il se passe. Airbnb a fini par être encadré à travers toute la France, mais la ville de Paris a attendu beaucoup trop longtemps pour réagir face à l’invasion anarchique des trottinettes – souvenez-vous de la pagaille des années 2018-2019. Elle a finalement apporté une réponse intelligente, mais tardive, en lançant un appel d’offre pour trois opérateurs et en créant, avec la collaboration des mairies d’arrondissements, des aires de stationnement. Et ça a plutôt été une réussite. Aujourd’hui, beaucoup de problèmes sont dus à des touristes qui abandonnent leur engin n’importe où. Au lieu d’une votation, Anne Hidalgo aurait dû mettre fin aux concessions pour, ensuite, renégocier avec les opérateurs un encadrement strict, telle que l’immatriculation des trottinettes, l’obligation pour l’utilisateur de présenter une assurance, l’obligation du port d’un casque et l’interdiction aux mineurs de moins de 16 ans. Nous vivons une situation qui est un mélange d’aveu de faiblesse et de lâcheté politique.
Le 17 février, dans son émission “Affaires en cours” sur France Culture, Marie Sorbier s’est entretenue, à l’occasion de la parution en français du livre du philosophe américain Charles Mills, Le contrat racial, avec notre philosophe à crampons national, j’ai nommé Lilian Thuram.
Antiraciste adoubé par le racialisme woke, si Lilian Thuram en a acquis très grossièrement les principes, il maîtrise encore mal l’idéologie issue de la théorie critique de la race. Peinant à former des argumentations cohérentes, il déverse le résultat de ses investigations intellectuelles d’un jet, sans faire le tri, dans le désordre le plus grand. Cela donne des choses ébouriffantes, simplistes ou totalement stupides – mais qui jamais ne surprennent la complaisante journaliste de France Culture. L’émission a commencé par une plainte désespérée et gémissante: le Contrat racial de Mills a permis à Lilian Thuram de « comprendre tout ce [qu’il a] vécu en tant que personne noire ».
De mauvais esprits rigolards escomptent que, pour compléter sa pensée bichrome, Lilian Thuram, après « Mes étoiles noires » et « La pensée blanche », écrira un jour un livre sur ce qui semble, selon eux, lui faire le plus défaut, à savoir la « matière grise »…
Avant de poursuivre, rappelons le terrible parcours semé d’embûches de Lilian Thuram : né en 1972 en Guadeloupe, ce dernier arrive en métropole en 1981. La famille vit à Bois-Colombes où, dit-il, il subit des blagues racistes. Puis c’est l’engrenage infernal dû au « racisme structurel » et à la « domination blanche » : après avoir joué pour l’US Melun, Thuram rejoint le centre de formation de l’AS Monaco. Arsène Wenger lui fait faire ses débuts et le club obtient d’excellents résultats mettant en valeur un Lilian Thuram qui quitte alors la France pour rejoindre les rangs du club de Parme puis ceux de la Juventus de Turin. Les difficultés s’amoncellent : Lilian Thuram est, à 29 ans, le défenseur le mieux payé du monde (36 millions d’euros par an). Cinq ans plus tard, le footballeur est embauché par le FC Barcelone et finit en douceur une misérable carrière qui ne l’aura vu sélectionner que 142 fois en équipe de France (record récemment battu par Hugo Lloris avec 145 sélections). Tout cela est bien triste. Et le sort s’acharne. Le déterminisme social et le racisme systémique étant ce qu’ils sont, les deux fils de Lilian Thuram n’ont pas pu sortir de l’ornière dans laquelle avait végété leur millionnaire de père : Képhren et Marcus sont eux aussi devenus des footballeurs professionnels. Le premier joue à l’OGC Nice. Le second, sélectionné en équipe de France depuis 2020, joue au Borussia Mönchengladbach pour le modeste salaire de 4,5 millions d’euros par an. Il est à craindre que sa carrière ne finisse comme celle de son père – seuls des petits clubs comme le Barça, Chelsea ou le PSG espèrent le recruter à la fin de son contrat avec le Borussia en juin de cette année. C’est moche.
Lilian Thuram, grand dominé
Après ses débuts difficiles dans la vie, Lilian Thuram s’est lancé dans une nouvelle carrière, celle de représentant antiraciste d’une fondation à son nom, ce qui lui permet de pérorer dans les médias, de donner des leçons d’antiracisme à deux balles dans les écoles et d’écrire des livres emplis de poncifs et d’anecdotes pathétiques. Deux phrases extraites de ces ouvrages dispensables montrent que Lilian Thuram a su adapter l’offre antiraciste de sa fondation à la demande woke du racialisme politique. En 2010, dans son livre Mes étoiles noires, il écrivait : « L’âme noire, le peuple noir, la pensée noire n’existent pas plus que l’âme blanche, le peuple blanc ou la pensée blanche. » Après avoir rencontré d’éminents et opportunistes entrepreneurs racialistes (Rokhaya Diallo et Pascal Blanchard, entre autres), Thuram comprend qu’il lui faut être plus incisif s’il veut développer son business. Changeant son fusil antiraciste d’épaule, il écrit en 2020 La pensée blanche, livre obsédépar une idée viciée: « Nous sommes conditionnés par la pensée blanche qui fabrique nos opinions et nous contraint à ne regarder que dans un sens. » L’ex-footballeur en profite pour raconter des anecdotes palpitantes censées démontrer des choses, on ne sait pas très bien lesquelles, même si on comprend que les Blancs doivent avant toute autre chose se sentir coupables. Un exemple parmi dix : « Un jour, une amie m’emprunte un livre. […] il s’agit de La Férocité blanche de Rosa Amelia Plumelle-Uribe. Quelques jours plus tard, la jeune femme revient me voir. Elle était vraiment bouleversée :“Je n’ai pas pu le terminer…” – “Et pourquoi ?” lui ai-je demandé. Elle a alors presque fondu en larmes, m’expliquant que le livre était trop éprouvant. “Moi, je suis blanche, disait-elle, mais je n’ai rien fait ! Ce livre décrit des horreurs insoutenables, mais je ne suis pas coupable !” » Édifiant, non ?
Au micro de France Culture, notre philosophe à crampons se lance à nouveau dans un de ces stupéfiants développements dont il a le secret : « Il faut savoir, dit-il à Marie Sorbier qui, comme nous, est tout ouïe, qu’aujourd’hui encore il y a des personnes qui sont peut-être les descendants des personnes qui ont mis en prison Martin Luther King et Nelson Mandela, et qui violentaient les personnes noires. Encore aujourd’hui il y a des personnes qui ne veulent pas changer de société. Ceux qui ne veulent pas le changement protègent la suprématie blanche. » La dialectique thuramienne n’est pas toujours facile à suivre. Elle nécessite une attention et une disposition particulières pour en pénétrer les arcanes. Marie Sorbier, appliquée, relance notre philosophe en lui demandant si, par hasard, l’éducation ne serait pas la solution au racisme. Réponse : « La solution, ça passe évidemment par l’éducation, mais il ne faut pas être naïf, c’est-à-dire que les personnes qui électrisent le débat, qui ne veulent pas le changement dans la société, elles sont éduquées – il faut jamais oublier ça en fait. Parfois c’est une volonté, vraiment, de rester dans un schéma de domination des Blancs sur les non-Blancs, parce qu’encore une fois, cette domination permet à certaines personnes d’exister, tout simplement. » France Culture ne pouvait passer sous silence les réflexions stupéfiantes de Lilian Thuram : moins élaborées que celles de Rokhaya Diallo, elles ne manquent pas d’une primitive spontanéité – proche de l’imbécillité la plus pure – et d’une archaïque ingénuité – voisine de celle qui illumine parfois les propos de Sandrine Rousseau – qui imposent le respect et la bienveillance. De mauvais espritsrigolardsescomptent que, pour compléter sa pensée bichrome, Lilian Thuram, après Mes étoiles noires et La pensée blanche, écrira un jour un livre sur ce qui semble, selon eux, lui faire le plus défaut, à savoir la matière grise. C’est se moquer à peu de frais et je ne mange pas de ce pain-là. En revanche, je ne résiste pas à l’envie de rapporter une autre anecdote racontée par notre philosophe à crampons dans son dernier ouvrage : « Un soir, je décide de téléphoner à mon ami d’enfance, Pierre. “Allo, Pierre ? Ça va ? – Salut, Lilian. Ça va, et toi ? – Dis-moi, je peux te poser une question ? – Vas-y. – Pierre, est-ce que tu as le sentiment d’être blanc ?” – Je sens une hésitation au bout du fil. – “Quoi ? Je ne comprends pas bien. – Pierre, tu es d’accord que je suis noir ? – Ben, ouais. – Si moi je suis noir, toi tu es quoi ? – Ben… je suis normal.” – Je me suis mis à rire. – “Tu es normal ? Donc moi je ne suis pas normal ? – Non, c’est pas ce que je veux dire… tu comprends ?” – Pierre et sa drôle de réponse pleine de spontanéité m’ont permis de mettre le doigt sur quelque chose d’essentiel et de profondément ancré : même si vous êtes une personne exceptionnelle, vous pouvez sans vous en rendre compte revêtir le masque blanc de la normalité. » Les mots me manquent…
On ne naît pas raciste, on le devient
En fait, et ce n’est pas le plus drôle, M. Thuram ignore qu’il menace de devenir ce qu’il dénonce, et d’incarner très exactement l’aphorisme qui trône en majesté sur le site de sa fondation: « On ne naît pas raciste, on le devient ». Au fil du temps, de ses rencontres et de ses intérêts, le sportif adulé par les Français s’est transformé – bêtement, maladroitement, mais indéniablement – en chantre du racialisme (et il faudra bien un jour définir ce qui différencie le racialisme du racisme) voire du racisme anti-Blancs. Son désir n’est pas que « nos pensées ne soient plus jamais dictées par la couleur de peau » mais, au contraire, que la couleur de peau détermine les actuelles et futures relations entre les individus sur la base d’un règlement de comptes historique reposant lui-même sur des dualités figées et hostiles : bourreaux/victimes, dominants/dominés, coupables/innocents, Blancs/Noirs.
