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Dé-civilisation: y a-t-il un règlement dans l’avion?

Non, Monsieur le président, nous n’avons pas affaire à la «décivilisation».


De la surenchère verbale

L’idée valait bien que l’on ré-invente un mot, mais encore eut-il fallu qu’il reflétât parfaitement ce que ce terme évoque, or ce n’est pas le cas. Quitte à proposer un mot, il eut mieux valu parler de « dé-civilité », selon moi. Il ne s’agit pas de critiquer un soi-disant emprunt d’Emmanuel Macron à un théoricien d’extrême droite, car si le président était d’extrême droite ou même de droite, cela se saurait… Mais, la civilisation ne disparait pas au gré des caprices et de l’escalade de faits divers aussi violents, sordides et fréquents soient-ils, même s’ils augmentent depuis longtemps déjà.

Mal nommer les choses…

La civilisation est un héritage, un ensemble de choses intégrant la culture, les habitudes d’un pays, une philosophie, le résultat de pratiques religieuses, le socle construit depuis des siècles de ce qui nous nourrit et crée notre identité collective et individuelle. La civilisation, les civilisations, sont notre fierté d’appartenir à l’humanité, notre raison d’être, même inconsciemment ; et un tel abus de langage ne fait qu’empirer le déclin que nous percevons : « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Camus et, franchement, nous n’avons pas besoin de ça.

Ce « malheur », nous le vivons et le ressentons de plus en plus. Un découragement éprouvant et diffus nous gagne.

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Une dé-civilité croissante

Mais alors, comment traduire la réalité et le pourquoi de cette forme de désescalade comportementale ? Car ce n’est pas non plus de « décadence » dont il s’agit, comme nous avons tendance à le dire dans les moments d’abattement face à l’actualité. On parle régulièrement d’incivilités, une dénomination adorée des médias et des gens bienveillants (qui préfèrent ne pas nommer les choses et les édulcorent : c’est moins grave de parler d’une simple « incivilité » que d’une agression crapuleuse). Le terme, toutefois, prend tout son sens pour résumer un incivisme général en l’occurrence ; on peut dès lors parler d’une véritable « dé-civilité » pandémique. Pourquoi tant de violences, de comportements irresponsables, de manque de respect permanent, de désobéissance civique, de laxisme verbal et vestimentaire, de refus des codes de la politesse qui polissaient nos rapports humains ? Les bonnes manières bourgeoises avaient quand même du bon. Il est bien regrettable qu’aujourd’hui tant de monde se pique de les mépriser.

L’exemple vient d’en haut

Avant de jeter la pierre aux civilisations qui parfois s’entrechoquent, regardons-nous individuellement et notons les terribles exemples qui nous viennent d’en haut ; en l’occurrence de ceux qui nous gouvernent, ceux que nous avons élus ! Les temples de la République, comme l’Assemblée nationale, sont foulés aux pieds. Les insultes pleuvent, les doigts d’honneur, les symboles en forme d’effigies décapitées dans les manifestations, ou de têtes en forme de ballons de foot représentant un ministre… Il est facile de dire que la politique a toujours eu ses excès verbaux, mais leur diffusion aujourd’hui, entre autres à cause des réseaux sociaux, donne une ampleur inconnue à ce désordre qui lamine le respect minimal qui doit nous gouverner. Sans compter qu’il n’y a aucune sanction à ces insultes : qui est viré ? Qui est démis de ses fonctions ? Qui n’a plus le droit de se représenter ? Y a-t-il encore un règlement dans l’avion ?  À l’Assemblée nationale, les seuls qui ont de la tenue, ce sont encore les huissiers !

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Quand le chat n’est pas là…

On peut comprendre la décision, intuitive et de bon sens, qui a fait exiger, de la part de leur présidente de groupe, que les nouveaux élus du RN se tiennent bien, tout simplement. Et on peut s’interroger sur le fait que les intentions de vote croissantes de ce parti ne tiennent peut-être qu’à cela…

Mais nous avons un chef, un président de la République. Et avant que ce dernier n’accuse le déclin de la civilisation, pourrait-il reprendre la barre et adopter un comportement qui suscite le respect et même la crainte ? Sans réelle autorité (laquelle n’a rien à voir avec l’autoritarisme), sans l’exigence de la dignité de la fonction de tous les ministres, élus et membres du gouvernement, sans l’obligation d’une probité absolue, le pays se noie dans la provocation. Quand le chat n’est pas là, les souris dansent dans une ambiance de rave-party qui dégénère. Rien à voir avec la civilisation, même si d’autres pays sont atteints de cette maladie d’incivisme, les mêmes causes produisant les mêmes effets (voir M. Trump, qui n’est pas un exemple pour l’Amérique…)

Dis-moi qui te gouverne, je te dirai comment ton peuple se comporte. Ne parle-t-on pas des « rênes du pouvoir » ? Qui les tient ?

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Les curieux oublis d’un archiviste algérien

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L’entrée sur le 5 juillet 1962 à Oran du Dictionnaire de la guerre d’Algérie (Éditions Bouquins, 2023) est problématique.


Le Dictionnaire de la Guerre D’Algérie que nous offrent Tramor Quemeneur et Sylvie Thénault est un opus très pondéreux qu’une longue étude pourra seule permettre d’évaluer correctement. En attendant, je me penche ici sur l’entrée de ce dictionnaire, traitant du 5 juillet 1962, confiée à un archiviste algérien, Fouad Soufi. Un mot sur ce personnage que je connais peu ; sa réputation, y compris parmi nos compatriotes, est celle d’un homme bienveillant et peu dogmatique. Il n’en demeure pas moins qu’il fut erroné de lui confier cette tâche. Il est fonctionnaire du gouvernement algérien et il est très légitime de s’interroger sur sa liberté de manœuvre. Voici plusieurs années en effet que certains historiens français veulent nous faire croire que le point de vue de nos confrères d’Outre-Méditerranée est important, voire indispensable. Comme si l’Algérie était une démocratie attitrée, patentée et certifiée. Ce n’est évidemment pas le cas et rares sont les intellectuels algériens, vivant en Algérie, qui peuvent s’affranchir, sans de gros risques, de la doxa officielle et de la réécriture d’État de l’Histoire. Car, pour les bureaucrates qui dirigent ce pays, il y a une version officielle du 5 juillet à Oran : il n’y a pas eu de massacre. Militaires algériens, ATO et militants du FLN n’avaient que le souci d’organiser correctement le référendum d’Indépendance et de célébrer ensuite. 

A relire, Jean Sévillia: «Depuis 40 ans, la France se couche devant le pouvoir algérien»

On retrouvera tous ces points dans l’entrée concernée, aux pages 253, 254, 255 et 256 du dictionnaire. Tout au plus l’auteur concède-t-il qu’il y eut « des massacres » d’Européens touchant ceux qui habitaient Eckmühl, le Petit-Lac et Victor-Hugo. Ces deux dernières zones comptant peu d’habitants pieds-noirs, surtout à cette époque, ceci revient à minimiser les faits. Selon l’auteur, « rien dans le passé immédiat ne permettait d’envisager un tel drame » (sic). Nous pensons, quant à nous, que beaucoup de choses permettaient au contraire de le redouter[1]. Nous renvoyons pour cela à nos ouvrages dont La Phase Finale de la Guerre d’Algérie. Car, il faut d’ores et déjà signaler la faiblesse fondamentale des pages susmentionnées. Les résultats des travaux effectués depuis 60 ans par des historiens français sont “oubliés”. Sans vergogne. Guy Pervillé, Guillaume Zeller manquent à l’appel. Le film de Georges-Marc Benamou n’est pas évoqué. Jean-Jacques Jordi figure en tête des oubliés de marque. Lui, qui a patiemment travaillé sur les listes de disparus, les a minutieusement vérifiées, contrôlées et complétées, est aujourd’hui en mesure de présenter une liste précise de victimes dont la majorité est constituée de gens toujours portés disparus.

Mais voilà : le gouvernement algérien a récusé les travaux de Jordi. Il l’a même traité de ”révisionniste” ou de quelque chose d’approchant. Exeunt donc Jordi et ses chiffres.
On ne s’étonnera guère qu’il soit totalement absent de l’article précité. Ce texte se termine d’ailleurs de façon ahurissante. Selon l’auteur, « l’absence de nombreuses archives contribue à entretenir le silence à ce sujet ». On nous permettra d’ajouter : la censure algérienne aussi.
Quelles sont donc ces archives dont le manque empêcherait encore de conclure et d’échapper aux chiffres contradictoires ? Celles de l’Association des Familles de Disparus (de M. Domard devenue plus tard l’ADDFA[2]), celles de l’Association de Sauvegarde de René Soyer[3], celles de la sous-délégation de la Croix-Rouge d’une part ; celles d’autre part, de l’Association du Comité Provisoire de liaison population/ autorités administratives, celles de l’ALN et celles de la Commission Mixte de Réconciliation.

Concernant les trois premiers groupes d’archives, il s’agit de documents français ou suisses, consultables. Les trois derniers ne le sont pas, mais il s’agit d’archives algériennes. Nous attendons par conséquent que la partie algérienne les ouvre. Avec intérêt et sérénité. 


[1] Mme Thénault semble d’ailleurs le penser. N’a-telle pas écrit:”… crainte et défiance créant les conditions d’un embrasement à l’heure des engagements radicalisés.” Cette phrase est extraite de son livre Histoire de la guerre d’Indépendance algérienne et figure dans l’article étudié page 256.

[2] L’ADDFA (l’Association de Défense des Droits des Français d’Algérie) fut créée et animée par cette personne, entre autres. Ses listes furent récupérées et sont aujourd’hui détenues par le GRFDA: Groupe de Recherche des Français Disparus en Algérie dont la présidente est Mme Ducos-Ader.

[3] Nous avons recueilli le témoignage d’une collaboratrice directe de René Soyer. Il est au CDHA: Centre de Documentation Historique sur l’Algérie à Aix. D’autres archives de M. Soyer sont au SHD : Service Historique de la Défense à Vincennes.

Cinéma: ce que le puritanisme a de bon

Avec son désir sérieux et sincère d’un nouveau puritanisme, notre chroniqueur voudrait battre en brèche cette propension à ériger la nudité inutile comme critère décisif et les scènes d’amour hard pour le comble de l’audace et de la création


Personne n’a de leçons à me donner. J’aime autant la beauté que quiconque, la grâce et l’allure des corps, l’allégresse puissante et douce des rapports intimes, la sensualité des gestes, le ravissement face à des êtres dont on est fier qu’ils appartiennent à la même humanité que la nôtre. Mais je refuse que cet univers splendide et émouvant soit de plus en plus dévoyé, instrumentalisé, exhibé dans des œuvres, des films qui jouent sur une curiosité et une vision malsaines plus que sur les authentiques nécessités de l’art. Ce n’est pas au nom de la morale que je dénonce ces dérives, mais à cause de la bassesse et de la dégradation du talent. Ou de son absence. Il est vrai que ce n’est pas le seul procès que, dans le fond, nous pourrions intenter au cinéma français. Par exemple, des réalisateurs qui se croient, à tort, doués pour l’écriture des scénarios, des histoires tellement plates et quotidiennes qu’elles copient mal le réel, en le banalisant encore davantage. Au lieu d’exalter le spectateur, de le rendre enthousiaste, éperdu de reconnaissance à l’égard de quelques rares cinéastes enchantant son existence avec leur fiction. Ce n’est pas privilégier l’eau de rose, c’est considérer que le génie a cet avantage si particulier de rendre tout splendide, même le laid et le triste.

