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«Une Ukraine qui glorifie les génocidaires n’a pas sa place dans l’UE»

Si Vladimir Poutine est le premier responsable de la guerre actuelle, il ne faut pas écarter la responsabilité des États-Unis dans la longue escalade qui a précédé le conflit. Mais surtout, il est impossible d’accueillir l’Ukraine au sein de l’UE tant que celle-ci érigera en héros des génocidaires comme Bandera. Propos recueillis par Gil Mihaely.


Causeur. Vous avez appelé récemment à un accord de paix entre l’Ukraine et la Russie. Pourquoi, selon vous, les Russes et les Ukrainiens ne sont-ils toujours pas en train de négocier un tel accord ?

Arno Klarsfeld. Parce qu’une fois que les passions humaines se mettent en branle, une fois qu’il y a de nombreux morts d’un côté comme de l’autre, il est difficile de mettre les deux protagonistes autour d’une table de négociations. D’autant que les Américains veulent affaiblir la Russie avec les troupes ukrainiennes, sans entrer eux-mêmes dans le conflit. Mais aussi parce que l’Europe se sent menacée, que le droit international a été bafoué.

Qui en porte la responsabilité ?

Poutine est le premier responsable ! Il a commencé cette guerre alors qu’il n’y avait pas de menace immédiate à l’encontre de la Russie. Il avait déjà la Crimée, il avait déjà une partie du Donbass ! Mais l’OTAN porte une part de responsabilité, dans le sens où depuis 2014, elle a laissé l’Ukraine bâtir son identité sur une haine viscérale de la Russie, démolir les monuments commémorant la victoire sur le nazisme et ériger des monuments à la gloire de ceux qui avaient combattu les Soviétiques et massacré des dizaines de milliers de juifs.

L’OTAN, à ce moment-là, pouvait faire pression sur l’Ukraine, car elle l’armait. Elle aurait pu dire : « Trouvez une solution raisonnable avec les Russes. Vous voyez que Poutine est un dictateur, vous savez comment, poussés dans leurs retranchements, ils peuvent réagir. Essayons de trouver une solution raisonnable, ne demandez pas à entrer dans l’OTAN. » Cela n’a pas été fait, donc on a laissé la situation s’envenimer.

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Poutine viole le droit international, mais il faut lui faire des concessions car c’est un voyou ?

Le régime ukrainien est aussi peu démocratique ou presque que le régime russe. C’est un régime oligarchique où la liberté des médias n’est pas meilleure qu’en Russie et où il y a le même niveau de corruption. En plus l’Ukraine dresse des monuments à la gloire de collaborateurs nazis.

Tout de même, il faut se demander comment un peuple qui faisait partie de l’URSS et lui a donné beaucoup de dirigeants est devenu une nation fondée sur la haine de la Russie ?

Ceux qui défendaient l’Ukraine et son ancrage occidental en 2014 appartenaient à l’extrême droite. Ce sont les nationalistes qui ont fait la révolution de Maïdan. Ces jeunes étaient aguerris, courageux, prêts à mourir et ils avaient la haine des Russes. Et ce sont eux qui ont pris le pouvoir.

Les dirigeants ont une responsabilité vis-à-vis de leur peuple, de leur permettre d’avoir une certaine liberté et d’être heureux et de ne pas mourir inutilement. Les Ukrainiens auraient dû faire comme la Finlande : l’URSS pesait sur ce pays où il ne fallait pas dire trop de mal des Russes, mais les Finlandais avaient une certaine liberté, ils vivaient heureux et indépendants.

Vous n’êtes pas très exigeant en termes de liberté. Il fallait aussi mettre une raclée à l’Armée rouge.

L’Ukraine voulait être indépendante, se rattacher à l’Occident, ce qui est tout à fait compréhensible. Mais elle a été imprudente et le résultat est là. L’Ukraine ne va sans doute pas gagner la guerre. Elle peut contenir peut-être les Russes, mais le résultat sera terrible pour la population. Et du point de vue moral, toutes les villes ukrainiennes dont on parle aujourd’hui parce qu’il y a des combats ont vu des pogroms menés par la population ukrainienne. Le régime ukrainien non seulement le dissimule et ne le commémore pas, mais en plus glorifie ceux qui ont permis ces pogroms.

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Il y a quelques jours, une cérémonie a eu lieu à Babi Yar à laquelle Zelenski, qui est juif par ailleurs, a assisté.

Oui, mais le mémorial de Babi Yar a été bâti avec des fonds privés et le rôle de l’Ukraine dans ces massacres y est caché. Je vous rappelle que la route qu’on emprunte pour aller à Babi Yar, sur les lieux du massacre, s’appelle depuis 2014 avenue Stepan Bandera.

En quoi cela amoindrit-il le droit de l’Ukraine à l’autodétermination ?

En rien. Aucun des deux régimes ne m’est sympathique. Je dis que l’Ukraine a été agressée, que Poutine est un dictateur, mais je dis aussi que si l’UE parle de corruption, elle doit aussi parler de la glorification de génocidaires comme Bandera. Et elle ne le fait pas parce qu’elle ne veut pas gâcher son récit d’une Ukraine angélique. L’UE a donné à l’Ukraine le statut de pays candidat. Désolé, mais si vous voulez accueillir l’Ukraine, alors vous devez lui demander d’adhérer à nos valeurs forgées dans la victoire contre le nazisme. On doit leur dire qu’il est hors de question qu’une Ukraine qui glorifie des génocidaires entre dans l’UE.

Comprenez-vous que vos prises de position sont perçues comme un soutien à Poutine ?

Non, parce que ce n’est pas le cas ! Si on est épris de liberté, Poutine est terrible. Mais en même temps le niveau de vie a monté, le niveau des pensions de retraite est supérieur à celui de l’Ukraine. En tous les cas, je ne suis pas pour Poutine et ne l’ai jamais été. J’ai contesté Zemmour qui voulait un Poutine français. Je suis épris de liberté, je suis pro-américain, j’ai prêté serment sur la Constitution américaine en tant qu’avocat, je la connais par cœur et je peux réciter la liste des présidents américains depuis Washington. Mais je ne veux pas de cette Ukraine-là dans l’UE, je pense que la Crimée est russe et que pour le Donbass, ils peuvent trouver une solution raisonnable.

Je n’ai pas envie que le conflit déborde en Europe, car le risque d’une troisième guerre mondiale est réel. L’Europe s’est déjà suicidée deux fois, elle n’a pas besoin de se suicider une troisième fois, pour le Donbass et en plus pour un régime qui ne m’est pas sympathique.

Naufrage commercial

Avec 164 milliards d’euros de déficit commercial, la France affiche sa pire performance depuis l’après-guerre. Cependant, les marchés financiers s’en accommodent. Ils sont davantage obsédés par les résultats des grands groupes mondialisés que par la désindustrialisation des pays occidentaux. Les remèdes pour sortir du déclin existent, mais l’UE nous les interdit.


On cherchera vainement dans les premières pages de nos quotidiens l’annonce des derniers chiffres de notre commerce extérieur. Est-ce la faute au conflit ukrainien ou à la crise énergétique, sujets essentiels ? Peut-être, mais plus encore, sans doute à l’indifférence à un sujet qui fâche : la France administrée par Emmanuel Macron affiche la pire performance commerciale de l’après-guerre.

Sur l’exercice 2022, notre balance commerciale s’avère déficitaire de 164 milliards d’euros, contre 78 milliards en 2021. Le bateau France prend l’eau mois après mois.

Le silence des grands médias contraste avec la mise en exergue qui s’imposait il y a quarante ans au moment de l’échec sans gloire du « socialisme à la française ». On soulignait alors que la relance keynésienne avait creusé les déficits intérieur et extérieur sans véritable profit pour l’emploi et la production. Et cet échec allait ouvrir la voie à une nouvelle configuration de politique économique qui est encore la nôtre.

C’était une autre époque, c’était un autre monde. Les pays déficitaires, à l’exception notable des États-Unis dotés de la devise internationale, étaient impitoyablement sanctionnés lorsque leurs comptes extérieurs dérivaient. Et la France dut rétablir ses propres comptes au moyen de trois dévaluations successives assorties d’un plan d’austérité.

Pourquoi aujourd’hui les marchés financiers s’accommodent-ils d’une situation qui aurait entraîné auparavant leur désaveu cinglant ? Il y a bien sûr notre inclusion dans l’euro qui dissimule notre échec. Mais la vérité est que les critères des marchés financiers ont radicalement changé. Les performances en matière de production et d’emploi, et, par-dessus tout, la santé financière des grands groupes mondialisés, obsédés par la création de valeur pour l’actionnaire, prennent le pas sur toute autre considération. Et qu’importe que cette création de valeur, basée sur une délocalisation opportuniste, affaiblisse les appareils de production.

L’erreur à ne pas commettre serait de poser un diagnostic global de manque de compétitivité, sans voir exactement où le bât blesse. Il faut toujours « ventiler » pour mettre au jour les défaillances sectorielles.

L’industrie abandonnée

Enjambons le déficit énergétique, « normal », qui s’est cependant aggravé avec la réduction de notre capacité nucléaire, pour aller au cœur de notre drame économique : le déclin de notre production industrielle et de nos exportations de produits manufacturés.

L’année 2000 est la référence. Notre production industrielle a depuis chuté de 10 %, mais bien plus s’agissant de la production par tête. Nos présidents ont abandonné l’industrie sous l’influence perverse des apôtres de la société « post-industrielle », tandis que notre inclusion dans l’euro les a délivrés de la hantise d’une crise monétaire. Le naufrage commercial apparaît comme le plus saisissant stigmate de ce déclin industriel. Notre commerce était encore équilibré en 2000, malgré les importations d’hydrocarbures et la forte demande intérieure. Or, au troisième trimestre 2022, le déficit en produits manufacturés culminait à 21 milliards d’euros en dépit de l’excédent croissant du secteur aéronautique et spatial. La filière automobile en revanche, affiche un déficit de près de 5 milliards, qui contraste avec l’excédent de 12 milliards enregistré en 2000. Le déclin relatif des marques françaises s’est conjugué avec la délocalisation sans états d’âme de nos entreprises.

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Cet échec commercial pose la question de la validité du système économique français. Oublions un instant le mot fétiche « compétitivité ». À chaque fois que notre déficit commercial s’aggrave, la France « exporte du PIB, des emplois productifs, des revenus et des recettes publiques ». Tout notre édifice de services publics et de prélèvements obligatoires adjacents s’enfonce silencieusement dans des sables mouvants. Là est le fond du problème économique, financier et social français. Face au défi intérieur grandissant représenté par la montée de l’insécurité et au défi de la menace extérieure, la capacité d’action de l’État se réduit année après année en proportion de la force de production sur le site français.

Or, hormis quelques personnes attachées à la pérennité de la France, la majorité présidentielle ânonne sur le thème inépuisable des réformes de structure, comme si la réforme des retraites pouvait réduire de 20 ou 25 % notre coût du travail, tandis que l’opposition gauchiste prône un nouveau programme à base de fonctionnariat et de réduction d’une durée du travail qui est déjà la plus basse du monde !

Les États désarmés

Laissons les esprits forts, Macron et Mélenchon, dans leur rôle. Nous sommes enfermés dans une souricière. Les deux remèdes objectifs nous sont interdits. La sortie de l’euro est le premier tabou. Nous comprenons aujourd’hui que la monnaie unique n’est pas un outil économique, mais une de ces idoles auxquelles il serait sacrilège de toucher. Et l’Europe sacro-sainte prohibe, depuis l’entrée dans le marché unique en 1993, le deuxième remède qui consisterait en un allégement massif de charges sociales ciblé sur les secteurs industriels exposés à la concurrence extérieure. De même prohibe-t-elle le soutien des États aux secteurs naissants et aux innovations économiques ou écologiques – le projet Airbus ne pourrait plus voir le jour. L’échappatoire serait d’abaisser drastiquement les salaires dans l’industrie et les services qui lui sont dédiés, au prix d’un suicide politique pour les gouvernants. Les traités européens ont atteint leur objectif crucial : désarmer les États.

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Nous ne voyons de changement possible qu’à la faveur de turbulences sociales qui redistribueraient les cartes en obligeant les politiques et les médias à une révision déchirante de leur idéologie. Mais c’est s’illusionner encore, dès lors que les idéologues sont plus têtus que les faits.

Ce que Charles Maurras reprochait à Napoléon

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La délégation des siècles republie Napoléon avec la France ou contre la France? L’éditeur nous présente cet opuscule publié en 1929 et depuis quelque peu oublié.


Charles Maurras, passablement oublié par notre époque qui ne s’en souvient plus que pour le critiquer, est depuis longtemps réduit par ses adversaires à sa seule position en faveur de la monarchie. Son œuvre écrite embrasse pourtant bien d’autres thèmes, notamment les voyages, la poésie, la politique d’une manière générale, l’histoire évidemment et la plupart des grands sujets de questionnements humains.

L’ensemble de son travail s’est articulé autour d’une idée précise: les intérêts supérieurs de la France. Dans son petit mais redoutable livre Napoléon avec la France ou contre la France ?, désormais disponible à La délégation des siècles, c’est ce même état d’esprit qui préside à la construction de sa critique de l’Empereur. Son objectif était de savoir si oui ou non Napoléon a servi la France, si oui ou non son bilan a été bénéfique pour le pays. Il est arrivé à la conclusion que non, ce qu’il déplore évidemment, et les arguments qu’il développe dans le livre sont à la fois percutants sur le fond et superbement présentés sur la forme.

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L’auteur était une intelligence rationnelle: conscient que le prestige récolté par Napoléon au temps de ses batailles victorieuses peut griser une âme française et la gonfler d’orgueil, il invite à ne pas se laisser endormir par ces sirènes. Car derrière le faste de certains noms désormais mythiques se dissimulent malheureusement des conséquences beaucoup moins favorables pour la postérité, la stabilité et la continuité de la France. Et s’il peut se permette d’avoir sur le bilan napoléonien un regard rétrospectif, c’est parce qu’il le médite un siècle après les faits, ce qui lui offre le vaste champ d’un centenaire écoulé pour mesurer, jauger, vérifier, constater quels fruits sont tombés de l’arbre impérial.