Le plus triste est que M. Thuram ne se rend visiblement pas compte, à l’inverse par exemple de Rokhaya Diallo ou Maboula Soumahoro qui savent pertinemment ce qu’elles font, qu’il alimente ainsi tous les ressentiments, toutes les rancunes, toutes les aigreurs qui aboutiront inévitablement à l’édification d’une société conflictuelle et raciste.
L’effondrement du niveau scolaire et les dérives idéologiques qui définissent désormais l’Éducation nationale ne laissent pas indifférent. Et en dénonçant un «Grand Endoctrinement», Éric Zemmour a annoncé le moyen de le contrer: le réseau Parents vigilants. Ce n’est pas un chantier mais un combat culturel qu’il est nécessaire de mener. Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Jonathan Siksou.
Causeur. Comment est née l’idée des « Parents vigilants » ?
Éric Zemmour. Tout au long de ma campagne, j’ai été marqué, même surpris, par la récurrence de la question scolaire dans les discussions que j’avais avec nos compatriotes. Ici des grands-parents qui hébergeaient leurs petits-enfants pour contourner la carte scolaire, là un grand-frère qui devait aller chercher sa sœur au collège pour lui éviter le racket, ici encore une mère célibataire qui trimait pour payer une école privée à ses deux fils après avoir découvert la propagande dont ils étaient bombardés dès l’école primaire ! Il m’est donc paru évident que nous devions nous emparer du sujet de l’école. En septembre dernier, j’ai fait un discours pour dénoncer ce que j’appelle le « Grand Endoctrinement » et pour lancer un réseau de Parents vigilants à travers toute la France. Les parents, qui étaient jusqu’ici souvent démunis et isolés, peuvent désormais se rassembler et disposent chez nous d’une équipe qui les écoute, les soutient, les informe, met en lumière leur situation et essaie de résoudre leurs problèmes ou d’empêcher le scandale qu’ils nous signalent.
Le nouveau numéro du magazine est disponible à la vente ce 1er mars 2023.
Avez-vous été surpris par le succès du dispositif ?
Surpris, oui ! Nous n’avions pas anticipé à quel point la réaction allait être massive ! Six mois après le début de la campagne, nous avons réuni plus de 40 000 Parents vigilants et recueilli des milliers de témoignages.
L’effondrement du niveau scolaire rend les élèves encore plus malléables face au Grand Endoctrinement
Ces témoignages sont-ils tous d’électeurs de Reconquête ?
Plus de la moitié ne vient pas de Reconquête, mais a été séduit par l’initiative. Aux États-Unis, l’exemple du gouverneur de Floride, Ron DeSantis montre à quel point le sujet scolaire rassemble : son combat contre l’idéologie woke à l’école a rendu ce Républicain extrêmement populaire jusque dans l’électorat démocrate afro-américain. Ce travail illustre la façon dont j’envisage l’action de Reconquête : celle d’un parti politique solide, mais pas seulement. Nous devons aussi peser sur le champ culturel dans la vie de tous les jours. La droite a trop longtemps abandonné ce terrain.
Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans ces témoignages ?
Toute une génération est prise en tenaille entre propagande woke et offensive islamique ! Nous retrouvons à l’école presque tous les maux de notre pays : effondrement de l’État, haine de soi, pertes des repères les plus évidents, violence, offensive islamique, collapsologie pseudo-écolo. Sincèrement, je pense qu’on ne mesure pas la propagande qui est déversée sur nos enfants et qui fait son chemin à travers les manuels scolaires, les enseignants ou encore les intervenants extérieurs. Il faut savoir que de nombreuses associations sont ainsi agréées par l’État pour intervenir devant des enfants et défendre les migrants (SOS Méditerranée) ou évoquer des « troubles de l’identité » et des « changements de genre », au moment où leur notion du réel est la plus fragile, et la relation à leur corps la plus compliquée. Ce n’est pas un hasard si 22 % des 18-30 ans s’estiment non binaires. J’ajoute autre chose : dans notre analyse, nous pointons aussi l’effondrement du niveau scolaire – attesté par tous les classements internationaux – qui rend les élèves encore plus malléables face au Grand Endoctrinement.
Pour vous, les premières responsabilités sont-elles celles des professeurs de plus en plus militants ou celles de l’institution ?
Les deux, mon général ! L’institution couvre bien trop souvent les professeurs militants et vit dans le « pas de vague »… J’en veux surtout aux responsables politiques qui nous ont conduits dans le mur, par idéologie ou par lâcheté. Quand le ministre de l’Éducation, Pap Ndiaye, se donne pour objectif de « réduire les inégalités » à l’école, il dit à quel point la situation va continuer d’empirer… Il s’agit en plus d’un dévoiement des mots : ces inégalités « sociales » ne sont plus considérées que sous le prisme du genre ou de la race. Or, pour moi, ce sont les apprentissages fondamentaux – lire, écrire, compter – qui permettent d’échapper à sa condition sociale, pas le discours victimaire de la gauche !
On découvre que même l’école privée catholique n’est pas à l’abri.
Exactement. Depuis des décennies, la lutte forcenée pour la prétendue mixité sociale a conduit beaucoup de parents à fuir le public. Rendez-vous compte : à Paris, 40 % des enfants sont dans le privé ! Mais le gouvernement risque d’empirer la situation, car la machine égalitariste entend désormais s’attaquer à l’enseignement privé en imposant, là aussi, des quotas de « diversité ». De la même façon que les millions de Français qui ont fui les banlieues, pour se réfugier dans le périurbain ou à la campagne, voient désormais Emmanuel Macron répartir les migrants jusque dans les villages, les parents qui ont fui l’école publique retrouvent le même égalitarisme destructeur dans le privé ! Nous avons de nombreux témoignages au sujet d’écoles catholiques où les enseignantes sont des femmes voilées, où la propagande fait rage et où le niveau chute… Des îlots préservés existent encore et le hors-contrat en fait sans doute partie, mais pour combien de temps ?
Au-delà de lancer l’alerte, pensez-vous que Parents vigilants peut permettre de changer le cours des choses ? Avez-vous déjà réussi à faire reculer l’institution ?
Bien sûr ! En novembre dernier, par exemple, à Valenciennes, nous avons fait annuler une sortie scolaire dans un camp d’immigrés clandestins en informant simplement sur cette sortie et en révélant le cursus de la professeur impliquée, présidente d’une association pro-migrants. En réaction, un député d’extrême gauche est allé jusqu’à demander la dissolution des Parents vigilants et de Reconquête ! Depuis des décennies, la gauche a pris l’habitude d’endoctriner sans la moindre opposition, alors forcément, quand on se met en travers de sa route, elle hurle. Il va falloir qu’ils s’y habituent !
Quel est l’avenir de Parents vigilants ? Comptez-vous les structurer de façon pérenne ?
Oui, et nous envisageons même de participer aux élections scolaires l’an prochain, notamment pour contrer la FCPE et sa dérive islamo-gauchiste. Avant cela, nous allons publier un recueil de témoignages, car ils valent le détour, et organiser un colloque sur la question scolaire au mois d’avril. Plus largement, nous continuons de structurer notre réseau à travers tout le pays. Aujourd’hui, chez Reconquête, une équipe composée de nos cadres, de parents d’élèves et de professeurs traite les témoignages, apporte des réponses, aide les parents qui témoignent. Des réunions entre Parents vigilants commencent même à voir le jour un peu partout en France. Que vos lecteurs n’hésitent pas à y contribuer et à nous rejoindre via le site www.protegeons-nos-enfants.fr.
Comment expliquez-vous qu’un sujet aussi fondamental que l’École ne soit pas en tête des préoccupations des électeurs, donc des politiques ?
Je crois que ce sujet est bel et bien dans les préoccupations quotidiennes des parents et des grands-parents. Et le succès des Parents vigilants le prouve. Mais ce sont les politiques – et ceux de droite en tête – qui ont abandonné le sujet, comme si l’école devait être reléguée au rang de simple question technique. Songez-y : la dernière grande mobilisation de droite sur la question scolaire, c’est la mobilisation pour l’école libre en… 1984 !
En lisant ces messages consternants, on se dit que c’est foutu et qu’il ne reste plus qu’à fermer la boutique France. Vous avez dix lignes pour nous redonner de l’espoir…
Vous connaissez l’Histoire : regardez à quel point la situation peut changer en une génération. En moins de dix ans, la génération de nos enfants est devenue écolo. Ce qui est possible dans un sens l’est aussi dans l’autre. Les exemples ne manquent pas. Il suffit de voir à quelle vitesse les pays asiatiques ont atteint des sommets d’excellence scolaire, en imitant bien souvent les méthodes dont nous nous sommes débarrassés et qui fonctionnent. Nous connaissons le mode d’emploi : nous l’avons inventé ! Réutilisons-le ! Le combat pour l’avenir de nos enfants ouvre la voie d’un succès politique, électoral mais surtout culturel et moral.
Au Nicaragua, où la Justice est aux ordres de Daniel Ortega, 222 prisonniers ont été déchus de leur nationalité après une refonte du code de la nationalité par les députés…
En novembre 2015, trois jours après les attentats de Paris, François Hollande suggérait de déchoir de leur nationalité française les terroristes. Une proposition qui ne verra jamais le jour. Deux ans plus tard, l’ancien président confessait à la télé regretter ses mots.
222 prisonniers déchus de leur nationalité
Pays d’Amérique centrale officiellement communiste, le Nicaragua ne s’embarrasse pas l’esprit de tels remords. Revenu à la tête du pays il y a seize ans, Daniel Ortega a libéré, le jeudi 9 février, 222 prisonniers politiques. Dans la foulée, le Tribunal de Managua a ordonné leur déportation immédiate. De quoi sont accusés ces trouble-fête ? De « saper l’indépendance, la souveraineté et l’autodétermination du peuple en incitant à la violence, au terrorisme et à la déstabilisation économique », pointe le communiqué du tribunal. En d’autres termes, d’avoir publiquement émis des critiques à l’endroit de la main de fer de Daniel Ortega et de Rosario Murillo, son épouse et poétesse bien aimée – qu’il a nommée vice-présidente du pays il y a cinq ans.
