Lors d’une émission de CNews, « Punchline », animée par Laurence Ferrari, un psychologue, le Dr. Doridot s’est exprimé sur la violence des adolescents. Ce thème était introduit par l’assassinat d’une professeur d’espagnol à Saint-Jean-de-Luz par un de ses élèves âgé de 16 ans et cette tragédie avait mené les débatteurs à s’interroger sur la violence actuelle des adolescents: le harcèlement via les réseaux sociaux ou pas, les agressions au couteau, les morts d’un coup de couteau… Comme si, de tout temps, les adolescents s’étaient promenés avec un couteau de cuisine à la main. C’est alors que le Dr. Doridot a pris la parole pour dire que « la violence chez les adolescents a toujours existé depuis la Guerre des boutons » et que « l’école sait de moins en moins canaliser cette violence. » Deux choses ont frappé Bécassine dans cette phrase. La première concerne cette violence qui existe depuis toujours, voir la fameuse « guerre des boutons ». Bah justement, elle l’a vu, ce film, et la différence qui existe entre les canifs des enfants des deux bandes et les couteaux que les garçons d’aujourd’hui utilisent, ne tient pas seulement à une différence de taille, mais aussi et surtout à une autre fonction. Car dans le film en question, les canifs servent à couper les fils des boutons et pas à entrer dans le corps de « l’adversaire ». Ces boutons sont donc les médiateurs fondamentaux de la violence ici symbolique et non réelle. Certes, violence il y a: l’humiliation de rentrer en tenant son pantalon à deux mains, la colère parentale qui ne comprend rien à la disparition systématique de ces boutons, les effets de cette colère, etc. Mais il n’empêche que le couteau ou canif jamais n’attaque l’autre directement et que la situation est à tout moment réversible. Une fois c’est une bande qui a le dessus, une fois c’est l’autre et cela peut recommencer à l’infini.
Le bouton est ainsi devenu dans cette histoire le médiateur intelligent qui permet de « canaliser la violence » comme dit le monsieur ; de la ritualiser. Quant à l’école qui ne saurait plus « canaliser » cette violence, Bécassine en a assez de l’entendre. Non qu’elle souscrive au renoncement à la Loi que l’École dans son étrange christianisation inconsciente a intégré au nom de la compréhension et de la fausse charité qui va avec; loin s’en faut et elle s’est assez battue à ce sujet avec ses collègues (symboliquement s’entend puisqu’elle sait parler; autre médiation fondamentale entre l’autre et moi, et l’extrême pauvreté linguistique des élèves explique autant que l’absence de Loi les passages à l’acte pour cause de dé-symbolisation fatale), mais elle fatigue devant le refus de voir que l’École n’est pas déliée de l’histoire et que notre époque n’offre plus aux adolescents en question la moindre initiation qui leur permettrait d’intégrer leurs pulsions. Et qu’elle favorise même cette violence que les professeurs devraient « canaliser » ! Un canal manque, c’est certain. Il s’appelle le symbolique et sa disparition signera la nôtre.
Dans un monde où il devient de plus en plus difficile de déterminer qui sont nos alliés, et surtout de pouvoir compter sur eux, la déclaration conjointe entre la France, l’Inde et les Émirats arabes unis est porteuse d’un certain espoir.
Le 4 février 2023, ces trois pays si différents les uns des autres ont convenu ensemble d’agir de manière coordonnée sur des sujets stratégiques majeurs, notamment l’énergie et la protection de la biodiversité.
Ce rapprochement a commencé le 19 septembre 2022, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, date de la première rencontre dans un format trilatéral pensé pour répondre à des défis qui commandent des actions communes et fédératrices. Cette union tire sa logique des positions géographiques des trois pays engagés. C’est malheureusement parfois oublié, mais la France est présente sur tous les océans du globe. Avec un espace maritime de 11 millions de kilomètres carrés, la France est la deuxième puissance maritime mondiale en termes de superficie. En 2020, une information passait d’ailleurs un peu inaperçue, relative à l’Océan Indien ; les Nations Unies autorisaient notre pays à étendre son territoire sous-marin de 150 000 km2 au large de la Réunion et des Terres australes et antarctiques. Cela porte désormais notre espace à 730 000 km2 de sols et sous-sols au fond des océans, avec une option sur 500 000 km2 supplémentaires.
Entre Paris et Dubaï, c’est quasiment la lune de miel !
Le 3 décembre 2022, accompagné d’une importante délégation de ministres et de dirigeants d’entreprises, Emmanuel Macron avait déjà signé plusieurs accords avec l’émirat. Un succès qui a encore renforcé les liens étroits entre cet acteur majeur du Moyen-Orient et la France, son partenaire occidental le plus fidèle. Ainsi, les Emiratis vont-ils faire l’acquisition de 80 Rafales fabriqués par le constructeur Dassault Aviation, une commande d’un montant de 16 milliards d’euros qui a grandement satisfait Eric Trappier, directeur général du groupe, et son partenaire Tarek Abdul Raheem Al-Hosani, PDG de Tawazun Economic Council.
Nos accords sont solides car ils se fondent sur une longue expérience. Depuis la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, les partenariats militaires et culturels se sont multipliés. Officiellement inaugurée le 26 mai 2009, la base militaire française d’Abu Dhabi compte 700 hommes et est équipée des armements les plus performants, à l’image du VBCI issu d’une collaboration entre Nexter Systems et Renault Trucks Défense. Sur le plan culturel, le Louvre d’Abu Dhabi est une vitrine de prestige pour la France et ses arts, visité par les élites asiatiques et africaines qui ont fait du pays du Golfe l’une de leurs destinations privilégiées de villégiature. Mais les collaborations ne s’arrêtent pas là, Alstom ayant par exemple livré le tramway de Dubaï.
Un accord tripartite signé alors que s’approche la COP 28 de… Dubaï
L’accord tripartite est donc la poursuite d’une politique profitable, mais aussi l’affirmation de nouvelles ambitions avec l’Inde qui devient la première puissance démographique du monde et qui est un élément majeur des BRICS. Les enjeux de protection de l’environnement, de plus en plus importants et scrutés avec attention par les opinions publiques mondiales, singulièrement occidentales, n’ont pas non plus été oubliés. Les trois pays étudient la possibilité de travailler conjointement avec l’Association des pays riverains de l’Océan Indien, l’initiative trilatérale pouvant désormais servir de plateforme et de force de proposition pour d’importants projets durables destinés à lutter contre la pollution par les plastiques à usage unique ou la sécurité alimentaire.
La COP 28 organisée à Dubaï fin 2023 pourrait être l’occasion pour ce trio de montrer que le progrès technologique peut rimer avec les Accords de Paris. Les questions de l’énergie seront probablement au centre de ces interrogations, les Émirats et la France étant en pointe respectivement dans l’énergie solaire et le nucléaire… et l’Inde étant de son côté l’un des plus gros consommateurs d’énergie au monde. Nous, Français, trouverons aussi dans cet accord une ébauche de solution pour faire face aux pénuries de médicaments et de molécules simples. L’Inde bénéficie en effet d’une d’industrie pharmaceutique compétitive, à même de nous offrir une route alternative à celle de la Chine.
Sur le plan militaire, les trois pays ont aussi à y gagner. Mohammed Ben Zayed sait désormais pouvoir compter sur deux grandes armées, l’une en volume et l’autre en expertise, qui lui permettent de poursuivre son développement afin d’être une grande puissance militaire régionale autonome capable de garantir pleinement sa souveraineté dans une région parfois turbulente où sa situation géographique en fait la « gardienne des détroits ». Tous ces projets vont se concrétiser dans le temps, en fonction d’un agenda déjà chargé. L’Inde préside actuellement le groupe des vingt (G20).
Cette initiative originale montre que le multilatéralisme est l’avenir des relations internationales. Il ne s’agit pas de la multipolarité porteuse de dangers, mais bien de partenariats co-construits dans le respect des intérêts de chacun des États engagés. Ici, trois leaders régionaux et puissances globales d’ères civilisationnelles différentes ont décidé d’écrire un futur possible dans un monde plus que jamais incertain où les questions énergétiques et militaires doivent être rapidement résolues.
Couverture de L’Incorrect: halte au sectarisme de la droite bien-pensante! Une tribune libre de l’enseignant Kevin Bossuet
Coup de tonnerre chez Les Républicains : Guilhem Carayon, porte-parole du parti et président des Jeunes Républicains, a osé débattre avec Stanislas Rigault (président de Génération Zemmour) et Pierre-Romain Thionnet (président du mouvement de jeunesse du Rassemblement national) dans les colonnes du magazine L’incorrect !
En effet, dans le cadre d’un entretien croisé, les trois jeunes responsables politiques ont longuement échangé en insistant notamment sur leurs nombreux points communs dont certains sont au cœur de leur engagement militant, laissant entrevoir un espoir, voire une ouverture, chez tous les partisans de la stratégie de « l’union des droites ».
Guilhem Carayon (LR), Stanislas Rigault (Reconquête) et Pierre-Romain Thionnet (RN) en une du magazine « L’Incorrect ». D.R.
Il faut dire que la couverture de L’Incorrect, magazine lancé en 2017 par des proches de Marion Maréchal, est assez tapageuse. On y voit les trois jeunes compères posant tout sourire sur un fond gris-bleu au-dessous d’un titre que les observateurs de la vie politique les plus espiègles qualifieront bien volontiers de putaclic: « Les Républicains, Reconquête !, Rassemblement national. Les jeunes coupent le cordon ! ». De quel cordon s’agit-il ? Celui très ombilical qui relie les trois poupons à leur mentor respectif ou celui beaucoup « plus sanitaire » qui, fixé par la gauche et ses alliés, voudrait les empêcher de débattre et d’échanger ? Quoi qu’il en soit, il n’en n’aura pas fallu plus aux sempiternelles pleureuses de la grande famille LR pour s’offusquer.
Comment peut-on se revendiquer de la droite et passer son temps à se prostituer sur les trottoirs idéologiques de la gauche bobo en faisant des procès dignes de ceux de l’Inquisition ?