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Mais, avec mon désir sérieux et sincère d’un nouveau puritanisme, je voudrais surtout battre en brèche cette propension à ériger la nudité inutile comme critère décisif et les scènes d’amour hard ou flou pour le comble de l’audace et de la création. Ces dernières sont la plupart du temps parfaitement pléonastiques et révèlent seulement, derrière l’argumentation prétendument artistique, une volonté de permettre au spectateur de « se rincer l’œil » en lui donnant bonne conscience puisque le plus simple appareil des actrices serait, parait-il, nécessaire au déroulement du récit. J’évoque en l’occurrence la multiplication de ces scènes et de ces séquences – pas forcément aussi longues que dans La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche – où on cherche à nous mettre les points sur les i et la caméra sur les corps alors que la classe serait dans la litote, l’allusif et un dialogue qui au matin nous révélerait la frénésie de la nuit. Mais ce serait sans doute trop élégant. Quelle perversion intellectuelle et artistique d’encombrer notre regard avec tant de scènes exclusivement racoleuses. Quand on n’éprouve pas le besoin, par vérisme, de nous faire assister à ce moment capital de personnages urinant ou déféquant ! En se complaisant, par le culte d’une fausse provocation, mais d’une vraie vulgarité, dans ces séquences qui réduisent trop souvent le rôle des actrices à des exhibitions corporelles, le cinéma montre ses limites et surtout qu’il est incapable, en usant de toute la gamme des mots, des sentiments, des sensations, de montrer ce dont sa salacité si ordinaire nous abreuve. Avec le progressisme ridicule dont certains se prévalent.

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D’ailleurs, pour s’en convaincre, il suffit de lire les interviews d’actrices – par exemple, Virginie Efira ou Lily-Rose Depp – où la question inévitable survient sur leur gêne ou non face à la nudité. Bien sûr, la plupart répondent que cela ne leur pose aucun problème, que montrer leur corps ne les dérange pas et elles ajoutent souvent: quand l’histoire l’impose… Mais comme, à quelques exceptions près, la narration pourrait toujours s’en dispenser, on voit dans quoi on tombe… Heureusement, il y a des résistants et évidemment ce sont les meilleurs, ceux qui honorent notre cinéma. Je songe à Emmanuel Mouret, dont les films où le langage est roi sont emplis d’une pudeur fine et profonde – voir mon billet du 17 septembre 2022 – et à Maïwenn qui a déclaré qu’elle n’aimait pas la nudité dans ses films et qui a réussi, dans le remarquable Jeanne du Barry, le tour de force de nous décrire l’intensité d’une passion amoureuse sans le moindre recours à des appâts ostentatoirement et inutilement découverts. Ce nouveau puritanisme auquel j’aspire n’a rien à voir avec la moraline qui censurait les scènes de sexe au nom de la décence, mais tout avec le talent et l’intelligence qui ont compris que ce qui est deviné est infiniment plus troublant que la nudité surabondamment exposée.

Quand les musulmans militent pour leur droit à… l’homophobie

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Dans le silence complice des médias d’Outre-Atlantique, plus de 130 « savants » et responsables religieux musulmans nord-américains [1] – notamment le Conseil des Imams Canadiens – ont très officiellement soutenu le droit pour la communauté musulmane de persévérer dans son attitude traditionnelle vis-à-vis des LGBTQI+ sans être accusée d’intolérance ni d’incitation à la haine – tout en sachant que ladite attitude traditionnelle tombe sous le coup de la loi.


Mais que voulez-vous ? Comme l’expliquent ces éminents religieux : « la position normative de l’islam sur les LGBTQ découle du Coran et ne peut pas être changée. » Et ils ajoutent : « Nous refusons la fausse alternative entre succomber aux pressions sociales pour renier nos croyances et être confrontés à des accusations infondées de fanatisme. Ce genre d’ultimatums contraignants ne peut que saper la possibilité de coexistence harmonieuse. » « Nous insistons sur notre droit, donné par Dieu et reconnu par la constitution, d’être fidèles à nos croyances, de vivre en conformité avec elles et de les promouvoir, sans devoir craindre des représailles juridiques ou des discriminations systémiques. » Voilà qui est bien joué de leur part, et riche d’enseignements.

Pas de scandale, c’est les musulmans !

Premier enseignement, dans le Canada de Trudeau seuls les musulmans peuvent se permettre un tel discours. Si des chrétiens s’y risquaient, on imagine le scandale médiatique ! Ce n’est d’ailleurs pas très différent de notre côté de l’Atlantique, où celleux/ceuxes qui dénoncent avec virulence le patriarcat cisgenre hétéronormé ont des pudeurs de gazelles face au patriarcat islamique mais traqueront avec délectation le moindre « dérapage » de quiconque porte une croix ou une médaille de Lourdes.

Deuxième enseignement, l’islam (ou du moins une grande partie des courants qui le composent) n’envisage la « coexistence harmonieuse » qu’à condition qu’il soit au-dessus des lois communes, autorisé à s’en affranchir comme bon lui semble. Imposer aux musulmans les mêmes règles qu’aux autres citoyens est qualifié de « représailles juridiques » et de « discriminations systémiques » (« legal reprisal » et « systematic marginalization »). Il faudrait ne rien connaître des dogmes, des enseignements et de l’histoire de l’islam orthodoxe pour être surpris.

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Troisième enseignement, l’intersectionnalité est une escroquerie. Toute personne de bonne foi le sait depuis longtemps, mais il est toujours savoureux de voir les minorités gâtées du culte diversitaire se disputer la première place.

C’est, surtout, très bien joué. Face à la religion progressiste qui tente partout d’imposer la vénération des femmes à pénis et des hommes enceints, les islamistes ont beau jeu de se poser en défenseurs du bon sens, et même en rempart face aux fous qui ont pris le contrôle de l’asile. C’est un peu ce qui est arrivé en France avec le « scandale » (très éphémère) des joueurs de foot refusant de porter le drapeau arc-en-ciel.

Car enfin ! On a beau savoir pertinemment que dans le cas d’espèce ce refus est assez largement motivé par l’homophobie, on ne peut s’empêcher de se dire que le militantisme obligatoire s’apparente de plus en plus à un embrigadement inacceptable, doublé d’endoctrinement manifeste dans les établissements scolaires, et qu’aucun contrat de travail ni aucun ministre des sports, de l’éduc’nat ou d’autre chose, ne doit pouvoir imposer à quiconque de faire semblant de croire que la Terre est plate ou que les femmes peuvent avoir des pénis, sauf à verser dangereusement dans le totalitarisme.

Non à la castration intellectuelle

Mais à l’heure du buzz et des procès en sorcellerie (pardon : en extrême-droiterie), voire en hérésie si votre vision des saintes valeurs de la divine République n’est pas tout à fait celle du gouvernement, difficile d’introduire de la nuance et de rappeler que l’indispensable défense des LGB n’a pas à être instrumentalisée pour cautionner les délires TQI et tout l’alphabet +. Le droit de s’aimer comme on veut entre adultes lucides et consentants, le droit pour un homme d’adopter une apparence et des maniérismes traditionnellement féminins, et pour une femme une apparence et des maniérismes traditionnellement masculins (droits qui devraient être évidents mais sont hélas menacés, notamment par le transactivisme qui qualifie de « transphobie » toutes les préférences sexuelles qui lui déplaisent), n’impliquent aucunement un quelconque droit d’imposer au monde entier de prendre un jeu de rôle pour la réalité.

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Je n’ai rien contre les jeux de rôle grandeur nature ni contre le cosplay, je trouve d’ailleurs ça tout à fait sympathique, mais même si un chirurgien me taille les oreilles en pointe je ne deviendrai pas véritablement un Elfe, et en dehors du cadre bien précis d’un jeu dont tous les participants ont librement accepté les règles (et les habitués de grandeur nature prennent justement soin d’éviter les dérives), je ne peux pas m’attendre à ce qu’on me traite comme si j’étais réellement Legolas, Elrond…. ou Galadriel !

Justin Trudeau, les imams canadiens et Pap Ndiaye vous souhaitent la bienvenue dans le meilleur des mondes progressistes. Préférez-vous que votre fils écoute un prédicateur islamiste ou un activiste qui va l’encourager à subir une castration chimique voire chirurgicale ? Pour votre fille, ce sera plutôt la mastectomie ou la burqa ?

Ni l’un ni l’autre, merci ! Nul besoin d’en référer à la loi totalitaire d’un dieu-tyran pour échapper aux délires du transactivisme, nul besoin d’accepter la rééducation progressiste pour refuser la chape de plomb d’une théocratie. C’est simple : la majorité des citoyens a le droit d’être entendue sans devoir d’abord se ranger sous la bannière de telle ou telle minorité vagissante, sinon c’est que nous ne sommes plus en démocratie. Et quel que soit le régime politique, les « lois divines » auto-proclamées d’une religion n’ont pas à être au-dessus des lois de la cité, et les lois humaines ne sont pas et ne seront jamais au-dessus du réel.

Silence coupable

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La face cachée du multiculturalisme

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[1] https://capforcanada.com/media-silent-as-muslim-canadian-council-rejects-lgbt-ideology/

Si la Judée m’était contée…

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Le photographe Didier Ben Loulou a capturé la Judée dans un recueil aux couleurs rocailleuses pour les éditions de la Table Ronde (en vente le 1er juin).


C’est toujours un plaisir d’ouvrir un livre de Didier Ben Loulou, de se griller la peau par contumace, sur cette terre nue à la végétation éparse et résistante. Avec ce photographe vivant entre Paris et Jérusalem, le voyage visuel, donc sensitif, n’est jamais anodin, jamais quelconque, toujours empreint d’une intensité mélancolique et sauvage. La Méditerranée est son royaume. De Tanger aux Cyclades, de Jaffa à Athènes, le Sud indolent et brutal rayonne sous son objectif. Je l’ai déjà dit ici, dans nos colonnes, Ben Loulou ne photographie pas pour passer le temps, pour divertir les intérieurs bourgeois, pour faire joli ou pittoresque sur une table basse, le folklorique ou le glacé, il s’en moque ; il cherche l’absolue vérité des paysages, leur inanité resplendissante, leur banalité fantomatique, en résumé, leur onde nostalgique. C’est pour ça qu’il me séduit et me happe l’esprit à chaque nouvelle parution. Il y a chez lui, une âpreté qui nous élève, sans gloriole, ni flonflons philosophiques. Son geste ressemble à une offrande sincère, sans calcul, sans préméditation, il témoigne de l’indicible. Voici sa Judée, elle déploie ses monts sableux, cette infinie variation de beige, d’ocre, de kaki et de terreux, parfois le rouge carmin apporte une note d’espoir ou d’ironie. Dès la première ligne de sa préface, il écrit : « La Judée, c’est ce désert de premier matin du monde ; ce sont les monts de Moab violets et irréels ». Tous les matins du monde sont là, devant nos yeux, quand l’humanité s’éveille, que de minuscules traces de vie se mettent en branle, ici le serpentin d’une route à la dérive ; là, le visage d’un enfant au regard songeur ; plus loin, un cheval blanc aux côtes saillantes, vigie d’un ordre immémoriel.


Dans cette Judée déserte, aux lignes de crête abandonnées, dans ce boyau du bout du monde, tout semble renaître et se figer à la fois, le ciel observe cet entrechoc émotionnel. Il n’a pas décidé de transiger, ni de juger, il laisse la nature se faire et se défaire au gré des saisons. Comme si cet horizon était une nouvelle page blanche à fouler et pourtant, nous savons intimement que ce massif recèle mille histoires, mille cahotements, mille miracles, mille berceaux. Alors, on se laisse porter par le regard de Ben Loulou, sans lui, nous serions passés à côté de l’essentiel, du friable et du végétal, de cette minéralité qui s’infiltre dans les ruines de l’âme, de toutes les odeurs que l’on subodore. D’abord, nous avançons sous des nuages mousseux, d’un bleu nuit, à la limite du caprice ou de l’esclandre. Et puis, nos pas s’accrochent dans la poussière de ces chemins d’errance, le sol est abrasif, les murs en pierre sèche protègent à peine du climat, ce paysage dessine un tricot de vannerie. Un paillis de tiges entremêlées. Loin d’une modernité vaine et étouffante. Le vent se lève soudain. Il peut être ici tempétueux et vengeur. La Bible y puise ses racines. Les herbes folles s’ébrouent, les chardons bleus se dressent en signe de rébellion, les tiges d’avoine voltigent dans les airs, un feu s’active et noircit l’atmosphère. Les cyprès ne plient pas sous la contrainte. La montagne et le vide s’élancent dans un combat de géants. Cervantès aurait pu poser son écritoire sur cette lande qui semble virginale. Où sont les êtres ? Où sont les sucs ? Ils éclatent à la dérobée d’une grenade juteuse. Comme un pied de nez aux hivers neigeux. L’on aperçoit tel un mirage, un berger en survêtement, immobile et hiératique, avec son troupeau. Sa silhouette se découpe en ombre chinoise dans le pâturage. Est-il réel ou non ? A-t-il trente ans ou dix-mille ans ? Une cow-girl semble s’être échappée du Colorado, comment est-elle arrivée jusqu’ici ? Les oiseaux sont porteurs de messages célestes, on ne les emprisonne pas. Les rides des vieillards se déchiffrent comme des parchemins. On tente de les interpréter. Nous sommes ailleurs et cependant, on communie avec une forme d’innocence qui nous est naturelle. Innée. Nous ne savions pas que nous avions en nous, ces pulsations, ces rythmes lents et entêtants. Et puis, l’on referme ce beau livre, et nous avons du sel sur les lèvres. C’est ça la magie Ben Loulou.