Parmi ces « mercenaires de l’impérialisme » (sic), se trouvent d’anciens compagnons de route du guide Ortega, un ancien candidat à la présidence, cinq prêtres et un évêque.
À leur libération, les 222 mercenaires se sont vu affréter un avion rien que pour eux, direction Washington. Puis l’Assemblée nationale a réformé l’article de la Constitution portant sur la nationalité. Immédiatement, les indésirables ont été privés de leur citoyenneté nicaraguayenne pour « trahison à la patrie ».
Dès le lendemain, par la voix de son Premier ministre Pedro Sánchez, l’Espagne a décidé d’offrir la nationalité espagnole aux apatrides. Notre gouvernement leur proposera-t-il l’asile ? Il a déjà fort à faire avec les 15 femmes et 32 enfants de djihadistes, rapatriés en janvier de Syrie. « La souveraineté du pays et la dignité de la patrie ne se négocient pas », a déclaré pour sa part Daniel Ortega. En voilà au moins un qui a les idées claires.
Le ministre de l’Intérieur s’est récemment prononcé pour un retrait des 12 points du permis en cas de conduite sous stupéfiant. Amusant, car cela s’apparente à une dépénalisation de la drogue à bas bruit. Explications.
Fidèle à son mentor, Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin n’a pas manqué de rebondir sur le drame causé par Pierre Palmade. Outre l’inutile projet de création du délit d’« homicide routier », ce communicant retors en a profité pour envisager de supprimer les 12 points du permis de « toute personne qui conduit alors qu’elle a consommé de la drogue ». Simple et efficace ? Ni l’un ni l’autre a priori.
-6 points, un coup de semonce déjà dissuasif
Parier sur l’efficacité de la mesure, c’est s’imaginer que les millions d’utilisateurs de cannabis, cocaïne, MDMA ou ecstasy (liste non exhaustive) vont significativement baisser leur consommation. En revanche, c’est s’affranchir du palier de six points retirés – sanction actuelle et coup de semonce plutôt dissuasif pour ne pas s’y faire prendre deux fois. Au fil du temps, l’application résolue d’une telle mesure finirait par permettre de doubler le nombre de conducteurs sans permis (donc sans assurance) – un million aujourd’hui sillonnent les routes. Une ambition que l’on abandonnera à notre ministre de l’Intérieur.
Quant à la simplicité de la chose, elle n’a rien d’évident. En effet, tout comme ceux de l’alcool, les effets des drogues se dissipent dans les heures qui suivent leur prise. En revanche, les traces laissées dans l’organisme n’ont pas la même durée de vie suivant le produit. On peut ainsi détecter l’alcool dans le sang seulement dix à douze heures après sa consommation, alors qu’il faut deux jours pour éliminer la cocaïne et une à trois semaines pour le cannabis. Ce dernier reste détectable dans les cheveux trois mois après l’écrasement du pétard (à côté du cendrier). On est pourtant, heureusement, et depuis longtemps, autant en état de conduire que celui qui s’était pris une cuite au même moment. Il conviendrait ainsi de définir le délai réaliste après lequel on aurait le droit de reprendre le volant – ça, ce serait une ambition fort légitime de nature à avoir une influence sur les consommateurs.
Il faut donc, comme pour l’alcool et ses 0,5 g/l, déterminer un seuil de détection en deçà duquel le conducteur ne sera plus considéré comme sous l’empire de la drogue. Amusant, car cela s’apparente à une dépénalisation à bas bruit. Ce n’est certainement pas ce que notre ministre avait en tête.
Chers lecteurs, chers abonnés et, si vous m’y autorisez, chers amis, car on écrit toujours en s’adressant à des amis inconnus…
Ce n’est pas pour vous faire pleurer, mais les temps sont durs. Pour vous. Et pour nous aussi.
D’abord, nous devons encaisser une augmentation considérable de nos coûts de production. À l’exception de nos salaires, nos coûts de production augmentent à commencer par le papier, poste qui s’est alourdi de 40%. Cela veut dire beaucoup moins de moyens, notamment pour rémunérer les auteurs. Or, Causeur, c’est d’abord une troupe d’esprits libres qui veulent réfléchir, comprendre, critiquer, dénoncer, tout ça en se marrant. Et tout ça avec vous. Causeur est une conversation.
Or, si les coûts augmentent, les recettes diminuent. Quand l’avenir est incertain, beaucoup d’entre vous rognent sur les dépenses qu’ils jugent non-essentielles, comme on disait au temps de la Covid. À nous de vous convaincre que votre abonnement à Causeur est une dépense essentielle.
Notre force, c’est que nous n’appartenons à aucun camp. Dans le paysage idéologique, nous avons des amis, des cousins même, mais nous conservons un inconscient libertaire, un goût pour la coquinerie et, par-dessus tout, un amour de la liberté y compris dans ses excès, qui nous éloigne parfois d’eux.
Seulement, cette force est aussi une faiblesse. Nous sommes seuls. Certes, nous avons des actionnaires patients, que je remercie ici en particulier. Nous avons des amis. Mais pas de puissants parrains qui, en trois coups de téléphone nous ramèneraient les 100 pages de pub annuelles qui nous tireraient d’affaire. Et la réputation de fachos que nous font aimablement des confrères qui ne nous ont jamais lu n’aide pas. Beaucoup de gens confient qu’ils aiment Causeur comme s’ils sortaient du bordel.
Pour traverser cette mauvaise passe – et trouver notre équilibre économique –, nous avons besoin de publicité, d’abonnements, de ventes et de dons. Faites-nous connaître à vos amis, offrez des abonnements !
Comme vous, nous voyons disparaître le monde que nous aimons et l’humanité à laquelle nous appartenons. Comme vous nous ne nous y résignons pas. Bien sûr, nous ne sommes pas parfaits. Nous vous énervons parfois. Mais à vous de savoir : voudriez-vous vivre dans un monde sans Causeur ?
La une de L’Incorrect fait beaucoup jaser. Sous le titre « Les jeunes coupent le cordon », trois jeunes gens, visiblement copains, se marrent: Guilhem Carayon, Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, respectivement responsables jeunes de LR, de « Reconquête ! » et du RN. Si l’entretien n’est pas encore disponible en ligne, le message est clair: chez les jeunes, l’union des droites a déjà eu lieu ! Cette jeunesse décomplexée se parle, se côtoie, festoie ensemble sans se soucier des frontières partisanes et des haines recuites de ses chefs. « J’espère que nous combattrons ensemble », déclare notamment Thionnet.
Sans surprise, cette photo a suscité les cris d’orfraie des néo-chiraquiens de LR qui croient, ou feignent de croire, qu’il y a un mur infranchissable entre ce qu’ils appellent l’extrême droite et eux, droite autoproclamée républicaine c’est-à-dire fréquentable. Par exemple, François Durovray, président du Conseil départemental de l’Essonne, somme Eric Ciotti de démettre le jeune Carayon, coupable de crime de dialogue. Preuve que la gauche n’a pas le monopole du sectarisme.
Faut-il y voir la preuve que la diabolisation marche toujours?
Non. Ou plutôt, elle marche encore un peu pour Eric Zemmour, car là, les médias ont mis le paquet. Pour le RN, la diabolisation relève aujourd’hui du rituel, de l’incantation vaudou ou de la pensée magique. Quand Olivier Dussopt, le ministre du Travail, a affirmé, lors des discussions sur la réforme des retraites, qu’à l’Assemblée les élus RN avaient été plus républicains que les Insoumis, on a entendu des réactions outragées, comme s’il avait dit qu’Hitler était un chic type. Mathilde Panot a tweeté gravement : «La honte». Plus personne ne croit à cet antifascisme d’opérette (car il n’y a pas de fascistes en vue), ni au cordon sanitaire qui allait avec.
Pour la majorité des Français, le RN est un parti comme les autres. S’ils ne votent pas pour Marine Le Pen, c’est parce qu’ils n’aiment pas son étatisme ou qu’ils doutent de sa compétence (quoique de moins en moins) : des raisons normales, banales. Mais, elle ne fait pas peur. D’ailleurs, au palmarès des politiques préférés du JDD, Marine Le Pen est numéro 2, entre Edouard Philippe et Bruno Le Maire. Pour le Times, grand quotidien à Londres, elle sera la prochaine présidente. Cela se murmure aussi à Paris, en une de L’Obs.
L’Obs
L’avancée silencieuse
Cette « avancée silencieuse » prouve une nouvelle fois que l’indignation morale est inopérante.
La première raison du succès de Marine Le Pen, c’est que ses adversaires lui ont fait cadeau du réel (l’expression est d’Alain Finkielkraut). Ils n’argumentent pas, ils agitent des gousses d’ail ou des croix. Depuis des années, ils s’enferment dans un déni sidérant : le niveau monte à l’école… l’immigration est une chance pour la France… et le grand remplacement un fantasme d’extrême droite. Ils ne veulent pas voir ce qu’ils voient, et ils nazifient ceux qui voient.
En 40 ans, ils ont ainsi réussi à faire passer le FN/RN de moins de 10% à plus de 40% des voix. Encore un petit effort, et ils amèneront Marine Le Pen à l’Élysée. Comme ça, pendant cinq ans, ils pourront jouer à la Résistance.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi après le journal de 8 heures
Guilhem Carayon (LR), Stanislas Rigault (Reconquête) et Pierre-Romain Thionnet (RN) en une du magazine "L'Incorrect". D.R.
Le magazine L’Incorrect vient de réussir un joli coup, autant médiatique que politique.
Et qui a fait parler avant même la sortie en kiosque du numéro de mars du mensuel. Dans celui-ci, L’Incorrect mène un grand entretien réunissant les figures de la jeunesse des partis situés « à droite » d’Emmanuel Macron. La « jeune droite », puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, et même si le terme de « droite » est précisément l’un des sujets de ce débat, est interviewée par Arthur de Watrigant, Wandrille de Guerpel et Jérôme Besnard. Elle évoque ses divergences et convergences sur tous les grands sujets du moment.