Pour le plus grand malheur de la France, nous dit l’auteur, ces fruits ont souvent été des fruits pourris. Continuateur et d’une certaine manière amplificateur des idéaux de la Révolution, il en a recouvert la France, semant partout le désordre social, l’anarchie dans les ordres et la perturbation dans les familles. Le Code Civil, génial par certains aspects, est une catastrophe par d’autres: notamment en ce qu’il inscrit dans le marbre de la loi le principe même de l’éclatement de la famille (à la mort du patriarche, au lieu que son domaine soit transmis à son aîné de manière à en perpétuer l’existence, les lois Napoléon prévoient que tous ses enfants en héritent, ce qui provoquera le dispersement du domaine, sa mise en vente pour assurer le partage équitable ; de cette manière, les bastions familiaux ont éclaté, et avec eux la pérennité d’un certain ordre social hérité des siècles).

Sur le chapitre de la politique étrangère, Charles Maurras est formel: le bilan de Napoléon est une catastrophe qui a semé les graines des futures grandes guerres, 1870 et 1914. Coupable de n’avoir pas coupé l’arbre prussien dans ses racines lorsqu’il en avait encore le pouvoir — ce qu’il fallait faire pour la sécurité future de la France, insiste Maurras —, il a par conséquent laissé se bâtir un empire hostile qui devait, plus tard, devenir assez gros pour nuire à la France.

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À l’occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon, il y a deux ans, nous avons vu fleurir un certain nombre de critiques issues notamment des milieux de gauche et wokes. Toute l’étendue de cette critique se résumait, grosso-modo, au fait que Napoléon avait rétabli l’esclavage. La pauvreté intellectuelle et politique de notre époque explique que le bilan d’un règne aussi gigantesque soit ramené à cette unique dénonciation, faisant fi de tout le reste. Avec Charles Maurras, nous sommes loin de cette pauvreté argumentaire: lui aborde des questions de politique sérieuse, évoque le temps long, les racines profondes et les effets dominos.

Un petit livre qui permet de nourrir sa réflexion sur ce sujet et par prolongement sur les grands sujets politiques qui nous intéressent collectivement. Son érudition, sa plume exceptionnelle, son esprit vif et son intelligence historique font de Charles Maurras un observateur critique de Napoléon qui nous élève, là où l’anti-napoléonisme woke contribue à tout rendre stupide et creux.

Continuons d’entretenir les bons aspects du souvenir de Napoléon mais, si nous sommes réellement soucieux de la France, soyons conscients de ses défauts et de ses responsabilités dans les drames qui nous arrivent depuis deux siècles.

Napoléon avec la France ou contre la France ?

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Le courage de l’autorité!

Arrive un moment où le spectacle donné par certains membres du gouvernement et de l’Assemblée nationale n’est plus supportable…


Il y a un moment où le spectacle donné par certains membres du gouvernement et de l’Assemblée nationale n’est plus supportable pour les citoyens d’un pays comme le nôtre. Un sondage IFOP annonce que 85% des Français estiment et regrettent que l’autorité disparaisse dans tous les domaines. Les enfants eux-mêmes veulent des parents et des profs plus autoritaires ! Un paradoxe quand (presque) plus personne ne respecte rien, ou n’obéit. Mais comment pourrions-nous reprendre notre pays en mains, si l’exemple supposé venir de haut nous tire vers le bas ? C’est un découragement qui gagne toutes les institutions privées ou publiques, individuelles ou collectives. Jamais un chef d’entreprise, du plus petit commerce à l’entreprise du CAC 40, ne tolèrerait des comportements comme ceux que nous inflige le Landerneau politique. Les huissiers seuls ou presque ont de la tenue ! Neuf Français sur 10 veulent le rétablissement de l’ordre et considèrent que c’est une priorité, cela n’a l’air de troubler personne…

Doigts d’honneur et beuveries à l’Assemblée nationale…

Nous ne supporterions jamais dans nos entreprises, nos réunions ou nos conseils d’administration, ce mépris du savoir-vivre, ces invectives grossières, ces gestes déplacés. Il ne s’agit pas de montrer du doigt ceux qui peuvent avoir des moments de colère, mais il s’agit de prendre de vraies mesures de discipline simples et immédiates pour les fortes têtes, cancres de la République. Un règlement impératif et sans exception qui inflige une sanction instantanée et incontestable. Comment laisser passer sans réagir, et tolérer d’avoir autant de mises en examen au sein du gouvernement ? Pas grave ? Alors, pourquoi sont-ils en examen ? [1] Des caprices de magistrats ? Une justice politisée sans contre-pouvoirs ? Il faut accepter que le talentueux (par ailleurs) ministre de la Justice n’a probablement pas sa place comme Garde des Sceaux, car on ne peut à ce grade avoir le moindre doute sur celui qui incarne la respectabilité, muni du glaive et de la balance…

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Les chefs d’entreprise et les salariés, c’est-à-dire nos concitoyens, sont très inquiets de cette dégradation. Devant ces turpitudes médiatisées, nous patrons, appuyés par nos collaborateurs qui supporteraient encore moins cet état de chose dans leur boîte, prendrions dans nos entreprises des mesures disciplinaires immédiates comme le blâme ou la mise à pied, voire le licenciement.

Nous apprenons aussi sans broncher ce qui se passe par ailleurs dans les coulisses de l’Assemblée, stupéfaits de savoir que la buvette de l’Assemblée nationale est un lieu « convivial » ouvert tard le soir, ce qui permet de se détendre en en sortant… éméchés ! Mais comment admettre cela, madame la Présidente de l’Assemblée nationale ? Faites preuve d’autorité: pas d’alcool ou alors en quantité très limitée à l’heure des repas par exemple ? Il y a besoin d’une loi pour ça ? N’est-ce pas de votre responsabilité de faire immédiatement cesser cet état de chose ? Dans nos entreprises, l’alcool est interdit ! Tout juste une coupe de champagne lorsqu’on fête un évènement ensemble et avant de repartir chez soi. C’est indigne ! Pas question d’en sourire surtout au moment ou un dangereux « fait divers » nous montre les ravages de l’alcoolémie. N’avez-vous pas le pouvoir de faire un règlement sévère ou d’appliquer celui qui existe ? C’est simplement ce qu’on appelle l’AUTORITE, mieux le courage ; ce n’est pas parce qu’on est élu que l’on doit échapper à la bienséance, nous n’avons pas élu des voyous pour insulter leurs acolytes, des élus qui oublient que leur devoir d’exemplarité et le poids de leur responsabilité sont plus importants que leurs opinions politiques qui varient selon leurs intérêts personnels et leur carrière. Rappelez-le-leur ! qui d’autre que vous le fera ?

« Incivilités », « vivre-ensemble », ces doux mots

À tous les niveaux nous regrettons le manque ou l’absence d’autorité : éducation, police, « incivilités » (Ah ! le beau mot laxiste pour ne pas nommer les choses). L’autorité, et donc toujours le courage, c’est de cela que les responsables de notre pays manquent cruellement, pour nous garantir ce « vivre ensemble » dont on nous berce. Autorité, justement, dans les actes simples de la vie quotidienne, et au plus haut niveau de l’État, mais l’autorité peut-elle se conjuguer avec un « en même temps » qui est une porte ouverte au laxisme?

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Comment, sur les bancs de notre Assemblée tolérons-nous pareils outrages ? … Comment accepter qu’un député appelle à l’insurrection avec à la clé la promesse surréaliste d’une visite du Palais Bourbon « gratuite » en récompense ! … Dehors et immédiatement, mise à pied et semonce officielle ! Mettre un pied sur un ballon représentant la tête symbolique du ministre du Travail, on devrait trouver cela normal ? Le traiter d’assassin, aussi ?… Alors, rediscutons des motifs d’inéligibilité, et que la présidente de l’Assemblée tienne d’abord ses troupes. Les simples citoyens que nous sommes seraient interpellés, eux, pour moins que ça : « outrage à un représentant de l’autorité » si on a un geste ou un mot légèrement déplacé. La République a-t-elle donc définitivement entériné le principe de « fort avec les faibles et faible avec les forts » ? C’est selon moi ainsi que l’on encourage ce déclin sociétal qui mène à la décadence. Et comment voulez-vous que les enseignants aient ensuite un quelconque pouvoir sur leurs élèves ? Tout est permis et l’absence d’autorité est contagieuse. Les parents que nous sommes manquent aussi d’autorité, car ils ont maintenant peur de leurs enfants s’ils ne cèdent pas. Nous ne devons plus nous absoudre nous-même, nous résigner à ce laisser aller de responsabilité. Nous sommes tous responsables de ce laisser aller, par lâcheté, comme nos politiques qui ont peur de leurs électeurs, de moins en moins nombreux du reste (on les comprendrait presque). Sous prétexte que la réforme des retraites, c’est important, nous avons toléré des débats anormalement agités.

Alors pourquoi s’en prendre à vous, Madame la Présidente de l’Assemblée, ou à vous, Madame la Première ministre ? Parce que nous n’en pouvons plus des « responsables, mais pas coupables », qui fuient l’exercice de l’autorité. Il faut des chefs respectés… et qui cheffent !


[1] Le député Olivier Marleix (LR) a récemment listé longuement les affaires qui impliquent le camp présidentiel, provoquant l’agacement d’Eric Dupond-Moretti : « onze condamnations dans la majorité », « huit mises en examen dont celle du secrétaire général de l’Élysée et celle du garde des Sceaux, accusés l’un et l’autre de prise illégale d’intérêt » NDLR.

De «Brexit» à «bromance» : une nouvelle entente cordiale entre la France et le Royaume Uni?

Le sommet franco-britannique qui s’est tenu à l’Élysée vendredi dernier a vu maintes embrassades et moultes échanges de tapes dans le dos entre les deux dirigeants. Mais au-delà des rodomontades de convenance à destination des caméras, existe-t-il réellement une nouvelle entente entre les deux pays ? Si oui, de quels effets productifs sera-t-elle suivie ?


L’année prochaine verra le 120e anniversaire de l’Entente cordiale, un ensemble d’accords entre la France et le Royaume Uni, signés en 1904, qui ont contribué à ouvrir la voie à l’alliance entre les deux États lors de la Première Guerre mondiale. En anticipant la commémoration de cet événement, Emmanuel Macron et Rishi Sunak ont essayé de créer une nouvelle entente susceptible de mettre fin aux tensions qui caractérisent les relations franco-britanniques depuis l’époque des négociations sur le Brexit. Boris Johnson avait trouvé commode de faire de la France le bouc émissaire chaque fois qu’il prétendait rencontrer une opposition quelconque de la part de l’UE. Emmanuel Macron semblait content de jouer le pit-bull européen face à des demandes émanant de Londres que l’UE prétendait exorbitantes. Il y a eu de vrais sujets de dissension sur des dossiers comme la pêche dans les eaux britanniques ou le protocole nord-irlandais, et ces questions ne sont toujours pas entièrement résolues. Mais côté britannique, Rishi Sunak a réussi à faire un certain nombre de progrès sur le protocole avec son « cadre de Windsor ». Désormais, il s’empresse de montrer qu’il est plus conciliateur que Boris Johnson, voire qu’il est un véritable ami pour ses voisins européens, à commencer par les Français. Son voyage à Paris pour le premier sommet franco-britannique depuis cinq ans et la venue, à la fin de ce mois, du roi Charles – sa première visite d’État – envoient un signal très clair : la France est à l’honneur et les relations vont se normaliser de nouveau.

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Lorsque les deux leaders, tous les deux relativement jeunes, sveltes, moulés dans le genre de costume foncé qui sied à des anciens de la finance, se sont montrés pour leur conférence de presse, le mot sur toutes les lèvres des commentateurs était celui de « bromance ». Mais au-delà de cette démonstration d’amitié personnelle, le chef d’État français et le chef de gouvernement britannique ont besoin l’un de l’autre et pour des raisons très concrètes. Certes, la guerre qui se poursuit en Ukraine et l’existence d’un adversaire commun en Vladimir Poutine ont créé une nouvelle solidarité entre les pays occidentaux. Le sommet de vendredi a confirmé qu’Emmanuel Macron se range plus clairement qu’avant dans le camp de ceux qui, à la différence du très prudent chancelier Scholtz, affichent un soutien sans faille aux Ukrainiens. La déclaration officielle accompagnant le sommet a abondé dans ce sens, parlant d’une plus grande coordination des efforts français et britanniques pour aider Kiev. Les discussions ont porté aussi sur des questions où plus de coopération est parfaitement logique, comme la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité, ainsi que des mesures communes pour faciliter la décarbonisation de l’économie et garantir la sûreté des approvisionnements énergétiques. Les échanges culturels n’ont pas été oubliés, et il est même question d’un prix littéraire franco-britannique qui, à notre époque, laisse craindre le pire. Mais tout cela est relativement prévisible, chacun des deux dirigeants ayant ses propres soucis spécifiques et comptant l’un sur l’autre pour l’aider à s’en sortir.

Immigration: petits bateaux et radeau de sauvetage

A part le niveau de l’inflation et les grèves dans des secteurs clés comme l’hôpital ou les transports, le Premier ministre britannique est confronté à une difficulté très visible : les traversées de la Manche par des migrants illégaux dans des bateaux de fortune. Ce phénomène dément la prétention du gouvernement à « reprendre le contrôle » de ses frontières après le départ de l’UE. Chaque année, le nombre de ces migrants ne cesse d’augmenter. On sait que 45 000 ont traversé la Manche en 2022. S’ils sont de plus en plus nombreux à prendre ce risque, c’est parce qu’ils savent que presque personne n’est renvoyé. Bien que les ONG prêchent l’accueil sans restriction de ces « réfugiés », un grand nombre des clandestins ne peuvent pas se réclamer d’un tel statut. L’année dernière, la nationalité la plus représentée était l’albanaise. Des deux côtés de la Manche, ce sont les réseaux de trafiquants humains qui font la loi : leur priorité n’est pas de secourir des réfugiés mais de profiter d’un commerce extrêmement lucratif, beaucoup des migrants n’étant apparemment pas sans ressources. Le gouvernement britannique a réussi à mettre en place un accord avec l’Albanie pour le retour des citoyens de ce pays, mais son projet pour expulser des clandestins vers le Rwanda reste bloqué devant les tribunaux. Le Trésor public dépense presque sept millions d’euros par jour rien que pour loger les migrants dans des hôtels.