Judée de Didier Ben Loulou – La Table Ronde 

Monsieur Nostalgie

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Le coup du calendrier

Extrême gauche. Éric Piolle, n’ayant pas supporté que le gouvernement évalue le taux d’absentéisme des élèves musulmans à l’école, le jour de l’Aïd, estime à présent qu’il faut supprimer les références religieuses dans notre calendrier. Distancé par Marine Tondellier et Sandrine Rousseau dans la course à la déconstruction, il entend ainsi combler son retard. Mais Mme Rousseau estime de toute façon que les Français ne doivent plus travailler du tout!


Après les calendriers julien et grégorien, voici donc le calendrier piollien. Du nom de l’impayable maire écolo de Grenoble, Éric Piolle. L’édile milite à présent pour que soient bannies des jours fériés et chômés de notre calendrier toutes références à des fêtes chrétiennes. Je me permets de penser que l’ineptie portée à ce niveau mériterait l’inscription à l’agenda annuel d’au moins une journée fériée, chômée, éventuellement payée double. Ce serait par exemple la saint Piolle. Date de rigueur, le premier avril, jour où les farceurs – y compris ceux qui s’ignorent – sont à l’honneur.

Il est temps à nouveau

Cela dit, le coup du calendrier n’est pas nouveau. Déjà, sous la Révolution, il s’agissait d’en chasser toute référence chrétienne, de rompre radicalement avec cet héritage patrimonial. Patrimonial et donc non exclusivement religieux et qui, de ce fait, devrait s’imposer à tout Français d’esprit et de cœur, croyant ou non. Monsieur Piolle, on s’en doute, ne partage pas cette conception pourtant dictée par la raison bien comprise. C’est son droit, l’étroitesse d’esprit en étant un, non des moindres. Pour lui, la France est née en 1792 avec la République. Avant, si on l’en croit, rien d’autre que l’horreur et les ténèbres de la tyrannie de la monarchie. Donc, à temps nouveaux, calendrier nouveau. La Convention se fend du sien. Pour remplacer les saints de chaque jour, on s’en va moissonner dans le vocabulaire des fruits et légumes, des volatiles et des mammifères. Pour ces jours-ci – du mois de Prairial allant du 20 mai au 18 juin – nous aurions successivement, par exemple du 1er au 6 juin, Pois, Acacia, Caille, Oeillet, Sureau, Pavot. C’est charmant. Charmant mais ridicule. Partout à l’étranger, on ricane. En France aussi. « Le calendrier républicain, lorsqu’il parut, fut plutôt un amusement qu’une vexation, écrit le baron Hyde de Neuville dans ses mémoires. On était tout étonné d’avoir à s’occuper d’une chose nouvelle qui ne fût pas effrayante ou horrible. Ce n’était pourtant pas une distraction qu’on jetait en pâture aux oisifs, comme on aurait pu le croire ; la Révolution prenait au sérieux ses extravagances mêmes. »

Écolo canal hystérique

Et Neuville de rapporter cette anecdote. Un officier, quittant Paris pour rentrer en Russie au moment de la parution du calendrier, s’empresse d’en emporter un exemplaire pour le divertissement du tsar dont il était un des aides de camp. Il fait halte à Mittau où se trouve alors Monsieur, futur Charles X. La communauté d’émigrés croule de rire en découvrant la chose. Une dame particulièrement bien en cour veut absolument l’avoir. Impossible ! L’exemplaire est pour le tsar qui, à son tour, ne serait sans doute « pas fâché de prendre la Révolution en flagrant délit d’absurdité ». Hélas, l’officier russe doit repartir dès le lendemain. Qu’à cela ne tienne ! C’est Monsieur lui-même qui s’y colle. « Monsieur qui eut la patience et la gracieuse attention de passer la nuit à le copier tout entier de sa main pour l’offrir à la dame », révèle Neuville. De là, le calendrier court l’Europe entière. L’Europe qui, bien évidemment, s’en tient les côtes. Prouesse extraordinaire ! Après tant de violence, de fureur, la Révolution parvenait à faire rire. Enfin !… Allons ! Vivement la parution du « flagrant délit d’absurdité » de Monsieur Piolle. Afin que, à leur tour, les écolos canal hystérique nous fassent rire un peu. Ce serait déjà ça !

Marie Stuart - Reine tragique

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Sahel: la Mauritanie, pôle de stabilité?

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La Mauritanie est une exception au Sahel. Le pays n’a pas connu d’attentat islamiste depuis 2011. A un an de l’élection présidentielle, le président Mohamed Ould Ghazouani sort renforcé des élections législatives du dimanche 28 mai. Analyse.


La Mauritanie ne fait pas les gros titres de la presse française. Nous avons pourtant tort de négliger ce pays présentant une géographie qui en fait un État pivot de l’Afrique de l’ouest au sens où l’entend le politologue et ancien conseiller en sécurité national de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski. Les dernières élections législatives, dont le second tour avait lieu le samedi 27 mai, sont l’occasion de nous pencher plus attentivement sur cet Etat divisé entre le groupe des Beidanes ou « Maures blancs » d’origine berbère, celui des « Maures noirs » ou Haratins et des Africains noirs issus de multiples ethnies (Peuls, soninkés, Wolofs, etc).  

Ces élections ont renforcé le président Mohamed Ould Ghazouani, dont le parti el-Insaf a remporté 80 sièges de députés sur 176. Une dizaine de formations membres de la mouvance présidentielle en ont obtenu de leur côté 36. Créé en 1975 sous inspiration du mouvement internationaliste islamiste des Frères musulmans, le principal parti d’opposition Tewassoul (Rassemblement National pour la Réforme et le Développement) en a gagné neuf. Cette continuité politique est une nouvelle plutôt rassurante pour la France, tant le rôle de la Mauritanie est important au Sahel pour contenir le djihadisme en Afrique sahélienne.

Luis Martinez, directeur de recherche à Sciences-Po CERI et consultant pour l’Union européenne en Afrique subsaharienne, a récemment sorti L’Afrique, le prochain califat ? La Spectaculaire expansion du djihadisme aux éditions Taillandier. Dans un entretien[1] accordé au Monde en mars dernier, il affirmait que certains États du Sahel pourraient « suivre le chemin de l’Afghanistan » et se transformer en califats: 

« (…) l’hypothèse me semble aujourd’hui tout à fait envisageable. Pas sous la forme d’une prise du pouvoir par la force d’un groupe djihadiste, mais par une usure des forces de défense de ces pays, qui conduirait à des compromis pour un retour à la paix en contrepartie d’une exigence d’application d’un certain nombre de règles, notamment issues de la charia (…) Leur vrai défi aujourd’hui est de trouver des partenaires politiques, religieux et militaires capables d’accepter que l’une des issues à la guerre serait dans ce type de configuration »

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Autrefois plus paisible, cette région du monde est sous la menace constante des conflits ethniques et de l’islam de combat depuis le mitan des années 2000 ; moment symbolique où le traditionnel Paris-Dakar de notre enfance fut d’ailleurs déplacé en Amérique du Sud du fait de l’impossibilité de l’organiser de manière sécurisée. Depuis 15 ans, la Mauritanie a pourtant décidé de lutter pied à pied contre le terrorisme, faisant office de frontière difficile à franchir pour les différents groupes terroristes qui opèrent dans la région. Dans ce contexte tendu, la solidité de l’appareil militaire est essentielle pour garantir la résilience des institutions étatiques.

Son armée, forte de ses unités traditionnelles de soldats méharistes, qu’on reconnait notamment à leurs chameaux, ainsi que des unités légères des Groupements spéciaux d’intervention, assure des missions que ni le Mali ni le Niger n’ont pu ou su remplir. En off, les officiers français expriment régulièrement leur soulagement de pouvoir compter sur ce partenaire dans la région. Alors que les actes terroristes endeuillent absolument toute cette zone, du Tchad au Mali et jusqu’à la frontière nord de la Côte d’Ivoire, la Mauritanie n’a plus été le siège d’une action djihadiste depuis… 2011.

Elle doit cela à des institutions stables qui garantissent une continuité politique et une certaine concorde sociale. Il est d’ailleurs notable que le site France Diplomatie n’évoque pour les voyageurs que les risque d’infiltration de groupes terroristes aux frontières mauritaniennes : « La situation au Sahel et en particulier au Mali voisin expose la Mauritanie à des risques d’infiltration de groupes terroristes, susceptibles de mener des actions (enlèvement, attentat) contre les intérêts et les ressortissants français ». Cela signifie donc que le contexte mauritanien n’est pas systémiquement soumis au terrorisme islamiste.

Ancien général et chef d’Etat-major des armées, Mohammed Ould Ghazouani n’estime toutefois pas que le danger soit derrière lui. Fin novembre 2019, il rappelait après son élection que Nouakchott conservait une vigilance de tous les instants : « Nous, Mauritaniens, étions dans la même situation [que nos voisins] il n’y a pas si longtemps. Face à ce genre de menaces, il faut être suffisamment préparé ». Entre 2005 et 2008, l’exécutif civil mené par Sidi Ould Cheickh Abdallahi a ainsi été sous la pression constante du Groupe salafiste pour la prédication et le combat, montrant son incapacité à pacifier la situation.

Alors que le Mali s’est retiré du Sahel G5 qui devait être la base de notre architecture de sécurité commune sur place, tant pour lutter contre le djihadisme que contre l’immigration clandestine vers l’Europe, la Mauritanie apparait comme un pilier sur lequel la défense française peut encore compter pour quelques années… Il ne sera pas de trop dans un contexte international particulièrement troublé où l’Afrique est devenue malgré elle le terrain de jeu de puissances hostiles et d’intérêts privés étrangers, à l’image du groupe Wagner.


[1] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/03/15/luis-martinez-les-djihadistes-saheliens-ont-tire-une-grande-lecon-de-ce-qui-s-est-passe-en-libye_6165619_3212.html

Quand Houellebecq capitule

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Islam. L’écrivain fait plus qu’un mea culpa, s’étonne Ivan Rioufol


Les intuitions de Michel Houellebecq sur les évolutions de la société sont souvent exactes, parfois prophétiques. Formé à l’esprit scientifique et à la poésie, il a ce don qui permet aux bons écrivains de voir dans l’obscurité. Mais, cette fois, ce qu’il montre dans son dernier livre (Quelques mois dans ma vie, Flammarion) de sa spectaculaire soumission à l’islam relève davantage d’une faiblesse de caractère que d’une tendance collective au renoncement. Du moins, c’est ce que je veux croire, même si je ne néglige pas le somnambulisme qui a gagné les plus indolents. Il est aisé d’observer, à rebours d’un Houellebecq soucieux d’obtenir les bonnes grâces du recteur de la mosquée de Paris et de Bernard-Henri Lévy, le réveil des peuples, des nations, des identités et des cultures.

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Le nouveau sultan Erdogan a été réélu (52,14% des voix), en dépit de la crise économique et sociale qui frappe la Turquie, pour avoir su défendre l’âme et la fierté de son pays. Une quête de sens, en rupture avec la société matérialiste et consumériste occidentale, habite ceux qui, en France, rejettent « l’homme déglingué » (Robert Redeker) oublieux de ses propres racines. L’engouement pour le pèlerinage religieux traditionaliste de Paris à Chartres, qui s’est achevé lundi après 97km parcourus à pied depuis samedi par 16 000 jeunes (moyenne d’âge : 20 ans) fait partie de ces signaux faibles qui laissent espérer une renaissance spirituelle. Dans ce contexte, la capitulation de Houellebecq face à l’islam, au prétexte de s’assurer une image bonasse et pantouflarde, s’apparente à une trahison.