L’Incorrect n°62
À tout seigneur tout honneur, Pierre-Romain Thionnet, 28 ans, président du Rassemblement national de la Jeunesse (RNJ), présenté comme un gaulliste social, a la tâche de représenter ici la principale force politique située à la droite de la majorité gouvernementale dans l’hémicycle (88 députés). Révélation de la jeunesse politique de la campagne présidentielle passée, Stanislas Rigault, 23 ans, est le président de Génération Zemmour et porte-parole de Reconquête ! dont il continue à porter le message malgré les déconvenues politiques du candidat Eric Zemmour. Enfin, Guilhem Carayon, 23 ans, porte-parole du parti Les Républicains (LR), après avoir été nommé à ce poste par son président Eric Ciotti, est défini comme libéral-conservateur, et vient d’une longue tradition familiale de droite (RPR puis UMP). Retraites, système de santé, éducation, immigration, Ukraine, tous les sujets sont abordés, permettant de se faire une idée bien précise des positionnements de chacun.
Sur la réforme des retraites, une alliance LR-Reconquête
Sur la réforme des retraites, Pierre-Romain Thionnet détaille la ligne qui est celle du RN dans la bataille. Il se montre catégoriquement opposé à la réforme gouvernementale, pointant les nombreuses injustices qu’elle porte, démontrant par le menu qu’elle n’est pas indispensable, détaillant les diverses autres pistes de financement existantes (démographie, productivité, réindustrialisation et lutte contre le chômage, notamment). Guilhem Carayon et Stanislas Rigault, eux, se disent tous deux favorables au principe du report de l’âge de départ à la retraite. Même s’ils y mettent toutes les nuances, et émettent quelques propositions alternatives, ils soutiennent évidemment, comme leurs partis respectifs, la réforme qu’Emmanuel Macron tente actuellement de faire adopter. Par soucis comptables principalement. La dette et les déficits chroniques (commercial comme de l’État) nous y obligeraient, par souci de préserver notre souveraineté, selon eux. Ce sera le point crucial sur lequel on observera une divergence nette entre le dirigeant du RNJ et les porte-parole de LR et Reconquête !
Tous trois sont d’accord pour faire de la réindustrialisation de la France une priorité. Et même, pour mettre en œuvre une politique nataliste. Guilhem Carayon déplore : « Nous avons la natalité la plus basse depuis 1946 ! » Une politique « fasciste », en somme, pour Sandrine Rousseau et ses acolytes de la Nupes. Oui, c’est ainsi qu’ils l’ont décrite, lorsque des députés du RN ont récemment proposé cette orientation…
Santé, école et… immigration
Les trois jeunes sont également d’accord pour déplorer l’état dramatique de notre service hospitalier, même si Pierre-Romain Thionnet rappelle opportunément à Guilhem Carayon que les réformes néolibérales engagées par les gouvernements RPR-UMP des années 2000 portent une lourde responsabilité dans ce délabrement des services publics de santé.
La question de l’éducation arrive ensuite, et l’on s’aperçoit que chacun tombe spontanément d’accord pour affirmer que la politique d’immigration de ces dernières années est la principale cause du dysfonctionnement majeur que connaît l’Éducation nationale. Cachez cette réalité que Pap N’Diaye ne veut pas voir ! Ainsi, la politique d’immigration arrive spontanément et rapidement sur la table lors de ce débat : l’esbroufe perpétuelle de la « politique d’immigration » de Gérald Darmanin est mal perçue par MM. Thionnet, Rigault et Carayon, aucun n’y accorde le moindre crédit. En 2022, Emmanuel Macron vient de décrocher le record historique d’immigration légale entrant en France (325 000 immigrés légaux), et l’invasion migratoire semble fatalement devoir s’amplifier.
Pierre-Romain Thionnet souligne que le RN n’avait aucune divergence programmatique avec Reconquête sur la question migratoire, durant la campagne présidentielle, hormis la question des prénoms. On perçoit bien, y compris chez Guilhem Carayon qui appartient à une droite plus modérée, une réelle conscience que l’avenir de la France se joue sur cette question de l’immigration légale. L’on ne peut qu’espérer dès lors que leurs partis respectifs se décideront enfin à l’arrêter, une fois arrivés au pouvoir.
Sur l’Ukraine, la droite gênée ?
La question ukrainienne arrive, enfin, et la gêne se fait palpable sur ce sujet. Signe peut-être de la séduction profonde sur la droite qu’ont exercé depuis 2000 le virilisme d’un Vladimir Poutine et la fierté russe retrouvée face à une globalisation américaine peu conforme à l’esprit de la droite française « tradi ». MM. Thionnet, Rigault et Carayon sont évidemment d’accord pour condamner l’invasion russe et soutenir l’Ukraine. « Sans armes offensives » pour Pierre-Romain Thionnet. « Sujet compliqué » pour Stanislas Rigaut. « Pas de solution facile » pour Guilhem Carayon. La droite française est bien emmerdée. Mais subsiste néanmoins l’espoir que la Russie pourra réintégrer la famille européenne « dans 15 ou 20 ans », pour Pierre-Romain Thionnet.
Sauver la France
Le bilan d’Emmanuel Macron est désastreux, c’est entendu. Pour la suite, Guilhem Carayon pense à Laurent Wauquiez, à qui il tresse les plus beaux lauriers. Pour Stanislas Rigault, l’avenir passe par une coalition des trois forces, à l’image de la spectaculaire victoire remportée en Italie par Giorgia Meloni, laquelle a su rassembler Matteo Salvini et Silvio Berlusconi dans un gouvernement d’union. Pierre-Romain Thionnet forme également l’espoir qu’ils se retrouveront tous sous la même bannière pour battre Emmanuel Macron et son successeur. On réalise que ces jeunes-là se connaissent, se comprennent, s’estiment, s’apprécient et qu’ils ont en commun d’avoir pleinement conscience des défis que la France doit affronter. Et l’on se dit que des divergences économiques sur la réforme du système des retraites ou des questions de personnalités pour incarner une candidature commune pèsent finalement bien peu à côté du devoir de sauver la France.
Le président LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, s’est insurgé depuis contre la une de nos confrères
Je maintiendrai toujours le cordon avec l’extrême droite. Je me battrai pour qu’il n’y ait jamais d’alliance avec eux. Nous n’avons pas la même conception de la politique et de l’intérêt général. On ne dirige pas un pays en le fracturant ! pic.twitter.com/THONdK6UW8
Mais la réalité des LR nous rattrapant, au galop, on se dit qu’il reste encore un peu de travail à faire chez ces derniers. Avant même la parution de l’entretien, le président LR du conseil départemental de l’Essonne François Durovray demandait la démission de Guilhem Carayon de son poste de porte-parole, suivi par la vice-présidente LR de la région Grand Est Valérie Debord… Pendant ce temps, Jordan Bardella, interrogé par France Inter, répondait qu’il souhaitait effectivement le rassemblement de tous les patriotes, le plus large possible. Bardella est légitime pour le demander : des trois partis impliqués dans la dernière présidentielle et participant à cet entretien, rappelons que c’est LR qui a fini à 4%…
« La TV des 70’s », le documentaire écrit par Philippe Thuillier, est reprogrammé ce vendredi soir sur France 3 à 21h10. À ne pas rater.
Rétrospectivement et collectivement, nous avons été sévères, trop sévères avec la télé à paillettes des Carpentier et de Monsieur Lux, des Jeux de 20 heures et de Ring Parade. Nous étions des snobs et de mauvais coucheurs. Voilà tout, des idiots incapables d’estimer notre chance. Alors que nous vivions, sans le savoir, une parenthèse enchantée, la collusion heureuse entre une certaine exigence culturelle et les prémices d’un audimat fou, l’amalgame entre la variété à patte d’eph’ et les salles silencieuses de la BNF, entre la rue de Valois et les studios de Cognacq-Jay naissait une idylle contre nature pour le bien de la Nation.
Garcimore, Danielle Gilbert, Coluche, Desproges…
Cette télé des années 1970 qui se voulait libératrice et émancipatrice, débarrassée de la tutelle de l’État tout en ne s’offrant pas aux appétits voraces de la privatisation fut initiée par Giscard, le réformateur en haut de forme, communicant auvergnat imitant les Kennedy avec un naturel « inutilement guindé », selon sa propre expression. Nouvellement élu le 19 mai 1974, le président dissout l’ORTF dans la foulée et fait sortir de son chapeau tel Garcimore, trois chaînes : TF1, Antenne 2 et FR3. En France, tout commence par une révolution de palais et se termine par de petits arrangements entre amis. Comme tous les élans refondateurs, après quelques ajustements technocratiques et des nominations sensibles, le soufflé de la liberté, cette chère irrévérence, retomba.
Logos des trois chaînes de télévision françaises dans les années 70
Avouons qu’il mit un certain temps avant de retomber. Il y eut du mou dans la zapette, donc des espaces de totale subversion, qui seraient inimaginables aujourd’hui, purent ici et là éclore ; des talents du music-hall ou de la presse écrite, Coluche et Desproges, par exemple, s’invitèrent dans le salon des Français. Et puis, vigilants, les hommes politiques s’étant habitués à leur hochet télévisuel, ils ne furent plus tellement disposés à le partager. Ils préférèrent le garder pour leur strict usage personnel et électoral. Pourtant, malgré les menaces de reprise en main et la marchandisation de la société, cette télé des années 1970 nous paraît a posteriori rafraîchissante, d’une innocence et d’une fantaisie dont nous avons perdu la recette. On la trouvait bébête, commerciale à souhait, criarde et bavarde, saturée de couleurs et de tubes obsédants.