C’est le cas par exemple de François Durovray, président du Conseil départemental de l’Essonne qui a dénoncé dans un tweet le caractère « inadmissible » d’une interview qui amène « une confusion funeste » tout en demandant à Eric Ciotti la tête de Guilhem Carayon ; envolée numérique saluée par le député de l’Aisne Julien Dive. Valérie Debord quant à elle, vice-présidente du conseil régional du Grand Est, a affirmé que « la droite et l’extrême droite n’ont pas à dialoguer » car « nos valeurs ne sont pas compatibles ». Enfin, Eric Diard, ancien député LR, a mis en avant « une faute » qui « va dans le sens de l’extrême droite ». Bref, vous l’aurez compris, les proches de Xavier Bertrand lequel, rappelons-le, préfère être « avec les communistes qu’avec les identitaires » ou encore les amis idéologiques d’Aurélien Pradié lequel, à l’Assemblée nationale, se fait applaudir par la Nupes, s’en sont donnés à cœur joie.
Or, beaucoup se sont arrêtés à la couverture du magazine sans lire l’interview, sinon ils se seraient rendu compte que même si Guilhem Carayon reconnaît avoir des points communs avec Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, il reste convaincu que « le candidat de LR sera non seulement capable de remporter une élection présidentielle mais aussi et surtout de relever les défis immenses auxquels est confronté notre pays ». On est ici bien loin d’un effacement de la droite ou d’une union des droites au profit d’une candidature unique autour d’une Marine Le Pen ou d’un Eric Zemmour. Guilhem Carayon marche clairement dans les pas d’Eric Ciotti qui a toujours défendu « une ligne d’indépendance » vis-à-vis d’Emmanuel Macron comme du Rassemblement national autour d’un candidat issu de la droite classique.
Il faut dire que la question de l’union des droites semble avoir été tranchée au cours de la dernière élection présidentielle. Des divergences de fond, notamment au niveau économique, rendent pour l’heure incompatibles des alliances entre LR, le RN et « Reconquête ! ». Effectivement, il est évident par exemple qu’un Pierre-Romain Thionnet (RN) qui est un souverainiste convaincu opposé au libéralisme économique et très attaché à cette France populaire qui constitue le cœur de l’électorat mariniste ne peut pas totalement s’entendre avec un Guilhem Carayon (LR) qui est économiquement plus libéral et beaucoup moins radical sur la question européenne. En outre, le fait que Marine Le Pen (23.15%) se soit imposée de manière aussi magistrale au premier tour de l’élection présidentielle de 2022 face à Valérie Pécresse (4.78%) et à Eric Zemmour (7.07%) démontre à quel point cette dernière domine le jeu à la droite de l’échiquier politique. D’ailleurs, cette dernière a toujours été contre l’union des droites qu’elle qualifie de « fantasme réducteur ». Quant à Jordan Bardella, il a toujours trouvé ce concept inadapté car d’après lui le but du Rassemblement national est de « rassembler tous ceux qui sont attachés à la nation française, à droite et à gauche ».
En fin de compte, que reprochent tous ces gens à Guilhem Carayon ? D’avoir osé échanger quelques mots avec Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, qui, comme chacun le sait, incarnent le fascisto-nazillo-poutino-pétainisme qui rappelle évidemment les heures des plus sombres de notre histoire depuis au moins Charlemagne voire depuis l’homme de Néandertal ? D’avoir participé à une orgie idéologico-satanique organisée par un rabatteur très à droite et d’affirmer en plein ébat verbal qu’il est d’accord avec ses partenaires d’un jour sur des sujets comme l’identité, le wokisme, l’éducation ou encore l’immigration ? D’avoir osé franchir une ligne rouge qui n’existe plus que dans l’imaginaire peu fécond d’une gauche et d’une droite bien-pensantes complètement à la dérive ?
Plus sérieusement, comment est-il possible dans une démocratie telle que la France de reprocher à quelqu’un de débattre et d’échanger? Comment est-il possible de condamner un responsable politique qui ne cherche juste qu’une seule chose: confronter ses idées ? Comment peut-on se revendiquer de la droite et passer son temps à se prostituer sur les trottoirs idéologiques de la gauche bobo en faisant des procès dignes de ceux de l’Inquisition ?
Il suffit de discuter avec des électeurs et des militants de droite pour se rendre compte à quel point ils ne supportent majoritairement plus toutes ces postures qui ont provoqué l’effondrement de leur famille politique. Il suffit de sortir de son petit milieu capitonné et de converser avec des gens non politisés pour s’apercevoir à quel point toute cette comédie antifasciste les dégoutte au plus haut point. Les Français veulent d’abord et avant tout qu’on règle leurs problèmes et n’en peuvent plus de tous ces tabous inventés par la gauche et relayés par une partie de la droite, et qui ont notamment produit une explosion de l’insécurité ou encore une baisse dramatique du niveau scolaire.
Car, soyons-en convaincus, plus on empêche le débat de se dérouler sereinement en fixant des verrous moraux de pacotille qui empêchent les gens de penser ou de parler, plus la démocratie s’en retrouve abîmée. Plus on ressort la grosse ficelle du cordon sanitaire contre l’extrême droite, plus l’abstention ne cesse de progresser. Guilhem Carayon, Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet l’ont évidemment compris et c’est d’abord et avant tout pour cela qu’ils acceptent de faire bouger les lignes d’un vieux monde politique devenu avec le temps extrêmement poussiéreux et foncièrement inintéressant. Ils incarnent assurément cette génération qui souhaite s’affranchir des pesanteurs du passé et qui refuse de s’autocensurer pour mieux reconstruire, chacun dans leur mouvement respectif, un pays qui en a bien besoin.
🔴 "Les jeunes coupent le cordon" à la une du @MagLincorrect
La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, vient de faire une gaffe en tentant de se réconcilier avec les fans de Liverpool (injustement accusés des violences autour du Stade de France lors de la dernière finale de Champions League).
Mercredi 1er mars, devant l’Assemblée nationale où elle répondait aux questions des députés au sujet de l’organisation des Jeux olympiques de 2024, la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a annoncé qu’elle voulait faire un geste amical envers les supporters de Liverpool en les invitant à un des matchs de la Coupe du monde de Rugby cette année. L’évènement est organisé en France à partir du 8 septembre prochain.
Le geste est motivé par le double tort subi par les fans de l’équipe du nord-ouest de l’Angleterre lors de la finale de la Ligue des champions, le 28 mai 2022 : d’abord agressés, d’un côté par des hordes de voyous et de l’autre par les forces de l’ordre, ils se sont vus accusés injustement par les ministres de l’Intérieur et des Sports d’être responsables du chaos en cherchant à pénétrer dans le stade avec de faux billets. Les excuses présentées l’année derrière par M. Darmanin n’ont pas été acceptées par tous les fans. Le 21 février, un nouveau match opposant Liverpool et Real Madrid a vu les Anglais déplier des banderoles qui représentaient les ministres français affublés chacun d’un nez à la Pinocchio. Le message était clair.
Fair play diplomatique
La nature exacte de l’invitation dont parle Mme Oudéa-Castéra n’a pas encore été précisée. S’agit-il de billets gratuits ou à prix réduit ? Et combien seraient réservés aux supporteurs anglais ?
En tout cas, le journaliste vétéran britannique, John Lichfield, dans un article publié le 2 mars dans Politico, a dénoncé à la fois l’ignorance et le manque de doigté diplomatique de la ministre. Car il est évident que les dévoués du ballon rond et ceux du ballon ovale constituent deux groupes différents dont les membres se recoupent rarement. Combien de fois en France ai-je moi-même entendu la question : « Vous êtes foot ou rugby ? » En particulier, il existe des différences sociologiques et géographiques entre les deux tribus outre-Manche. Comme le précise John Lichfield, le football est un sport particulièrement apprécié par les classes ouvrières. Le rugby, qui reste associé (quoique non exclusivement) aux écoles privées, voire huppées, est majoritairement le sport des classes moyennes. Selon une définition traditionnelle, « le rugby est un sport de sauvages pratiqué par des gentlemen, et le football est un sport de gentlemen pratiqué par des sauvages ». Pour comble, John Lichfield rappelle que, si Manchester a deux équipes de football et une équipe de rugby (les Sale Sharks) de haut niveau, Liverpool n’a aucune équipe de rugby de catégorie supérieure. Il conclut que la ministre a commis une faute au sens footballistique du terme. Macronie et ovalie ne se mélangent pas facilement. On peut même dire que Mme Oudéa-Castéra a marqué un but contre son propre camp.
Morrissey est sur la scène de la salle Pleyel pour deux concerts exceptionnels. L’occasion rare d’entendre la voix de velours de ce chanteur réac’n’roll.
The Queen is dead, la chanson éponyme de l’un des plus célèbres albums du groupe culte de Manchester, The Smiths, a résonné partout dans le monde à la mort d’Elizabeth II. Elle fera sans aucun doute vibrer la salle Pleyel les 8 et 9 mars prochain, car Morrissey, le chanteur du groupe (dont il s’est séparé en 1987), y donnera deux concerts exceptionnels. Les fans sont déjà en transe.
En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels
Exceptionnel, le mot est faible, parce que les apparitions de Steve Patrick Morrissey sont rares et qu’elles sont donc l’objet d’un véritable culte. Cet artiste à la voix de baryton envoûtante se double d’une diva, d’un trublion qui prend un malin plaisir à dire ce qu’il pense, quitte à heurter la doxa médiatique. Ce showman d’exception qui, au début de sa carrière, montait sur scène avec des glaïeuls dans la poche de son jean pour les jeter dans le public, donne aujourd’hui dans la provoc’ politique. Ainsi, depuis une quinzaine d’années, il n’a de cesse de répéter que l’identité britannique est en péril, qu’il faut mettre fin à l’immigration massive – celle en provenance des pays musulmans en particulier ; et en 2019, invité d’un célèbre show télévisé américain, animé par Jimmy Fallon, il arbore un badge du parti anti-islam britannique : For Britain.
La brigade de la pensée correcte ne tarde pas à réagir. Les affiches de son album California Son sont retirées de l’espace public et, geste fort symbolique, le patron de la boutique de disques la plus ancienne au monde, située à Cardiff au pays de Galles, déclare qu’il ne vendra plus jamais les disques du « Moz ». Une entreprise de « cancellation » en bonne et due forme… Le quotidien de gauche The Guardian va même jusqu’à harceler certains de ses musiciens en leur intimant l’ordre de cesser de jouer avec lui. De ce côté-ci de la Manche, Christian Fevret et Serge Kaganski, qui ont créé le magazine Les Inrockuptibles par admiration, que dis-je, par dévotion pour Morrissey, admettent que ses prises de position sont devenues « problématiques », mais n’appellent pas à son boycott.