C’est dans ce contexte que, le 7 mars, le gouvernement de Sunak a déposé un nouveau projet de loi « sur la migration illégale ». Les personnes arrivant sur le sol britannique par des moyens illégaux n’auront pas le droit de demander l’asile ; elles seront placées en détention en attendant d’être expulsées du pays dans un délai de 28 jours. Sur le papier, ces mesures semblent efficaces mais elles seront probablement difficiles à mettre en œuvre. D’abord, elles susciteront des contestations judiciaires sans fin où l’action coordonnée des ONG jouera un rôle central. Ensuite, vers où les migrants seront-ils expulsés ? La plupart des pays d’origine refusent de les accepter ou sont considérés comme trop dangereux pour qu’on y expulse un migrant sans contrevenir aux droits humains. N’étant plus membre de l’UE, le Royaume Uni ne peut même pas tenter de les renvoyer dans un État membre – comme la France par exemple – car il n’est pas couvert par le Règlement Dublin III régissant les demandes d’asile.

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Comme les effets positifs de cette législation seront longs à venir et vraisemblablement assez limités, Rishi Sunak a besoin de montrer des progrès tangibles d’une autre manière. C’est là que la France peut lui porter secours en acceptant d’intensifier la coopération avec les autorités britanniques sur la traque des gangs criminels et la patrouille des littoraux. Ce n’est donc pas une coïncidence si le projet de loi sur la migration illégale est dévoilé la semaine même où Rishi Sunak se pointe à l’Élysée. Selon la déclaration officielle du sommet, la coopération franco-britannique a déjà permis de démanteler 55 filières de trafiquants, de procéder à plus de 500 arrestations, et d’empêcher 1381 traversées illégales qui auraient transporté outre-Manche 33788 migrants illégaux. Maintenant, le gouvernement britannique va investir 541 millions d’euros sur trois ans pour que, côté français, il y ait 500 agents patrouilleurs, plus de drones, d’hélicoptères et d’avions, et un nouveau centre de rétention destiné à héberger les clandestins qui cherchent à traverser la Manche. Dans la mesure où les chiffres peuvent impressionner, l’opération est réussie. Rishi Sunak ne pouvait pas espérer que, par un accord bilatéral, la France accepte de reprendre les clandestins ayant réussi la traversée, mais quand, à la fin de la conférence de presse, il a lancé à Emmanuel Macron : « merci, mon ami », sa reconnaissance était probablement tout ce qu’il y a de plus sincère.  

Des histoires de ménages à trois

Que voulait le président français en échange de cette coopération qui, néanmoins, sera largement subventionnée par le gouvernement britannique ? Rishi Sunak ne peut absolument rien pour l’aider sur la question de la réforme des retraites. Mais chacun sait que M. Macron est préoccupé par son statut d’homme d’État dont l’ambition transcende très largement la scène nationale en visant celle de l’Europe voire celle de la planète. C’est là qu’il rencontre des difficultés en ce moment. D’abord, en ce qui concerne la nouvelle Europe de la défense dont l’agression russe en Ukraine a provoqué la construction. Car aujourd’hui le président, qui a longtemps cherché à saisir l’initiative dans le domaine clé de la défense européenne, voit l’Allemagne de Scholtz lui ravir cette initiative. Sur certains dossiers, comme, par exemple celui de la défense anti-missile, M. Macron se trouve en minorité, tandis que l’Allemagne est plus pressée d’acheter du matériel militaire américain que de passer des commandes auprès de l’industrie française de l’armement. Du temps où le Royaume Uni était membre de l’UE, celui-ci jouait un rôle de contrepoids en empêchant dans une certaine mesure l’un des deux autres grands États-membres de prendre une position dominante. Le président français a besoin que le Royaume Uni joue de nouveau ce rôle, bien que d’une façon un peu plus distante. C’est possible parce que, comme le démontre la guerre en Ukraine, les questions de défense dépassent le cadre de la seule Union européenne. Face à l’agression russe, c’est tout le continent européen qui est uni. La France et le Royaume Uni ont les forces armées les plus performantes de l’Europe ; seules nations européennes à siéger au Conseil de sécurité des Nations Unies et à posséder une force de dissuasion nucléaire. Afficher et développer sa coopération militaire et stratégique avec le Royaume Uni permet à M. Macron de rappeler au chancelier allemand que ce dernier n’est pas son seul interlocuteur ni le plus qualifié dans ce domaine.

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Ce n’est donc guère surprenant si les rubriques les plus fournies de la déclaration du sommet franco-britannique sont celles portant sur la défense et la politique internationale. Les accords de Lancaster House de 2010, qui définissent la coopération en matière d’armes nucléaires, de déploiement de forces armées et de transferts de technologie, y sont rappelés. On fait grand cas aussi des cadres en dehors de l’UE où la coopération militaire ou stratégique se fait, allant de l’OTAN aux deux dadas personnels d’Emmanuel Macron : l’Initiative européenne d’intervention, lancée en 2018, qui regroupe 13 pays membres, dont le Royaume Uni, et la Communauté politique européenne, la plateforme de dialogue entre 45 pays et organismes participants qu’il a lancée en 2022 et dont Londres accueillera la quatrième réunion en 2024. La France et le Royaume Uni se donnent pour objectifs d’approfondir l’intégration de leurs forces armées, de développer de nouveaux armements et systèmes de défense mettant l’accent sur l’interopérabilité, d’amplifier les échanges de personnel, et de renforcer la Force expéditionnaire commune interarmées. Non seulement le Brexit n’a pas mis fin à ce partenariat, mais Emmanuel Macron peut désormais se présenter comme celui qui fait la jonction entre l’UE et l’ex-État-membre mais toujours proche allié situé de l’autre côté de la Manche.

À part l’Europe, il y a une autre difficulté à régler pour M. Macron. La déclaration franco-britannique identifie des régions de la planète où la coopération stratégique en matière de politique étrangère sera cruciale. Parmi celles-ci, le Moyen Orient et l’Afrique, cette dernière étant le sujet d’un certain nombre des préoccupations de la France à l’heure actuelle. Mais une place considérable est accordée à la région indopacifique, non seulement à cause de son importance économique, mais aussi parce que, selon la déclaration, il faut contrer le « défi » que représente la Chine pour « l’ordre international fondé sur le droit ». Certes, les deux anciennes puissances impériales, la France et le Royaume-Uni, qui sont présents dans cette région, devraient faire de bons alliés. Pourtant, le pacte AUKUS entre l’Australie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, dévoilé en septembre 2021, a constitué à la fois un choc et une insulte pour M. Macron. L’Australie a annulé son contrat avec la France pour la construction de nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque. Il s’avère que ces sous-marins seront construits en Australie d’après un modèle britannique. Pourquoi un tel camouflet à la France ? La conséquence d’une inadvertance coupable ou un reproche adressé à Emmanuel Macron pour avoir sous-estimé l’inquiétude inspirée par la Chine ? Ce lundi 13 mars, Rishi Sunak sera aux Etats-Unis avec les dirigeants américain et australien pour annoncer certains aspects concrets de leur pacte. Il est à espérer que le sommet franco-britannique aura permis dans une certaine mesure d’apaiser les tensions avec la France et de mettre les quatre (plutôt que les trois) alliés d’accord sur leur stratégie indopacifique. M. Macron aura bientôt l’occasion de montrer s’il est complètement d’accord avec son « ami » britannique : il est censé visiter la Chine début avril.

Merde!

Jusqu’où un artiste peut-il aller pour protester contre une critique négative? Pour le chorégraphe allemand Marco Goecke, très très loin.


Marco Goecke, chef de la compagnie de ballet de l’Opéra d’État de Hanovre et chorégraphe, est si sensible à la critique qu’il vient d’être viré de son poste et fait désormais l’objet d’une enquête judiciaire. Le dimanche 12 février, lors de la première de son nouveau spectacle, Glaube – Liebe – Hoffnung (« Foi – amour – espoir »), au moment de l’entracte, il a pris à partie la journaliste Wiebke Hüster, critique danse au Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui se trouvait dans le public.

Il lui a annoncé qu’elle n’était pas la bienvenue dans la salle à cause du compte-rendu qu’elle avait publié la veille d’un autre spectacle qu’il avait mis en scène pour le Nederlands Dans Theater de La Haye. Selon elle, l’effet de ce ballet consistait tantôt à rendre le spectateur fou, tantôt à l’assommer d’ennui. Goecke l’a accusée d’être responsable d’une baisse des ventes de billets. Et puis soudain, à la stupeur générale, il s’est frayé un chemin entre les spectateurs jusqu’à la critique et lui a badigeonné le visage d’excréments sortis d’un petit sac en plastique. Les matières fécales « fraîches » venaient de Gustav, son teckel de compagnie. Secourue par un employé de l’opéra, la journaliste s’est nettoyée dans les toilettes avant de se rendre dans un poste de police pour porter plainte. D’autres journalistes ont dénoncé une attaque contre la liberté de la presse. L’Opéra a présenté ses excuses à Hüster, ensuite le chorégraphe a fait de même, mais cela ne l’a pas empêché d’être renvoyé. Il est vrai qu’il avait d’abord tenté de se justifier en prétendant que son acte n’était pas prémédité et que les critiques de la journaliste étaient « personnelles ».

Il aurait même ajouté que cela faisait vingt ans qu’elle le bombardait de « merde ». La punition spontanée qu’il lui a infligée était donc adaptée au crime.

Mehlemamba Ngidi, un Blanc devenu un jeune influenceur zoulou

La culture zouloue a dépassé les frontières de l’Afrique et a été largement popularisée par le chanteur Johnny Clegg. Depuis trois ans, Stefano Di Mauro suscite l’admiration de toute une nation. Anglo-afrikaner, ce jeune blanc d’Afrique du Sud se revendique comme membre à part entière de cette ethnie guerrière sous le nom «Mehlemamba Ngidi». Devenu influenceur, il fascine par sa maîtrise de la langue de Shaka Zulu et totalise des millions de vues sur les réseaux sociaux.


Rien ne distingue ce jeune homme de 18 ans des autres garçons de son âge en Afrique du Sud. Pourtant, il y a trois ans, son apparition durant une quinzaine de secondes, dans une publicité de la chaîne Chicken Licken, a provoqué un engouement inattendu sur les réseaux sociaux. S’exprimant dans un parfait zoulou, Stefano di Mauro est devenu en peu de temps un influenceur qui totalise des millions de vues sur ses comptes Instagram ou Tik-tok. Aussi blanc qu’un cachet d’aspirine, cheveux corbeau, interrogé régulièrement pas les médias, celui qui se fait désormais appeler « Mehlemamba Ngidi » explique qu’il a appris à parler le zoulou dès son plus jeune âge. « C’est grâce à notre domestique, Lindiwe Ngidi, qui a toujours été près de moi depuis que j’ai un an, que j’ai pu apprendre cette langue. Mais je parle anglais avec ma mère, mon père et mes frères et sœurs. Mes parents ne parlent pas l’isiZulu [mais] en comprennent des phrases » affirme-t-il au magazine SA People. « Elle m’a porté dans son dos, me parlant et chantant toujours en zoulou. Vous savez, je l’appelle aussi maman » poursuit Stefano Di Mauro qui s’est amusé à se mettre en scène avec sa « Mam » dans une de ses vidéos Tik-Tok.

Certains refusent désormais de s’assoir à côté de lui

Avec son panama blanc, ses brassards et bracelets en poil de chèvre typiques de la culture zoulou, il confesse avoir également une passion pour la musique maskandi qui accompagne toutes les danses de cette tribu dont il se revendique désormais. « J’ai découvert ce type de musique par hasard quand j’ai été abordé par un ouvrier de chantier qui m’a demandé ce que j’écoutais dans mes écouteurs. A cette époque, j’écoutais Dladla Mshunqisi et DJ Tira. Il m’a conseillé alors d’écouter du maskandi. J’ai tout de suite adoré les chansons [et] les messages que véhiculent ces chants. C’est magique ». Stefano di Mauro a demandé à prendre des cours de guitare afin de devenir lui-même un musicien spécialisé dans ce genre de musique acoustique. C’est un passionné… qui n’a pas que des aficionados. Il explique également que ses camarades de classe n’ont pas vraiment compris pourquoi il s’intéressait à cette culture qui n’était pas celle de l’Afrikanerdom. Il préfère s’en amuser. « Mes amis blancs deviennent un peu irritables quand je leur parle isiZulu parce qu’ils ne comprennent pas [et] pensent souvent que je les ridiculise » rigole-t-il, facétieux. « Je leur donnais de temps en temps des leçons et des traductions quand nous étions ensemble » poursuit Stefano Di Mauro. Il reconnaît que certains à son lycée ont refusé de s’asseoir à ses côtés en cours, ou ne lui parlent plus aujourd’hui en raison de son attachement à la culture zouloue.

