Accueil Site Page 654

Abaya: culturel ou cultuel, on l’a dans le luc!

Avec un petit mot de trois syllabes, Gabriel Attal a occulté tout ce qui, dans l’École, pose problème. Il a aussi fragmenté l’opposition, marqué sa différence avec son prédécesseur, et s’est imposé comme champion de la laïcité pure et dure. Et si l’abaya était le petit doigt qui cache la forêt, se demande notre chroniqueur ?


A-ba-ya : sans doute les petites musulmanes qui s’enveloppent de sacs-poubelles ont-elles ainsi appris à déchiffrer le français en invertissant les syllabes du traditionnel b-a-ba. Parce qu’il s’agit bien d’une perversion de la culture française. Et même pire : il s’agit d’un déni de l’essence française.

Boucliers à fondamentalistes ou ados en crise ?

Que ce tissu informe soit cultuel ou culturel m’importe peu. Il y a longtemps que les musulmans jouent de l’ambiguïté, sous prétexte que les mosquées abritent aussi une bibliothèque — ce qui leur permet de déclarer comme « associations régies par la loi de 1901 » des groupes parfaitement sectaires. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il s’agit d’un vêtement communautariste importé d’un Moyen-Orient où le statut de la femme sort rarement du caniveau. Que des féministes ou des LFIstes défendent le voile et l’abaya donne une idée du mépris de la femme qu’ils développent inconsciemment. Sous prétexte de draguer les « nouveaux prolétaires », comme disait Terra Nova, quitte à sacrifier sur l’autel des ambitions électorales le prolétariat français, une certaine gauche française est prête à justifier les pires dérives religieuses. Qu’en aurait pensé Karl Marx, camarades ? Vous vous asseyez sur l’aliénation de donzelles prêtes à servir de bouclier à des fondamentalistes : ce n’est pas joli-joli.

A lire aussi, Noah Sdiri: Quand les progressistes creusent leur propre tombe

D’autant que certains musulmans ont le courage de dire la vérité. « Faire de l’abaya un simple « vêtement de mode » ou le mettre sur le compte d’une simple crise d’adolescence est nier par pur clientélisme qu’elle manifeste l’adhésion à un islam politique qui poursuit un projet politique dont l’invisibilité de la femme fait partie. Le nier est a minima de l’ignorance, au pire de la désinformation et de la manipulation. Au détriment des jeunes femmes françaises musulmanes. Il s’agit là tout simplement d’une stratégie entriste pensée par les Radicaux pour leur projet politique. » Ainsi s’exprime l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, sur Twitter. Evidemment, les intégristes algériens l’ont immédiatement fustigé — preuve s’il en fallait que c’est bien d’une guerre que l’on parle.

Relisez la Constitution !

Le fait est que l’abaya (ou le voile, ou la qami, ou les babouches portées avec des chaussettes — une mode immonde qui fait fureur —, ou n’importe laquelle des défroques que des influenceuses subventionnées par des petits malins vantent sur les réseaux sociaux) est un vêtement communautariste. Et c’est sur ce point qu’il faut fonder son interdiction, non seulement à l’Ecole, mais dans tout l’espace public.

« La République est une et indivisible, laïque, démocratique et sociale » : c’est le premier article de la Constitution. Tout ce qui contrevient à cette unité est hors la loi. Communautariste, dans le langage révolutionnaire qu’affectionne Mélenchon, se dit « factieux ». Le Lider Maximo de la Canebière se rappelle-t-il ce que l’on faisait aux « factieux » sous la Convention ? On les divisait en deux parties inégales. Les factieux tombaient dans le panier de la bascule à Charlot.

D’autant que les gamines décervelées qui portent ces sacs sont françaises, et ne peuvent ignorer la loi française. Les extrémistes, tout comme les racailles qui dévastent régulièrement nos cités, sont français. Il faut leur appliquer la loi d’une nation « une et indivisible ».