Après avoir été, dans sa jeunesse, un croisement entre James Dean et Oscar Wilde, il est devenu le Elvis britannique. Les deux artistes ont en partage un charisme hors du commun, une façon de bouger unique, une voix extraordinaire. Moz a aussi inventé une façon de chanter : des mélopées entêtantes qui tournent en boucle et se font hypnotiques. En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels ; le voilà déifié. Morrissey est une idole au sens strict du terme, un saint que l’on vénère. Rien de plus normal dans cet univers du rock’n’roll qui est le dernier avatar du christianisme, et plus précisément du catholicisme, avec son cortège de saints, de Vierges, de rituels sophistiqués et de communions des fidèles – le public – qui participent de la pompe de cette liturgie flamboyante.
Morrissey en concert à la salle Pleyel les 8 et 9 mars 2023 à 20 heures.
Voilà ce qui s’appelle un « film d’auteur ». Comédien, scénariste, réalisateur, le tout jeune et bien doué Martin Jauvat s’est déjà fait connaître par deux courts métrages, Mozeb, et Les vacances à Chelles. Pour son premier « long », ce natif de la banlieue reste en terrain connu: ce qu’il est convenu d’appeler emphatiquement le Grand Paris – le titre vaut programme. Une paire de branques issus du 93, Leslie (Mahamadou Sangaré) et Renard (Martin Jauvat), meilleurs potes et glandeurs intégraux, se retrouvent à poireauter dans la petite gare de Saint-Rémy-les-Chevreuse, chargés d’un deal médiocre qui part en eau-de-boudin. Amorce, pour les deux lascars (le premier, noir à dreadlocks en survet à l’enseigne du « Grand Paris », le second, blanc-bec binoclard, brun aux mèches jaune canari) d’un périple en grande couronne, qui les conduira de l’arrêt La Hacquinière, à Bures-sur-Yvette, dans les Yvelines, jusqu’à Cergy-Pontoise et son fameux Axe majeur, en passant par les Lilas, Romainville et sa tour, et autres stations peu engageantes : dérive d’un jour et d’une nuit, ponctuées de rencontres improbables, dans ce territoire dénaturé de l’Ile-de-France investi par le tentaculaire chantier périurbain du « Grand Paris Express », la future ligne de métro sensée connecter entre elles les périphéries sans cesse extensibles de la capitale. De la banlieue, il va sans dire que nos deux compères ont l’idiome classique en bouche à chaque réplique (« ma gueule », « frérot », « de ouf », « j’suis grave chaud », etc.). Sur ce registre, il faut reconnaître au film un vérisme croustillant.
Fil conducteur de cette échappée belle, un mystérieux « artefact » en forme de galette hiéroglyphée, ramassé par hasard par nos deux débiles dans les eaux qui baignent la souche d’un viaduc de béton en construction, promis à recevoir les rames de ce fameux métro du XXIème siècle. Derrière l’aimable loufoquerie et la dérision souvent hilarante d’un road-movie dont les étapes nous feront croiser un étudiant à Sciences Po sans le physique de l’emploi, une jeune fille pavillonnaire et rappeuse, un livreur « bac + 3 » de sandwich en camionnette, un archéologue amateur féru de complotisme et accessoirement contrôleur de la RATP, Grand Paris se signale surtout comme un « portrait de ville » gentiment acide. Panoramiques, longs travellings diurnes et nocturnes, nous peignent un univers de plots, de palissades, de grues, de tours, de friches urbaines, dans la désolation duquel la caméra désenchantée de Martin Jauvat se balade: à pinces, en train, en voiture, en moto… jusqu’au terme de cette odyssée morose et drolatique, lorsque prend consistance le rêve de fuir la cité pour un bain de mer. Mais aussi, dans un dénouement onirique, inventif et farceur, pour atteindre au nirvana extraterrestre, la galette magique offrant à Leslie et Renard une rencontre du 3ème type.
Grand Paris. Film de Martin Jauvat. Avec Mahmadou Sangaré, Martin Jauvat, William Lebgjil, Sébastien Chassagne. France, couleur, 2022. En salles le 29 mars 2023.
Le nouvel essai de Sonia Mabrouk appelle les Occidentaux à renouer avec le sacré, cet absolu qui nous échappe. C’est une nécessité dont dépend notre avenir.
Sonia Mabrouk, qui parle si bien des autres, parle encore mieux d’elle-même. En quelques pages, on lit avec émotion ses souvenirs de Djerba ou de Turquie. La mémoire de la talentueuse journaliste vient peut-être de l’autre côté de la Méditerranée, là où le muezzin remplace le son des cloches, mais on comprend vite que c’est le même langage. Peu importe qu’il s’agisse d’une synagogue, d’une mosquée ou d’une église, au fond, la solennité du sacré est universelle.
éd. L’Observatoire
Sonia Mabrouk l’ignore peut-être, mais il est une chose qu’elle dénonce avec fermeté, c’est le remplacement camusien, central dans la pensée du châtelain de Plieux. Le premier remplacement décrit par Mabrouk (le mot est utilisé), c’est celui du sacré par la science, la science qui s’empare du rationnel pour l’ériger en nouvelle religion. Sauf que, et la journaliste l’explique très bien, la science ne peut pas être une religion, en ce sens qu’elle cherche à anéantir le sacré. Faut-il s’opposer à la science ? En aucun cas, si la science accepte de coexister avec le sacré, avec l’inexplicable, avec l’irréductible irrationnel.
Le vide trouve également son importance chez Sonia Mabrouk : le vide, ce peut être la profondeur d’un livre, ce peut être l’immensité paisible et la fraîcheur d’une église de campagne ; il est si paradoxal et si beau qu’il nous comble entièrement.
Ce n’est pas tant que « ce qui se paie n’a guère de valeur », c’est plutôt que ce qui ne s’achète pas est infiniment plus précieux. Ainsi, « en misant sur un matérialisme postmoderne, ils [les Européens] précipitent leurs peuples dans l’abîme ». Le confort matériel étant devenu l’horizon indépassable des sociétés consuméristes contemporaines, il nous est nécessaire de revenir au sacré pour le dépasser. Aussi, l’idée de « dépossession », particulièrement mise en valeur au cours de l’année 2022, fait-elle surface : « Ne devenons pas des dépossédés du sacré ».
Le sacré : boussole civilisationnelle
Décrivant « l’atonie » des chrétiens d’Occident, qui ont honte de leur foi, Sonia Mabrouk appelle à leur éveil. Le président turc Erdogan, lui, n’hésite pas à faire du sacré un moyen puissant d’unification de son peuple, dirigé vers une chrétienté européenne affaiblie, fatiguée, qui ne croit ni en Dieu ni en elle-même. « Aujourd’hui, la modernité et le nihilisme nous éloignent de plus en plus de l’animal métaphysique que nous étions. » Sans verticalité, sans hauteur de vue, matérialiste, l’Occidental n’est plus au centre du monde : il perd ce qui faisait sa valeur, cet universel qu’il n’est plus capable d’imposer.
Alors, il nous faut apprendre à renoncer pour reconquérir – ensemble et seul – le sacré. Renoncer au contrôle de tout, au raisonnable ou au rationnel partout. Renoncer, se laisser aller, et surtout, se poser des limites. L’élégance du renoncement, le retour au sacré : voilà bien ce qui a sauvé Sonia Mabrouk, et qui pourrait nous sauver. Car enfin, nous pourrons répondre à cette question qui nous tourmente tous : « De ce que nous avons aimé, que restera-t-il ? »
Sonia Mabrouk, Reconquérir le sacré, éd. L’Observatoire, 2023.
Un film oublié et mal aimé de Duccio Tessari ressort en salle en version 4K avec Alain Delon en tueur seul contre tous.
L’Italie de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix étouffe sous le poids du plomb. C’est la fin des bienfaits de la croissance économique d’après guerre. L’extrême-gauche et l’extrême-droite font régner un climat de terreur politique. Enlèvements et assassinats politiques pour l’extrême gauche, tuerie de masse comme à la Gare de Bologne pour l’extrême-droite. Au cinéma, c’est l’apogée du poliziottesco, sous genre du film noir italien. Big Guns – Les Grands fusils de Duccio Tessari, oublié et méprisé, est une sacrée redécouverte qui appartient à ce genre exacerbé exploitant les peurs collectives. Le film est coproduit par Alain Delon qui souhaite surfer sur son succès en Italie après Rocco et ses frères, Le Guépard (Luchino Visconti), ou Le Professeur (Valerio Zurlini). Il espère ainsi pouvoir investir de l’argent dans les combats de boxe, en particulier dans celui opposant Jean-Claude Bouttier à Carlos Monzon.
Un film mal reçu
Le film est très mal reçu en France lors de sa sortie. Les journalistes aimaient Delon, mais préféraient le voir dans des nanards bien français. Le film a beau subir les foudres de la critique, l’échec public est relatif, puisqu’il comptabilise 800 000 entrées tout de même. Le scénario signé par Roberto Gandus, Ugo Liberatore et Franco Verrucci fait de Tony Arzenta une sorte de double inversé de Jeff Costello, le tueur à gages froid, héros du film Le Samouraï de Jean-Pierre Melville: beauté ténébreuse, charme fou et charisme magnétique dès la première apparition à l’écran au milieu de sa famille dans une superbe scène où l’on fête l’anniversaire de son fils. À la tombée de la nuit, il sort accomplir un dernier contrat pour un consortium mafieux.
Tony, calme et déterminé, prend sa voiture et roule tranquillement dans les rues de Milan plongées dans la grisaille brumeuse de l’Italie du Nord, accompagné par la tristesse et la beauté mélancolique de la chanson d’Ornella Vanoni. Il exécute sa mission avec une maitrise glacée pour la dernière fois. Mais l’organisation mafieuse ne l’accepte pas et veut l’éliminer. Canevas classique. La tragédie se déclenche quand sa femme et son enfant sont tués par erreur.
Tony se retrouve seul contre tous. Courses poursuites en automobiles, scènes de fusillades abruptes, mafieux inhumains raviront les amateurs du genre. Mais le film est surtout porté par le talent d’Alain Delon, qui joue le rôle de cet homme rongé par la souffrance. À ses côtés, Richard Conte, Umberto Orsini et Roger Hanin jouent avec classe des chefs mafieux, des salauds présomptueux et ignobles. Portée par la musique de Gianni Ferrio et les couleurs automnales de la lumière, la mise en scène demeure clinique et les élégants mouvements de caméra de Duccio Tessari se révèlent efficaces, implacables. Big Guns est un film dense et tendu. À voir absolument!