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Peuple bantou d’Afrique australe, c’est au début du XIXe siècle que les différentes tribus zouloues (« fils du ciel ») sont unifiées par Shaka. Surnommé le « Napoléon noir », il va en faire une nation redoutée des autres. Ses Impis (régiments) composés de milliers de soldats, à qui il impose un mode de vie très drastique, vont déferler sur toute cette partie du continent, contraignant les autres ethnies à fuir toujours plus loin. L’épisode du « grand déplacement » (Mfecane) va transformer à jamais le visage de la future Afrique du Sud colonisée par les Néerlandais puis les Britanniques. Les Zoulous vont très vite se confronter aux ambitions coloniales de Londres qui entend mettre fin à l’hégémonie de cette dynastie marquée par le sceau du régicide. Le 22 janvier 1879, les Anglais sont sévèrement défaits à la bataille d’Isandhlwana. Une humiliation qui sera vengée quelques jours plus tard. La réputation des Zoulous est telle que la reine Victoria recevra officiellement le roi Cetshwayo kaMpande dont les pouvoirs ont été réduits à ceux d’une simple chefferie, son empire démembré. C’est aujourd’hui la seconde ethnie d’Afrique du Sud. Le roi MisuZulu Sinqobile kaZwelithini est monté sur le trône en 2021. Il dirige cette nation qui continue de fasciner l’Europe. On ne compte plus les séries (comme celle à succès de « Shaka Zulu » sortie en 1986), les films consacrés à ces guerriers par Hollywood qui ont alimenté tous les fantasmes et contribué à populariser cette ethnie respectée des afrikaners eux-mêmes. Au plus fort de la fin de l’Apartheid (1992-1994), ces deux peuples n’ont pas hésité à s’allier pour contrer l’African National Congress (ANC) de Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid. Leur nom a dépassé les frontières et provoque toujours fierté et crainte dans les autres pays africains. Dernièrement, c’est la franchise Marvel qui a repris certains aspects de leur culture guerrière avec le film « Black Panthers »

Le rêve d’une société postraciale

Stefano Di Mauro n’a pas connu le régime de ségrégation raciale et se revendique comme un pur produit de la nation arc-en-ciel. « Il ne faut pas forcer les gens à apprendre les langues africaines si ils n’en ressentent pas l’envie ni le besoin. Si on les force, ils vont développer un sentiment de haine envers les tribus qui peuplent l’Afrique du Sud » avertit le jeune homme qui travaille aujourd’hui pour une de ces nombreuses sociétés de sécurité qui pullulent dans son pays et qui suit les traces de son père, policier à la retraite. « IsiZulu est ce que je suis au plus profond de moi. Dès mon plus jeune âge, j’ai su ce que je voulais être » déclare-t-il. « Je suis vraiment fatigué par tous ces problèmes raciaux que nous avons. Les gens se chamaillent parce que l’un est blanc et l’autre noir, parce que l’un est chrétien et l’autre juif ou musulman. Ils se battent en oubliant qu’en fin de compte, nous sommes tous humains » rappelle Stefano di Mauro. « Apprendre et embrasser différentes cultures contribueraient grandement à trouver le chemin de la réconciliation » renchérit l’influenceur, qui a été officiellement introduit dans un clan. Un parcours de vie qui n’est pas sans rappeler celui de Johnny Clegg, le chanteur devenu célèbre grâce à sa chanson « Asimbonanga » dont les paroles rendent hommage au combat mené par Nelson Mandela. Adulé, véritable star locale comme le montrent diverses vidéos sur You Tube, où des jeunes filles zouloues aux seins nus se précipitent sur lui et prennent quantité de selfies, Stefano Di Mauro reste humble, se contentant de danser avec les guerriers du roi Misuzulu. « Je suis un natif du Zoulouland ! » aime juste à rappeler « Mehlemamba Ngidi », le nouveau zoulou blanc d’Afrique du Sud, qui cherche encore l’élue de son cœur. Quelle que soit sa couleur.

Retraites: la France peut-elle encore se payer le luxe de ce faux débat?

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La réforme du gouvernement, décriée par la gauche française, est en réalité une réforme de centre-gauche de circonstance qui permet de maintenir un système de retraites par répartition sacré. Pendant que nous regardons passer dans les rues ceux qui défendent leurs régimes spéciaux en braillant, nous ne nous préoccupons ni de notre démographie préoccupante, ni de créer des richesses.


Savez-vous combien de réformes des retraites ont été menées ou tentées au cours des trois dernières décennies ? Cinq d’envergure, sans compter les nombreux aménagements et rapports qui sont intervenus quasiment tous les ans durant la période. Après avoir reçu le livre blanc des retraites en 1991, Michel Rocard s’était écrié qu’il y avait là de quoi « faire sauter plusieurs gouvernements ». La suite lui donna raison. Les gouvernements de droite comme de gauche – on se souvient de la réforme Touraine de 2014, qu’Emmanuel Macron poursuit d’ailleurs en 2023 dans cet étrange jour sans fin qu’est la politique française – se sont tous cassés les dents sur ce totem absolu de la France d’après-guerre : la retraite par répartition.

Maudite pyramide!

Pour un gouvernement, s’attaquer aux retraites fait figure de crash test et d’étape obligée pour passer à la postérité, à l’issue d’une lutte homérique contre les syndicats, la rue, les oppositions parlementaires et l’opinion publique. Reste la réalité, aussi cruelle qu’implacable. La population française vieillit inexorablement. Aujourd’hui, un Français sur quatre a plus de 60 ans. Dans moins de 20 ans, la situation sera encore plus périlleuse, puisqu’un tiers de la population aura alors dépassé « l’âge de la retraite ». S’il serait bien évidemment réducteur de ne penser la question des pensions de retraites qu’à l’aune de la pyramide des âges, des approches basées sur les générations ou les secteurs d’activité ayant aussi une certaine pertinence, ignorer le double effet de la dénatalité et de l’allongement de la durée de la vie sur l’économie et le travail serait suicidaire.

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Certains chiffres ne mentent pas. Il est tout de même éloquent de constater qu’en 1950 le pays comptait quatre actifs pour un retraité quand il n’y en même plus deux pour un actif de nos jours. Confrontés comme nous aux mêmes problématiques, parfois dans des proportions encore plus dramatiques, nos voisins européens ont dans leur très grande majorité décidé de reculer l’âge moyen des départs en retraite. Les Français partent aujourd’hui à 62 ans – c’est-à-dire un peu plus tard qu’à l’âge légal fixé à 60 ans depuis l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, contre 65 ans en Espagne, 65 ans et 9 mois et bientôt 67 en Allemagne, ou encore 67 ans aussi en Italie.

En réalité, une réforme de centre gauche

Au fond, la question n’est donc pas de savoir s’il faut repenser les retraites pour pouvoir les financer dans deux décennies, mais plutôt comment le faire et quand. Etait-il nécessaire à Emmanuel Macron de réformer le système des retraites maintenant alors qu’elles sont toujours financées et que les caisses ne sont pas vides – ou plutôt ses modalités, puisque dans le fond la philosophie du système par répartition n’est absolument pas remise en question par ce projet de centre-gauche ? Politiquement, ce n’est jamais le bon moment. Economiquement, c’est toujours le bon moment. Malheureusement, nos dirigeants manquent d’imagination. La seule idée qu’ils savent trouver pour résorber le déficit budgétaire à venir est l’allongement de la durée du travail. C’est un début… insuffisant. 

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Oh, il est certain que cela vaut mieux que les délires démagogiques de l’extrême-gauche populiste et de certains syndicats arcboutés sur leurs acquis comme des moules à leur rocher, jaloux de leurs régimes spéciaux et des divers avantages que leur valent leurs corps de métiers ou leurs fonctions. En suivant le raisonnement de la Nupes, il faudrait partir à la retraite plus tôt tout en encourageant les jeunes Françaises à ne plus faire d’enfants pour sauver la planète et en empêchant les travailleurs d’économiser en renforçant un peu plus la dictature fiscale qui tient lieu de discours social à ces statolâtres maladifs. La question de la capitalisation n’a ainsi pas été abordée, ou uniquement avec des trémolos dans la voix pour nous expliquer que les fonds provoqueront la ruine des assurés, alors même que la retraite additionnelle de la fonction publique financée par capitalisation affiche un rendement de 5,6 % après avoir traversé les subprimes et le Covid.

Viens voir maman…

La vérité est que les retraites sont un sujet important, mais certainement pas le cœur des difficultés présentes et à venir de ce beau pays qu’est la France. Que la dette soit devenue la modalité de financement des retraites comme des aides qui permettent à de nombreux concitoyens de tenir encore le choc est aussi malsain que pervers, enchainant notre pays à un impôt dont les taux seraient confiscatoires même si tout tenait encore la route. Or, personne ne fait même mine de vouloir s’attaquer à cette prison financière qui nous paupérise, qui entraine notre déclassement, qui a largement contribué à notre déclin industriel et qui provoque l’exil de nombreux jeunes Français productifs souvent remplacés par une immigration peu qualifiée venue profiter de la proverbiale générosité de l’Etat français.

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À l’image de la « mère trop aimante » du psychanalyste britannique Donald Winnicott, maman France préfère maintenir ses enfants en état de dépendance et redoute l’émancipation de la classe moyenne qui entreprend, l’étouffant sous le coût des cotisations multiples et variées qui engraissent le veau d’or d’une solidarité dont l’excès provoquera l’effondrement. Ce que tous ces gens ne comprennent pas c’est qu’ils obtiendront absolument l’inverse de ce qu’ils espèrent : toujours moins de solidarité, toujours moins de prospérité. Pour financer les retraites de demain, il nous faut rééquilibrer la pyramide des âges, rendre leurs libertés économiques aux Français et créer de la richesse. Tout le reste sera voué à l’échec. 

Macron, le chauffard de la Vème

Au cours des semaines passées, l’utilisation que le gouvernement a faite de la Constitution nous renvoie au rang d’une démocratie illibérale…


Les Français vont devenir des champions de droit constitutionnel. Ce n’était pas forcément l’idée. L’idée, au départ, était de partir à la retraite à 62 ans et de faire voler en éclats une réforme scélérate. Descendre en masse dans la rue, manif après manif, grève après grève, et faire reculer Macron et son coup d’Etat sur nos existences, son putsch sur nos fatigues, pour satisfaire le monde d’où il vient, celui de la finance pour qui la maximisation des profits considère la vie des gens comme une variable d’ajustement.
C’est ce qui s’est passé depuis le 19 janvier.
Dans un système démocratique normal, surtout face à une intersyndicale unie comme jamais, y compris entre les deux vieux frères ennemis de la CGT et de la CFDT, à un moment, on se met autour d’une table. Mais les Français ont surtout appris qu’ils vivaient dans la Ve République qui se révèle chaque jour un peu plus perverse et antidémocratique. Pour aller vite, cette Constitution permet à l’exécutif de se passer du législatif. Il est tout à fait possible à un président élu (plus par défaut que par adhésion), de gouverner sans vraiment rendre compte au Parlement (a-t-on eu un débat sur l’Ukraine, par exemple ?), où il ne dispose que d’une majorité relative qui elle-même se fissure.

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C’était bien la peine de renverser une monarchie pour retrouver depuis 1958 un roi de France élu tous les sept ans, puis tous les cinq ans ! Avant le quinquennat, il y avait encore la possibilité de freiner les agités du bocal avec la cohabitation, mais, désormais, on lui donne après chaque élection les clefs du pouvoir dans la boite à gants (coucou Frédéric Dard !). Il prend le volant et il va où il veut, comme il veut pendant cinq ans. Il peut écraser les passants, faire des doigts d’honneur aux radars, accélérer à la sortie des écoles, on n’a pas le droit de l’arrêter. Et même si les passagers sur le siège arrière ont mal au cœur, le chauffeur ne s’arrêtera pas. Il s’en moque qu’on vomisse. Il est pressé d’arriver. Il ne sent plus rien. D’ailleurs, ce n’est plus un chauffeur, avec Macron, c’est un chauffard. Un chauffard ivre de son narcissisme, qui n’écoute plus personne. Son code de la route, c’est la Ve République. Il est dans son droit. Tout ce qu’il fait est illégitime… mais ce n’est pas illégal. Rouler en Ve autorise tous les excès de vitesse, tous les dépassements dangereux, tous les franchissements de ligne blanche.
On connaissait l’article 49-3, qui permet de faire passer un texte sans vote. Ivre également, Elisabeth Borne, la copilote, l’a déjà utilisé à répétition. Une véritable addiction. Il faudrait penser à créer pour elle un genre d’association des utilisateurs anonymes du 49-3, sur le modèle des alcooliques du même nom. « Bonjour, je m’appelle Elisabeth, je me shoote au 49-3 depuis un an et j’ai honte. » On a appris aussi que l’article 47-1 permettait de raccourcir un débat à quelques jours, quelle que soit l’importance de la loi et on a découvert au Sénat que le 44-3 autorisait des votes bloqués.  Ce n’est plus une Constitution, c’est le temple perdu des Aventuriers de l’Arche Perdue, avec un piège mortel à chaque tournant.

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Quand on conduit aussi mal, à la fin, ça finit par un accident de la route : radicalisation des manifestants façon gilets jaunes qui, eux, ont obtenu 17 milliards en le faisant trembler de trouille ou, bien pire, vengeance dans les urnes avec le RN en embuscade. Il paraît que le cauchemar de Macron est d’être dans l’histoire le dernier président avant Marine Le Pen. En même temps, quand on a refusé de donner des consignes de vote entre un candidat Nupes et un candidat RN lors des législatives et quand on retrouve tous ses réflexes autocratiques et technocratiques pour faire passer une loi dont personne ne veut, il ne faudra pas s’étonner de rester comme le fourrier de la droite nationale!
Mais, à ce moment-là, notre chauffard national sera loin, il donnera des conférences comme Blair ou Sarkozy, des conférences bien payées par ses vrais patrons, ceux qui lui avaient demandé de mettre l’exception française aux normes libérales. Quitte à avoir pour ça transformé la France en une démocratie illibérale, façon Orban ou Erdogan.

Les derniers jours des fauves

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Jean-Jacques Bourdin: «On donne de moins en moins la parole à la contradiction»

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Philippe Bilger s’entretient avec le journaliste Jean-Jacques Bourdin, passé de RMC à Sud Radio, à la rentrée


Dans Bilger les soumet à la question, j’ai pu interviewer durant 55 minutes Jean-Jacques Bourdin.

Ce très grand professionnel, qui anime une émission sur Sud Radio chaque jour de 10 heures à midi 30, a répondu à mes interrogations et m’a en particulier exposé sa vision éclairée, décapante et critique des médias et de la manière dont il concevait sa pratique, une authentique passion pour lui, notamment dans l’exercice de l’entretien politique.

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J’ai été impressionné par son « parler vrai », slogan de Sud Radio, et j’y ai été d’autant plus sensible que Jean-Jacques Bourdin ne s’était pas exprimé depuis longtemps ainsi à titre personnel. J’ai bénéficié de ce privilège rare.


Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).


« Je fuis les médias, je les ai fréquentés un temps, mais j’ai eu tort! »

 » Aujourd’hui, il y a une paresse journalistique, à partir du moment où un fait est diffusé sur les réseaux sociaux, on prend à peine le temps de le vérifier et on le balance à l’antenne, c’est la course à l’audience »

 » Ce qui est malheureux, c’est qu’aujourd’hui, on donne de moins en moins la parole à la contradiction, ou alors, on organise des débats artificiels… »

« On accorde de plus en plus d’importance à l’anecdote plutôt qu’au fond des choses, car c’est plus contraignant »

« L’indignation, c’est plus facile que la réflexion »

« Je n’aime pas l’extrémisme, je pense que la vie est faite de nuances, elle n’est pas faite de vérités, qui d’ailleurs n’admettent aucune contre-vérité… »

«Une Ukraine qui glorifie les génocidaires n’a pas sa place dans l’UE»

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Arno Klarsfeld. ©Jacques BENAROCH/Sipa

Si Vladimir Poutine est le premier responsable de la guerre actuelle, il ne faut pas écarter la responsabilité des États-Unis dans la longue escalade qui a précédé le conflit. Mais surtout, il est impossible d’accueillir l’Ukraine au sein de l’UE tant que celle-ci érigera en héros des génocidaires comme Bandera. Propos recueillis par Gil Mihaely.