De la tenue, du direct
Le documentaire diffusé ce soir est là pour confirmer notre méprise, il nous éclaire sur un bouillon de pop-culture qui mérite vraiment le détour. Cette télé imaginée pour les classes moyennes était finalement « élitiste » en comparaison de nos codes actuels, inventive, caustique parfois, poétique assez souvent, marrante car le direct offrait des instants de funambulisme aux animateurs et elle avait en même temps de la tenue. Les invités s’y exprimaient sans la bouillie idéologique à la mode et aussi étonnant que cela puisse paraître, avec une forme de sincérité. Quand on voit la désolation de nos samedis soir, la faiblesse des débats, la moraline à gros tube déversée sur le moindre sujet d’actualité et une floppée d’artistes ne pouvant aligner deux mots distinctement sans paraître puérils ou pontifiants… On appelle Sheila, Nicoletta, Dave et Michel Delpech à la rescousse !
Il suffit de voir le spectacle de la dernière cérémonie des César où, à l’exception de quelques professionnels du rire comme Jérôme Commandeur ou de l’élégant Benoît Magimel, le combat culturel semble perdu. Des acteurs bafouillant de gratitude, sans charme et sans malice, toujours au premier degré, dépourvu de la moindre qualité oratoire, ça laisse perplexe. Alors, on se consolera en revoyant Danielle Gilbert jonglant avec les aléas du direct aussi agile que Mabrouk dans « 30 millions d’amis », on se pincera devant un Bouvard intervieweur-agresseur d’une méchanceté jouissive ou d’un Jacques Martin ténor lyonnais soupe au lait et génial dynamiteur du ronron habituel.
Dans cette décennie bénie, Sagan passait une tête dans la lucarne, Brassens grattait sa guitare, Nino Ferrer nous emportait par sa mélancolie abrasive, Jean-Claude Brialy était un exquis maître d’hôtel, Robert Chapatte coiffait le sport, Sim se déguisait, Dorothée était émouvante et Jean-Jacques Debout écrivait une comédie musicale chaque semaine. Quelle joie également de revoir Martine Chardon et Virginia Crespeau, mes deux speakerines préférées. J’attends qu’un jour, un réalisateur s’empare du personnage de Guy Lux dans un biopic épique, à son image, flamboyant et bondissant. SVP bonsoir !
France 3, vendredi 3 mars à 21 h 10. Rediffusion mercredi 8 mars à 23h40.
Le nouveau Protocole sur l’Irlande du Nord annoncé cette semaine dans la ville royale de Windsor mettra-t-il fin aux tensions qui, depuis 2016, perturbent les relations entre l’UE et le Royaume Uni ? Permettra-t-il aux partis politiques nord-irlandais de sortir de l’impasse qui paralyse leurs institutions gouvernementales ? Nous autorise-t-il à dire que le Brexit est enfin terminé ?
Lundi 27 février, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre britannique, Rishi Sunak, ont annoncé avec grande pompe être arrivés, d’un commun accord, à un remaniement du « Protocole sur l’Irlande et l’Irlande du Nord ». Ce résultat intervient après des négociations, parfois houleuses, qui duraient depuis que le Royaume Uni avait quitté l’UE à la fin du mois de janvier 2020. D’ailleurs, le destin de l’Irlande du Nord et de la frontière terrestre entre le nord et le sud posait un problème dès le début des pourparlers sur le Brexit en 2017. Aujourd’hui, quatre questions se posent :
L’UE, quoique toujours soucieuse de préserver l’intégrité du marché unique, semble avoir fait des concessions…
Pourquoi cette nouvelle version du protocole est-elle nécessaire ? Quels en sont les principes ? Comment les deux partis sont-ils enfin arrivés à un nouvel accord ? Et enfin, le nouveau protocole sera-t-il apte à résoudre les différents problèmes provoqués par le Brexit ?
Mon royaume pour un protocole !
Rappelons brièvement les enjeux. Signés en 1998, les fameux Accords du vendredi saint – car il y en a deux : l’un entre la plupart des partis politiques nord-irlandais et l’autre entre le Royaume Uni et la république d’Irlande – ont mis plus ou moins fin à l’ère des troubles en garantissant, entre autres choses, l’invisibilisation relative de la frontière nord/sud. Cette invisibilisation était possible grâce au fait que les deux territoires faisaient partie du marché unique de l’UE et que des contrôles douaniers n’étaient pas nécessaires. Désormais, les deux camps en Irlande du Nord – celui des nationalistes et celui des unionistes – pouvaient garder leurs perceptions opposées des choses. Les nationalistes avaient l’impression de vivre dans une Irlande presque réunifiée, tandis que les unionistes avaient celle de vivre dans un Royaume toujours Uni. Le Brexit a mis en danger cet équilibre délicat en menaçant de rétablir une frontière douanière entre les deux Irlande.
On se souviendra que Theresa May a fait une vaine tentative pour réaliser la quadrature de ce cercle avec son fameux « back stop », un serpent de mer éphémère bien oublié aujourd’hui. Boris Johnson a créé l’illusion d’une résolution de l’imbroglio à travers son « Protocole sur l’Irlande et l’Irlande du Nord » qui fait partie de l’« Accord sur le retrait » signé en décembre 2019. Ce Protocole maintient l’Irlande du Nord dans le marché unique de l’UE et en même temps l’installe dans une union douanière avec la Grande Bretagne. Le problème, c’est qu’il dessine une frontière douanière entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume Uni. L’invisibilisation, chère aux nationalistes, de la frontière nord/sud est préservée, tandis qu’une nouvelle frontière est/ouest devient visible, au grand dam des unionistes qui se prétendent floués.
Une renégociation du Protocole était donc nécessaire afin d’atteindre les objectifs suivants.
Dans la mesure du possible, invisibiliser la frontière est/ouest en rendant beaucoup plus fluide le passage des biens entre le Royaume Uni et l’Irlande du Nord.
Rétablir le partage des pouvoirs en Irlande du Nord entre les nationalistes et les unionistes, partage garanti par les Accords du Vendredi saint et l’Accord de Saint-Andrews de 2006.
Mettre enfin un terme aux négociations sur le Brexit et améliorer les relations entre le Royaume Uni, d’un côté, et de l’autre, l’UE, la France et les Etats-Unis.
Aux dernières élections à l’Assemblée d’Irlande du Nord, le parti nationaliste, Sinn Féin, a eu le plus d’élus, lui donnant le droit de former un gouvernement exécutif et de désigner le Premier ministre. Mais à condition que le plus grand parti unioniste, en l’occurrence le Parti unioniste démocrate (DUP), y participe. Or, ce parti refuse obstinément de donner son accord afin d’exprimer son hostilité au Protocole et à la frontière douanière est/ouest.
En même temps, la difficulté des négociations sur le Protocole a prolongé les tensions qui avaient caractérisé les négociations sur le Brexit, tensions particulièrement exacerbées entre le Royaume Uni et la France – et sur le plan personnel, entre Boris Johnson et Emmanuel Macron. Outre-Atlantique, le président Biden, faisant grand cas de ses racines irlandaises et désireux de choyer ses électeurs irlando-américains, voyait d’un très mauvais œil les difficultés créées en Irlande par la non-résolution du problème. Par conséquent, une note discordante s’était fait entendre dans les relations normalement cordiales entre les Etats-Unis et le Royaume Uni.
Ainsi, une renégociation réussie trancherait d’un seul coup plusieurs nœuds gordiens.
Un vieux protocole dans une nouvelle bouteille ?
Le résultat des négociations est surnommé « le cadre de Windsor » (« the Windsor Framework ») d’après le nom de la ville où Sunak et von der Leyen ont fait leur annonce. La nouvelle version du Protocole est-elle si différente de la première ? Les objections à celle-ci formulées par les unionistes tournaient surtout autour des contrôles douaniers bureautiques et coûteux imposés aux biens traversant la Mer d’Irlande d’est en ouest, et du rôle joué par la Cour de justice européenne dans la gestion des normes et réglementations appliquées sur le territoire nord-irlandais.
À cet égard, l’UE, quoique toujours soucieuse de préserver l’intégrité du marché unique, semble avoir fait des concessions. Concernant les contrôles douaniers, on propose des couloirs « verts » pour les biens destinés à rester en Irlande du Nord et « rouges » pour ceux destinés à finir dans la république et donc dans le marché unique. Les biens passant par les couloirs verts ne seraient pas normalement sujets à des contrôles physiques. Il reste deux bémols du point de vue unioniste : pour pouvoir exploiter le couloir vert, il faudrait avoir l’agrément officiel de « commerçant de confiance » (plus ou moins l’équivalent d’« Opérateur économique agréé » dans la législation française), et les vérifications ne disparaîtraient pas complètement.
Quant à la capacité de la Cour de justice européenne à intervenir dans les affaires de l’Irlande du Nord, elle serait réduite, mais toujours réelle. En revanche, si la TVA européenne continue à s’appliquer en Irlande du Nord, ce sera avec des assouplissements pour reconnaître l’appartenance de la province au Royaume Uni.
La concession apparemment la plus spectaculaire de l’UE s’appelle « le frein Stormont » (« the Stormont Brake »), d’après le nom de l’Assemblée nord-irlandaise). Si au moins 30 (un tiers) des députés de l’Assemblée, appartenant à au moins deux partis politiques, soutiennent une proposition contestant une nouvelle règle adoptée par le marché unique, le gouvernement britannique aura le droit d’opposer un véto à son application en Irlande du Nord. Ce véto ne pourrait être invoqué que dans des circonstances exceptionnelles et si la nouvelle règle européenne créait une situation ingérable dans la province. Si la suspension de la règle se révélait permanente, l’UE aurait le droit de prendre les mesures correctives qu’elle voudrait. Selon certains commentateurs, elle pourrait imposer des amendes considérables au gouvernement britannique en compensation des pertes commerciales. À l’heure actuelle, les tenants et aboutissants de ce « frein Stormont » restent assez vagues.