Big Guns – Les Grands fusils – (1973) un film de Duccio Tessari
Italie – France – 1973 – V.O.S.T.F. – 1h53 Sortie en salle le 15 février 2023
Il y a quarante ans, le 3 mars 1983, disparaissait Georges Rémi, dit Hergé. Notre chroniqueur, tintinolâtre au point d’avoir appris à lire dans le Journal de Tintin, où les albums paraissaient l’un après l’autre au rythme d’une planche par semaine — d’où les fameux « suspenses de bas de page » —, tenait à célébrer l’événement, en rappelant au passage quelques faits de guerre graphique bien peu glorieux, mais significatifs.
Avant-guerre (non, je n’y étais pas, quoi qu’insinuent les mauvaises langues !), Hergé avait commencé dans Le Petit Vingtième, journal belge très bien-pensant qui éditait ses planches depuis Tintin au pays des Soviets, les premières pages d’une aventure nouvelle du petit reporter belge, Tintin au Pays de l’or noir. La guerre vint, les planches furent reproduites par le très national hebdomadaire français et pétainiste Cœurs Vaillants. Mais le dessinateur abandonna le projet, et fit paraître plusieurs albums achevés, dont Le Crabe aux pinces d’or où apparaissait Haddock pour la première fois.
L’Arabe est cruel, nous le savons
Il reprit le projet à partir de septembre 1948, et l’album définitif fut publié en 1950 par Castermann.
L’action se passe en Palestine sous mandat britannique. À la suite d’un quiproquo, Tintin, arrêté par les Anglais, est délivré par les terroristes juifs de l’Irgoun, qui l’ont confondu avec le leader attendu, un certain Salomon Golstein.
On ne lésinait pas sur les poncifs et le second degré en ces années-là. Ils ne connaissaient pas encore les « sensitivity readers » et autres merveilles contemporaines.
Du coup, Tintin est capturé à son tour par des Arabes dissidents. Amené au camp du terrible Bab El Ehr, il assiste à un largage de tracts par un avion anglais. Et le puissant cheik s’écrie : « Chiens d’Anglais ! Ils jettent des tracts ! Va dire à nos hommes que celui qui lira un de ces papiers sera fusillé sur le champ. »
Nous le savons, l’Arabe est cruel.
En 1971, après la guerre des Six jours, l’éditeur anglais de Tintin exigea et obtint quelques modifications substantielles, qui remplissent les pages 14 à 17 de la nouvelle édition. Plus d’Anglais, plus de Palestine. Un pays arabe indéterminé, où un puissant cheik (dont nous apprendrons bientôt qu’il est le père de l’infâme Abdallah) est en proie à une lutte intestine contre un renégat — Bab El Ehr encore. Et quand un avion gouvernemental inonde le camp du rebelle avec ses tracts (roses, toujours), l’infâme s’écrie :
« Ils jettent des tracts, ces imbéciles !… Haha !… Et pas un de mes hommes ne sait lire !! »
Tintin et la cancel culture
Désireux de se dédouaner de dessins de Juifs dignes de Je suis partout et autres organes de la pensée occidentale évoluée, Hergé avait supprimé l’Irgoun et la Palestine. Mais quand vous êtes un vrai raciste, il vous faut quand même une cible : en vingt ans, de 1950 à 1971, les Bédouins avaient désappris à lire. Un phénomène rarissime dans l’évolution des sociétés modernes, mais qui n’est pas sans exemple : entre les années 1950-1960, où les collégiens se délectaient à dévorer les albums de Tintin, et les années 2020, où ils ne savent plus qui est Hergé, les petits Gaulois ont désappris à lire — en vrais Bédouins des déserts français et autres territoires perdus de la République.
Chacune des éditions de Tintin au pays de l’or noir témoigne à sa manière de l’état de l’Histoire, des mœurs et des tolérances de chaque époque. L’essentiel, diront les héritiers d’Hergé qui sont très attentifs à grossir leur tas d’or, est que cela se vende encore aujourd’hui.
Pour ceux qui voudraient connaître dans le détail ces mutations graphiques et idéologiques, le dossier complet est là. Et pour ceux qui s’indigneraient que de pareilles horreurs subsistent dans des œuvres destinées à la jeunesse, qu’ils sachent qu’il y a déjà plus woke qu’eux : un certain Renaud Nattiez vient de faire paraître Faut-il brûler Tintin ?, aux éditions Sépia.
Renaud Nattiez, Faut-il brûler Tintin ?, aux éditions Sépia, 224 p.
Une tribune libre de Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif Pour Tous.
Alors que les chiffres d’une baisse effarante de la natalité en 2022 ont été publiés, l’Assemblée nationale a débattu le 28 février sur ce sujet, mais sans conclure par un vote. Chaque parti y est allé de ses propositions: de la baisse des impôts aux conséquences de l’éco-anxiété, chacun a agité ses constats et ses idées. Même si les intentions sont bonnes, la politique se juge aux actes. Il est temps de réaliser l’ampleur des conséquences sociales ! La baisse significative de la fécondité a des répercussions directes sur nos vies, notre modèle social et la solidarité intergénérationnelle. La viabilité de celle-ci dépend de l’équilibre entre la génération qui débute sa vie, celle qui travaille et celle qui s’est retirée de la vie active. La baisse du nombre de mariages, la hausse du nombre des séparations et divorces, des familles monoparentales et des familles recomposées, créent des situations plus complexes et précaires. Par exemple, une famille sur quatre est une famille monoparentale et, d’après l’INSEE, en 2021, 40,5% des enfants vivant dans une famille monoparentale sont en situation de pauvreté. Cette précarité familiale se retrouve à la fin de la vie. Le vieillissement de la population et la diminution du nombre d’enfants créeront des situations difficiles pour les parents âgés, malades ou en fin de vie. Alors qu’il y avait encore, voici quelques années, plusieurs enfants pour s’occuper d’un parent, il n’y en aura bientôt plus qu’un, voire plus du tout. L’équilibre de la natalité a aussi des conséquences sur notre modèle de répartition. À l’heure de la réforme des retraites, les esprits s’agitent pour contrer la baisse du ratio cotisants/retraités.
Hollande et Macron, adversaires de la famille
Depuis sa création, il y a 10 ans cette année, La Manif Pour Tous dénonce la déconstruction radicale de la politique familiale. Or nous ne pouvons plus vivre sur le crédit de la génération de nos parents qui avait une forte natalité. Comme le dit l’adage : « la démographie, c’est le destin ». De quoi cette baisse de la fécondité est-elle le nom ? Elle est d’abord celui d’un choix politique de François Hollande qui a fait instituer, en 2015, des différences très importantes du montant des allocations familiales suivant les revenus des parents. L’accueil et l’éducation des enfants bénéficient pourtant à toute la société, quel que soit le niveau de vie des parents, et les familles qui s’agrandissent sont toutes impactées financièrement. Ce fut aussi la baisse continue du plafond du quotient familial et, peut-être plus impactant encore, les conditions nouvelles accolées au congé parental, en 2015 aussi: elles ont de facto réduit celui-ci d’une année entière (sur les trois années qu’il compte supposément) pour 96% des familles dont l’un des parents prend un congé parental. Une catastrophe. C’est depuis 2015, justement, que la natalité française a décroché. Mais le ministre François Braun prétendait encore récemment, en répondant à une question du député « Renaissance » Bertrand Sorre, qu’il n’est pas possible d’établir un lien de causalité direct entre le taux de fécondité et le montant d’une prestation familiale ou une réforme en particulier. Un prétexte et un mensonge qui perdurent depuis des années. En réalité, toute l’histoire de la politique familiale atteste du contraire. Jusque-là, Emmanuel Macron n’a rien fait pour y remédier. Au contraire, la réforme des retraites pénalise particulièrement les mères parce qu’elle reporte l’âge minimum de la retraite tout en ne tenant pas compte des trimestres pour enfants. Ainsi, même si elles ont acquis tous leurs trimestres avant 64 ans, les mères n’auront pas de retraite à taux plein si elles n’attendent pas l’âge fatidique. Une aberration ! Alors que le texte est discuté au Sénat, les parlementaires et plus particulièrement la droite, ont les moyens de défendre les mères de famille et ainsi de renouer avec une politique familiale. L’ont-ils âprement négocié en amont avec Elisabeth Borne ? Vont-ils se suffire d’une dérisoire surcote de 5% ou vont-ils réellement défendre les mères ?
Du jamais vu
La natalité reste l’un des angles morts les plus lourds de conséquences de la politique de l’hôte de l’Élysée. Cette baisse est aussi le fruit de la « déconstruction sociale » que notre société subit. L’idéologie woke, l’écologie millénariste, un individualisme revendiqué et sans doute une forme de dépression collective incitent les jeunes à renoncer à la famille. Des médias ne cessent de mettre en valeur des mères « qui regrettent d’avoir eu un enfant », des jeunes filles qui se font ligaturer les trompes, etc.
Le résultat est là, comme en atteste un sondage IFOP pour le magazine Elle de septembre 2022 : 30% des Françaises de 18 à 49 ans ne veulent pas d’enfants. Du jamais vu ! Dévaloriser la maternité et la paternité, délaisser la politique familiale, c’est affaiblir notre modèle social. La famille devrait être mise en valeur et encouragée car elle reste le lieu d’accueil et d’éducation des enfants, et le premier lieu de solidarité entre les générations. L’État-providence n’a ni la capacité, ni les moyens de remplacer la famille. Au-delà même des enjeux économiques, une natalité dynamique fortifie les familles comme lieu de solidarité. Nous en faisons tous l’expérience dans nos vies, comme l’ont montré les confinements. À l’inverse, l’effritement de la natalité impactera nos vies quotidiennement. L’actuelle réforme des retraites est symptomatique du mauvais traitement infligé aux familles. Pourtant, faire des enfants n’aura-t-il pas un impact beaucoup plus important pour la société que la prise en compte de quelques trimestres pour enfant acquis par les mères ? Pour parvenir au moins à l’équilibre, il est nécessaire de considérer la natalité (et donc la maternité) comme une urgence sociale, et d’orienter les décisions politiques en fonction de celle-ci… et, hic et nunc, de revoir la réforme des retraites.