L’écrivain avait à cœur de s’excuser, devant les autorités musulmanes, de propos tenus lors d’une conversation avec Michel Onfray, retransmise dans un hors-série de la revue Front Populaire. Houellebecq avait notamment déclaré: « Je crois que le souhait de la population française « de souche », comme on dit, ce n’est pas du tout que les musulmans s’assimilent, mais simplement qu’ils cessent de les voler et de les agresser (…) Ou bien, autre bonne solution, qu’ils repartent ». Cette généralisation était en effet stupide; son repentir était légitime. Mais l’écrivain est allé bien au-delà d’un mea culpa. Il a repris à son compte le poncif islamique sur l’ « islam, religion de paix et de tolérance ». « L’islam est une religion », écrit-il, sans vouloir admettre que l’islam est surtout un ensemble de codes et de lois (charia) qui règlent la vie quotidienne dans les moindres détails. « Le problème n’est pas l’islam, c’est la délinquance », soutient-il également, en occultant la force conquérante du djihad, qui a déjà su imposer un séparatisme dans des cités. La contre-société islamique en est le résultat. Elle est soutenue par une majorité de jeunes musulmans: dans tous les sondages, ceux-ci se disent attachés à la loi islamique plutôt qu’aux lois de la république. Même le salafisme trouve grâce à ses yeux (entretien au Point), alors même que le drapeau de l’Arabie Saoudite a le sabre comme emblème. Mais qui s’offusque de la débandade de Houellebecq ?


Les perversités de la fiscalité environnementale

Un nouveau rapport de France Stratégie préconise un « accroissement des prélèvements obligatoires » pour financer la décarbonation de l’économie française. Une nouvelle fois, l’écologie sert de prétexte à la taxation des Français.


L’écologie a bon dos. Comme souvent lorsqu’un gouvernement ou une administration veut trouver des ressources supplémentaires – comprenez : augmenter les impôts – il s’appuie sur une noble cause. Les bornes ont été dépassées avec le nouveau rapport de France Stratégie remis à la Première ministre le 22 mai. Selon celui-ci, les investissements indispensables à la décarbonation de l’économie vont ralentir la croissance et alourdir la dette publique. La conséquence ? Un accroissement des prélèvements obligatoires sera « probablement nécessaire », en particulier sur le patrimoine des plus aisés. Ce rapport s’inscrit dans la continuité d’une fiscalité « écologique » en augmentation constante. Les taxes dites environnementales représentent aujourd’hui plus de 60 Mds€, sans compter parfois la TVA payée elle-même sur ces taxes. Ces quarante impôts et taxes diverses servent-elles réellement le bien commun, contribuent-elles vraiment à lutter contre la pollution ? En d’autres termes, quel est l’objectif ultime de cette floraison de nouvelles taxes toutes plus lucratives les unes que les autres ?

En effet, on attend en principe d’un impôt rentabilité, pérennité et neutralité. Il doit remplir dans la durée les caisses de l’Etat, sans entraver l’économie ou décourager le contribuable. Or, la fiscalité environnementale ou écologique se targue d’obéir à un autre critère : la moralité. Ce qui n’a qu’un lointain rapport avec l’impôt.

Malheureusement, cet amoncellement de nouvelles taxes ne disparaîtra pas le jour où le monde sera dépollué…

En l’occurrence, cette moralité consiste à punir le pollueur pour l’inciter à moins polluer.

Mais un impôt moralement acceptable n’est pas forcément le plus honnête.

Etablir un impôt pour des raisons autres que de finances publiques le rend hypocrite. Surtout lorsque l’Etat a cruellement besoin d’argent.

Or, ces impôts ne cessent de croître et même si la crise des gilets jaunes a montré que ce n’était pas sans heurts, ils sont en définitive acceptés au motif qu’ils participent à une grande cause : la défense de l’environnement. D’où finalement une efficacité d’autant plus redoutable que leur disparition pourtant programmée avec la décarbonation n’interviendra en réalité jamais, et ce au grand dam du citoyen qui restera la cible d’impôts qui, pour survivre, n’auront qu’à changer de nom au moment voulu.

A lire aussi, Gabriel Robin: Net Zéro Emission: l’Europe peut-elle gagner son indépendance énergétique?

Force est de constater d’abord que du fait même de la mécanique générale de la production économique, la victime finale de la taxation est de toute manière le consommateur, c’est-à-dire le citoyen. Non seulement pour la fiscalité carbone qu’il paye à travers son litre d’essence, mais aussi pour toutes les autres taxes censées lutter contre les activités polluantes. Ainsi, que font les entreprises soumises à la taxe générale du même nom (TGAP sur les déchets, les émissions de substances polluantes, les préparations pour lessive ou les matériaux d’extraction) ? Elles font comme pour toutes les autres charges auxquelles elles sont exposées, elles en répercutent le prix sur leurs clients et en bout de chaîne sur le consommateur final.

Nous pouvons aussi prendre l’exemple de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. Celle-ci rapporte désormais 7 Mds€ aux collectivités locales (et quelques centaines de millions à l’Etat au titre des frais de recouvrement) et finance non seulement la collecte mais aussi le traitement et l’élimination des déchets. L’explosion de son coût pour les contribuables a une double origine : d’une part, des normes environnementales qui rendent le traitement des déchets de plus en plus coûteux et, d’autre part, les besoins des collectivités locales qui, tout comme l’Etat, sont sans cesse à la recherche de nouvelles recettes. Dès lors, la TEOM est marquée elle aussi du sceau des travers de la fiscalité environnementale : conséquence de normes écologiques toujours plus strictes et prétexte à de nouvelles recettes fiscales à la charge des ménages.

Et malheureusement, cet amoncellement de nouvelles taxes ne disparaîtra pas le jour où le monde sera dépollué.

Car la perversité de la fiscalité environnementale se trouve aussi, comme souvent, dans la sémantique. En effet, un glissement linguistique fait qu’une fois épuisé le motif généreux et presque nécessaire du combat contre la pollution, on en vient à parler non plus de la fiscalité environnementale mais de la fiscalité sur l’énergie, ou indifféremment des deux. D’un côté, cela rejoint l’idéologie écologiste d’une production d’énergie intrinsèquement perverse dès lors qu’elle dépasse le niveau vivrier de l’éolienne au-dessus de sa grange. De l’autre, cela témoigne de ce que l’on évoquait précédemment : en créant une dépendance à l’impôt, la fiscalité contre la pollution conduit inexorablement à taxer l’énergie elle-même, de peur de manquer de taxes le jour où cette énergie ne sera plus polluante (même si quelque chose nous dit qu’un jour ou l’autre une taxe devra bien financer le stockage ou le retraitement des piles au lithium, le démantèlement des éoliennes ou la décomposition des panneaux solaires…). Le changement de nom le plus symptomatique est d’ailleurs celui de la taxe la plus emblématique : la fameuse TIPP, taxe intérieure sur les produits pétroliers, devenue la TICPE, taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. Même si c’est toujours l’essence qui reste le combustible de l’impôt, c’est désormais l’énergie qui est taxée.

Si la médecine avait progressé au même rythme que l’impôt, il est probable que la monarchie aurait en son temps expliqué au peuple que la gabelle sur le sel visait avant tout sa santé, en n’étant rien d’autre qu’un moyen de lutte contre l’hypertension.

La dérive des continents


Discussion de salon dans la cuisine. Des vieux, des jeunes, des entre les deux.

–  J’ai lu que, dans un cours de géographie de 4ème, un élève d’origine marocaine avait affirmé que le Maroc n’était pas en Afrique et qu’il n’avait jamais voulu en démordre.

–  Parce que dans sa tête, l’Afrique, c’est uniquement l’Afrique sub-saharienne. Il considère, et ça se défend, que « son monde », à savoir le Maghreb, n’en fait pas partie.

– Si un continent, c’est une grande étendue de terre entourée de mers et d’océans, il a tort. Mais, dans cette hypothèse, il faut que nous acceptions de jouer dans la même division que les Tchétchènes et les Chinois.

Et c’était parti !

Cinq, six, sept continents ?

Pour se mettre en jambe, petit débat sur le nombre de continents. Pour ma part, et je n’étais pas la seule, j’en étais (scolairement et comme dans la chanson de Joseph Lafitte) restée à cinq : l’Europe (en tête bien sûr), l’Afrique (avec le Maroc), l’Amérique, l’Asie et l’Océanie.

– Cinq oui, mais pas ceux-là : l’Afrique, l’Amérique, l’Antarctique, l’Océanie et l’Eurasie.

– N’importe quoi. Il y a à sept continents et en ordre de taille : l’Asie dans les quarante-quatre millions de km2, l’Afrique dans les trente, l’Amérique du Nord dans les vingt-cinq, l’Amérique du Sud dans les dix-huit, l’Antarctique dans les douze, l’Europe dans les dix et l’Océanie dans les neuf.

On a fini par se mettre à peu près d’accord… sur la nécessité de s’entendre préalablement sur « comment on compte ».

Des cartes qui mentent et rapetissent l’Afrique

Mais, l’affaire s’est ensuite sérieusement emballée quand on a comparé les tailles réelles des continents avec celles données par les cartes.

– Encore un coup du mâle blanc ! En vrai, l’Afrique est trois plus grande que l’Europe. Sur les cartes, on en est loin ! Et, sur les mêmes cartes, le Groenland a la même taille que l’Afrique alors qu’il est quatorze fois plus petit !

– En dehors de la responsabilité de qui vous savez, il y a quand même des explications historiques. La terre n’étant pas plate (enfin pas encore), la carte du monde que nous avons tous dans la tête est la projection du globe terrestre sur une surface plane via un cylindre. Cette représentation établie en 1569 par le Flamand Gérardus Mercador a été conçue pour la navigation. Elle a pour avantage de préserver les angles (c’est mieux pour les bateaux) et pour défaut d’augmenter les tailles en fonction des distances de l’équateur. Les pays et continents des zones tempérées et surtout polaires apparaissent donc plus grands et les pays les plus proches de l’équateur plus petits. Cette convention a toujours été plus ou moins unanimement admise.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Le wokisme est un fascisme

– Sans doute, mais rendre plus petit, c’est rendre moins important, que ce soit volontaire ou non. Et, comme par hasard, dans ce système, c’est l’Afrique qui est réduite à la portion congrue. Maintenant que la navigation n’est plus l’alpha et l’oméga et qu’on s’en fiche un peu de la conservation des angles, on pourrait peut-être se rapprocher de la réalité et adopter la projection de Gall-Peters qui permet de prendre en compte la superficie réelle des continents. Ce serait plus juste.

– Et donc changer toutes les cartes de représentation du monde ?

– Pourquoi pas ? Et, on pourrait en profiter pour définir des continents qui correspondent mieux à la réalité. Comme le Maghreb qui pourrait alors être un continent à part entière.

Et, finalement, le Maroc est en Afrique

Toutes ces considérations sont bien jolies. Mais, notre prof, il dit quoi à son élève ? Qu’il a bien raison de s’interroger. Qu’il n’est pas vraiment Africain. Que ça dépend.  Qu’il aura peut-être raison demain. Il le félicite ?

– Mais, ça ne va pas. Il lui dit que le Maroc est en Afrique ; que ça va comme ça et qu’il n’a qu’à regarder la carte… de Mercator.  

– Allons bon ! Pas de discussion, pas de remise en question de la doxa, pas de déconstruction.

– Certainement pas. Avant de désapprendre, il faut apprendre.

Longs soupirs.

– Eh oui, c’est comme le reste, c’est pas faux !   

Dé-civilisation: y a-t-il un règlement dans l’avion?

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Rave Party à Villegongis dans l'Indre, le 20 mai 2023. © Capture d'écran JT de 20h, TF1

Non, Monsieur le président, nous n’avons pas affaire à la «décivilisation».