As far as I can tell, if there was a new EU law that the DUP wanted to veto coming into effect in Northern Ireland, the new Stormont Brake would work like this. pic.twitter.com/9JCZ8aSeJR
Un comptable a essayé d’expliquer l’opération du « frein Stormont » par un diagramme…
Le bras de fer des faibles
Certains pourraient être tentés de remarquer que ces concessions (si elles se révèlent être de véritables concessions) auraient pu être octroyées par l’UE il y a longtemps. Qu’est-ce qui a changé récemment ? Comme l’a dit Ursula von der Leyen, il y a un nouvel esprit de coopération face à la guerre en Ukraine et à un certain nombre de problèmes économiques communs. D’une importance au moins égale, il y a le fait que, lors des négociations sur le Brexit, l’UE avait l’avantage : la confusion qui régnait au sein de la classe politique britannique rendait désespérée la recherche par le Royaume Uni d’un accord de retrait. Depuis, cet accord a été trouvé en principe et la confusion s’est bien dissipée. En revanche, le désespoir est du côté irlandais – nord et sud – car il faut remettre en œuvre le partage des pouvoirs exécutifs prévus par les différents Accords. C’est seulement de cette manière que la province peut retrouver son autonomie relative et que ses citoyens peuvent être fixés sur leur statut entre l’UE et le Royaume Uni. Or, l’UE n’est pas signataire des Accords (pas plus que les États-Unis). La république d’Irlande, membre de l’UE, est pressée de voir les difficultés résolues. C’est donc au Royaume Uni, signataire des Accords et acteur incontournable, que revient l’avantage. Les concessions de l’UE reflètent donc, non seulement un dégel dans les relations diplomatiques, mais aussi l’initiative que les Britanniques ont pu saisir.
Il est quand même trop tôt pour déboucher le champagne. Le « cadre de Windsor » doit être approuvé par le Parlement britannique. Certains députés conservateurs restant fidèles à l’idée d’un Brexit dur pourraient se révolter contre leur gouvernement. Ce serait gênant pour Sunak mais ne constituerait pas un obstacle pour le nouveau Protocole car les Travaillistes sont prêts à le voter. La difficulté majeure est celle que présente le plus grand parti unioniste, le DUP, qui, s’il ne trouve pas le Protocole à son goût, continuera de bloquer la mise en place d’un gouvernement exécutif. Pour l’instant, les partisans de la ligne la plus dure au DUP ont exprimé leur désapprobation, mais le Parti lui-même n’a pas encore formulé sa réponse officielle. Il y a une pression pour qu’elle soit positive, car le gouvernement britannique pourrait déclencher de nouvelles élections qui ne favoriseraient pas le DUP.
Pourtant, même si le Protocole new-look est adopté, ce ne sera pas nécessairement le point final. Chaque fois que, pour une raison ou une autre, le frein Stormont sera invoqué, l’UE et le Royaume Uni seront obligés de renégocier leurs relations à la lumière de la règle faisant l’objet du frein. Au théâtre où le spectacle du Brexit se produit, on peut faire relâche de temps en temps, mais la saison elle-même est sans fin.
Jean-Pierre Lecoq, maire du 6ᵉ arrondissement de Paris depuis 1994. Photo : D.R.
Maire LR du 6e arrondissement de Paris depuis 30 ans, Jean-Pierre Lecoq est une figure de l’opposition municipale. Mais il croit davantage en une opposition constructive qu’en une opposition frontale à l’Hôtel de Ville.
Causeur. Quand on sait ce que coûte l’organisation des Jeux Olympiques et quand on voit l’état dans lequel se trouve Paris, fallait-il se battre pour accueillir cet événement, et notre capitale va-t-elle en sortir gagnante – indépendamment des résultats sportifs ?
Jean-Pierre Lecoq. Je ne reprocherai pas à Mme Hidalgo de s’être battue pour obtenir les JO car Paris s’est doté ces dernières années de nombreuses installations sportives qui n’ont pas vieilli. Je pense au stade Charléty construit par Jacques Chirac, au stade de France, au parc des Princes qui a été rénové etc. À chacune de nos candidatures, il y en a eu plusieurs en vingt ans, nous avions déjà environ 80% de nos équipements. Et 2024 marquera le centenaire des JO de Paris de 1924, c’est un beau symbole. Ce qui n’était pas prévisible, c’est l’état de tension dans lequel se trouve le monde actuel : guerre en Ukraine, sortie de crise Covid, guerres asymétriques, tensions économiques etc.
Il n’en demeure pas moins que les JO de 2024 sont un rendez-vous absolument essentiel, d’autant que ce ne sera pas Paris qui jouera sa crédibilité mais la France.
Il faut donc la jouer collectif ?
Il faut bien sûr la jouer collectif ! Les Français sont par définition divisés, depuis de Gaulle et ses 365 fromages à Emmanuel Macron qui alimente les crispations à coup de petites phrases. Mais il est nécessaire que nous soyons unis pour ce rendez-vous. Cet événement nous placera sous les projecteurs du monde entier. Tous les responsables, politiques et autres, doivent en prendre conscience.
Là où il est en revanche difficile d’avoir l’esprit d’équipe, c’est face à la vie quotidienne imposée aux Parisiens: chantiers permanents et absence de coordination, pistes cyclables tracées en dépit du bon sens… En tant que maire d’arrondissement, disposez-vous de leviers pour freiner les ardeurs de l’Hôtel de Ville ?
Vous mettez le doigt sur la politique la plus clivante à Paris – avec celle des logements sociaux –, la politique des « mobilités ». Je tiens à préciser que nous votons à l’unanimité, dans le 6e arrondissement, 90% des délibérations qui nous sont soumises. Sur la sécurité par exemple, il n’y a plus de clivage puisque la maire de Paris a enfin créé une police municipale. Le débat est désormais sur son armement ou non. On estime aujourd’hui que 10% des effectifs pourraient être armés, cela se fera peut-être dans le futur, mais c’est un point sur lequel il faut être prudent et patient : tout le monde n’est pas apte à porter une arme et des formations sont nécessaires pour ceux qui en ont la capacité.
La ville de Paris a attendu beaucoup trop longtemps pour réagir face à l’invasion anarchique des trottinettes
Concernant les mobilités, Anne Hidalgo est dans la même situation qu’était Bertrand Delanoë durant son premier mandat. Il n’avait pas obtenu de majorité socialiste-communiste et a dû composer avec les Verts ; ce qu’il n’a pas eu à faire lors de son second mandat. Les communistes ne sont pas embêtants et sont pour les socialistes des alliés fidèles. En revanche, les Verts sont des alliés encombrants, infidèles et ingérables ! On voit bien à quoi ressemble la gestion des troupes écologistes au parlement. Tout cela n’est pas brillant et ils ont en plus des totems. L’un d’eux est l’automobile – qu’ils veulent faire disparaître – et un autre est le vélo – qu’ils veulent imposer à tous. Les Verts aujourd’hui, c’est Pékin en 1966 ! Il ne manque que la casquette Mao… Plus sérieusement, il est une réalité indéniable : tout le monde veut respirer un air meilleur. Les centres-villes ont été décongestionnés, et il est heureux qu’ils ne ressemblent plus à ce qu’ils étaient dans les années 1970/80. Mais ce que je reproche à nos amis écolos, c’est d’être dogmatiques et sectaires. Même les adeptes du vélo ou de la marche à pied – c’est mon cas – peuvent avoir besoin d’utiliser une voiture pour une raison ou pour une autre. Il est invraisemblable de vouloir l’interdire.
Et on voit bien que le vélo n’est pas sans danger…
Le vélo à Paris peut être dangereux. Dangereux à cause des autres cyclistes, des automobilistes, des piétons et c’est vrai qu’on assiste à un grand bazar. Il y a un travail à faire mais la majorité municipale, si inclusive, fraternelle, transversale et solidaire par ailleurs, concernant la rue et la chaussée, ne fait rien. Certains jours, on a vraiment l’impression que c’est la guerre civile ! Mais je suis optimiste car il me semble, depuis quelques semaines, que les vélos font plus attention aux piétons et aux voitures. Mais on en reparlera au retour du beau temps !
Au chapitre des mobilités qui fâchent, il y a aussi les trottinettes. L’Hôtel de Ville organise le 2 avril une votation « pour ou contre les trottinettes en libre-service ». La Mairie ne pourrait-elle pas y mettre fin d’autorité, comme elle l’a fait pour les Autolib’ ?
Bien évidemment ! Quand on est maire de Paris, et sur un sujet certes important mais qui s’ajoute à tant d’autres décisions qu’il faut prendre – social, urbanisme, sécurité etc. –, on doit assumer ses choix. D’autant qu’Anne Hidalgo nous dit quelle est sa position : en même temps qu’elle annonce cette votation, elle nous dit qu’elle est contre le maintien des trottinettes. Et David Belliard, son adjoint, en rajoute une couche en annonçant qu’elles sont très dangereuses et que lui aussi est contre. Il s’est passé avec les opérateurs de trottinettes la même chose qu’avec Airbnb : ils occupent le terrain et attendent de voir ce qu’il se passe. Airbnb a fini par être encadré à travers toute la France, mais la ville de Paris a attendu beaucoup trop longtemps pour réagir face à l’invasion anarchique des trottinettes – souvenez-vous de la pagaille des années 2018-2019. Elle a finalement apporté une réponse intelligente, mais tardive, en lançant un appel d’offre pour trois opérateurs et en créant, avec la collaboration des mairies d’arrondissements, des aires de stationnement. Et ça a plutôt été une réussite. Aujourd’hui, beaucoup de problèmes sont dus à des touristes qui abandonnent leur engin n’importe où. Au lieu d’une votation, Anne Hidalgo aurait dû mettre fin aux concessions pour, ensuite, renégocier avec les opérateurs un encadrement strict, telle que l’immatriculation des trottinettes, l’obligation pour l’utilisateur de présenter une assurance, l’obligation du port d’un casque et l’interdiction aux mineurs de moins de 16 ans. Nous vivons une situation qui est un mélange d’aveu de faiblesse et de lâcheté politique.
Le 17 février, dans son émission “Affaires en cours” sur France Culture, Marie Sorbier s’est entretenue, à l’occasion de la parution en français du livre du philosophe américain Charles Mills, Le contrat racial, avec notre philosophe à crampons national, j’ai nommé Lilian Thuram.