Causeur. Vous avez appelé récemment à un accord de paix entre l’Ukraine et la Russie. Pourquoi, selon vous, les Russes et les Ukrainiens ne sont-ils toujours pas en train de négocier un tel accord ?

Arno Klarsfeld. Parce qu’une fois que les passions humaines se mettent en branle, une fois qu’il y a de nombreux morts d’un côté comme de l’autre, il est difficile de mettre les deux protagonistes autour d’une table de négociations. D’autant que les Américains veulent affaiblir la Russie avec les troupes ukrainiennes, sans entrer eux-mêmes dans le conflit. Mais aussi parce que l’Europe se sent menacée, que le droit international a été bafoué.

Qui en porte la responsabilité ?

Poutine est le premier responsable ! Il a commencé cette guerre alors qu’il n’y avait pas de menace immédiate à l’encontre de la Russie. Il avait déjà la Crimée, il avait déjà une partie du Donbass ! Mais l’OTAN porte une part de responsabilité, dans le sens où depuis 2014, elle a laissé l’Ukraine bâtir son identité sur une haine viscérale de la Russie, démolir les monuments commémorant la victoire sur le nazisme et ériger des monuments à la gloire de ceux qui avaient combattu les Soviétiques et massacré des dizaines de milliers de juifs.

L’OTAN, à ce moment-là, pouvait faire pression sur l’Ukraine, car elle l’armait. Elle aurait pu dire : « Trouvez une solution raisonnable avec les Russes. Vous voyez que Poutine est un dictateur, vous savez comment, poussés dans leurs retranchements, ils peuvent réagir. Essayons de trouver une solution raisonnable, ne demandez pas à entrer dans l’OTAN. » Cela n’a pas été fait, donc on a laissé la situation s’envenimer.

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Poutine viole le droit international, mais il faut lui faire des concessions car c’est un voyou ?

Le régime ukrainien est aussi peu démocratique ou presque que le régime russe. C’est un régime oligarchique où la liberté des médias n’est pas meilleure qu’en Russie et où il y a le même niveau de corruption. En plus l’Ukraine dresse des monuments à la gloire de collaborateurs nazis.

Tout de même, il faut se demander comment un peuple qui faisait partie de l’URSS et lui a donné beaucoup de dirigeants est devenu une nation fondée sur la haine de la Russie ?

Ceux qui défendaient l’Ukraine et son ancrage occidental en 2014 appartenaient à l’extrême droite. Ce sont les nationalistes qui ont fait la révolution de Maïdan. Ces jeunes étaient aguerris, courageux, prêts à mourir et ils avaient la haine des Russes. Et ce sont eux qui ont pris le pouvoir.

Les dirigeants ont une responsabilité vis-à-vis de leur peuple, de leur permettre d’avoir une certaine liberté et d’être heureux et de ne pas mourir inutilement. Les Ukrainiens auraient dû faire comme la Finlande : l’URSS pesait sur ce pays où il ne fallait pas dire trop de mal des Russes, mais les Finlandais avaient une certaine liberté, ils vivaient heureux et indépendants.

Vous n’êtes pas très exigeant en termes de liberté. Il fallait aussi mettre une raclée à l’Armée rouge.

L’Ukraine voulait être indépendante, se rattacher à l’Occident, ce qui est tout à fait compréhensible. Mais elle a été imprudente et le résultat est là. L’Ukraine ne va sans doute pas gagner la guerre. Elle peut contenir peut-être les Russes, mais le résultat sera terrible pour la population. Et du point de vue moral, toutes les villes ukrainiennes dont on parle aujourd’hui parce qu’il y a des combats ont vu des pogroms menés par la population ukrainienne. Le régime ukrainien non seulement le dissimule et ne le commémore pas, mais en plus glorifie ceux qui ont permis ces pogroms.

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Il y a quelques jours, une cérémonie a eu lieu à Babi Yar à laquelle Zelenski, qui est juif par ailleurs, a assisté.

Oui, mais le mémorial de Babi Yar a été bâti avec des fonds privés et le rôle de l’Ukraine dans ces massacres y est caché. Je vous rappelle que la route qu’on emprunte pour aller à Babi Yar, sur les lieux du massacre, s’appelle depuis 2014 avenue Stepan Bandera.

En quoi cela amoindrit-il le droit de l’Ukraine à l’autodétermination ?

En rien. Aucun des deux régimes ne m’est sympathique. Je dis que l’Ukraine a été agressée, que Poutine est un dictateur, mais je dis aussi que si l’UE parle de corruption, elle doit aussi parler de la glorification de génocidaires comme Bandera. Et elle ne le fait pas parce qu’elle ne veut pas gâcher son récit d’une Ukraine angélique. L’UE a donné à l’Ukraine le statut de pays candidat. Désolé, mais si vous voulez accueillir l’Ukraine, alors vous devez lui demander d’adhérer à nos valeurs forgées dans la victoire contre le nazisme. On doit leur dire qu’il est hors de question qu’une Ukraine qui glorifie des génocidaires entre dans l’UE.

Comprenez-vous que vos prises de position sont perçues comme un soutien à Poutine ?

Non, parce que ce n’est pas le cas ! Si on est épris de liberté, Poutine est terrible. Mais en même temps le niveau de vie a monté, le niveau des pensions de retraite est supérieur à celui de l’Ukraine. En tous les cas, je ne suis pas pour Poutine et ne l’ai jamais été. J’ai contesté Zemmour qui voulait un Poutine français. Je suis épris de liberté, je suis pro-américain, j’ai prêté serment sur la Constitution américaine en tant qu’avocat, je la connais par cœur et je peux réciter la liste des présidents américains depuis Washington. Mais je ne veux pas de cette Ukraine-là dans l’UE, je pense que la Crimée est russe et que pour le Donbass, ils peuvent trouver une solution raisonnable.

Je n’ai pas envie que le conflit déborde en Europe, car le risque d’une troisième guerre mondiale est réel. L’Europe s’est déjà suicidée deux fois, elle n’a pas besoin de se suicider une troisième fois, pour le Donbass et en plus pour un régime qui ne m’est pas sympathique.

Naufrage commercial

Le porte-conteneurs CMA CGM Jacques Saadé en escale au port du Havre, janvier 2021 © Maxime Le Pihif/SIPA

Avec 164 milliards d’euros de déficit commercial, la France affiche sa pire performance depuis l’après-guerre. Cependant, les marchés financiers s’en accommodent. Ils sont davantage obsédés par les résultats des grands groupes mondialisés que par la désindustrialisation des pays occidentaux. Les remèdes pour sortir du déclin existent, mais l’UE nous les interdit.


On cherchera vainement dans les premières pages de nos quotidiens l’annonce des derniers chiffres de notre commerce extérieur. Est-ce la faute au conflit ukrainien ou à la crise énergétique, sujets essentiels ? Peut-être, mais plus encore, sans doute à l’indifférence à un sujet qui fâche : la France administrée par Emmanuel Macron affiche la pire performance commerciale de l’après-guerre.

Sur l’exercice 2022, notre balance commerciale s’avère déficitaire de 164 milliards d’euros, contre 78 milliards en 2021. Le bateau France prend l’eau mois après mois.

Le silence des grands médias contraste avec la mise en exergue qui s’imposait il y a quarante ans au moment de l’échec sans gloire du « socialisme à la française ». On soulignait alors que la relance keynésienne avait creusé les déficits intérieur et extérieur sans véritable profit pour l’emploi et la production. Et cet échec allait ouvrir la voie à une nouvelle configuration de politique économique qui est encore la nôtre.

C’était une autre époque, c’était un autre monde. Les pays déficitaires, à l’exception notable des États-Unis dotés de la devise internationale, étaient impitoyablement sanctionnés lorsque leurs comptes extérieurs dérivaient. Et la France dut rétablir ses propres comptes au moyen de trois dévaluations successives assorties d’un plan d’austérité.

Pourquoi aujourd’hui les marchés financiers s’accommodent-ils d’une situation qui aurait entraîné auparavant leur désaveu cinglant ? Il y a bien sûr notre inclusion dans l’euro qui dissimule notre échec. Mais la vérité est que les critères des marchés financiers ont radicalement changé. Les performances en matière de production et d’emploi, et, par-dessus tout, la santé financière des grands groupes mondialisés, obsédés par la création de valeur pour l’actionnaire, prennent le pas sur toute autre considération. Et qu’importe que cette création de valeur, basée sur une délocalisation opportuniste, affaiblisse les appareils de production.

L’erreur à ne pas commettre serait de poser un diagnostic global de manque de compétitivité, sans voir exactement où le bât blesse. Il faut toujours « ventiler » pour mettre au jour les défaillances sectorielles.

L’industrie abandonnée

Enjambons le déficit énergétique, « normal », qui s’est cependant aggravé avec la réduction de notre capacité nucléaire, pour aller au cœur de notre drame économique : le déclin de notre production industrielle et de nos exportations de produits manufacturés.

L’année 2000 est la référence. Notre production industrielle a depuis chuté de 10 %, mais bien plus s’agissant de la production par tête. Nos présidents ont abandonné l’industrie sous l’influence perverse des apôtres de la société « post-industrielle », tandis que notre inclusion dans l’euro les a délivrés de la hantise d’une crise monétaire. Le naufrage commercial apparaît comme le plus saisissant stigmate de ce déclin industriel. Notre commerce était encore équilibré en 2000, malgré les importations d’hydrocarbures et la forte demande intérieure. Or, au troisième trimestre 2022, le déficit en produits manufacturés culminait à 21 milliards d’euros en dépit de l’excédent croissant du secteur aéronautique et spatial. La filière automobile en revanche, affiche un déficit de près de 5 milliards, qui contraste avec l’excédent de 12 milliards enregistré en 2000. Le déclin relatif des marques françaises s’est conjugué avec la délocalisation sans états d’âme de nos entreprises.

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Cet échec commercial pose la question de la validité du système économique français. Oublions un instant le mot fétiche « compétitivité ». À chaque fois que notre déficit commercial s’aggrave, la France « exporte du PIB, des emplois productifs, des revenus et des recettes publiques ». Tout notre édifice de services publics et de prélèvements obligatoires adjacents s’enfonce silencieusement dans des sables mouvants. Là est le fond du problème économique, financier et social français. Face au défi intérieur grandissant représenté par la montée de l’insécurité et au défi de la menace extérieure, la capacité d’action de l’État se réduit année après année en proportion de la force de production sur le site français.

Or, hormis quelques personnes attachées à la pérennité de la France, la majorité présidentielle ânonne sur le thème inépuisable des réformes de structure, comme si la réforme des retraites pouvait réduire de 20 ou 25 % notre coût du travail, tandis que l’opposition gauchiste prône un nouveau programme à base de fonctionnariat et de réduction d’une durée du travail qui est déjà la plus basse du monde !

Les États désarmés

Laissons les esprits forts, Macron et Mélenchon, dans leur rôle. Nous sommes enfermés dans une souricière. Les deux remèdes objectifs nous sont interdits. La sortie de l’euro est le premier tabou. Nous comprenons aujourd’hui que la monnaie unique n’est pas un outil économique, mais une de ces idoles auxquelles il serait sacrilège de toucher. Et l’Europe sacro-sainte prohibe, depuis l’entrée dans le marché unique en 1993, le deuxième remède qui consisterait en un allégement massif de charges sociales ciblé sur les secteurs industriels exposés à la concurrence extérieure. De même prohibe-t-elle le soutien des États aux secteurs naissants et aux innovations économiques ou écologiques – le projet Airbus ne pourrait plus voir le jour. L’échappatoire serait d’abaisser drastiquement les salaires dans l’industrie et les services qui lui sont dédiés, au prix d’un suicide politique pour les gouvernants. Les traités européens ont atteint leur objectif crucial : désarmer les États.

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Nous ne voyons de changement possible qu’à la faveur de turbulences sociales qui redistribueraient les cartes en obligeant les politiques et les médias à une révision déchirante de leur idéologie. Mais c’est s’illusionner encore, dès lors que les idéologues sont plus têtus que les faits.

Ce que Charles Maurras reprochait à Napoléon

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Portrait de l'écrivain et homme politique Charles Maurras (1868-1952), fondateur de la revue "L'Action française". AFP PHOTO

La délégation des siècles republie Napoléon avec la France ou contre la France? L’éditeur nous présente cet opuscule publié en 1929 et depuis quelque peu oublié.


Charles Maurras, passablement oublié par notre époque qui ne s’en souvient plus que pour le critiquer, est depuis longtemps réduit par ses adversaires à sa seule position en faveur de la monarchie. Son œuvre écrite embrasse pourtant bien d’autres thèmes, notamment les voyages, la poésie, la politique d’une manière générale, l’histoire évidemment et la plupart des grands sujets de questionnements humains.

L’ensemble de son travail s’est articulé autour d’une idée précise: les intérêts supérieurs de la France. Dans son petit mais redoutable livre Napoléon avec la France ou contre la France ?, désormais disponible à La délégation des siècles, c’est ce même état d’esprit qui préside à la construction de sa critique de l’Empereur. Son objectif était de savoir si oui ou non Napoléon a servi la France, si oui ou non son bilan a été bénéfique pour le pays. Il est arrivé à la conclusion que non, ce qu’il déplore évidemment, et les arguments qu’il développe dans le livre sont à la fois percutants sur le fond et superbement présentés sur la forme.

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L’auteur était une intelligence rationnelle: conscient que le prestige récolté par Napoléon au temps de ses batailles victorieuses peut griser une âme française et la gonfler d’orgueil, il invite à ne pas se laisser endormir par ces sirènes. Car derrière le faste de certains noms désormais mythiques se dissimulent malheureusement des conséquences beaucoup moins favorables pour la postérité, la stabilité et la continuité de la France. Et s’il peut se permette d’avoir sur le bilan napoléonien un regard rétrospectif, c’est parce qu’il le médite un siècle après les faits, ce qui lui offre le vaste champ d’un centenaire écoulé pour mesurer, jauger, vérifier, constater quels fruits sont tombés de l’arbre impérial.