De la surenchère verbale

L’idée valait bien que l’on ré-invente un mot, mais encore eut-il fallu qu’il reflétât parfaitement ce que ce terme évoque, or ce n’est pas le cas. Quitte à proposer un mot, il eut mieux valu parler de « dé-civilité », selon moi. Il ne s’agit pas de critiquer un soi-disant emprunt d’Emmanuel Macron à un théoricien d’extrême droite, car si le président était d’extrême droite ou même de droite, cela se saurait… Mais, la civilisation ne disparait pas au gré des caprices et de l’escalade de faits divers aussi violents, sordides et fréquents soient-ils, même s’ils augmentent depuis longtemps déjà.

Mal nommer les choses…

La civilisation est un héritage, un ensemble de choses intégrant la culture, les habitudes d’un pays, une philosophie, le résultat de pratiques religieuses, le socle construit depuis des siècles de ce qui nous nourrit et crée notre identité collective et individuelle. La civilisation, les civilisations, sont notre fierté d’appartenir à l’humanité, notre raison d’être, même inconsciemment ; et un tel abus de langage ne fait qu’empirer le déclin que nous percevons : « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait Camus et, franchement, nous n’avons pas besoin de ça.

Ce « malheur », nous le vivons et le ressentons de plus en plus. Un découragement éprouvant et diffus nous gagne.

À lire aussi : Le choc de la «décivilisation»

Une dé-civilité croissante

Mais alors, comment traduire la réalité et le pourquoi de cette forme de désescalade comportementale ? Car ce n’est pas non plus de « décadence » dont il s’agit, comme nous avons tendance à le dire dans les moments d’abattement face à l’actualité. On parle régulièrement d’incivilités, une dénomination adorée des médias et des gens bienveillants (qui préfèrent ne pas nommer les choses et les édulcorent : c’est moins grave de parler d’une simple « incivilité » que d’une agression crapuleuse). Le terme, toutefois, prend tout son sens pour résumer un incivisme général en l’occurrence ; on peut dès lors parler d’une véritable « dé-civilité » pandémique. Pourquoi tant de violences, de comportements irresponsables, de manque de respect permanent, de désobéissance civique, de laxisme verbal et vestimentaire, de refus des codes de la politesse qui polissaient nos rapports humains ? Les bonnes manières bourgeoises avaient quand même du bon. Il est bien regrettable qu’aujourd’hui tant de monde se pique de les mépriser.

L’exemple vient d’en haut

Avant de jeter la pierre aux civilisations qui parfois s’entrechoquent, regardons-nous individuellement et notons les terribles exemples qui nous viennent d’en haut ; en l’occurrence de ceux qui nous gouvernent, ceux que nous avons élus ! Les temples de la République, comme l’Assemblée nationale, sont foulés aux pieds. Les insultes pleuvent, les doigts d’honneur, les symboles en forme d’effigies décapitées dans les manifestations, ou de têtes en forme de ballons de foot représentant un ministre… Il est facile de dire que la politique a toujours eu ses excès verbaux, mais leur diffusion aujourd’hui, entre autres à cause des réseaux sociaux, donne une ampleur inconnue à ce désordre qui lamine le respect minimal qui doit nous gouverner. Sans compter qu’il n’y a aucune sanction à ces insultes : qui est viré ? Qui est démis de ses fonctions ? Qui n’a plus le droit de se représenter ? Y a-t-il encore un règlement dans l’avion ?  À l’Assemblée nationale, les seuls qui ont de la tenue, ce sont encore les huissiers !

À lire aussi : Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre…

Quand le chat n’est pas là…

On peut comprendre la décision, intuitive et de bon sens, qui a fait exiger, de la part de leur présidente de groupe, que les nouveaux élus du RN se tiennent bien, tout simplement. Et on peut s’interroger sur le fait que les intentions de vote croissantes de ce parti ne tiennent peut-être qu’à cela…

Mais nous avons un chef, un président de la République. Et avant que ce dernier n’accuse le déclin de la civilisation, pourrait-il reprendre la barre et adopter un comportement qui suscite le respect et même la crainte ? Sans réelle autorité (laquelle n’a rien à voir avec l’autoritarisme), sans l’exigence de la dignité de la fonction de tous les ministres, élus et membres du gouvernement, sans l’obligation d’une probité absolue, le pays se noie dans la provocation. Quand le chat n’est pas là, les souris dansent dans une ambiance de rave-party qui dégénère. Rien à voir avec la civilisation, même si d’autres pays sont atteints de cette maladie d’incivisme, les mêmes causes produisant les mêmes effets (voir M. Trump, qui n’est pas un exemple pour l’Amérique…)

Dis-moi qui te gouverne, je te dirai comment ton peuple se comporte. Ne parle-t-on pas des « rênes du pouvoir » ? Qui les tient ?

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Les curieux oublis d’un archiviste algérien

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Un soldat de l'armée française dans le quartier Saint-Eugène d'Oran en Algérie, le 28 avril 1962 © Horst Faas/SIPA

L’entrée sur le 5 juillet 1962 à Oran du Dictionnaire de la guerre d’Algérie (Éditions Bouquins, 2023) est problématique.


Le Dictionnaire de la Guerre D’Algérie que nous offrent Tramor Quemeneur et Sylvie Thénault est un opus très pondéreux qu’une longue étude pourra seule permettre d’évaluer correctement. En attendant, je me penche ici sur l’entrée de ce dictionnaire, traitant du 5 juillet 1962, confiée à un archiviste algérien, Fouad Soufi. Un mot sur ce personnage que je connais peu ; sa réputation, y compris parmi nos compatriotes, est celle d’un homme bienveillant et peu dogmatique. Il n’en demeure pas moins qu’il fut erroné de lui confier cette tâche. Il est fonctionnaire du gouvernement algérien et il est très légitime de s’interroger sur sa liberté de manœuvre. Voici plusieurs années en effet que certains historiens français veulent nous faire croire que le point de vue de nos confrères d’Outre-Méditerranée est important, voire indispensable. Comme si l’Algérie était une démocratie attitrée, patentée et certifiée. Ce n’est évidemment pas le cas et rares sont les intellectuels algériens, vivant en Algérie, qui peuvent s’affranchir, sans de gros risques, de la doxa officielle et de la réécriture d’État de l’Histoire. Car, pour les bureaucrates qui dirigent ce pays, il y a une version officielle du 5 juillet à Oran : il n’y a pas eu de massacre. Militaires algériens, ATO et militants du FLN n’avaient que le souci d’organiser correctement le référendum d’Indépendance et de célébrer ensuite. 

A relire, Jean Sévillia: «Depuis 40 ans, la France se couche devant le pouvoir algérien»

On retrouvera tous ces points dans l’entrée concernée, aux pages 253, 254, 255 et 256 du dictionnaire. Tout au plus l’auteur concède-t-il qu’il y eut « des massacres » d’Européens touchant ceux qui habitaient Eckmühl, le Petit-Lac et Victor-Hugo. Ces deux dernières zones comptant peu d’habitants pieds-noirs, surtout à cette époque, ceci revient à minimiser les faits. Selon l’auteur, « rien dans le passé immédiat ne permettait d’envisager un tel drame » (sic). Nous pensons, quant à nous, que beaucoup de choses permettaient au contraire de le redouter[1]. Nous renvoyons pour cela à nos ouvrages dont La Phase Finale de la Guerre d’Algérie. Car, il faut d’ores et déjà signaler la faiblesse fondamentale des pages susmentionnées. Les résultats des travaux effectués depuis 60 ans par des historiens français sont “oubliés”. Sans vergogne. Guy Pervillé, Guillaume Zeller manquent à l’appel. Le film de Georges-Marc Benamou n’est pas évoqué. Jean-Jacques Jordi figure en tête des oubliés de marque. Lui, qui a patiemment travaillé sur les listes de disparus, les a minutieusement vérifiées, contrôlées et complétées, est aujourd’hui en mesure de présenter une liste précise de victimes dont la majorité est constituée de gens toujours portés disparus.

Mais voilà : le gouvernement algérien a récusé les travaux de Jordi. Il l’a même traité de ”révisionniste” ou de quelque chose d’approchant. Exeunt donc Jordi et ses chiffres.
On ne s’étonnera guère qu’il soit totalement absent de l’article précité. Ce texte se termine d’ailleurs de façon ahurissante. Selon l’auteur, « l’absence de nombreuses archives contribue à entretenir le silence à ce sujet ». On nous permettra d’ajouter : la censure algérienne aussi.
Quelles sont donc ces archives dont le manque empêcherait encore de conclure et d’échapper aux chiffres contradictoires ? Celles de l’Association des Familles de Disparus (de M. Domard devenue plus tard l’ADDFA[2]), celles de l’Association de Sauvegarde de René Soyer[3], celles de la sous-délégation de la Croix-Rouge d’une part ; celles d’autre part, de l’Association du Comité Provisoire de liaison population/ autorités administratives, celles de l’ALN et celles de la Commission Mixte de Réconciliation.

Concernant les trois premiers groupes d’archives, il s’agit de documents français ou suisses, consultables. Les trois derniers ne le sont pas, mais il s’agit d’archives algériennes. Nous attendons par conséquent que la partie algérienne les ouvre. Avec intérêt et sérénité. 

La phase finale de la guerre d'Algérie

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[1] Mme Thénault semble d’ailleurs le penser. N’a-telle pas écrit:”… crainte et défiance créant les conditions d’un embrasement à l’heure des engagements radicalisés.” Cette phrase est extraite de son livre Histoire de la guerre d’Indépendance algérienne et figure dans l’article étudié page 256.

[2] L’ADDFA (l’Association de Défense des Droits des Français d’Algérie) fut créée et animée par cette personne, entre autres. Ses listes furent récupérées et sont aujourd’hui détenues par le GRFDA: Groupe de Recherche des Français Disparus en Algérie dont la présidente est Mme Ducos-Ader.

[3] Nous avons recueilli le témoignage d’une collaboratrice directe de René Soyer. Il est au CDHA: Centre de Documentation Historique sur l’Algérie à Aix. D’autres archives de M. Soyer sont au SHD : Service Historique de la Défense à Vincennes.

Cinéma: ce que le puritanisme a de bon

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Maïwenn dans "Jeanne du Barry", film actuellement en salles © Le Pacte

Avec son désir sérieux et sincère d’un nouveau puritanisme, notre chroniqueur voudrait battre en brèche cette propension à ériger la nudité inutile comme critère décisif et les scènes d’amour hard pour le comble de l’audace et de la création


Personne n’a de leçons à me donner. J’aime autant la beauté que quiconque, la grâce et l’allure des corps, l’allégresse puissante et douce des rapports intimes, la sensualité des gestes, le ravissement face à des êtres dont on est fier qu’ils appartiennent à la même humanité que la nôtre. Mais je refuse que cet univers splendide et émouvant soit de plus en plus dévoyé, instrumentalisé, exhibé dans des œuvres, des films qui jouent sur une curiosité et une vision malsaines plus que sur les authentiques nécessités de l’art. Ce n’est pas au nom de la morale que je dénonce ces dérives, mais à cause de la bassesse et de la dégradation du talent. Ou de son absence. Il est vrai que ce n’est pas le seul procès que, dans le fond, nous pourrions intenter au cinéma français. Par exemple, des réalisateurs qui se croient, à tort, doués pour l’écriture des scénarios, des histoires tellement plates et quotidiennes qu’elles copient mal le réel, en le banalisant encore davantage. Au lieu d’exalter le spectateur, de le rendre enthousiaste, éperdu de reconnaissance à l’égard de quelques rares cinéastes enchantant son existence avec leur fiction. Ce n’est pas privilégier l’eau de rose, c’est considérer que le génie a cet avantage si particulier de rendre tout splendide, même le laid et le triste.