Antiraciste adoubé par le racialisme woke, si Lilian Thuram en a acquis très grossièrement les principes, il maîtrise encore mal l’idéologie issue de la théorie critique de la race. Peinant à former des argumentations cohérentes, il déverse le résultat de ses investigations intellectuelles d’un jet, sans faire le tri, dans le désordre le plus grand. Cela donne des choses ébouriffantes, simplistes ou totalement stupides – mais qui jamais ne surprennent la complaisante journaliste de France Culture. L’émission a commencé par une plainte désespérée et gémissante: le Contrat racial de Mills a permis à Lilian Thuram de « comprendre tout ce [qu’il a] vécu en tant que personne noire ».
De mauvais esprits rigolards escomptent que, pour compléter sa pensée bichrome, Lilian Thuram, après « Mes étoiles noires » et « La pensée blanche », écrira un jour un livre sur ce qui semble, selon eux, lui faire le plus défaut, à savoir la « matière grise »…
Avant de poursuivre, rappelons le terrible parcours semé d’embûches de Lilian Thuram : né en 1972 en Guadeloupe, ce dernier arrive en métropole en 1981. La famille vit à Bois-Colombes où, dit-il, il subit des blagues racistes. Puis c’est l’engrenage infernal dû au « racisme structurel » et à la « domination blanche » : après avoir joué pour l’US Melun, Thuram rejoint le centre de formation de l’AS Monaco. Arsène Wenger lui fait faire ses débuts et le club obtient d’excellents résultats mettant en valeur un Lilian Thuram qui quitte alors la France pour rejoindre les rangs du club de Parme puis ceux de la Juventus de Turin. Les difficultés s’amoncellent : Lilian Thuram est, à 29 ans, le défenseur le mieux payé du monde (36 millions d’euros par an). Cinq ans plus tard, le footballeur est embauché par le FC Barcelone et finit en douceur une misérable carrière qui ne l’aura vu sélectionner que 142 fois en équipe de France (record récemment battu par Hugo Lloris avec 145 sélections). Tout cela est bien triste. Et le sort s’acharne. Le déterminisme social et le racisme systémique étant ce qu’ils sont, les deux fils de Lilian Thuram n’ont pas pu sortir de l’ornière dans laquelle avait végété leur millionnaire de père : Képhren et Marcus sont eux aussi devenus des footballeurs professionnels. Le premier joue à l’OGC Nice. Le second, sélectionné en équipe de France depuis 2020, joue au Borussia Mönchengladbach pour le modeste salaire de 4,5 millions d’euros par an. Il est à craindre que sa carrière ne finisse comme celle de son père – seuls des petits clubs comme le Barça, Chelsea ou le PSG espèrent le recruter à la fin de son contrat avec le Borussia en juin de cette année. C’est moche.
Lilian Thuram, grand dominé
Après ses débuts difficiles dans la vie, Lilian Thuram s’est lancé dans une nouvelle carrière, celle de représentant antiraciste d’une fondation à son nom, ce qui lui permet de pérorer dans les médias, de donner des leçons d’antiracisme à deux balles dans les écoles et d’écrire des livres emplis de poncifs et d’anecdotes pathétiques. Deux phrases extraites de ces ouvrages dispensables montrent que Lilian Thuram a su adapter l’offre antiraciste de sa fondation à la demande woke du racialisme politique. En 2010, dans son livre Mes étoiles noires, il écrivait : « L’âme noire, le peuple noir, la pensée noire n’existent pas plus que l’âme blanche, le peuple blanc ou la pensée blanche. » Après avoir rencontré d’éminents et opportunistes entrepreneurs racialistes (Rokhaya Diallo et Pascal Blanchard, entre autres), Thuram comprend qu’il lui faut être plus incisif s’il veut développer son business. Changeant son fusil antiraciste d’épaule, il écrit en 2020 La pensée blanche, livre obsédépar une idée viciée: « Nous sommes conditionnés par la pensée blanche qui fabrique nos opinions et nous contraint à ne regarder que dans un sens. » L’ex-footballeur en profite pour raconter des anecdotes palpitantes censées démontrer des choses, on ne sait pas très bien lesquelles, même si on comprend que les Blancs doivent avant toute autre chose se sentir coupables. Un exemple parmi dix : « Un jour, une amie m’emprunte un livre. […] il s’agit de La Férocité blanche de Rosa Amelia Plumelle-Uribe. Quelques jours plus tard, la jeune femme revient me voir. Elle était vraiment bouleversée :“Je n’ai pas pu le terminer…” – “Et pourquoi ?” lui ai-je demandé. Elle a alors presque fondu en larmes, m’expliquant que le livre était trop éprouvant. “Moi, je suis blanche, disait-elle, mais je n’ai rien fait ! Ce livre décrit des horreurs insoutenables, mais je ne suis pas coupable !” » Édifiant, non ?
Au micro de France Culture, notre philosophe à crampons se lance à nouveau dans un de ces stupéfiants développements dont il a le secret : « Il faut savoir, dit-il à Marie Sorbier qui, comme nous, est tout ouïe, qu’aujourd’hui encore il y a des personnes qui sont peut-être les descendants des personnes qui ont mis en prison Martin Luther King et Nelson Mandela, et qui violentaient les personnes noires. Encore aujourd’hui il y a des personnes qui ne veulent pas changer de société. Ceux qui ne veulent pas le changement protègent la suprématie blanche. » La dialectique thuramienne n’est pas toujours facile à suivre. Elle nécessite une attention et une disposition particulières pour en pénétrer les arcanes. Marie Sorbier, appliquée, relance notre philosophe en lui demandant si, par hasard, l’éducation ne serait pas la solution au racisme. Réponse : « La solution, ça passe évidemment par l’éducation, mais il ne faut pas être naïf, c’est-à-dire que les personnes qui électrisent le débat, qui ne veulent pas le changement dans la société, elles sont éduquées – il faut jamais oublier ça en fait. Parfois c’est une volonté, vraiment, de rester dans un schéma de domination des Blancs sur les non-Blancs, parce qu’encore une fois, cette domination permet à certaines personnes d’exister, tout simplement. » France Culture ne pouvait passer sous silence les réflexions stupéfiantes de Lilian Thuram : moins élaborées que celles de Rokhaya Diallo, elles ne manquent pas d’une primitive spontanéité – proche de l’imbécillité la plus pure – et d’une archaïque ingénuité – voisine de celle qui illumine parfois les propos de Sandrine Rousseau – qui imposent le respect et la bienveillance. De mauvais espritsrigolardsescomptent que, pour compléter sa pensée bichrome, Lilian Thuram, après Mes étoiles noires et La pensée blanche, écrira un jour un livre sur ce qui semble, selon eux, lui faire le plus défaut, à savoir la matière grise. C’est se moquer à peu de frais et je ne mange pas de ce pain-là. En revanche, je ne résiste pas à l’envie de rapporter une autre anecdote racontée par notre philosophe à crampons dans son dernier ouvrage : « Un soir, je décide de téléphoner à mon ami d’enfance, Pierre. “Allo, Pierre ? Ça va ? – Salut, Lilian. Ça va, et toi ? – Dis-moi, je peux te poser une question ? – Vas-y. – Pierre, est-ce que tu as le sentiment d’être blanc ?” – Je sens une hésitation au bout du fil. – “Quoi ? Je ne comprends pas bien. – Pierre, tu es d’accord que je suis noir ? – Ben, ouais. – Si moi je suis noir, toi tu es quoi ? – Ben… je suis normal.” – Je me suis mis à rire. – “Tu es normal ? Donc moi je ne suis pas normal ? – Non, c’est pas ce que je veux dire… tu comprends ?” – Pierre et sa drôle de réponse pleine de spontanéité m’ont permis de mettre le doigt sur quelque chose d’essentiel et de profondément ancré : même si vous êtes une personne exceptionnelle, vous pouvez sans vous en rendre compte revêtir le masque blanc de la normalité. » Les mots me manquent…
On ne naît pas raciste, on le devient
En fait, et ce n’est pas le plus drôle, M. Thuram ignore qu’il menace de devenir ce qu’il dénonce, et d’incarner très exactement l’aphorisme qui trône en majesté sur le site de sa fondation: « On ne naît pas raciste, on le devient ». Au fil du temps, de ses rencontres et de ses intérêts, le sportif adulé par les Français s’est transformé – bêtement, maladroitement, mais indéniablement – en chantre du racialisme (et il faudra bien un jour définir ce qui différencie le racialisme du racisme) voire du racisme anti-Blancs. Son désir n’est pas que « nos pensées ne soient plus jamais dictées par la couleur de peau » mais, au contraire, que la couleur de peau détermine les actuelles et futures relations entre les individus sur la base d’un règlement de comptes historique reposant lui-même sur des dualités figées et hostiles : bourreaux/victimes, dominants/dominés, coupables/innocents, Blancs/Noirs.
Le plus triste est que M. Thuram ne se rend visiblement pas compte, à l’inverse par exemple de Rokhaya Diallo ou Maboula Soumahoro qui savent pertinemment ce qu’elles font, qu’il alimente ainsi tous les ressentiments, toutes les rancunes, toutes les aigreurs qui aboutiront inévitablement à l’édification d’une société conflictuelle et raciste.
L’effondrement du niveau scolaire et les dérives idéologiques qui définissent désormais l’Éducation nationale ne laissent pas indifférent. Et en dénonçant un «Grand Endoctrinement», Éric Zemmour a annoncé le moyen de le contrer: le réseau Parents vigilants. Ce n’est pas un chantier mais un combat culturel qu’il est nécessaire de mener. Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Jonathan Siksou.
Causeur. Comment est née l’idée des « Parents vigilants » ?