Pour le plus grand malheur de la France, nous dit l’auteur, ces fruits ont souvent été des fruits pourris. Continuateur et d’une certaine manière amplificateur des idéaux de la Révolution, il en a recouvert la France, semant partout le désordre social, l’anarchie dans les ordres et la perturbation dans les familles. Le Code Civil, génial par certains aspects, est une catastrophe par d’autres: notamment en ce qu’il inscrit dans le marbre de la loi le principe même de l’éclatement de la famille (à la mort du patriarche, au lieu que son domaine soit transmis à son aîné de manière à en perpétuer l’existence, les lois Napoléon prévoient que tous ses enfants en héritent, ce qui provoquera le dispersement du domaine, sa mise en vente pour assurer le partage équitable ; de cette manière, les bastions familiaux ont éclaté, et avec eux la pérennité d’un certain ordre social hérité des siècles).

Sur le chapitre de la politique étrangère, Charles Maurras est formel: le bilan de Napoléon est une catastrophe qui a semé les graines des futures grandes guerres, 1870 et 1914. Coupable de n’avoir pas coupé l’arbre prussien dans ses racines lorsqu’il en avait encore le pouvoir — ce qu’il fallait faire pour la sécurité future de la France, insiste Maurras —, il a par conséquent laissé se bâtir un empire hostile qui devait, plus tard, devenir assez gros pour nuire à la France.

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À l’occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon, il y a deux ans, nous avons vu fleurir un certain nombre de critiques issues notamment des milieux de gauche et wokes. Toute l’étendue de cette critique se résumait, grosso-modo, au fait que Napoléon avait rétabli l’esclavage. La pauvreté intellectuelle et politique de notre époque explique que le bilan d’un règne aussi gigantesque soit ramené à cette unique dénonciation, faisant fi de tout le reste. Avec Charles Maurras, nous sommes loin de cette pauvreté argumentaire: lui aborde des questions de politique sérieuse, évoque le temps long, les racines profondes et les effets dominos.

Un petit livre qui permet de nourrir sa réflexion sur ce sujet et par prolongement sur les grands sujets politiques qui nous intéressent collectivement. Son érudition, sa plume exceptionnelle, son esprit vif et son intelligence historique font de Charles Maurras un observateur critique de Napoléon qui nous élève, là où l’anti-napoléonisme woke contribue à tout rendre stupide et creux.

Continuons d’entretenir les bons aspects du souvenir de Napoléon mais, si nous sommes réellement soucieux de la France, soyons conscients de ses défauts et de ses responsabilités dans les drames qui nous arrivent depuis deux siècles.

Napoléon avec la France ou contre la France ?

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Le courage de l’autorité!

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La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, ici photographiée en octobre 2022, ne parvient pas à faire respecter l'ordre dans l'institution qu'elle dirige © Jacques Witt/SIPA

Arrive un moment où le spectacle donné par certains membres du gouvernement et de l’Assemblée nationale n’est plus supportable…


Il y a un moment où le spectacle donné par certains membres du gouvernement et de l’Assemblée nationale n’est plus supportable pour les citoyens d’un pays comme le nôtre. Un sondage IFOP annonce que 85% des Français estiment et regrettent que l’autorité disparaisse dans tous les domaines. Les enfants eux-mêmes veulent des parents et des profs plus autoritaires ! Un paradoxe quand (presque) plus personne ne respecte rien, ou n’obéit. Mais comment pourrions-nous reprendre notre pays en mains, si l’exemple supposé venir de haut nous tire vers le bas ? C’est un découragement qui gagne toutes les institutions privées ou publiques, individuelles ou collectives. Jamais un chef d’entreprise, du plus petit commerce à l’entreprise du CAC 40, ne tolèrerait des comportements comme ceux que nous inflige le Landerneau politique. Les huissiers seuls ou presque ont de la tenue ! Neuf Français sur 10 veulent le rétablissement de l’ordre et considèrent que c’est une priorité, cela n’a l’air de troubler personne…

Doigts d’honneur et beuveries à l’Assemblée nationale…

Nous ne supporterions jamais dans nos entreprises, nos réunions ou nos conseils d’administration, ce mépris du savoir-vivre, ces invectives grossières, ces gestes déplacés. Il ne s’agit pas de montrer du doigt ceux qui peuvent avoir des moments de colère, mais il s’agit de prendre de vraies mesures de discipline simples et immédiates pour les fortes têtes, cancres de la République. Un règlement impératif et sans exception qui inflige une sanction instantanée et incontestable. Comment laisser passer sans réagir, et tolérer d’avoir autant de mises en examen au sein du gouvernement ? Pas grave ? Alors, pourquoi sont-ils en examen ? [1] Des caprices de magistrats ? Une justice politisée sans contre-pouvoirs ? Il faut accepter que le talentueux (par ailleurs) ministre de la Justice n’a probablement pas sa place comme Garde des Sceaux, car on ne peut à ce grade avoir le moindre doute sur celui qui incarne la respectabilité, muni du glaive et de la balance…

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Les chefs d’entreprise et les salariés, c’est-à-dire nos concitoyens, sont très inquiets de cette dégradation. Devant ces turpitudes médiatisées, nous patrons, appuyés par nos collaborateurs qui supporteraient encore moins cet état de chose dans leur boîte, prendrions dans nos entreprises des mesures disciplinaires immédiates comme le blâme ou la mise à pied, voire le licenciement.

Nous apprenons aussi sans broncher ce qui se passe par ailleurs dans les coulisses de l’Assemblée, stupéfaits de savoir que la buvette de l’Assemblée nationale est un lieu « convivial » ouvert tard le soir, ce qui permet de se détendre en en sortant… éméchés ! Mais comment admettre cela, madame la Présidente de l’Assemblée nationale ? Faites preuve d’autorité: pas d’alcool ou alors en quantité très limitée à l’heure des repas par exemple ? Il y a besoin d’une loi pour ça ? N’est-ce pas de votre responsabilité de faire immédiatement cesser cet état de chose ? Dans nos entreprises, l’alcool est interdit ! Tout juste une coupe de champagne lorsqu’on fête un évènement ensemble et avant de repartir chez soi. C’est indigne ! Pas question d’en sourire surtout au moment ou un dangereux « fait divers » nous montre les ravages de l’alcoolémie. N’avez-vous pas le pouvoir de faire un règlement sévère ou d’appliquer celui qui existe ? C’est simplement ce qu’on appelle l’AUTORITE, mieux le courage ; ce n’est pas parce qu’on est élu que l’on doit échapper à la bienséance, nous n’avons pas élu des voyous pour insulter leurs acolytes, des élus qui oublient que leur devoir d’exemplarité et le poids de leur responsabilité sont plus importants que leurs opinions politiques qui varient selon leurs intérêts personnels et leur carrière. Rappelez-le-leur ! qui d’autre que vous le fera ?

« Incivilités », « vivre-ensemble », ces doux mots

À tous les niveaux nous regrettons le manque ou l’absence d’autorité : éducation, police, « incivilités » (Ah ! le beau mot laxiste pour ne pas nommer les choses). L’autorité, et donc toujours le courage, c’est de cela que les responsables de notre pays manquent cruellement, pour nous garantir ce « vivre ensemble » dont on nous berce. Autorité, justement, dans les actes simples de la vie quotidienne, et au plus haut niveau de l’État, mais l’autorité peut-elle se conjuguer avec un « en même temps » qui est une porte ouverte au laxisme?

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Comment, sur les bancs de notre Assemblée tolérons-nous pareils outrages ? … Comment accepter qu’un député appelle à l’insurrection avec à la clé la promesse surréaliste d’une visite du Palais Bourbon « gratuite » en récompense ! … Dehors et immédiatement, mise à pied et semonce officielle ! Mettre un pied sur un ballon représentant la tête symbolique du ministre du Travail, on devrait trouver cela normal ? Le traiter d’assassin, aussi ?… Alors, rediscutons des motifs d’inéligibilité, et que la présidente de l’Assemblée tienne d’abord ses troupes. Les simples citoyens que nous sommes seraient interpellés, eux, pour moins que ça : « outrage à un représentant de l’autorité » si on a un geste ou un mot légèrement déplacé. La République a-t-elle donc définitivement entériné le principe de « fort avec les faibles et faible avec les forts » ? C’est selon moi ainsi que l’on encourage ce déclin sociétal qui mène à la décadence. Et comment voulez-vous que les enseignants aient ensuite un quelconque pouvoir sur leurs élèves ? Tout est permis et l’absence d’autorité est contagieuse. Les parents que nous sommes manquent aussi d’autorité, car ils ont maintenant peur de leurs enfants s’ils ne cèdent pas. Nous ne devons plus nous absoudre nous-même, nous résigner à ce laisser aller de responsabilité. Nous sommes tous responsables de ce laisser aller, par lâcheté, comme nos politiques qui ont peur de leurs électeurs, de moins en moins nombreux du reste (on les comprendrait presque). Sous prétexte que la réforme des retraites, c’est important, nous avons toléré des débats anormalement agités.

Alors pourquoi s’en prendre à vous, Madame la Présidente de l’Assemblée, ou à vous, Madame la Première ministre ? Parce que nous n’en pouvons plus des « responsables, mais pas coupables », qui fuient l’exercice de l’autorité. Il faut des chefs respectés… et qui cheffent !


[1] Le député Olivier Marleix (LR) a récemment listé longuement les affaires qui impliquent le camp présidentiel, provoquant l’agacement d’Eric Dupond-Moretti : « onze condamnations dans la majorité », « huit mises en examen dont celle du secrétaire général de l’Élysée et celle du garde des Sceaux, accusés l’un et l’autre de prise illégale d’intérêt » NDLR.

De «Brexit» à «bromance» : une nouvelle entente cordiale entre la France et le Royaume Uni?

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Rishi Sunak et Emmanuel Macron, Paris, 10 mars 2023 © Blondet Eliot /POOL/SIPA

Le sommet franco-britannique qui s’est tenu à l’Élysée vendredi dernier a vu maintes embrassades et moultes échanges de tapes dans le dos entre les deux dirigeants. Mais au-delà des rodomontades de convenance à destination des caméras, existe-t-il réellement une nouvelle entente entre les deux pays ? Si oui, de quels effets productifs sera-t-elle suivie ?


L’année prochaine verra le 120e anniversaire de l’Entente cordiale, un ensemble d’accords entre la France et le Royaume Uni, signés en 1904, qui ont contribué à ouvrir la voie à l’alliance entre les deux États lors de la Première Guerre mondiale. En anticipant la commémoration de cet événement, Emmanuel Macron et Rishi Sunak ont essayé de créer une nouvelle entente susceptible de mettre fin aux tensions qui caractérisent les relations franco-britanniques depuis l’époque des négociations sur le Brexit. Boris Johnson avait trouvé commode de faire de la France le bouc émissaire chaque fois qu’il prétendait rencontrer une opposition quelconque de la part de l’UE. Emmanuel Macron semblait content de jouer le pit-bull européen face à des demandes émanant de Londres que l’UE prétendait exorbitantes. Il y a eu de vrais sujets de dissension sur des dossiers comme la pêche dans les eaux britanniques ou le protocole nord-irlandais, et ces questions ne sont toujours pas entièrement résolues. Mais côté britannique, Rishi Sunak a réussi à faire un certain nombre de progrès sur le protocole avec son « cadre de Windsor ». Désormais, il s’empresse de montrer qu’il est plus conciliateur que Boris Johnson, voire qu’il est un véritable ami pour ses voisins européens, à commencer par les Français. Son voyage à Paris pour le premier sommet franco-britannique depuis cinq ans et la venue, à la fin de ce mois, du roi Charles – sa première visite d’État – envoient un signal très clair : la France est à l’honneur et les relations vont se normaliser de nouveau.

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Lorsque les deux leaders, tous les deux relativement jeunes, sveltes, moulés dans le genre de costume foncé qui sied à des anciens de la finance, se sont montrés pour leur conférence de presse, le mot sur toutes les lèvres des commentateurs était celui de « bromance ». Mais au-delà de cette démonstration d’amitié personnelle, le chef d’État français et le chef de gouvernement britannique ont besoin l’un de l’autre et pour des raisons très concrètes. Certes, la guerre qui se poursuit en Ukraine et l’existence d’un adversaire commun en Vladimir Poutine ont créé une nouvelle solidarité entre les pays occidentaux. Le sommet de vendredi a confirmé qu’Emmanuel Macron se range plus clairement qu’avant dans le camp de ceux qui, à la différence du très prudent chancelier Scholtz, affichent un soutien sans faille aux Ukrainiens. La déclaration officielle accompagnant le sommet a abondé dans ce sens, parlant d’une plus grande coordination des efforts français et britanniques pour aider Kiev. Les discussions ont porté aussi sur des questions où plus de coopération est parfaitement logique, comme la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité, ainsi que des mesures communes pour faciliter la décarbonisation de l’économie et garantir la sûreté des approvisionnements énergétiques. Les échanges culturels n’ont pas été oubliés, et il est même question d’un prix littéraire franco-britannique qui, à notre époque, laisse craindre le pire. Mais tout cela est relativement prévisible, chacun des deux dirigeants ayant ses propres soucis spécifiques et comptant l’un sur l’autre pour l’aider à s’en sortir.

Immigration: petits bateaux et radeau de sauvetage

A part le niveau de l’inflation et les grèves dans des secteurs clés comme l’hôpital ou les transports, le Premier ministre britannique est confronté à une difficulté très visible : les traversées de la Manche par des migrants illégaux dans des bateaux de fortune. Ce phénomène dément la prétention du gouvernement à « reprendre le contrôle » de ses frontières après le départ de l’UE. Chaque année, le nombre de ces migrants ne cesse d’augmenter. On sait que 45 000 ont traversé la Manche en 2022. S’ils sont de plus en plus nombreux à prendre ce risque, c’est parce qu’ils savent que presque personne n’est renvoyé. Bien que les ONG prêchent l’accueil sans restriction de ces « réfugiés », un grand nombre des clandestins ne peuvent pas se réclamer d’un tel statut. L’année dernière, la nationalité la plus représentée était l’albanaise. Des deux côtés de la Manche, ce sont les réseaux de trafiquants humains qui font la loi : leur priorité n’est pas de secourir des réfugiés mais de profiter d’un commerce extrêmement lucratif, beaucoup des migrants n’étant apparemment pas sans ressources. Le gouvernement britannique a réussi à mettre en place un accord avec l’Albanie pour le retour des citoyens de ce pays, mais son projet pour expulser des clandestins vers le Rwanda reste bloqué devant les tribunaux. Le Trésor public dépense presque sept millions d’euros par jour rien que pour loger les migrants dans des hôtels.