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Mais, avec mon désir sérieux et sincère d’un nouveau puritanisme, je voudrais surtout battre en brèche cette propension à ériger la nudité inutile comme critère décisif et les scènes d’amour hard ou flou pour le comble de l’audace et de la création. Ces dernières sont la plupart du temps parfaitement pléonastiques et révèlent seulement, derrière l’argumentation prétendument artistique, une volonté de permettre au spectateur de « se rincer l’œil » en lui donnant bonne conscience puisque le plus simple appareil des actrices serait, parait-il, nécessaire au déroulement du récit. J’évoque en l’occurrence la multiplication de ces scènes et de ces séquences – pas forcément aussi longues que dans La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche – où on cherche à nous mettre les points sur les i et la caméra sur les corps alors que la classe serait dans la litote, l’allusif et un dialogue qui au matin nous révélerait la frénésie de la nuit. Mais ce serait sans doute trop élégant. Quelle perversion intellectuelle et artistique d’encombrer notre regard avec tant de scènes exclusivement racoleuses. Quand on n’éprouve pas le besoin, par vérisme, de nous faire assister à ce moment capital de personnages urinant ou déféquant ! En se complaisant, par le culte d’une fausse provocation, mais d’une vraie vulgarité, dans ces séquences qui réduisent trop souvent le rôle des actrices à des exhibitions corporelles, le cinéma montre ses limites et surtout qu’il est incapable, en usant de toute la gamme des mots, des sentiments, des sensations, de montrer ce dont sa salacité si ordinaire nous abreuve. Avec le progressisme ridicule dont certains se prévalent.

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D’ailleurs, pour s’en convaincre, il suffit de lire les interviews d’actrices – par exemple, Virginie Efira ou Lily-Rose Depp – où la question inévitable survient sur leur gêne ou non face à la nudité. Bien sûr, la plupart répondent que cela ne leur pose aucun problème, que montrer leur corps ne les dérange pas et elles ajoutent souvent: quand l’histoire l’impose… Mais comme, à quelques exceptions près, la narration pourrait toujours s’en dispenser, on voit dans quoi on tombe… Heureusement, il y a des résistants et évidemment ce sont les meilleurs, ceux qui honorent notre cinéma. Je songe à Emmanuel Mouret, dont les films où le langage est roi sont emplis d’une pudeur fine et profonde – voir mon billet du 17 septembre 2022 – et à Maïwenn qui a déclaré qu’elle n’aimait pas la nudité dans ses films et qui a réussi, dans le remarquable Jeanne du Barry, le tour de force de nous décrire l’intensité d’une passion amoureuse sans le moindre recours à des appâts ostentatoirement et inutilement découverts. Ce nouveau puritanisme auquel j’aspire n’a rien à voir avec la moraline qui censurait les scènes de sexe au nom de la décence, mais tout avec le talent et l’intelligence qui ont compris que ce qui est deviné est infiniment plus troublant que la nudité surabondamment exposée.

Quand les musulmans militent pour leur droit à… l’homophobie

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Calgary, Alberta, Canada D.R.

Dans le silence complice des médias d’Outre-Atlantique, plus de 130 « savants » et responsables religieux musulmans nord-américains [1] – notamment le Conseil des Imams Canadiens – ont très officiellement soutenu le droit pour la communauté musulmane de persévérer dans son attitude traditionnelle vis-à-vis des LGBTQI+ sans être accusée d’intolérance ni d’incitation à la haine – tout en sachant que ladite attitude traditionnelle tombe sous le coup de la loi.


Mais que voulez-vous ? Comme l’expliquent ces éminents religieux : « la position normative de l’islam sur les LGBTQ découle du Coran et ne peut pas être changée. » Et ils ajoutent : « Nous refusons la fausse alternative entre succomber aux pressions sociales pour renier nos croyances et être confrontés à des accusations infondées de fanatisme. Ce genre d’ultimatums contraignants ne peut que saper la possibilité de coexistence harmonieuse. » « Nous insistons sur notre droit, donné par Dieu et reconnu par la constitution, d’être fidèles à nos croyances, de vivre en conformité avec elles et de les promouvoir, sans devoir craindre des représailles juridiques ou des discriminations systémiques. » Voilà qui est bien joué de leur part, et riche d’enseignements.

Pas de scandale, c’est les musulmans !

Premier enseignement, dans le Canada de Trudeau seuls les musulmans peuvent se permettre un tel discours. Si des chrétiens s’y risquaient, on imagine le scandale médiatique ! Ce n’est d’ailleurs pas très différent de notre côté de l’Atlantique, où celleux/ceuxes qui dénoncent avec virulence le patriarcat cisgenre hétéronormé ont des pudeurs de gazelles face au patriarcat islamique mais traqueront avec délectation le moindre « dérapage » de quiconque porte une croix ou une médaille de Lourdes.

Deuxième enseignement, l’islam (ou du moins une grande partie des courants qui le composent) n’envisage la « coexistence harmonieuse » qu’à condition qu’il soit au-dessus des lois communes, autorisé à s’en affranchir comme bon lui semble. Imposer aux musulmans les mêmes règles qu’aux autres citoyens est qualifié de « représailles juridiques » et de « discriminations systémiques » (« legal reprisal » et « systematic marginalization »). Il faudrait ne rien connaître des dogmes, des enseignements et de l’histoire de l’islam orthodoxe pour être surpris.

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Troisième enseignement, l’intersectionnalité est une escroquerie. Toute personne de bonne foi le sait depuis longtemps, mais il est toujours savoureux de voir les minorités gâtées du culte diversitaire se disputer la première place.

C’est, surtout, très bien joué. Face à la religion progressiste qui tente partout d’imposer la vénération des femmes à pénis et des hommes enceints, les islamistes ont beau jeu de se poser en défenseurs du bon sens, et même en rempart face aux fous qui ont pris le contrôle de l’asile. C’est un peu ce qui est arrivé en France avec le « scandale » (très éphémère) des joueurs de foot refusant de porter le drapeau arc-en-ciel.

Car enfin ! On a beau savoir pertinemment que dans le cas d’espèce ce refus est assez largement motivé par l’homophobie, on ne peut s’empêcher de se dire que le militantisme obligatoire s’apparente de plus en plus à un embrigadement inacceptable, doublé d’endoctrinement manifeste dans les établissements scolaires, et qu’aucun contrat de travail ni aucun ministre des sports, de l’éduc’nat ou d’autre chose, ne doit pouvoir imposer à quiconque de faire semblant de croire que la Terre est plate ou que les femmes peuvent avoir des pénis, sauf à verser dangereusement dans le totalitarisme.

Non à la castration intellectuelle

Mais à l’heure du buzz et des procès en sorcellerie (pardon : en extrême-droiterie), voire en hérésie si votre vision des saintes valeurs de la divine République n’est pas tout à fait celle du gouvernement, difficile d’introduire de la nuance et de rappeler que l’indispensable défense des LGB n’a pas à être instrumentalisée pour cautionner les délires TQI et tout l’alphabet +. Le droit de s’aimer comme on veut entre adultes lucides et consentants, le droit pour un homme d’adopter une apparence et des maniérismes traditionnellement féminins, et pour une femme une apparence et des maniérismes traditionnellement masculins (droits qui devraient être évidents mais sont hélas menacés, notamment par le transactivisme qui qualifie de « transphobie » toutes les préférences sexuelles qui lui déplaisent), n’impliquent aucunement un quelconque droit d’imposer au monde entier de prendre un jeu de rôle pour la réalité.

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Je n’ai rien contre les jeux de rôle grandeur nature ni contre le cosplay, je trouve d’ailleurs ça tout à fait sympathique, mais même si un chirurgien me taille les oreilles en pointe je ne deviendrai pas véritablement un Elfe, et en dehors du cadre bien précis d’un jeu dont tous les participants ont librement accepté les règles (et les habitués de grandeur nature prennent justement soin d’éviter les dérives), je ne peux pas m’attendre à ce qu’on me traite comme si j’étais réellement Legolas, Elrond…. ou Galadriel !

Justin Trudeau, les imams canadiens et Pap Ndiaye vous souhaitent la bienvenue dans le meilleur des mondes progressistes. Préférez-vous que votre fils écoute un prédicateur islamiste ou un activiste qui va l’encourager à subir une castration chimique voire chirurgicale ? Pour votre fille, ce sera plutôt la mastectomie ou la burqa ?

Ni l’un ni l’autre, merci ! Nul besoin d’en référer à la loi totalitaire d’un dieu-tyran pour échapper aux délires du transactivisme, nul besoin d’accepter la rééducation progressiste pour refuser la chape de plomb d’une théocratie. C’est simple : la majorité des citoyens a le droit d’être entendue sans devoir d’abord se ranger sous la bannière de telle ou telle minorité vagissante, sinon c’est que nous ne sommes plus en démocratie. Et quel que soit le régime politique, les « lois divines » auto-proclamées d’une religion n’ont pas à être au-dessus des lois de la cité, et les lois humaines ne sont pas et ne seront jamais au-dessus du réel.

Silence coupable

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La face cachée du multiculturalisme

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[1] https://capforcanada.com/media-silent-as-muslim-canadian-council-rejects-lgbt-ideology/

Si la Judée m’était contée…

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© Éditions de la Table ronde

Le photographe Didier Ben Loulou a capturé la Judée dans un recueil aux couleurs rocailleuses pour les éditions de la Table Ronde (en vente le 1er juin).


C’est toujours un plaisir d’ouvrir un livre de Didier Ben Loulou, de se griller la peau par contumace, sur cette terre nue à la végétation éparse et résistante. Avec ce photographe vivant entre Paris et Jérusalem, le voyage visuel, donc sensitif, n’est jamais anodin, jamais quelconque, toujours empreint d’une intensité mélancolique et sauvage. La Méditerranée est son royaume. De Tanger aux Cyclades, de Jaffa à Athènes, le Sud indolent et brutal rayonne sous son objectif. Je l’ai déjà dit ici, dans nos colonnes, Ben Loulou ne photographie pas pour passer le temps, pour divertir les intérieurs bourgeois, pour faire joli ou pittoresque sur une table basse, le folklorique ou le glacé, il s’en moque ; il cherche l’absolue vérité des paysages, leur inanité resplendissante, leur banalité fantomatique, en résumé, leur onde nostalgique. C’est pour ça qu’il me séduit et me happe l’esprit à chaque nouvelle parution. Il y a chez lui, une âpreté qui nous élève, sans gloriole, ni flonflons philosophiques. Son geste ressemble à une offrande sincère, sans calcul, sans préméditation, il témoigne de l’indicible. Voici sa Judée, elle déploie ses monts sableux, cette infinie variation de beige, d’ocre, de kaki et de terreux, parfois le rouge carmin apporte une note d’espoir ou d’ironie. Dès la première ligne de sa préface, il écrit : « La Judée, c’est ce désert de premier matin du monde ; ce sont les monts de Moab violets et irréels ». Tous les matins du monde sont là, devant nos yeux, quand l’humanité s’éveille, que de minuscules traces de vie se mettent en branle, ici le serpentin d’une route à la dérive ; là, le visage d’un enfant au regard songeur ; plus loin, un cheval blanc aux côtes saillantes, vigie d’un ordre immémoriel.


Dans cette Judée déserte, aux lignes de crête abandonnées, dans ce boyau du bout du monde, tout semble renaître et se figer à la fois, le ciel observe cet entrechoc émotionnel. Il n’a pas décidé de transiger, ni de juger, il laisse la nature se faire et se défaire au gré des saisons. Comme si cet horizon était une nouvelle page blanche à fouler et pourtant, nous savons intimement que ce massif recèle mille histoires, mille cahotements, mille miracles, mille berceaux. Alors, on se laisse porter par le regard de Ben Loulou, sans lui, nous serions passés à côté de l’essentiel, du friable et du végétal, de cette minéralité qui s’infiltre dans les ruines de l’âme, de toutes les odeurs que l’on subodore. D’abord, nous avançons sous des nuages mousseux, d’un bleu nuit, à la limite du caprice ou de l’esclandre. Et puis, nos pas s’accrochent dans la poussière de ces chemins d’errance, le sol est abrasif, les murs en pierre sèche protègent à peine du climat, ce paysage dessine un tricot de vannerie. Un paillis de tiges entremêlées. Loin d’une modernité vaine et étouffante. Le vent se lève soudain. Il peut être ici tempétueux et vengeur. La Bible y puise ses racines. Les herbes folles s’ébrouent, les chardons bleus se dressent en signe de rébellion, les tiges d’avoine voltigent dans les airs, un feu s’active et noircit l’atmosphère. Les cyprès ne plient pas sous la contrainte. La montagne et le vide s’élancent dans un combat de géants. Cervantès aurait pu poser son écritoire sur cette lande qui semble virginale. Où sont les êtres ? Où sont les sucs ? Ils éclatent à la dérobée d’une grenade juteuse. Comme un pied de nez aux hivers neigeux. L’on aperçoit tel un mirage, un berger en survêtement, immobile et hiératique, avec son troupeau. Sa silhouette se découpe en ombre chinoise dans le pâturage. Est-il réel ou non ? A-t-il trente ans ou dix-mille ans ? Une cow-girl semble s’être échappée du Colorado, comment est-elle arrivée jusqu’ici ? Les oiseaux sont porteurs de messages célestes, on ne les emprisonne pas. Les rides des vieillards se déchiffrent comme des parchemins. On tente de les interpréter. Nous sommes ailleurs et cependant, on communie avec une forme d’innocence qui nous est naturelle. Innée. Nous ne savions pas que nous avions en nous, ces pulsations, ces rythmes lents et entêtants. Et puis, l’on referme ce beau livre, et nous avons du sel sur les lèvres. C’est ça la magie Ben Loulou.