Lors d’une émission de CNews, « Punchline », animée par Laurence Ferrari, un psychologue, le Dr. Doridot s’est exprimé sur la violence des adolescents. Ce thème était introduit par l’assassinat d’une professeur d’espagnol à Saint-Jean-de-Luz par un de ses élèves âgé de 16 ans et cette tragédie avait mené les débatteurs à s’interroger sur la violence actuelle des adolescents: le harcèlement via les réseaux sociaux ou pas, les agressions au couteau, les morts d’un coup de couteau… Comme si, de tout temps, les adolescents s’étaient promenés avec un couteau de cuisine à la main. C’est alors que le Dr. Doridot a pris la parole pour dire que « la violence chez les adolescents a toujours existé depuis la Guerre des boutons » et que « l’école sait de moins en moins canaliser cette violence. » Deux choses ont frappé Bécassine dans cette phrase. La première concerne cette violence qui existe depuis toujours, voir la fameuse « guerre des boutons ». Bah justement, elle l’a vu, ce film, et la différence qui existe entre les canifs des enfants des deux bandes et les couteaux que les garçons d’aujourd’hui utilisent, ne tient pas seulement à une différence de taille, mais aussi et surtout à une autre fonction. Car dans le film en question, les canifs servent à couper les fils des boutons et pas à entrer dans le corps de « l’adversaire ». Ces boutons sont donc les médiateurs fondamentaux de la violence ici symbolique et non réelle. Certes, violence il y a: l’humiliation de rentrer en tenant son pantalon à deux mains, la colère parentale qui ne comprend rien à la disparition systématique de ces boutons, les effets de cette colère, etc. Mais il n’empêche que le couteau ou canif jamais n’attaque l’autre directement et que la situation est à tout moment réversible. Une fois c’est une bande qui a le dessus, une fois c’est l’autre et cela peut recommencer à l’infini.
Le bouton est ainsi devenu dans cette histoire le médiateur intelligent qui permet de « canaliser la violence » comme dit le monsieur ; de la ritualiser. Quant à l’école qui ne saurait plus « canaliser » cette violence, Bécassine en a assez de l’entendre. Non qu’elle souscrive au renoncement à la Loi que l’École dans son étrange christianisation inconsciente a intégré au nom de la compréhension et de la fausse charité qui va avec; loin s’en faut et elle s’est assez battue à ce sujet avec ses collègues (symboliquement s’entend puisqu’elle sait parler; autre médiation fondamentale entre l’autre et moi, et l’extrême pauvreté linguistique des élèves explique autant que l’absence de Loi les passages à l’acte pour cause de dé-symbolisation fatale), mais elle fatigue devant le refus de voir que l’École n’est pas déliée de l’histoire et que notre époque n’offre plus aux adolescents en question la moindre initiation qui leur permettrait d’intégrer leurs pulsions. Et qu’elle favorise même cette violence que les professeurs devraient « canaliser » ! Un canal manque, c’est certain. Il s’appelle le symbolique et sa disparition signera la nôtre.
Dans un monde où il devient de plus en plus difficile de déterminer qui sont nos alliés, et surtout de pouvoir compter sur eux, la déclaration conjointe entre la France, l’Inde et les Émirats arabes unis est porteuse d’un certain espoir.
Le 4 février 2023, ces trois pays si différents les uns des autres ont convenu ensemble d’agir de manière coordonnée sur des sujets stratégiques majeurs, notamment l’énergie et la protection de la biodiversité.
Ce rapprochement a commencé le 19 septembre 2022, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, date de la première rencontre dans un format trilatéral pensé pour répondre à des défis qui commandent des actions communes et fédératrices. Cette union tire sa logique des positions géographiques des trois pays engagés. C’est malheureusement parfois oublié, mais la France est présente sur tous les océans du globe. Avec un espace maritime de 11 millions de kilomètres carrés, la France est la deuxième puissance maritime mondiale en termes de superficie. En 2020, une information passait d’ailleurs un peu inaperçue, relative à l’Océan Indien ; les Nations Unies autorisaient notre pays à étendre son territoire sous-marin de 150 000 km2 au large de la Réunion et des Terres australes et antarctiques. Cela porte désormais notre espace à 730 000 km2 de sols et sous-sols au fond des océans, avec une option sur 500 000 km2 supplémentaires.
Entre Paris et Dubaï, c’est quasiment la lune de miel !
Le 3 décembre 2022, accompagné d’une importante délégation de ministres et de dirigeants d’entreprises, Emmanuel Macron avait déjà signé plusieurs accords avec l’émirat. Un succès qui a encore renforcé les liens étroits entre cet acteur majeur du Moyen-Orient et la France, son partenaire occidental le plus fidèle. Ainsi, les Emiratis vont-ils faire l’acquisition de 80 Rafales fabriqués par le constructeur Dassault Aviation, une commande d’un montant de 16 milliards d’euros qui a grandement satisfait Eric Trappier, directeur général du groupe, et son partenaire Tarek Abdul Raheem Al-Hosani, PDG de Tawazun Economic Council.
Nos accords sont solides car ils se fondent sur une longue expérience. Depuis la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, les partenariats militaires et culturels se sont multipliés. Officiellement inaugurée le 26 mai 2009, la base militaire française d’Abu Dhabi compte 700 hommes et est équipée des armements les plus performants, à l’image du VBCI issu d’une collaboration entre Nexter Systems et Renault Trucks Défense. Sur le plan culturel, le Louvre d’Abu Dhabi est une vitrine de prestige pour la France et ses arts, visité par les élites asiatiques et africaines qui ont fait du pays du Golfe l’une de leurs destinations privilégiées de villégiature. Mais les collaborations ne s’arrêtent pas là, Alstom ayant par exemple livré le tramway de Dubaï.
Un accord tripartite signé alors que s’approche la COP 28 de… Dubaï
L’accord tripartite est donc la poursuite d’une politique profitable, mais aussi l’affirmation de nouvelles ambitions avec l’Inde qui devient la première puissance démographique du monde et qui est un élément majeur des BRICS. Les enjeux de protection de l’environnement, de plus en plus importants et scrutés avec attention par les opinions publiques mondiales, singulièrement occidentales, n’ont pas non plus été oubliés. Les trois pays étudient la possibilité de travailler conjointement avec l’Association des pays riverains de l’Océan Indien, l’initiative trilatérale pouvant désormais servir de plateforme et de force de proposition pour d’importants projets durables destinés à lutter contre la pollution par les plastiques à usage unique ou la sécurité alimentaire.
La COP 28 organisée à Dubaï fin 2023 pourrait être l’occasion pour ce trio de montrer que le progrès technologique peut rimer avec les Accords de Paris. Les questions de l’énergie seront probablement au centre de ces interrogations, les Émirats et la France étant en pointe respectivement dans l’énergie solaire et le nucléaire… et l’Inde étant de son côté l’un des plus gros consommateurs d’énergie au monde. Nous, Français, trouverons aussi dans cet accord une ébauche de solution pour faire face aux pénuries de médicaments et de molécules simples. L’Inde bénéficie en effet d’une d’industrie pharmaceutique compétitive, à même de nous offrir une route alternative à celle de la Chine.
Sur le plan militaire, les trois pays ont aussi à y gagner. Mohammed Ben Zayed sait désormais pouvoir compter sur deux grandes armées, l’une en volume et l’autre en expertise, qui lui permettent de poursuivre son développement afin d’être une grande puissance militaire régionale autonome capable de garantir pleinement sa souveraineté dans une région parfois turbulente où sa situation géographique en fait la « gardienne des détroits ». Tous ces projets vont se concrétiser dans le temps, en fonction d’un agenda déjà chargé. L’Inde préside actuellement le groupe des vingt (G20).
Cette initiative originale montre que le multilatéralisme est l’avenir des relations internationales. Il ne s’agit pas de la multipolarité porteuse de dangers, mais bien de partenariats co-construits dans le respect des intérêts de chacun des États engagés. Ici, trois leaders régionaux et puissances globales d’ères civilisationnelles différentes ont décidé d’écrire un futur possible dans un monde plus que jamais incertain où les questions énergétiques et militaires doivent être rapidement résolues.
Couverture de L’Incorrect: halte au sectarisme de la droite bien-pensante! Une tribune libre de l’enseignant Kevin Bossuet
Coup de tonnerre chez Les Républicains : Guilhem Carayon, porte-parole du parti et président des Jeunes Républicains, a osé débattre avec Stanislas Rigault (président de Génération Zemmour) et Pierre-Romain Thionnet (président du mouvement de jeunesse du Rassemblement national) dans les colonnes du magazine L’incorrect !
En effet, dans le cadre d’un entretien croisé, les trois jeunes responsables politiques ont longuement échangé en insistant notamment sur leurs nombreux points communs dont certains sont au cœur de leur engagement militant, laissant entrevoir un espoir, voire une ouverture, chez tous les partisans de la stratégie de « l’union des droites ».
Guilhem Carayon (LR), Stanislas Rigault (Reconquête) et Pierre-Romain Thionnet (RN) en une du magazine « L’Incorrect ». D.R.
Il faut dire que la couverture de L’Incorrect, magazine lancé en 2017 par des proches de Marion Maréchal, est assez tapageuse. On y voit les trois jeunes compères posant tout sourire sur un fond gris-bleu au-dessous d’un titre que les observateurs de la vie politique les plus espiègles qualifieront bien volontiers de putaclic: « Les Républicains, Reconquête !, Rassemblement national. Les jeunes coupent le cordon ! ». De quel cordon s’agit-il ? Celui très ombilical qui relie les trois poupons à leur mentor respectif ou celui beaucoup « plus sanitaire » qui, fixé par la gauche et ses alliés, voudrait les empêcher de débattre et d’échanger ? Quoi qu’il en soit, il n’en n’aura pas fallu plus aux sempiternelles pleureuses de la grande famille LR pour s’offusquer.
Comment peut-on se revendiquer de la droite et passer son temps à se prostituer sur les trottoirs idéologiques de la gauche bobo en faisant des procès dignes de ceux de l’Inquisition ?