Éric Zemmour. Tout au long de ma campagne, j’ai été marqué, même surpris, par la récurrence de la question scolaire dans les discussions que j’avais avec nos compatriotes. Ici des grands-parents qui hébergeaient leurs petits-enfants pour contourner la carte scolaire, là un grand-frère qui devait aller chercher sa sœur au collège pour lui éviter le racket, ici encore une mère célibataire qui trimait pour payer une école privée à ses deux fils après avoir découvert la propagande dont ils étaient bombardés dès l’école primaire ! Il m’est donc paru évident que nous devions nous emparer du sujet de l’école. En septembre dernier, j’ai fait un discours pour dénoncer ce que j’appelle le « Grand Endoctrinement » et pour lancer un réseau de Parents vigilants à travers toute la France. Les parents, qui étaient jusqu’ici souvent démunis et isolés, peuvent désormais se rassembler et disposent chez nous d’une équipe qui les écoute, les soutient, les informe, met en lumière leur situation et essaie de résoudre leurs problèmes ou d’empêcher le scandale qu’ils nous signalent.
Le nouveau numéro du magazine est disponible à la vente ce 1er mars 2023.
Avez-vous été surpris par le succès du dispositif ?
Surpris, oui ! Nous n’avions pas anticipé à quel point la réaction allait être massive ! Six mois après le début de la campagne, nous avons réuni plus de 40 000 Parents vigilants et recueilli des milliers de témoignages.
L’effondrement du niveau scolaire rend les élèves encore plus malléables face au Grand Endoctrinement
Ces témoignages sont-ils tous d’électeurs de Reconquête ?
Plus de la moitié ne vient pas de Reconquête, mais a été séduit par l’initiative. Aux États-Unis, l’exemple du gouverneur de Floride, Ron DeSantis montre à quel point le sujet scolaire rassemble : son combat contre l’idéologie woke à l’école a rendu ce Républicain extrêmement populaire jusque dans l’électorat démocrate afro-américain. Ce travail illustre la façon dont j’envisage l’action de Reconquête : celle d’un parti politique solide, mais pas seulement. Nous devons aussi peser sur le champ culturel dans la vie de tous les jours. La droite a trop longtemps abandonné ce terrain.
Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans ces témoignages ?
Toute une génération est prise en tenaille entre propagande woke et offensive islamique ! Nous retrouvons à l’école presque tous les maux de notre pays : effondrement de l’État, haine de soi, pertes des repères les plus évidents, violence, offensive islamique, collapsologie pseudo-écolo. Sincèrement, je pense qu’on ne mesure pas la propagande qui est déversée sur nos enfants et qui fait son chemin à travers les manuels scolaires, les enseignants ou encore les intervenants extérieurs. Il faut savoir que de nombreuses associations sont ainsi agréées par l’État pour intervenir devant des enfants et défendre les migrants (SOS Méditerranée) ou évoquer des « troubles de l’identité » et des « changements de genre », au moment où leur notion du réel est la plus fragile, et la relation à leur corps la plus compliquée. Ce n’est pas un hasard si 22 % des 18-30 ans s’estiment non binaires. J’ajoute autre chose : dans notre analyse, nous pointons aussi l’effondrement du niveau scolaire – attesté par tous les classements internationaux – qui rend les élèves encore plus malléables face au Grand Endoctrinement.
Pour vous, les premières responsabilités sont-elles celles des professeurs de plus en plus militants ou celles de l’institution ?
Les deux, mon général ! L’institution couvre bien trop souvent les professeurs militants et vit dans le « pas de vague »… J’en veux surtout aux responsables politiques qui nous ont conduits dans le mur, par idéologie ou par lâcheté. Quand le ministre de l’Éducation, Pap Ndiaye, se donne pour objectif de « réduire les inégalités » à l’école, il dit à quel point la situation va continuer d’empirer… Il s’agit en plus d’un dévoiement des mots : ces inégalités « sociales » ne sont plus considérées que sous le prisme du genre ou de la race. Or, pour moi, ce sont les apprentissages fondamentaux – lire, écrire, compter – qui permettent d’échapper à sa condition sociale, pas le discours victimaire de la gauche !
On découvre que même l’école privée catholique n’est pas à l’abri.
Exactement. Depuis des décennies, la lutte forcenée pour la prétendue mixité sociale a conduit beaucoup de parents à fuir le public. Rendez-vous compte : à Paris, 40 % des enfants sont dans le privé ! Mais le gouvernement risque d’empirer la situation, car la machine égalitariste entend désormais s’attaquer à l’enseignement privé en imposant, là aussi, des quotas de « diversité ». De la même façon que les millions de Français qui ont fui les banlieues, pour se réfugier dans le périurbain ou à la campagne, voient désormais Emmanuel Macron répartir les migrants jusque dans les villages, les parents qui ont fui l’école publique retrouvent le même égalitarisme destructeur dans le privé ! Nous avons de nombreux témoignages au sujet d’écoles catholiques où les enseignantes sont des femmes voilées, où la propagande fait rage et où le niveau chute… Des îlots préservés existent encore et le hors-contrat en fait sans doute partie, mais pour combien de temps ?
Au-delà de lancer l’alerte, pensez-vous que Parents vigilants peut permettre de changer le cours des choses ? Avez-vous déjà réussi à faire reculer l’institution ?
Bien sûr ! En novembre dernier, par exemple, à Valenciennes, nous avons fait annuler une sortie scolaire dans un camp d’immigrés clandestins en informant simplement sur cette sortie et en révélant le cursus de la professeur impliquée, présidente d’une association pro-migrants. En réaction, un député d’extrême gauche est allé jusqu’à demander la dissolution des Parents vigilants et de Reconquête ! Depuis des décennies, la gauche a pris l’habitude d’endoctriner sans la moindre opposition, alors forcément, quand on se met en travers de sa route, elle hurle. Il va falloir qu’ils s’y habituent !
Quel est l’avenir de Parents vigilants ? Comptez-vous les structurer de façon pérenne ?
Oui, et nous envisageons même de participer aux élections scolaires l’an prochain, notamment pour contrer la FCPE et sa dérive islamo-gauchiste. Avant cela, nous allons publier un recueil de témoignages, car ils valent le détour, et organiser un colloque sur la question scolaire au mois d’avril. Plus largement, nous continuons de structurer notre réseau à travers tout le pays. Aujourd’hui, chez Reconquête, une équipe composée de nos cadres, de parents d’élèves et de professeurs traite les témoignages, apporte des réponses, aide les parents qui témoignent. Des réunions entre Parents vigilants commencent même à voir le jour un peu partout en France. Que vos lecteurs n’hésitent pas à y contribuer et à nous rejoindre via le site www.protegeons-nos-enfants.fr.
Comment expliquez-vous qu’un sujet aussi fondamental que l’École ne soit pas en tête des préoccupations des électeurs, donc des politiques ?
Je crois que ce sujet est bel et bien dans les préoccupations quotidiennes des parents et des grands-parents. Et le succès des Parents vigilants le prouve. Mais ce sont les politiques – et ceux de droite en tête – qui ont abandonné le sujet, comme si l’école devait être reléguée au rang de simple question technique. Songez-y : la dernière grande mobilisation de droite sur la question scolaire, c’est la mobilisation pour l’école libre en… 1984 !
En lisant ces messages consternants, on se dit que c’est foutu et qu’il ne reste plus qu’à fermer la boutique France. Vous avez dix lignes pour nous redonner de l’espoir…
Vous connaissez l’Histoire : regardez à quel point la situation peut changer en une génération. En moins de dix ans, la génération de nos enfants est devenue écolo. Ce qui est possible dans un sens l’est aussi dans l’autre. Les exemples ne manquent pas. Il suffit de voir à quelle vitesse les pays asiatiques ont atteint des sommets d’excellence scolaire, en imitant bien souvent les méthodes dont nous nous sommes débarrassés et qui fonctionnent. Nous connaissons le mode d’emploi : nous l’avons inventé ! Réutilisons-le ! Le combat pour l’avenir de nos enfants ouvre la voie d’un succès politique, électoral mais surtout culturel et moral.
Au Nicaragua, où la Justice est aux ordres de Daniel Ortega, 222 prisonniers ont été déchus de leur nationalité après une refonte du code de la nationalité par les députés…
En novembre 2015, trois jours après les attentats de Paris, François Hollande suggérait de déchoir de leur nationalité française les terroristes. Une proposition qui ne verra jamais le jour. Deux ans plus tard, l’ancien président confessait à la télé regretter ses mots.
222 prisonniers déchus de leur nationalité
Pays d’Amérique centrale officiellement communiste, le Nicaragua ne s’embarrasse pas l’esprit de tels remords. Revenu à la tête du pays il y a seize ans, Daniel Ortega a libéré, le jeudi 9 février, 222 prisonniers politiques. Dans la foulée, le Tribunal de Managua a ordonné leur déportation immédiate. De quoi sont accusés ces trouble-fête ? De « saper l’indépendance, la souveraineté et l’autodétermination du peuple en incitant à la violence, au terrorisme et à la déstabilisation économique », pointe le communiqué du tribunal. En d’autres termes, d’avoir publiquement émis des critiques à l’endroit de la main de fer de Daniel Ortega et de Rosario Murillo, son épouse et poétesse bien aimée – qu’il a nommée vice-présidente du pays il y a cinq ans.
Parmi ces « mercenaires de l’impérialisme » (sic), se trouvent d’anciens compagnons de route du guide Ortega, un ancien candidat à la présidence, cinq prêtres et un évêque.
À leur libération, les 222 mercenaires se sont vu affréter un avion rien que pour eux, direction Washington. Puis l’Assemblée nationale a réformé l’article de la Constitution portant sur la nationalité. Immédiatement, les indésirables ont été privés de leur citoyenneté nicaraguayenne pour « trahison à la patrie ».
Dès le lendemain, par la voix de son Premier ministre Pedro Sánchez, l’Espagne a décidé d’offrir la nationalité espagnole aux apatrides. Notre gouvernement leur proposera-t-il l’asile ? Il a déjà fort à faire avec les 15 femmes et 32 enfants de djihadistes, rapatriés en janvier de Syrie. « La souveraineté du pays et la dignité de la patrie ne se négocient pas », a déclaré pour sa part Daniel Ortega. En voilà au moins un qui a les idées claires.