Judée de Didier Ben Loulou – La Table Ronde 

Monsieur Nostalgie

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Le coup du calendrier

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Eric Piolle et Marine Tondellier à Grenoble, août 2022 © ISA HARSIN/SIPA

Extrême gauche. Éric Piolle, n’ayant pas supporté que le gouvernement évalue le taux d’absentéisme des élèves musulmans à l’école, le jour de l’Aïd, estime à présent qu’il faut supprimer les références religieuses dans notre calendrier. Distancé par Marine Tondellier et Sandrine Rousseau dans la course à la déconstruction, il entend ainsi combler son retard. Mais Mme Rousseau estime de toute façon que les Français ne doivent plus travailler du tout!


Après les calendriers julien et grégorien, voici donc le calendrier piollien. Du nom de l’impayable maire écolo de Grenoble, Éric Piolle. L’édile milite à présent pour que soient bannies des jours fériés et chômés de notre calendrier toutes références à des fêtes chrétiennes. Je me permets de penser que l’ineptie portée à ce niveau mériterait l’inscription à l’agenda annuel d’au moins une journée fériée, chômée, éventuellement payée double. Ce serait par exemple la saint Piolle. Date de rigueur, le premier avril, jour où les farceurs – y compris ceux qui s’ignorent – sont à l’honneur.

Il est temps à nouveau

Cela dit, le coup du calendrier n’est pas nouveau. Déjà, sous la Révolution, il s’agissait d’en chasser toute référence chrétienne, de rompre radicalement avec cet héritage patrimonial. Patrimonial et donc non exclusivement religieux et qui, de ce fait, devrait s’imposer à tout Français d’esprit et de cœur, croyant ou non. Monsieur Piolle, on s’en doute, ne partage pas cette conception pourtant dictée par la raison bien comprise. C’est son droit, l’étroitesse d’esprit en étant un, non des moindres. Pour lui, la France est née en 1792 avec la République. Avant, si on l’en croit, rien d’autre que l’horreur et les ténèbres de la tyrannie de la monarchie. Donc, à temps nouveaux, calendrier nouveau. La Convention se fend du sien. Pour remplacer les saints de chaque jour, on s’en va moissonner dans le vocabulaire des fruits et légumes, des volatiles et des mammifères. Pour ces jours-ci – du mois de Prairial allant du 20 mai au 18 juin – nous aurions successivement, par exemple du 1er au 6 juin, Pois, Acacia, Caille, Oeillet, Sureau, Pavot. C’est charmant. Charmant mais ridicule. Partout à l’étranger, on ricane. En France aussi. « Le calendrier républicain, lorsqu’il parut, fut plutôt un amusement qu’une vexation, écrit le baron Hyde de Neuville dans ses mémoires. On était tout étonné d’avoir à s’occuper d’une chose nouvelle qui ne fût pas effrayante ou horrible. Ce n’était pourtant pas une distraction qu’on jetait en pâture aux oisifs, comme on aurait pu le croire ; la Révolution prenait au sérieux ses extravagances mêmes. »

Écolo canal hystérique

Et Neuville de rapporter cette anecdote. Un officier, quittant Paris pour rentrer en Russie au moment de la parution du calendrier, s’empresse d’en emporter un exemplaire pour le divertissement du tsar dont il était un des aides de camp. Il fait halte à Mittau où se trouve alors Monsieur, futur Charles X. La communauté d’émigrés croule de rire en découvrant la chose. Une dame particulièrement bien en cour veut absolument l’avoir. Impossible ! L’exemplaire est pour le tsar qui, à son tour, ne serait sans doute « pas fâché de prendre la Révolution en flagrant délit d’absurdité ». Hélas, l’officier russe doit repartir dès le lendemain. Qu’à cela ne tienne ! C’est Monsieur lui-même qui s’y colle. « Monsieur qui eut la patience et la gracieuse attention de passer la nuit à le copier tout entier de sa main pour l’offrir à la dame », révèle Neuville. De là, le calendrier court l’Europe entière. L’Europe qui, bien évidemment, s’en tient les côtes. Prouesse extraordinaire ! Après tant de violence, de fureur, la Révolution parvenait à faire rire. Enfin !… Allons ! Vivement la parution du « flagrant délit d’absurdité » de Monsieur Piolle. Afin que, à leur tour, les écolos canal hystérique nous fassent rire un peu. Ce serait déjà ça !

Marie Stuart - Reine tragique

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Sahel: la Mauritanie, pôle de stabilité?

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Le président mauritanien saluant le président Macron, 6e Sommet entre l'Union européenne et l'Union africaine, Bruxelles, 17 février 2022 © Olivier Hoslet/AP/SIPA

La Mauritanie est une exception au Sahel. Le pays n’a pas connu d’attentat islamiste depuis 2011. A un an de l’élection présidentielle, le président Mohamed Ould Ghazouani sort renforcé des élections législatives du dimanche 28 mai. Analyse.


La Mauritanie ne fait pas les gros titres de la presse française. Nous avons pourtant tort de négliger ce pays présentant une géographie qui en fait un État pivot de l’Afrique de l’ouest au sens où l’entend le politologue et ancien conseiller en sécurité national de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski. Les dernières élections législatives, dont le second tour avait lieu le samedi 27 mai, sont l’occasion de nous pencher plus attentivement sur cet Etat divisé entre le groupe des Beidanes ou « Maures blancs » d’origine berbère, celui des « Maures noirs » ou Haratins et des Africains noirs issus de multiples ethnies (Peuls, soninkés, Wolofs, etc).  

Ces élections ont renforcé le président Mohamed Ould Ghazouani, dont le parti el-Insaf a remporté 80 sièges de députés sur 176. Une dizaine de formations membres de la mouvance présidentielle en ont obtenu de leur côté 36. Créé en 1975 sous inspiration du mouvement internationaliste islamiste des Frères musulmans, le principal parti d’opposition Tewassoul (Rassemblement National pour la Réforme et le Développement) en a gagné neuf. Cette continuité politique est une nouvelle plutôt rassurante pour la France, tant le rôle de la Mauritanie est important au Sahel pour contenir le djihadisme en Afrique sahélienne.

Luis Martinez, directeur de recherche à Sciences-Po CERI et consultant pour l’Union européenne en Afrique subsaharienne, a récemment sorti L’Afrique, le prochain califat ? La Spectaculaire expansion du djihadisme aux éditions Taillandier. Dans un entretien[1] accordé au Monde en mars dernier, il affirmait que certains États du Sahel pourraient « suivre le chemin de l’Afghanistan » et se transformer en califats: 

« (…) l’hypothèse me semble aujourd’hui tout à fait envisageable. Pas sous la forme d’une prise du pouvoir par la force d’un groupe djihadiste, mais par une usure des forces de défense de ces pays, qui conduirait à des compromis pour un retour à la paix en contrepartie d’une exigence d’application d’un certain nombre de règles, notamment issues de la charia (…) Leur vrai défi aujourd’hui est de trouver des partenaires politiques, religieux et militaires capables d’accepter que l’une des issues à la guerre serait dans ce type de configuration »

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Autrefois plus paisible, cette région du monde est sous la menace constante des conflits ethniques et de l’islam de combat depuis le mitan des années 2000 ; moment symbolique où le traditionnel Paris-Dakar de notre enfance fut d’ailleurs déplacé en Amérique du Sud du fait de l’impossibilité de l’organiser de manière sécurisée. Depuis 15 ans, la Mauritanie a pourtant décidé de lutter pied à pied contre le terrorisme, faisant office de frontière difficile à franchir pour les différents groupes terroristes qui opèrent dans la région. Dans ce contexte tendu, la solidité de l’appareil militaire est essentielle pour garantir la résilience des institutions étatiques.

Son armée, forte de ses unités traditionnelles de soldats méharistes, qu’on reconnait notamment à leurs chameaux, ainsi que des unités légères des Groupements spéciaux d’intervention, assure des missions que ni le Mali ni le Niger n’ont pu ou su remplir. En off, les officiers français expriment régulièrement leur soulagement de pouvoir compter sur ce partenaire dans la région. Alors que les actes terroristes endeuillent absolument toute cette zone, du Tchad au Mali et jusqu’à la frontière nord de la Côte d’Ivoire, la Mauritanie n’a plus été le siège d’une action djihadiste depuis… 2011.

Elle doit cela à des institutions stables qui garantissent une continuité politique et une certaine concorde sociale. Il est d’ailleurs notable que le site France Diplomatie n’évoque pour les voyageurs que les risque d’infiltration de groupes terroristes aux frontières mauritaniennes : « La situation au Sahel et en particulier au Mali voisin expose la Mauritanie à des risques d’infiltration de groupes terroristes, susceptibles de mener des actions (enlèvement, attentat) contre les intérêts et les ressortissants français ». Cela signifie donc que le contexte mauritanien n’est pas systémiquement soumis au terrorisme islamiste.

Ancien général et chef d’Etat-major des armées, Mohammed Ould Ghazouani n’estime toutefois pas que le danger soit derrière lui. Fin novembre 2019, il rappelait après son élection que Nouakchott conservait une vigilance de tous les instants : « Nous, Mauritaniens, étions dans la même situation [que nos voisins] il n’y a pas si longtemps. Face à ce genre de menaces, il faut être suffisamment préparé ». Entre 2005 et 2008, l’exécutif civil mené par Sidi Ould Cheickh Abdallahi a ainsi été sous la pression constante du Groupe salafiste pour la prédication et le combat, montrant son incapacité à pacifier la situation.

Alors que le Mali s’est retiré du Sahel G5 qui devait être la base de notre architecture de sécurité commune sur place, tant pour lutter contre le djihadisme que contre l’immigration clandestine vers l’Europe, la Mauritanie apparait comme un pilier sur lequel la défense française peut encore compter pour quelques années… Il ne sera pas de trop dans un contexte international particulièrement troublé où l’Afrique est devenue malgré elle le terrain de jeu de puissances hostiles et d’intérêts privés étrangers, à l’image du groupe Wagner.


[1] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/03/15/luis-martinez-les-djihadistes-saheliens-ont-tire-une-grande-lecon-de-ce-qui-s-est-passe-en-libye_6165619_3212.html

Quand Houellebecq capitule

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Michel Houellebecq invité de TLC, 29 mai 2023 D.R.

Islam. L’écrivain fait plus qu’un mea culpa, s’étonne Ivan Rioufol


Les intuitions de Michel Houellebecq sur les évolutions de la société sont souvent exactes, parfois prophétiques. Formé à l’esprit scientifique et à la poésie, il a ce don qui permet aux bons écrivains de voir dans l’obscurité. Mais, cette fois, ce qu’il montre dans son dernier livre (Quelques mois dans ma vie, Flammarion) de sa spectaculaire soumission à l’islam relève davantage d’une faiblesse de caractère que d’une tendance collective au renoncement. Du moins, c’est ce que je veux croire, même si je ne néglige pas le somnambulisme qui a gagné les plus indolents. Il est aisé d’observer, à rebours d’un Houellebecq soucieux d’obtenir les bonnes grâces du recteur de la mosquée de Paris et de Bernard-Henri Lévy, le réveil des peuples, des nations, des identités et des cultures.