C’est dans ce contexte que, le 7 mars, le gouvernement de Sunak a déposé un nouveau projet de loi « sur la migration illégale ». Les personnes arrivant sur le sol britannique par des moyens illégaux n’auront pas le droit de demander l’asile ; elles seront placées en détention en attendant d’être expulsées du pays dans un délai de 28 jours. Sur le papier, ces mesures semblent efficaces mais elles seront probablement difficiles à mettre en œuvre. D’abord, elles susciteront des contestations judiciaires sans fin où l’action coordonnée des ONG jouera un rôle central. Ensuite, vers où les migrants seront-ils expulsés ? La plupart des pays d’origine refusent de les accepter ou sont considérés comme trop dangereux pour qu’on y expulse un migrant sans contrevenir aux droits humains. N’étant plus membre de l’UE, le Royaume Uni ne peut même pas tenter de les renvoyer dans un État membre – comme la France par exemple – car il n’est pas couvert par le Règlement Dublin III régissant les demandes d’asile.

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Comme les effets positifs de cette législation seront longs à venir et vraisemblablement assez limités, Rishi Sunak a besoin de montrer des progrès tangibles d’une autre manière. C’est là que la France peut lui porter secours en acceptant d’intensifier la coopération avec les autorités britanniques sur la traque des gangs criminels et la patrouille des littoraux. Ce n’est donc pas une coïncidence si le projet de loi sur la migration illégale est dévoilé la semaine même où Rishi Sunak se pointe à l’Élysée. Selon la déclaration officielle du sommet, la coopération franco-britannique a déjà permis de démanteler 55 filières de trafiquants, de procéder à plus de 500 arrestations, et d’empêcher 1381 traversées illégales qui auraient transporté outre-Manche 33788 migrants illégaux. Maintenant, le gouvernement britannique va investir 541 millions d’euros sur trois ans pour que, côté français, il y ait 500 agents patrouilleurs, plus de drones, d’hélicoptères et d’avions, et un nouveau centre de rétention destiné à héberger les clandestins qui cherchent à traverser la Manche. Dans la mesure où les chiffres peuvent impressionner, l’opération est réussie. Rishi Sunak ne pouvait pas espérer que, par un accord bilatéral, la France accepte de reprendre les clandestins ayant réussi la traversée, mais quand, à la fin de la conférence de presse, il a lancé à Emmanuel Macron : « merci, mon ami », sa reconnaissance était probablement tout ce qu’il y a de plus sincère.  

Des histoires de ménages à trois

Que voulait le président français en échange de cette coopération qui, néanmoins, sera largement subventionnée par le gouvernement britannique ? Rishi Sunak ne peut absolument rien pour l’aider sur la question de la réforme des retraites. Mais chacun sait que M. Macron est préoccupé par son statut d’homme d’État dont l’ambition transcende très largement la scène nationale en visant celle de l’Europe voire celle de la planète. C’est là qu’il rencontre des difficultés en ce moment. D’abord, en ce qui concerne la nouvelle Europe de la défense dont l’agression russe en Ukraine a provoqué la construction. Car aujourd’hui le président, qui a longtemps cherché à saisir l’initiative dans le domaine clé de la défense européenne, voit l’Allemagne de Scholtz lui ravir cette initiative. Sur certains dossiers, comme, par exemple celui de la défense anti-missile, M. Macron se trouve en minorité, tandis que l’Allemagne est plus pressée d’acheter du matériel militaire américain que de passer des commandes auprès de l’industrie française de l’armement. Du temps où le Royaume Uni était membre de l’UE, celui-ci jouait un rôle de contrepoids en empêchant dans une certaine mesure l’un des deux autres grands États-membres de prendre une position dominante. Le président français a besoin que le Royaume Uni joue de nouveau ce rôle, bien que d’une façon un peu plus distante. C’est possible parce que, comme le démontre la guerre en Ukraine, les questions de défense dépassent le cadre de la seule Union européenne. Face à l’agression russe, c’est tout le continent européen qui est uni. La France et le Royaume Uni ont les forces armées les plus performantes de l’Europe ; seules nations européennes à siéger au Conseil de sécurité des Nations Unies et à posséder une force de dissuasion nucléaire. Afficher et développer sa coopération militaire et stratégique avec le Royaume Uni permet à M. Macron de rappeler au chancelier allemand que ce dernier n’est pas son seul interlocuteur ni le plus qualifié dans ce domaine.

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Ce n’est donc guère surprenant si les rubriques les plus fournies de la déclaration du sommet franco-britannique sont celles portant sur la défense et la politique internationale. Les accords de Lancaster House de 2010, qui définissent la coopération en matière d’armes nucléaires, de déploiement de forces armées et de transferts de technologie, y sont rappelés. On fait grand cas aussi des cadres en dehors de l’UE où la coopération militaire ou stratégique se fait, allant de l’OTAN aux deux dadas personnels d’Emmanuel Macron : l’Initiative européenne d’intervention, lancée en 2018, qui regroupe 13 pays membres, dont le Royaume Uni, et la Communauté politique européenne, la plateforme de dialogue entre 45 pays et organismes participants qu’il a lancée en 2022 et dont Londres accueillera la quatrième réunion en 2024. La France et le Royaume Uni se donnent pour objectifs d’approfondir l’intégration de leurs forces armées, de développer de nouveaux armements et systèmes de défense mettant l’accent sur l’interopérabilité, d’amplifier les échanges de personnel, et de renforcer la Force expéditionnaire commune interarmées. Non seulement le Brexit n’a pas mis fin à ce partenariat, mais Emmanuel Macron peut désormais se présenter comme celui qui fait la jonction entre l’UE et l’ex-État-membre mais toujours proche allié situé de l’autre côté de la Manche.

À part l’Europe, il y a une autre difficulté à régler pour M. Macron. La déclaration franco-britannique identifie des régions de la planète où la coopération stratégique en matière de politique étrangère sera cruciale. Parmi celles-ci, le Moyen Orient et l’Afrique, cette dernière étant le sujet d’un certain nombre des préoccupations de la France à l’heure actuelle. Mais une place considérable est accordée à la région indopacifique, non seulement à cause de son importance économique, mais aussi parce que, selon la déclaration, il faut contrer le « défi » que représente la Chine pour « l’ordre international fondé sur le droit ». Certes, les deux anciennes puissances impériales, la France et le Royaume-Uni, qui sont présents dans cette région, devraient faire de bons alliés. Pourtant, le pacte AUKUS entre l’Australie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, dévoilé en septembre 2021, a constitué à la fois un choc et une insulte pour M. Macron. L’Australie a annulé son contrat avec la France pour la construction de nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque. Il s’avère que ces sous-marins seront construits en Australie d’après un modèle britannique. Pourquoi un tel camouflet à la France ? La conséquence d’une inadvertance coupable ou un reproche adressé à Emmanuel Macron pour avoir sous-estimé l’inquiétude inspirée par la Chine ? Ce lundi 13 mars, Rishi Sunak sera aux Etats-Unis avec les dirigeants américain et australien pour annoncer certains aspects concrets de leur pacte. Il est à espérer que le sommet franco-britannique aura permis dans une certaine mesure d’apaiser les tensions avec la France et de mettre les quatre (plutôt que les trois) alliés d’accord sur leur stratégie indopacifique. M. Macron aura bientôt l’occasion de montrer s’il est complètement d’accord avec son « ami » britannique : il est censé visiter la Chine début avril.

Merde!

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© D.R.

Jusqu’où un artiste peut-il aller pour protester contre une critique négative? Pour le chorégraphe allemand Marco Goecke, très très loin.


Marco Goecke, chef de la compagnie de ballet de l’Opéra d’État de Hanovre et chorégraphe, est si sensible à la critique qu’il vient d’être viré de son poste et fait désormais l’objet d’une enquête judiciaire. Le dimanche 12 février, lors de la première de son nouveau spectacle, Glaube – Liebe – Hoffnung (« Foi – amour – espoir »), au moment de l’entracte, il a pris à partie la journaliste Wiebke Hüster, critique danse au Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui se trouvait dans le public.

Il lui a annoncé qu’elle n’était pas la bienvenue dans la salle à cause du compte-rendu qu’elle avait publié la veille d’un autre spectacle qu’il avait mis en scène pour le Nederlands Dans Theater de La Haye. Selon elle, l’effet de ce ballet consistait tantôt à rendre le spectateur fou, tantôt à l’assommer d’ennui. Goecke l’a accusée d’être responsable d’une baisse des ventes de billets. Et puis soudain, à la stupeur générale, il s’est frayé un chemin entre les spectateurs jusqu’à la critique et lui a badigeonné le visage d’excréments sortis d’un petit sac en plastique. Les matières fécales « fraîches » venaient de Gustav, son teckel de compagnie. Secourue par un employé de l’opéra, la journaliste s’est nettoyée dans les toilettes avant de se rendre dans un poste de police pour porter plainte. D’autres journalistes ont dénoncé une attaque contre la liberté de la presse. L’Opéra a présenté ses excuses à Hüster, ensuite le chorégraphe a fait de même, mais cela ne l’a pas empêché d’être renvoyé. Il est vrai qu’il avait d’abord tenté de se justifier en prétendant que son acte n’était pas prémédité et que les critiques de la journaliste étaient « personnelles ».

Il aurait même ajouté que cela faisait vingt ans qu’elle le bombardait de « merde ». La punition spontanée qu’il lui a infligée était donc adaptée au crime.

Mehlemamba Ngidi, un Blanc devenu un jeune influenceur zoulou

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Capture Youtube

La culture zouloue a dépassé les frontières de l’Afrique et a été largement popularisée par le chanteur Johnny Clegg. Depuis trois ans, Stefano Di Mauro suscite l’admiration de toute une nation. Anglo-afrikaner, ce jeune blanc d’Afrique du Sud se revendique comme membre à part entière de cette ethnie guerrière sous le nom «Mehlemamba Ngidi». Devenu influenceur, il fascine par sa maîtrise de la langue de Shaka Zulu et totalise des millions de vues sur les réseaux sociaux.


Rien ne distingue ce jeune homme de 18 ans des autres garçons de son âge en Afrique du Sud. Pourtant, il y a trois ans, son apparition durant une quinzaine de secondes, dans une publicité de la chaîne Chicken Licken, a provoqué un engouement inattendu sur les réseaux sociaux. S’exprimant dans un parfait zoulou, Stefano di Mauro est devenu en peu de temps un influenceur qui totalise des millions de vues sur ses comptes Instagram ou Tik-tok. Aussi blanc qu’un cachet d’aspirine, cheveux corbeau, interrogé régulièrement pas les médias, celui qui se fait désormais appeler « Mehlemamba Ngidi » explique qu’il a appris à parler le zoulou dès son plus jeune âge. « C’est grâce à notre domestique, Lindiwe Ngidi, qui a toujours été près de moi depuis que j’ai un an, que j’ai pu apprendre cette langue. Mais je parle anglais avec ma mère, mon père et mes frères et sœurs. Mes parents ne parlent pas l’isiZulu [mais] en comprennent des phrases » affirme-t-il au magazine SA People. « Elle m’a porté dans son dos, me parlant et chantant toujours en zoulou. Vous savez, je l’appelle aussi maman » poursuit Stefano Di Mauro qui s’est amusé à se mettre en scène avec sa « Mam » dans une de ses vidéos Tik-Tok.

Certains refusent désormais de s’assoir à côté de lui

Avec son panama blanc, ses brassards et bracelets en poil de chèvre typiques de la culture zoulou, il confesse avoir également une passion pour la musique maskandi qui accompagne toutes les danses de cette tribu dont il se revendique désormais. « J’ai découvert ce type de musique par hasard quand j’ai été abordé par un ouvrier de chantier qui m’a demandé ce que j’écoutais dans mes écouteurs. A cette époque, j’écoutais Dladla Mshunqisi et DJ Tira. Il m’a conseillé alors d’écouter du maskandi. J’ai tout de suite adoré les chansons [et] les messages que véhiculent ces chants. C’est magique ». Stefano di Mauro a demandé à prendre des cours de guitare afin de devenir lui-même un musicien spécialisé dans ce genre de musique acoustique. C’est un passionné… qui n’a pas que des aficionados. Il explique également que ses camarades de classe n’ont pas vraiment compris pourquoi il s’intéressait à cette culture qui n’était pas celle de l’Afrikanerdom. Il préfère s’en amuser. « Mes amis blancs deviennent un peu irritables quand je leur parle isiZulu parce qu’ils ne comprennent pas [et] pensent souvent que je les ridiculise » rigole-t-il, facétieux. « Je leur donnais de temps en temps des leçons et des traductions quand nous étions ensemble » poursuit Stefano Di Mauro. Il reconnaît que certains à son lycée ont refusé de s’asseoir à ses côtés en cours, ou ne lui parlent plus aujourd’hui en raison de son attachement à la culture zouloue.