C’est le cas par exemple de François Durovray, président du Conseil départemental de l’Essonne qui a dénoncé dans un tweet le caractère « inadmissible » d’une interview qui amène « une confusion funeste » tout en demandant à Eric Ciotti la tête de Guilhem Carayon ; envolée numérique saluée par le député de l’Aisne Julien Dive. Valérie Debord quant à elle, vice-présidente du conseil régional du Grand Est, a affirmé que « la droite et l’extrême droite n’ont pas à dialoguer » car « nos valeurs ne sont pas compatibles ». Enfin, Eric Diard, ancien député LR, a mis en avant « une faute » qui « va dans le sens de l’extrême droite ». Bref, vous l’aurez compris, les proches de Xavier Bertrand lequel, rappelons-le, préfère être « avec les communistes qu’avec les identitaires » ou encore les amis idéologiques d’Aurélien Pradié lequel, à l’Assemblée nationale, se fait applaudir par la Nupes, s’en sont donnés à cœur joie.
Or, beaucoup se sont arrêtés à la couverture du magazine sans lire l’interview, sinon ils se seraient rendu compte que même si Guilhem Carayon reconnaît avoir des points communs avec Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, il reste convaincu que « le candidat de LR sera non seulement capable de remporter une élection présidentielle mais aussi et surtout de relever les défis immenses auxquels est confronté notre pays ». On est ici bien loin d’un effacement de la droite ou d’une union des droites au profit d’une candidature unique autour d’une Marine Le Pen ou d’un Eric Zemmour. Guilhem Carayon marche clairement dans les pas d’Eric Ciotti qui a toujours défendu « une ligne d’indépendance » vis-à-vis d’Emmanuel Macron comme du Rassemblement national autour d’un candidat issu de la droite classique.
Il faut dire que la question de l’union des droites semble avoir été tranchée au cours de la dernière élection présidentielle. Des divergences de fond, notamment au niveau économique, rendent pour l’heure incompatibles des alliances entre LR, le RN et « Reconquête ! ». Effectivement, il est évident par exemple qu’un Pierre-Romain Thionnet (RN) qui est un souverainiste convaincu opposé au libéralisme économique et très attaché à cette France populaire qui constitue le cœur de l’électorat mariniste ne peut pas totalement s’entendre avec un Guilhem Carayon (LR) qui est économiquement plus libéral et beaucoup moins radical sur la question européenne. En outre, le fait que Marine Le Pen (23.15%) se soit imposée de manière aussi magistrale au premier tour de l’élection présidentielle de 2022 face à Valérie Pécresse (4.78%) et à Eric Zemmour (7.07%) démontre à quel point cette dernière domine le jeu à la droite de l’échiquier politique. D’ailleurs, cette dernière a toujours été contre l’union des droites qu’elle qualifie de « fantasme réducteur ». Quant à Jordan Bardella, il a toujours trouvé ce concept inadapté car d’après lui le but du Rassemblement national est de « rassembler tous ceux qui sont attachés à la nation française, à droite et à gauche ».
En fin de compte, que reprochent tous ces gens à Guilhem Carayon ? D’avoir osé échanger quelques mots avec Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, qui, comme chacun le sait, incarnent le fascisto-nazillo-poutino-pétainisme qui rappelle évidemment les heures des plus sombres de notre histoire depuis au moins Charlemagne voire depuis l’homme de Néandertal ? D’avoir participé à une orgie idéologico-satanique organisée par un rabatteur très à droite et d’affirmer en plein ébat verbal qu’il est d’accord avec ses partenaires d’un jour sur des sujets comme l’identité, le wokisme, l’éducation ou encore l’immigration ? D’avoir osé franchir une ligne rouge qui n’existe plus que dans l’imaginaire peu fécond d’une gauche et d’une droite bien-pensantes complètement à la dérive ?
Plus sérieusement, comment est-il possible dans une démocratie telle que la France de reprocher à quelqu’un de débattre et d’échanger? Comment est-il possible de condamner un responsable politique qui ne cherche juste qu’une seule chose: confronter ses idées ? Comment peut-on se revendiquer de la droite et passer son temps à se prostituer sur les trottoirs idéologiques de la gauche bobo en faisant des procès dignes de ceux de l’Inquisition ?
Il suffit de discuter avec des électeurs et des militants de droite pour se rendre compte à quel point ils ne supportent majoritairement plus toutes ces postures qui ont provoqué l’effondrement de leur famille politique. Il suffit de sortir de son petit milieu capitonné et de converser avec des gens non politisés pour s’apercevoir à quel point toute cette comédie antifasciste les dégoutte au plus haut point. Les Français veulent d’abord et avant tout qu’on règle leurs problèmes et n’en peuvent plus de tous ces tabous inventés par la gauche et relayés par une partie de la droite, et qui ont notamment produit une explosion de l’insécurité ou encore une baisse dramatique du niveau scolaire.
Car, soyons-en convaincus, plus on empêche le débat de se dérouler sereinement en fixant des verrous moraux de pacotille qui empêchent les gens de penser ou de parler, plus la démocratie s’en retrouve abîmée. Plus on ressort la grosse ficelle du cordon sanitaire contre l’extrême droite, plus l’abstention ne cesse de progresser. Guilhem Carayon, Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet l’ont évidemment compris et c’est d’abord et avant tout pour cela qu’ils acceptent de faire bouger les lignes d’un vieux monde politique devenu avec le temps extrêmement poussiéreux et foncièrement inintéressant. Ils incarnent assurément cette génération qui souhaite s’affranchir des pesanteurs du passé et qui refuse de s’autocensurer pour mieux reconstruire, chacun dans leur mouvement respectif, un pays qui en a bien besoin.
🔴 "Les jeunes coupent le cordon" à la une du @MagLincorrect
La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, vient de faire une gaffe en tentant de se réconcilier avec les fans de Liverpool (injustement accusés des violences autour du Stade de France lors de la dernière finale de Champions League).
Mercredi 1er mars, devant l’Assemblée nationale où elle répondait aux questions des députés au sujet de l’organisation des Jeux olympiques de 2024, la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a annoncé qu’elle voulait faire un geste amical envers les supporters de Liverpool en les invitant à un des matchs de la Coupe du monde de Rugby cette année. L’évènement est organisé en France à partir du 8 septembre prochain.
Le geste est motivé par le double tort subi par les fans de l’équipe du nord-ouest de l’Angleterre lors de la finale de la Ligue des champions, le 28 mai 2022 : d’abord agressés, d’un côté par des hordes de voyous et de l’autre par les forces de l’ordre, ils se sont vus accusés injustement par les ministres de l’Intérieur et des Sports d’être responsables du chaos en cherchant à pénétrer dans le stade avec de faux billets. Les excuses présentées l’année derrière par M. Darmanin n’ont pas été acceptées par tous les fans. Le 21 février, un nouveau match opposant Liverpool et Real Madrid a vu les Anglais déplier des banderoles qui représentaient les ministres français affublés chacun d’un nez à la Pinocchio. Le message était clair.
Fair play diplomatique
La nature exacte de l’invitation dont parle Mme Oudéa-Castéra n’a pas encore été précisée. S’agit-il de billets gratuits ou à prix réduit ? Et combien seraient réservés aux supporteurs anglais ?
En tout cas, le journaliste vétéran britannique, John Lichfield, dans un article publié le 2 mars dans Politico, a dénoncé à la fois l’ignorance et le manque de doigté diplomatique de la ministre. Car il est évident que les dévoués du ballon rond et ceux du ballon ovale constituent deux groupes différents dont les membres se recoupent rarement. Combien de fois en France ai-je moi-même entendu la question : « Vous êtes foot ou rugby ? » En particulier, il existe des différences sociologiques et géographiques entre les deux tribus outre-Manche. Comme le précise John Lichfield, le football est un sport particulièrement apprécié par les classes ouvrières. Le rugby, qui reste associé (quoique non exclusivement) aux écoles privées, voire huppées, est majoritairement le sport des classes moyennes. Selon une définition traditionnelle, « le rugby est un sport de sauvages pratiqué par des gentlemen, et le football est un sport de gentlemen pratiqué par des sauvages ». Pour comble, John Lichfield rappelle que, si Manchester a deux équipes de football et une équipe de rugby (les Sale Sharks) de haut niveau, Liverpool n’a aucune équipe de rugby de catégorie supérieure. Il conclut que la ministre a commis une faute au sens footballistique du terme. Macronie et ovalie ne se mélangent pas facilement. On peut même dire que Mme Oudéa-Castéra a marqué un but contre son propre camp.
Morrissey est sur la scène de la salle Pleyel pour deux concerts exceptionnels. L’occasion rare d’entendre la voix de velours de ce chanteur réac’n’roll.
The Queen is dead, la chanson éponyme de l’un des plus célèbres albums du groupe culte de Manchester, The Smiths, a résonné partout dans le monde à la mort d’Elizabeth II. Elle fera sans aucun doute vibrer la salle Pleyel les 8 et 9 mars prochain, car Morrissey, le chanteur du groupe (dont il s’est séparé en 1987), y donnera deux concerts exceptionnels. Les fans sont déjà en transe.
En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels
Exceptionnel, le mot est faible, parce que les apparitions de Steve Patrick Morrissey sont rares et qu’elles sont donc l’objet d’un véritable culte. Cet artiste à la voix de baryton envoûtante se double d’une diva, d’un trublion qui prend un malin plaisir à dire ce qu’il pense, quitte à heurter la doxa médiatique. Ce showman d’exception qui, au début de sa carrière, montait sur scène avec des glaïeuls dans la poche de son jean pour les jeter dans le public, donne aujourd’hui dans la provoc’ politique. Ainsi, depuis une quinzaine d’années, il n’a de cesse de répéter que l’identité britannique est en péril, qu’il faut mettre fin à l’immigration massive – celle en provenance des pays musulmans en particulier ; et en 2019, invité d’un célèbre show télévisé américain, animé par Jimmy Fallon, il arbore un badge du parti anti-islam britannique : For Britain.
La brigade de la pensée correcte ne tarde pas à réagir. Les affiches de son album California Son sont retirées de l’espace public et, geste fort symbolique, le patron de la boutique de disques la plus ancienne au monde, située à Cardiff au pays de Galles, déclare qu’il ne vendra plus jamais les disques du « Moz ». Une entreprise de « cancellation » en bonne et due forme… Le quotidien de gauche The Guardian va même jusqu’à harceler certains de ses musiciens en leur intimant l’ordre de cesser de jouer avec lui. De ce côté-ci de la Manche, Christian Fevret et Serge Kaganski, qui ont créé le magazine Les Inrockuptibles par admiration, que dis-je, par dévotion pour Morrissey, admettent que ses prises de position sont devenues « problématiques », mais n’appellent pas à son boycott.