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Le nouveau sultan Erdogan a été réélu (52,14% des voix), en dépit de la crise économique et sociale qui frappe la Turquie, pour avoir su défendre l’âme et la fierté de son pays. Une quête de sens, en rupture avec la société matérialiste et consumériste occidentale, habite ceux qui, en France, rejettent « l’homme déglingué » (Robert Redeker) oublieux de ses propres racines. L’engouement pour le pèlerinage religieux traditionaliste de Paris à Chartres, qui s’est achevé lundi après 97km parcourus à pied depuis samedi par 16 000 jeunes (moyenne d’âge : 20 ans) fait partie de ces signaux faibles qui laissent espérer une renaissance spirituelle. Dans ce contexte, la capitulation de Houellebecq face à l’islam, au prétexte de s’assurer une image bonasse et pantouflarde, s’apparente à une trahison.

L’écrivain avait à cœur de s’excuser, devant les autorités musulmanes, de propos tenus lors d’une conversation avec Michel Onfray, retransmise dans un hors-série de la revue Front Populaire. Houellebecq avait notamment déclaré: « Je crois que le souhait de la population française « de souche », comme on dit, ce n’est pas du tout que les musulmans s’assimilent, mais simplement qu’ils cessent de les voler et de les agresser (…) Ou bien, autre bonne solution, qu’ils repartent ». Cette généralisation était en effet stupide; son repentir était légitime. Mais l’écrivain est allé bien au-delà d’un mea culpa. Il a repris à son compte le poncif islamique sur l’ « islam, religion de paix et de tolérance ». « L’islam est une religion », écrit-il, sans vouloir admettre que l’islam est surtout un ensemble de codes et de lois (charia) qui règlent la vie quotidienne dans les moindres détails. « Le problème n’est pas l’islam, c’est la délinquance », soutient-il également, en occultant la force conquérante du djihad, qui a déjà su imposer un séparatisme dans des cités. La contre-société islamique en est le résultat. Elle est soutenue par une majorité de jeunes musulmans: dans tous les sondages, ceux-ci se disent attachés à la loi islamique plutôt qu’aux lois de la république. Même le salafisme trouve grâce à ses yeux (entretien au Point), alors même que le drapeau de l’Arabie Saoudite a le sabre comme emblème. Mais qui s’offusque de la débandade de Houellebecq ?


Les perversités de la fiscalité environnementale

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Le Premier ministre Elisabeth Borne en déplacement à l'usine Plastic Omnium dans l'Oise, accompagnée de Bruno Le Maire et Roland Lescure, Venette, 28 septembre 2022 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Un nouveau rapport de France Stratégie préconise un « accroissement des prélèvements obligatoires » pour financer la décarbonation de l’économie française. Une nouvelle fois, l’écologie sert de prétexte à la taxation des Français.


L’écologie a bon dos. Comme souvent lorsqu’un gouvernement ou une administration veut trouver des ressources supplémentaires – comprenez : augmenter les impôts – il s’appuie sur une noble cause. Les bornes ont été dépassées avec le nouveau rapport de France Stratégie remis à la Première ministre le 22 mai. Selon celui-ci, les investissements indispensables à la décarbonation de l’économie vont ralentir la croissance et alourdir la dette publique. La conséquence ? Un accroissement des prélèvements obligatoires sera « probablement nécessaire », en particulier sur le patrimoine des plus aisés. Ce rapport s’inscrit dans la continuité d’une fiscalité « écologique » en augmentation constante. Les taxes dites environnementales représentent aujourd’hui plus de 60 Mds€, sans compter parfois la TVA payée elle-même sur ces taxes. Ces quarante impôts et taxes diverses servent-elles réellement le bien commun, contribuent-elles vraiment à lutter contre la pollution ? En d’autres termes, quel est l’objectif ultime de cette floraison de nouvelles taxes toutes plus lucratives les unes que les autres ?

En effet, on attend en principe d’un impôt rentabilité, pérennité et neutralité. Il doit remplir dans la durée les caisses de l’Etat, sans entraver l’économie ou décourager le contribuable. Or, la fiscalité environnementale ou écologique se targue d’obéir à un autre critère : la moralité. Ce qui n’a qu’un lointain rapport avec l’impôt.

Malheureusement, cet amoncellement de nouvelles taxes ne disparaîtra pas le jour où le monde sera dépollué…

En l’occurrence, cette moralité consiste à punir le pollueur pour l’inciter à moins polluer.

Mais un impôt moralement acceptable n’est pas forcément le plus honnête.

Etablir un impôt pour des raisons autres que de finances publiques le rend hypocrite. Surtout lorsque l’Etat a cruellement besoin d’argent.

Or, ces impôts ne cessent de croître et même si la crise des gilets jaunes a montré que ce n’était pas sans heurts, ils sont en définitive acceptés au motif qu’ils participent à une grande cause : la défense de l’environnement. D’où finalement une efficacité d’autant plus redoutable que leur disparition pourtant programmée avec la décarbonation n’interviendra en réalité jamais, et ce au grand dam du citoyen qui restera la cible d’impôts qui, pour survivre, n’auront qu’à changer de nom au moment voulu.

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Force est de constater d’abord que du fait même de la mécanique générale de la production économique, la victime finale de la taxation est de toute manière le consommateur, c’est-à-dire le citoyen. Non seulement pour la fiscalité carbone qu’il paye à travers son litre d’essence, mais aussi pour toutes les autres taxes censées lutter contre les activités polluantes. Ainsi, que font les entreprises soumises à la taxe générale du même nom (TGAP sur les déchets, les émissions de substances polluantes, les préparations pour lessive ou les matériaux d’extraction) ? Elles font comme pour toutes les autres charges auxquelles elles sont exposées, elles en répercutent le prix sur leurs clients et en bout de chaîne sur le consommateur final.

Nous pouvons aussi prendre l’exemple de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. Celle-ci rapporte désormais 7 Mds€ aux collectivités locales (et quelques centaines de millions à l’Etat au titre des frais de recouvrement) et finance non seulement la collecte mais aussi le traitement et l’élimination des déchets. L’explosion de son coût pour les contribuables a une double origine : d’une part, des normes environnementales qui rendent le traitement des déchets de plus en plus coûteux et, d’autre part, les besoins des collectivités locales qui, tout comme l’Etat, sont sans cesse à la recherche de nouvelles recettes. Dès lors, la TEOM est marquée elle aussi du sceau des travers de la fiscalité environnementale : conséquence de normes écologiques toujours plus strictes et prétexte à de nouvelles recettes fiscales à la charge des ménages.

Et malheureusement, cet amoncellement de nouvelles taxes ne disparaîtra pas le jour où le monde sera dépollué.

Car la perversité de la fiscalité environnementale se trouve aussi, comme souvent, dans la sémantique. En effet, un glissement linguistique fait qu’une fois épuisé le motif généreux et presque nécessaire du combat contre la pollution, on en vient à parler non plus de la fiscalité environnementale mais de la fiscalité sur l’énergie, ou indifféremment des deux. D’un côté, cela rejoint l’idéologie écologiste d’une production d’énergie intrinsèquement perverse dès lors qu’elle dépasse le niveau vivrier de l’éolienne au-dessus de sa grange. De l’autre, cela témoigne de ce que l’on évoquait précédemment : en créant une dépendance à l’impôt, la fiscalité contre la pollution conduit inexorablement à taxer l’énergie elle-même, de peur de manquer de taxes le jour où cette énergie ne sera plus polluante (même si quelque chose nous dit qu’un jour ou l’autre une taxe devra bien financer le stockage ou le retraitement des piles au lithium, le démantèlement des éoliennes ou la décomposition des panneaux solaires…). Le changement de nom le plus symptomatique est d’ailleurs celui de la taxe la plus emblématique : la fameuse TIPP, taxe intérieure sur les produits pétroliers, devenue la TICPE, taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. Même si c’est toujours l’essence qui reste le combustible de l’impôt, c’est désormais l’énergie qui est taxée.

Si la médecine avait progressé au même rythme que l’impôt, il est probable que la monarchie aurait en son temps expliqué au peuple que la gabelle sur le sel visait avant tout sa santé, en n’étant rien d’autre qu’un moyen de lutte contre l’hypertension.

La dérive des continents

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Carte du monde de Gall-Peters, qui prend en compte les superficies réelles des continents. D.R.

Discussion de salon dans la cuisine. Des vieux, des jeunes, des entre les deux.

–  J’ai lu que, dans un cours de géographie de 4ème, un élève d’origine marocaine avait affirmé que le Maroc n’était pas en Afrique et qu’il n’avait jamais voulu en démordre.

–  Parce que dans sa tête, l’Afrique, c’est uniquement l’Afrique sub-saharienne. Il considère, et ça se défend, que « son monde », à savoir le Maghreb, n’en fait pas partie.

– Si un continent, c’est une grande étendue de terre entourée de mers et d’océans, il a tort. Mais, dans cette hypothèse, il faut que nous acceptions de jouer dans la même division que les Tchétchènes et les Chinois.

Et c’était parti !

Cinq, six, sept continents ?

Pour se mettre en jambe, petit débat sur le nombre de continents. Pour ma part, et je n’étais pas la seule, j’en étais (scolairement et comme dans la chanson de Joseph Lafitte) restée à cinq : l’Europe (en tête bien sûr), l’Afrique (avec le Maroc), l’Amérique, l’Asie et l’Océanie.

– Cinq oui, mais pas ceux-là : l’Afrique, l’Amérique, l’Antarctique, l’Océanie et l’Eurasie.

– N’importe quoi. Il y a à sept continents et en ordre de taille : l’Asie dans les quarante-quatre millions de km2, l’Afrique dans les trente, l’Amérique du Nord dans les vingt-cinq, l’Amérique du Sud dans les dix-huit, l’Antarctique dans les douze, l’Europe dans les dix et l’Océanie dans les neuf.

On a fini par se mettre à peu près d’accord… sur la nécessité de s’entendre préalablement sur « comment on compte ».

Des cartes qui mentent et rapetissent l’Afrique

Mais, l’affaire s’est ensuite sérieusement emballée quand on a comparé les tailles réelles des continents avec celles données par les cartes.

– Encore un coup du mâle blanc ! En vrai, l’Afrique est trois plus grande que l’Europe. Sur les cartes, on en est loin ! Et, sur les mêmes cartes, le Groenland a la même taille que l’Afrique alors qu’il est quatorze fois plus petit !

– En dehors de la responsabilité de qui vous savez, il y a quand même des explications historiques. La terre n’étant pas plate (enfin pas encore), la carte du monde que nous avons tous dans la tête est la projection du globe terrestre sur une surface plane via un cylindre. Cette représentation établie en 1569 par le Flamand Gérardus Mercador a été conçue pour la navigation. Elle a pour avantage de préserver les angles (c’est mieux pour les bateaux) et pour défaut d’augmenter les tailles en fonction des distances de l’équateur. Les pays et continents des zones tempérées et surtout polaires apparaissent donc plus grands et les pays les plus proches de l’équateur plus petits. Cette convention a toujours été plus ou moins unanimement admise.

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– Sans doute, mais rendre plus petit, c’est rendre moins important, que ce soit volontaire ou non. Et, comme par hasard, dans ce système, c’est l’Afrique qui est réduite à la portion congrue. Maintenant que la navigation n’est plus l’alpha et l’oméga et qu’on s’en fiche un peu de la conservation des angles, on pourrait peut-être se rapprocher de la réalité et adopter la projection de Gall-Peters qui permet de prendre en compte la superficie réelle des continents. Ce serait plus juste.

– Et donc changer toutes les cartes de représentation du monde ?

– Pourquoi pas ? Et, on pourrait en profiter pour définir des continents qui correspondent mieux à la réalité. Comme le Maghreb qui pourrait alors être un continent à part entière.

Et, finalement, le Maroc est en Afrique

Toutes ces considérations sont bien jolies. Mais, notre prof, il dit quoi à son élève ? Qu’il a bien raison de s’interroger. Qu’il n’est pas vraiment Africain. Que ça dépend.  Qu’il aura peut-être raison demain. Il le félicite ?

– Mais, ça ne va pas. Il lui dit que le Maroc est en Afrique ; que ça va comme ça et qu’il n’a qu’à regarder la carte… de Mercator.  

– Allons bon ! Pas de discussion, pas de remise en question de la doxa, pas de déconstruction.

– Certainement pas. Avant de désapprendre, il faut apprendre.

Longs soupirs.

– Eh oui, c’est comme le reste, c’est pas faux !