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Peuple bantou d’Afrique australe, c’est au début du XIXe siècle que les différentes tribus zouloues (« fils du ciel ») sont unifiées par Shaka. Surnommé le « Napoléon noir », il va en faire une nation redoutée des autres. Ses Impis (régiments) composés de milliers de soldats, à qui il impose un mode de vie très drastique, vont déferler sur toute cette partie du continent, contraignant les autres ethnies à fuir toujours plus loin. L’épisode du « grand déplacement » (Mfecane) va transformer à jamais le visage de la future Afrique du Sud colonisée par les Néerlandais puis les Britanniques. Les Zoulous vont très vite se confronter aux ambitions coloniales de Londres qui entend mettre fin à l’hégémonie de cette dynastie marquée par le sceau du régicide. Le 22 janvier 1879, les Anglais sont sévèrement défaits à la bataille d’Isandhlwana. Une humiliation qui sera vengée quelques jours plus tard. La réputation des Zoulous est telle que la reine Victoria recevra officiellement le roi Cetshwayo kaMpande dont les pouvoirs ont été réduits à ceux d’une simple chefferie, son empire démembré. C’est aujourd’hui la seconde ethnie d’Afrique du Sud. Le roi MisuZulu Sinqobile kaZwelithini est monté sur le trône en 2021. Il dirige cette nation qui continue de fasciner l’Europe. On ne compte plus les séries (comme celle à succès de « Shaka Zulu » sortie en 1986), les films consacrés à ces guerriers par Hollywood qui ont alimenté tous les fantasmes et contribué à populariser cette ethnie respectée des afrikaners eux-mêmes. Au plus fort de la fin de l’Apartheid (1992-1994), ces deux peuples n’ont pas hésité à s’allier pour contrer l’African National Congress (ANC) de Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid. Leur nom a dépassé les frontières et provoque toujours fierté et crainte dans les autres pays africains. Dernièrement, c’est la franchise Marvel qui a repris certains aspects de leur culture guerrière avec le film « Black Panthers »

Le rêve d’une société postraciale

Stefano Di Mauro n’a pas connu le régime de ségrégation raciale et se revendique comme un pur produit de la nation arc-en-ciel. « Il ne faut pas forcer les gens à apprendre les langues africaines si ils n’en ressentent pas l’envie ni le besoin. Si on les force, ils vont développer un sentiment de haine envers les tribus qui peuplent l’Afrique du Sud » avertit le jeune homme qui travaille aujourd’hui pour une de ces nombreuses sociétés de sécurité qui pullulent dans son pays et qui suit les traces de son père, policier à la retraite. « IsiZulu est ce que je suis au plus profond de moi. Dès mon plus jeune âge, j’ai su ce que je voulais être » déclare-t-il. « Je suis vraiment fatigué par tous ces problèmes raciaux que nous avons. Les gens se chamaillent parce que l’un est blanc et l’autre noir, parce que l’un est chrétien et l’autre juif ou musulman. Ils se battent en oubliant qu’en fin de compte, nous sommes tous humains » rappelle Stefano di Mauro. « Apprendre et embrasser différentes cultures contribueraient grandement à trouver le chemin de la réconciliation » renchérit l’influenceur, qui a été officiellement introduit dans un clan. Un parcours de vie qui n’est pas sans rappeler celui de Johnny Clegg, le chanteur devenu célèbre grâce à sa chanson « Asimbonanga » dont les paroles rendent hommage au combat mené par Nelson Mandela. Adulé, véritable star locale comme le montrent diverses vidéos sur You Tube, où des jeunes filles zouloues aux seins nus se précipitent sur lui et prennent quantité de selfies, Stefano Di Mauro reste humble, se contentant de danser avec les guerriers du roi Misuzulu. « Je suis un natif du Zoulouland ! » aime juste à rappeler « Mehlemamba Ngidi », le nouveau zoulou blanc d’Afrique du Sud, qui cherche encore l’élue de son cœur. Quelle que soit sa couleur.

Retraites: la France peut-elle encore se payer le luxe de ce faux débat?

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Manifestation à Lille, réforme des retraites, 11 mars 2023 © Michel Spingler/AP/SIPA

La réforme du gouvernement, décriée par la gauche française, est en réalité une réforme de centre-gauche de circonstance qui permet de maintenir un système de retraites par répartition sacré. Pendant que nous regardons passer dans les rues ceux qui défendent leurs régimes spéciaux en braillant, nous ne nous préoccupons ni de notre démographie préoccupante, ni de créer des richesses.


Savez-vous combien de réformes des retraites ont été menées ou tentées au cours des trois dernières décennies ? Cinq d’envergure, sans compter les nombreux aménagements et rapports qui sont intervenus quasiment tous les ans durant la période. Après avoir reçu le livre blanc des retraites en 1991, Michel Rocard s’était écrié qu’il y avait là de quoi « faire sauter plusieurs gouvernements ». La suite lui donna raison. Les gouvernements de droite comme de gauche – on se souvient de la réforme Touraine de 2014, qu’Emmanuel Macron poursuit d’ailleurs en 2023 dans cet étrange jour sans fin qu’est la politique française – se sont tous cassés les dents sur ce totem absolu de la France d’après-guerre : la retraite par répartition.

Maudite pyramide!

Pour un gouvernement, s’attaquer aux retraites fait figure de crash test et d’étape obligée pour passer à la postérité, à l’issue d’une lutte homérique contre les syndicats, la rue, les oppositions parlementaires et l’opinion publique. Reste la réalité, aussi cruelle qu’implacable. La population française vieillit inexorablement. Aujourd’hui, un Français sur quatre a plus de 60 ans. Dans moins de 20 ans, la situation sera encore plus périlleuse, puisqu’un tiers de la population aura alors dépassé « l’âge de la retraite ». S’il serait bien évidemment réducteur de ne penser la question des pensions de retraites qu’à l’aune de la pyramide des âges, des approches basées sur les générations ou les secteurs d’activité ayant aussi une certaine pertinence, ignorer le double effet de la dénatalité et de l’allongement de la durée de la vie sur l’économie et le travail serait suicidaire.

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Certains chiffres ne mentent pas. Il est tout de même éloquent de constater qu’en 1950 le pays comptait quatre actifs pour un retraité quand il n’y en même plus deux pour un actif de nos jours. Confrontés comme nous aux mêmes problématiques, parfois dans des proportions encore plus dramatiques, nos voisins européens ont dans leur très grande majorité décidé de reculer l’âge moyen des départs en retraite. Les Français partent aujourd’hui à 62 ans – c’est-à-dire un peu plus tard qu’à l’âge légal fixé à 60 ans depuis l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, contre 65 ans en Espagne, 65 ans et 9 mois et bientôt 67 en Allemagne, ou encore 67 ans aussi en Italie.

En réalité, une réforme de centre gauche

Au fond, la question n’est donc pas de savoir s’il faut repenser les retraites pour pouvoir les financer dans deux décennies, mais plutôt comment le faire et quand. Etait-il nécessaire à Emmanuel Macron de réformer le système des retraites maintenant alors qu’elles sont toujours financées et que les caisses ne sont pas vides – ou plutôt ses modalités, puisque dans le fond la philosophie du système par répartition n’est absolument pas remise en question par ce projet de centre-gauche ? Politiquement, ce n’est jamais le bon moment. Economiquement, c’est toujours le bon moment. Malheureusement, nos dirigeants manquent d’imagination. La seule idée qu’ils savent trouver pour résorber le déficit budgétaire à venir est l’allongement de la durée du travail. C’est un début… insuffisant. 

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Oh, il est certain que cela vaut mieux que les délires démagogiques de l’extrême-gauche populiste et de certains syndicats arcboutés sur leurs acquis comme des moules à leur rocher, jaloux de leurs régimes spéciaux et des divers avantages que leur valent leurs corps de métiers ou leurs fonctions. En suivant le raisonnement de la Nupes, il faudrait partir à la retraite plus tôt tout en encourageant les jeunes Françaises à ne plus faire d’enfants pour sauver la planète et en empêchant les travailleurs d’économiser en renforçant un peu plus la dictature fiscale qui tient lieu de discours social à ces statolâtres maladifs. La question de la capitalisation n’a ainsi pas été abordée, ou uniquement avec des trémolos dans la voix pour nous expliquer que les fonds provoqueront la ruine des assurés, alors même que la retraite additionnelle de la fonction publique financée par capitalisation affiche un rendement de 5,6 % après avoir traversé les subprimes et le Covid.

Viens voir maman…

La vérité est que les retraites sont un sujet important, mais certainement pas le cœur des difficultés présentes et à venir de ce beau pays qu’est la France. Que la dette soit devenue la modalité de financement des retraites comme des aides qui permettent à de nombreux concitoyens de tenir encore le choc est aussi malsain que pervers, enchainant notre pays à un impôt dont les taux seraient confiscatoires même si tout tenait encore la route. Or, personne ne fait même mine de vouloir s’attaquer à cette prison financière qui nous paupérise, qui entraine notre déclassement, qui a largement contribué à notre déclin industriel et qui provoque l’exil de nombreux jeunes Français productifs souvent remplacés par une immigration peu qualifiée venue profiter de la proverbiale générosité de l’Etat français.

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À l’image de la « mère trop aimante » du psychanalyste britannique Donald Winnicott, maman France préfère maintenir ses enfants en état de dépendance et redoute l’émancipation de la classe moyenne qui entreprend, l’étouffant sous le coût des cotisations multiples et variées qui engraissent le veau d’or d’une solidarité dont l’excès provoquera l’effondrement. Ce que tous ces gens ne comprennent pas c’est qu’ils obtiendront absolument l’inverse de ce qu’ils espèrent : toujours moins de solidarité, toujours moins de prospérité. Pour financer les retraites de demain, il nous faut rééquilibrer la pyramide des âges, rendre leurs libertés économiques aux Français et créer de la richesse. Tout le reste sera voué à l’échec. 

Macron, le chauffard de la Vème

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Emmanuel Macron et Elisabeth Borne en décembre 2022. © STEPHANE LEMOUTON-POOL/SIPA

Au cours des semaines passées, l’utilisation que le gouvernement a faite de la Constitution nous renvoie au rang d’une démocratie illibérale…


Les Français vont devenir des champions de droit constitutionnel. Ce n’était pas forcément l’idée. L’idée, au départ, était de partir à la retraite à 62 ans et de faire voler en éclats une réforme scélérate. Descendre en masse dans la rue, manif après manif, grève après grève, et faire reculer Macron et son coup d’Etat sur nos existences, son putsch sur nos fatigues, pour satisfaire le monde d’où il vient, celui de la finance pour qui la maximisation des profits considère la vie des gens comme une variable d’ajustement.
C’est ce qui s’est passé depuis le 19 janvier.
Dans un système démocratique normal, surtout face à une intersyndicale unie comme jamais, y compris entre les deux vieux frères ennemis de la CGT et de la CFDT, à un moment, on se met autour d’une table. Mais les Français ont surtout appris qu’ils vivaient dans la Ve République qui se révèle chaque jour un peu plus perverse et antidémocratique. Pour aller vite, cette Constitution permet à l’exécutif de se passer du législatif. Il est tout à fait possible à un président élu (plus par défaut que par adhésion), de gouverner sans vraiment rendre compte au Parlement (a-t-on eu un débat sur l’Ukraine, par exemple ?), où il ne dispose que d’une majorité relative qui elle-même se fissure.

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C’était bien la peine de renverser une monarchie pour retrouver depuis 1958 un roi de France élu tous les sept ans, puis tous les cinq ans ! Avant le quinquennat, il y avait encore la possibilité de freiner les agités du bocal avec la cohabitation, mais, désormais, on lui donne après chaque élection les clefs du pouvoir dans la boite à gants (coucou Frédéric Dard !). Il prend le volant et il va où il veut, comme il veut pendant cinq ans. Il peut écraser les passants, faire des doigts d’honneur aux radars, accélérer à la sortie des écoles, on n’a pas le droit de l’arrêter. Et même si les passagers sur le siège arrière ont mal au cœur, le chauffeur ne s’arrêtera pas. Il s’en moque qu’on vomisse. Il est pressé d’arriver. Il ne sent plus rien. D’ailleurs, ce n’est plus un chauffeur, avec Macron, c’est un chauffard. Un chauffard ivre de son narcissisme, qui n’écoute plus personne. Son code de la route, c’est la Ve République. Il est dans son droit. Tout ce qu’il fait est illégitime… mais ce n’est pas illégal. Rouler en Ve autorise tous les excès de vitesse, tous les dépassements dangereux, tous les franchissements de ligne blanche.
On connaissait l’article 49-3, qui permet de faire passer un texte sans vote. Ivre également, Elisabeth Borne, la copilote, l’a déjà utilisé à répétition. Une véritable addiction. Il faudrait penser à créer pour elle un genre d’association des utilisateurs anonymes du 49-3, sur le modèle des alcooliques du même nom. « Bonjour, je m’appelle Elisabeth, je me shoote au 49-3 depuis un an et j’ai honte. » On a appris aussi que l’article 47-1 permettait de raccourcir un débat à quelques jours, quelle que soit l’importance de la loi et on a découvert au Sénat que le 44-3 autorisait des votes bloqués.  Ce n’est plus une Constitution, c’est le temple perdu des Aventuriers de l’Arche Perdue, avec un piège mortel à chaque tournant.

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Quand on conduit aussi mal, à la fin, ça finit par un accident de la route : radicalisation des manifestants façon gilets jaunes qui, eux, ont obtenu 17 milliards en le faisant trembler de trouille ou, bien pire, vengeance dans les urnes avec le RN en embuscade. Il paraît que le cauchemar de Macron est d’être dans l’histoire le dernier président avant Marine Le Pen. En même temps, quand on a refusé de donner des consignes de vote entre un candidat Nupes et un candidat RN lors des législatives et quand on retrouve tous ses réflexes autocratiques et technocratiques pour faire passer une loi dont personne ne veut, il ne faudra pas s’étonner de rester comme le fourrier de la droite nationale!
Mais, à ce moment-là, notre chauffard national sera loin, il donnera des conférences comme Blair ou Sarkozy, des conférences bien payées par ses vrais patrons, ceux qui lui avaient demandé de mettre l’exception française aux normes libérales. Quitte à avoir pour ça transformé la France en une démocratie illibérale, façon Orban ou Erdogan.

Les derniers jours des fauves

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Jean-Jacques Bourdin: «On donne de moins en moins la parole à la contradiction»

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Jean-Jacques Bourdin © Éric Dessons/JDD/SIPA

Philippe Bilger s’entretient avec le journaliste Jean-Jacques Bourdin, passé de RMC à Sud Radio, à la rentrée


Dans Bilger les soumet à la question, j’ai pu interviewer durant 55 minutes Jean-Jacques Bourdin.

Ce très grand professionnel, qui anime une émission sur Sud Radio chaque jour de 10 heures à midi 30, a répondu à mes interrogations et m’a en particulier exposé sa vision éclairée, décapante et critique des médias et de la manière dont il concevait sa pratique, une authentique passion pour lui, notamment dans l’exercice de l’entretien politique.

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J’ai été impressionné par son « parler vrai », slogan de Sud Radio, et j’y ai été d’autant plus sensible que Jean-Jacques Bourdin ne s’était pas exprimé depuis longtemps ainsi à titre personnel. J’ai bénéficié de ce privilège rare.


Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).


« Je fuis les médias, je les ai fréquentés un temps, mais j’ai eu tort! »

 » Aujourd’hui, il y a une paresse journalistique, à partir du moment où un fait est diffusé sur les réseaux sociaux, on prend à peine le temps de le vérifier et on le balance à l’antenne, c’est la course à l’audience »

 » Ce qui est malheureux, c’est qu’aujourd’hui, on donne de moins en moins la parole à la contradiction, ou alors, on organise des débats artificiels… »

« On accorde de plus en plus d’importance à l’anecdote plutôt qu’au fond des choses, car c’est plus contraignant »

« L’indignation, c’est plus facile que la réflexion »

« Je n’aime pas l’extrémisme, je pense que la vie est faite de nuances, elle n’est pas faite de vérités, qui d’ailleurs n’admettent aucune contre-vérité… »