Après avoir été, dans sa jeunesse, un croisement entre James Dean et Oscar Wilde, il est devenu le Elvis britannique. Les deux artistes ont en partage un charisme hors du commun, une façon de bouger unique, une voix extraordinaire. Moz a aussi inventé une façon de chanter : des mélopées entêtantes qui tournent en boucle et se font hypnotiques. En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels ; le voilà déifié. Morrissey est une idole au sens strict du terme, un saint que l’on vénère. Rien de plus normal dans cet univers du rock’n’roll qui est le dernier avatar du christianisme, et plus précisément du catholicisme, avec son cortège de saints, de Vierges, de rituels sophistiqués et de communions des fidèles – le public – qui participent de la pompe de cette liturgie flamboyante.
Morrissey en concert à la salle Pleyel les 8 et 9 mars 2023 à 20 heures.
Voilà ce qui s’appelle un « film d’auteur ». Comédien, scénariste, réalisateur, le tout jeune et bien doué Martin Jauvat s’est déjà fait connaître par deux courts métrages, Mozeb, et Les vacances à Chelles. Pour son premier « long », ce natif de la banlieue reste en terrain connu: ce qu’il est convenu d’appeler emphatiquement le Grand Paris – le titre vaut programme. Une paire de branques issus du 93, Leslie (Mahamadou Sangaré) et Renard (Martin Jauvat), meilleurs potes et glandeurs intégraux, se retrouvent à poireauter dans la petite gare de Saint-Rémy-les-Chevreuse, chargés d’un deal médiocre qui part en eau-de-boudin. Amorce, pour les deux lascars (le premier, noir à dreadlocks en survet à l’enseigne du « Grand Paris », le second, blanc-bec binoclard, brun aux mèches jaune canari) d’un périple en grande couronne, qui les conduira de l’arrêt La Hacquinière, à Bures-sur-Yvette, dans les Yvelines, jusqu’à Cergy-Pontoise et son fameux Axe majeur, en passant par les Lilas, Romainville et sa tour, et autres stations peu engageantes : dérive d’un jour et d’une nuit, ponctuées de rencontres improbables, dans ce territoire dénaturé de l’Ile-de-France investi par le tentaculaire chantier périurbain du « Grand Paris Express », la future ligne de métro sensée connecter entre elles les périphéries sans cesse extensibles de la capitale. De la banlieue, il va sans dire que nos deux compères ont l’idiome classique en bouche à chaque réplique (« ma gueule », « frérot », « de ouf », « j’suis grave chaud », etc.). Sur ce registre, il faut reconnaître au film un vérisme croustillant.
Fil conducteur de cette échappée belle, un mystérieux « artefact » en forme de galette hiéroglyphée, ramassé par hasard par nos deux débiles dans les eaux qui baignent la souche d’un viaduc de béton en construction, promis à recevoir les rames de ce fameux métro du XXIème siècle. Derrière l’aimable loufoquerie et la dérision souvent hilarante d’un road-movie dont les étapes nous feront croiser un étudiant à Sciences Po sans le physique de l’emploi, une jeune fille pavillonnaire et rappeuse, un livreur « bac + 3 » de sandwich en camionnette, un archéologue amateur féru de complotisme et accessoirement contrôleur de la RATP, Grand Paris se signale surtout comme un « portrait de ville » gentiment acide. Panoramiques, longs travellings diurnes et nocturnes, nous peignent un univers de plots, de palissades, de grues, de tours, de friches urbaines, dans la désolation duquel la caméra désenchantée de Martin Jauvat se balade: à pinces, en train, en voiture, en moto… jusqu’au terme de cette odyssée morose et drolatique, lorsque prend consistance le rêve de fuir la cité pour un bain de mer. Mais aussi, dans un dénouement onirique, inventif et farceur, pour atteindre au nirvana extraterrestre, la galette magique offrant à Leslie et Renard une rencontre du 3ème type.
Grand Paris. Film de Martin Jauvat. Avec Mahmadou Sangaré, Martin Jauvat, William Lebgjil, Sébastien Chassagne. France, couleur, 2022. En salles le 29 mars 2023.
Le nouvel essai de Sonia Mabrouk appelle les Occidentaux à renouer avec le sacré, cet absolu qui nous échappe. C’est une nécessité dont dépend notre avenir.
Sonia Mabrouk, qui parle si bien des autres, parle encore mieux d’elle-même. En quelques pages, on lit avec émotion ses souvenirs de Djerba ou de Turquie. La mémoire de la talentueuse journaliste vient peut-être de l’autre côté de la Méditerranée, là où le muezzin remplace le son des cloches, mais on comprend vite que c’est le même langage. Peu importe qu’il s’agisse d’une synagogue, d’une mosquée ou d’une église, au fond, la solennité du sacré est universelle.
éd. L’Observatoire
Sonia Mabrouk l’ignore peut-être, mais il est une chose qu’elle dénonce avec fermeté, c’est le remplacement camusien, central dans la pensée du châtelain de Plieux. Le premier remplacement décrit par Mabrouk (le mot est utilisé), c’est celui du sacré par la science, la science qui s’empare du rationnel pour l’ériger en nouvelle religion. Sauf que, et la journaliste l’explique très bien, la science ne peut pas être une religion, en ce sens qu’elle cherche à anéantir le sacré. Faut-il s’opposer à la science ? En aucun cas, si la science accepte de coexister avec le sacré, avec l’inexplicable, avec l’irréductible irrationnel.
Le vide trouve également son importance chez Sonia Mabrouk : le vide, ce peut être la profondeur d’un livre, ce peut être l’immensité paisible et la fraîcheur d’une église de campagne ; il est si paradoxal et si beau qu’il nous comble entièrement.
Ce n’est pas tant que « ce qui se paie n’a guère de valeur », c’est plutôt que ce qui ne s’achète pas est infiniment plus précieux. Ainsi, « en misant sur un matérialisme postmoderne, ils [les Européens] précipitent leurs peuples dans l’abîme ». Le confort matériel étant devenu l’horizon indépassable des sociétés consuméristes contemporaines, il nous est nécessaire de revenir au sacré pour le dépasser. Aussi, l’idée de « dépossession », particulièrement mise en valeur au cours de l’année 2022, fait-elle surface : « Ne devenons pas des dépossédés du sacré ».
Le sacré : boussole civilisationnelle
Décrivant « l’atonie » des chrétiens d’Occident, qui ont honte de leur foi, Sonia Mabrouk appelle à leur éveil. Le président turc Erdogan, lui, n’hésite pas à faire du sacré un moyen puissant d’unification de son peuple, dirigé vers une chrétienté européenne affaiblie, fatiguée, qui ne croit ni en Dieu ni en elle-même. « Aujourd’hui, la modernité et le nihilisme nous éloignent de plus en plus de l’animal métaphysique que nous étions. » Sans verticalité, sans hauteur de vue, matérialiste, l’Occidental n’est plus au centre du monde : il perd ce qui faisait sa valeur, cet universel qu’il n’est plus capable d’imposer.
Alors, il nous faut apprendre à renoncer pour reconquérir – ensemble et seul – le sacré. Renoncer au contrôle de tout, au raisonnable ou au rationnel partout. Renoncer, se laisser aller, et surtout, se poser des limites. L’élégance du renoncement, le retour au sacré : voilà bien ce qui a sauvé Sonia Mabrouk, et qui pourrait nous sauver. Car enfin, nous pourrons répondre à cette question qui nous tourmente tous : « De ce que nous avons aimé, que restera-t-il ? »
Sonia Mabrouk, Reconquérir le sacré, éd. L’Observatoire, 2023.
Un film oublié et mal aimé de Duccio Tessari ressort en salle en version 4K avec Alain Delon en tueur seul contre tous.
L’Italie de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix étouffe sous le poids du plomb. C’est la fin des bienfaits de la croissance économique d’après guerre. L’extrême-gauche et l’extrême-droite font régner un climat de terreur politique. Enlèvements et assassinats politiques pour l’extrême gauche, tuerie de masse comme à la Gare de Bologne pour l’extrême-droite. Au cinéma, c’est l’apogée du poliziottesco, sous genre du film noir italien. Big Guns – Les Grands fusils de Duccio Tessari, oublié et méprisé, est une sacrée redécouverte qui appartient à ce genre exacerbé exploitant les peurs collectives. Le film est coproduit par Alain Delon qui souhaite surfer sur son succès en Italie après Rocco et ses frères, Le Guépard (Luchino Visconti), ou Le Professeur (Valerio Zurlini). Il espère ainsi pouvoir investir de l’argent dans les combats de boxe, en particulier dans celui opposant Jean-Claude Bouttier à Carlos Monzon.
Un film mal reçu
Le film est très mal reçu en France lors de sa sortie. Les journalistes aimaient Delon, mais préféraient le voir dans des nanards bien français. Le film a beau subir les foudres de la critique, l’échec public est relatif, puisqu’il comptabilise 800 000 entrées tout de même. Le scénario signé par Roberto Gandus, Ugo Liberatore et Franco Verrucci fait de Tony Arzenta une sorte de double inversé de Jeff Costello, le tueur à gages froid, héros du film Le Samouraï de Jean-Pierre Melville: beauté ténébreuse, charme fou et charisme magnétique dès la première apparition à l’écran au milieu de sa famille dans une superbe scène où l’on fête l’anniversaire de son fils. À la tombée de la nuit, il sort accomplir un dernier contrat pour un consortium mafieux.
Tony, calme et déterminé, prend sa voiture et roule tranquillement dans les rues de Milan plongées dans la grisaille brumeuse de l’Italie du Nord, accompagné par la tristesse et la beauté mélancolique de la chanson d’Ornella Vanoni. Il exécute sa mission avec une maitrise glacée pour la dernière fois. Mais l’organisation mafieuse ne l’accepte pas et veut l’éliminer. Canevas classique. La tragédie se déclenche quand sa femme et son enfant sont tués par erreur.
Tony se retrouve seul contre tous. Courses poursuites en automobiles, scènes de fusillades abruptes, mafieux inhumains raviront les amateurs du genre. Mais le film est surtout porté par le talent d’Alain Delon, qui joue le rôle de cet homme rongé par la souffrance. À ses côtés, Richard Conte, Umberto Orsini et Roger Hanin jouent avec classe des chefs mafieux, des salauds présomptueux et ignobles. Portée par la musique de Gianni Ferrio et les couleurs automnales de la lumière, la mise en scène demeure clinique et les élégants mouvements de caméra de Duccio Tessari se révèlent efficaces, implacables. Big Guns est un film dense et tendu. À voir absolument!
Big Guns – Les Grands fusils – (1973) un film de Duccio Tessari
Italie – France – 1973 – V.O.S.T.F. – 1h53 Sortie en salle le 15 février 2023
Couverture de la bande dessinée Tintin au pays de l'Or noir, détail, aux éditions Casterman.
Il y a quarante ans, le 3 mars 1983, disparaissait Georges Rémi, dit Hergé. Notre chroniqueur, tintinolâtre au point d’avoir appris à lire dans le Journal de Tintin, où les albums paraissaient l’un après l’autre au rythme d’une planche par semaine — d’où les fameux « suspenses de bas de page » —, tenait à célébrer l’événement, en rappelant au passage quelques faits de guerre graphique bien peu glorieux, mais significatifs.
Avant-guerre (non, je n’y étais pas, quoi qu’insinuent les mauvaises langues !), Hergé avait commencé dans Le Petit Vingtième, journal belge très bien-pensant qui éditait ses planches depuis Tintin au pays des Soviets, les premières pages d’une aventure nouvelle du petit reporter belge, Tintin au Pays de l’or noir. La guerre vint, les planches furent reproduites par le très national hebdomadaire français et pétainiste Cœurs Vaillants. Mais le dessinateur abandonna le projet, et fit paraître plusieurs albums achevés, dont Le Crabe aux pinces d’or où apparaissait Haddock pour la première fois.
L’Arabe est cruel, nous le savons
Il reprit le projet à partir de septembre 1948, et l’album définitif fut publié en 1950 par Castermann.
L’action se passe en Palestine sous mandat britannique. À la suite d’un quiproquo, Tintin, arrêté par les Anglais, est délivré par les terroristes juifs de l’Irgoun, qui l’ont confondu avec le leader attendu, un certain Salomon Golstein.
On ne lésinait pas sur les poncifs et le second degré en ces années-là. Ils ne connaissaient pas encore les « sensitivity readers » et autres merveilles contemporaines.
Du coup, Tintin est capturé à son tour par des Arabes dissidents. Amené au camp du terrible Bab El Ehr, il assiste à un largage de tracts par un avion anglais. Et le puissant cheik s’écrie : « Chiens d’Anglais ! Ils jettent des tracts ! Va dire à nos hommes que celui qui lira un de ces papiers sera fusillé sur le champ. »
Nous le savons, l’Arabe est cruel.
En 1971, après la guerre des Six jours, l’éditeur anglais de Tintin exigea et obtint quelques modifications substantielles, qui remplissent les pages 14 à 17 de la nouvelle édition. Plus d’Anglais, plus de Palestine. Un pays arabe indéterminé, où un puissant cheik (dont nous apprendrons bientôt qu’il est le père de l’infâme Abdallah) est en proie à une lutte intestine contre un renégat — Bab El Ehr encore. Et quand un avion gouvernemental inonde le camp du rebelle avec ses tracts (roses, toujours), l’infâme s’écrie :
« Ils jettent des tracts, ces imbéciles !… Haha !… Et pas un de mes hommes ne sait lire !! »
Tintin et la cancel culture
Désireux de se dédouaner de dessins de Juifs dignes de Je suis partout et autres organes de la pensée occidentale évoluée, Hergé avait supprimé l’Irgoun et la Palestine. Mais quand vous êtes un vrai raciste, il vous faut quand même une cible : en vingt ans, de 1950 à 1971, les Bédouins avaient désappris à lire. Un phénomène rarissime dans l’évolution des sociétés modernes, mais qui n’est pas sans exemple : entre les années 1950-1960, où les collégiens se délectaient à dévorer les albums de Tintin, et les années 2020, où ils ne savent plus qui est Hergé, les petits Gaulois ont désappris à lire — en vrais Bédouins des déserts français et autres territoires perdus de la République.
Chacune des éditions de Tintin au pays de l’or noir témoigne à sa manière de l’état de l’Histoire, des mœurs et des tolérances de chaque époque. L’essentiel, diront les héritiers d’Hergé qui sont très attentifs à grossir leur tas d’or, est que cela se vende encore aujourd’hui.
Pour ceux qui voudraient connaître dans le détail ces mutations graphiques et idéologiques, le dossier complet est là. Et pour ceux qui s’indigneraient que de pareilles horreurs subsistent dans des œuvres destinées à la jeunesse, qu’ils sachent qu’il y a déjà plus woke qu’eux : un certain Renaud Nattiez vient de faire paraître Faut-il brûler Tintin ?, aux éditions Sépia.
Renaud Nattiez, Faut-il brûler Tintin ?, aux éditions Sépia, 224 p.
Une tribune libre de Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif Pour Tous.
Alors que les chiffres d’une baisse effarante de la natalité en 2022 ont été publiés, l’Assemblée nationale a débattu le 28 février sur ce sujet, mais sans conclure par un vote. Chaque parti y est allé de ses propositions: de la baisse des impôts aux conséquences de l’éco-anxiété, chacun a agité ses constats et ses idées. Même si les intentions sont bonnes, la politique se juge aux actes. Il est temps de réaliser l’ampleur des conséquences sociales ! La baisse significative de la fécondité a des répercussions directes sur nos vies, notre modèle social et la solidarité intergénérationnelle. La viabilité de celle-ci dépend de l’équilibre entre la génération qui débute sa vie, celle qui travaille et celle qui s’est retirée de la vie active. La baisse du nombre de mariages, la hausse du nombre des séparations et divorces, des familles monoparentales et des familles recomposées, créent des situations plus complexes et précaires. Par exemple, une famille sur quatre est une famille monoparentale et, d’après l’INSEE, en 2021, 40,5% des enfants vivant dans une famille monoparentale sont en situation de pauvreté. Cette précarité familiale se retrouve à la fin de la vie. Le vieillissement de la population et la diminution du nombre d’enfants créeront des situations difficiles pour les parents âgés, malades ou en fin de vie. Alors qu’il y avait encore, voici quelques années, plusieurs enfants pour s’occuper d’un parent, il n’y en aura bientôt plus qu’un, voire plus du tout. L’équilibre de la natalité a aussi des conséquences sur notre modèle de répartition. À l’heure de la réforme des retraites, les esprits s’agitent pour contrer la baisse du ratio cotisants/retraités.
Hollande et Macron, adversaires de la famille
Depuis sa création, il y a 10 ans cette année, La Manif Pour Tous dénonce la déconstruction radicale de la politique familiale. Or nous ne pouvons plus vivre sur le crédit de la génération de nos parents qui avait une forte natalité. Comme le dit l’adage : « la démographie, c’est le destin ». De quoi cette baisse de la fécondité est-elle le nom ? Elle est d’abord celui d’un choix politique de François Hollande qui a fait instituer, en 2015, des différences très importantes du montant des allocations familiales suivant les revenus des parents. L’accueil et l’éducation des enfants bénéficient pourtant à toute la société, quel que soit le niveau de vie des parents, et les familles qui s’agrandissent sont toutes impactées financièrement. Ce fut aussi la baisse continue du plafond du quotient familial et, peut-être plus impactant encore, les conditions nouvelles accolées au congé parental, en 2015 aussi: elles ont de facto réduit celui-ci d’une année entière (sur les trois années qu’il compte supposément) pour 96% des familles dont l’un des parents prend un congé parental. Une catastrophe. C’est depuis 2015, justement, que la natalité française a décroché. Mais le ministre François Braun prétendait encore récemment, en répondant à une question du député « Renaissance » Bertrand Sorre, qu’il n’est pas possible d’établir un lien de causalité direct entre le taux de fécondité et le montant d’une prestation familiale ou une réforme en particulier. Un prétexte et un mensonge qui perdurent depuis des années. En réalité, toute l’histoire de la politique familiale atteste du contraire. Jusque-là, Emmanuel Macron n’a rien fait pour y remédier. Au contraire, la réforme des retraites pénalise particulièrement les mères parce qu’elle reporte l’âge minimum de la retraite tout en ne tenant pas compte des trimestres pour enfants. Ainsi, même si elles ont acquis tous leurs trimestres avant 64 ans, les mères n’auront pas de retraite à taux plein si elles n’attendent pas l’âge fatidique. Une aberration ! Alors que le texte est discuté au Sénat, les parlementaires et plus particulièrement la droite, ont les moyens de défendre les mères de famille et ainsi de renouer avec une politique familiale. L’ont-ils âprement négocié en amont avec Elisabeth Borne ? Vont-ils se suffire d’une dérisoire surcote de 5% ou vont-ils réellement défendre les mères ?
Du jamais vu
La natalité reste l’un des angles morts les plus lourds de conséquences de la politique de l’hôte de l’Élysée. Cette baisse est aussi le fruit de la « déconstruction sociale » que notre société subit. L’idéologie woke, l’écologie millénariste, un individualisme revendiqué et sans doute une forme de dépression collective incitent les jeunes à renoncer à la famille. Des médias ne cessent de mettre en valeur des mères « qui regrettent d’avoir eu un enfant », des jeunes filles qui se font ligaturer les trompes, etc.
Le résultat est là, comme en atteste un sondage IFOP pour le magazine Elle de septembre 2022 : 30% des Françaises de 18 à 49 ans ne veulent pas d’enfants. Du jamais vu ! Dévaloriser la maternité et la paternité, délaisser la politique familiale, c’est affaiblir notre modèle social. La famille devrait être mise en valeur et encouragée car elle reste le lieu d’accueil et d’éducation des enfants, et le premier lieu de solidarité entre les générations. L’État-providence n’a ni la capacité, ni les moyens de remplacer la famille. Au-delà même des enjeux économiques, une natalité dynamique fortifie les familles comme lieu de solidarité. Nous en faisons tous l’expérience dans nos vies, comme l’ont montré les confinements. À l’inverse, l’effritement de la natalité impactera nos vies quotidiennement. L’actuelle réforme des retraites est symptomatique du mauvais traitement infligé aux familles. Pourtant, faire des enfants n’aura-t-il pas un impact beaucoup plus important pour la société que la prise en compte de quelques trimestres pour enfant acquis par les mères ? Pour parvenir au moins à l’équilibre, il est nécessaire de considérer la natalité (et donc la maternité) comme une urgence sociale, et d’orienter les décisions politiques en fonction de celle-ci… et, hic et nunc, de revoir la réforme des retraites.