Et de culture, il ne peut n’y en avoir qu’une, celle du pays et de la classe qui le dirige. Il n’y a pas de « culture jeune », ni de « culture musulmane » — pas en France en tout cas.

Qu’est-ce qu’un factieux ? C’est un individu qui cherche à fractionner la république. Les communautaristes ont la même ambition : créer des bantoustans islamiques, comme en Angleterre, et un jour (le Temps n’existe pas, pour une religion qui vénère un dieu incréé), réunifier le pays sous la bannière verte d’un islam unifié.

Puis régler les comptes.

Les ennemis ne respectent que la force

Ce n’est pas être islamophobe que d’écrire cela : c’est un fait. Une minorité d’activistes cherche à éparpiller la république façon puzzle. Le problème est que les musulmans qui n’adhèrent pas à cette volonté de conquête se taisent, dans leur immense majorité. Parce que c’est la peur qui est le principal levier de ces conquérants.
Eh bien, il faut que la peur change de camp. Nous n’avons pas à respecter qui veut notre disparition. Interdire l’abaya est un tout premier pas. Faire respecter par le dialogue cette interdiction sera problématique. Il faudra sans doute la faire respecter par la force — d’autant que les ennemis ne respectent en fait que la force. Poutine l’a expliqué en détail aux Tchétchènes, Xi Jinping l’explique aux minorités musulmanes chinoises.

A lire aussi, du même auteur: Enseigner l’Histoire: l’exemple chinois

Aucun Juif n’a protesté en 2004 contre l’interdiction de porter une kippa en classe. C’est que les Juifs ont toujours cherché à s’intégrer, en France, comme l’a magnifiquement raconté Pierre Birbaum en 2013 dans La République et le cochon. Mais les musulmans intégristes ne veulent surtout ni s’intégrer, ni s’assimiler. Les pédagogues qui s’insurgent contre l’enseignement d’une Histoire de France qui aurait ces objectifs sont tout bonnement des traîtres à la patrie.

J’ai par ailleurs expliqué dans une tribune du Figaro que l’interdiction de l’abaya était un joli coup de Gabriel Attal. Mais il reste bien des chantiers, autrement importants, dans l’Education nationale — entre autres réinventer l’enseignement de l’Histoire de façon à faire des Français, et pas une mosaïque d’opinions divergentes. Je doute que le nouveau ministre, qui lorgne vers la mairie de Paris, ait le temps ou l’ambition de s’y consacrer. Ce n’est pas de réformettes que ce pays a besoin : il faut renverser la table.

La République et le Cochon

Price: ---

0 used & new available from

Embobinage sur mesure!

À partir d’octobre, le nouveau bonus réparation textile va prendre la forme d’une remise sur la facture lorsque le consommateur choisira de faire réparer un vêtement ou une paire de chaussures abimés. Mais qui va rapiécer les dépenses publiques ? se lamente notre chroniqueuse.


Jugez un peu le texte qui suit, promulgué officiellement par le gouvernement à l’initiative de Bérengère Couillard, notre Secrétaire d’Etat au tricot chargé de l’écologie. Son objet : le bonus versé aux Français pour donner une seconde vie à leurs vêtements et chaussures. Voici le contenu intégral …

 « Prévu par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire du 10 février 2020, dite loi Agec, ce bonus s’inscrit dans une vaste réforme de la filière textile. Tous les vêtements et chaussures (excepté les sous-vêtements et le linge de maison dans un premier temps), seront éligibles au bonus réparation. Il devra s’agir de réparation et non de retouches.

Pour bénéficier du bonus de l’État, il faudra se rendre chez les couturiers et cordonniers ayant demandés à être labellisés par l’éco-organisme Refashion. La remise sera directement appliquée sur la facture de la réparation.  Les réparateurs labélisés déclarent, sur la plateforme, au fil du mois, les factures des réparations éligibles. Au 30 de chaque mois, la plateforme de déclaration déclenche de manière automatique l’ordre de virement pour toutes les factures que le réparateur aura renseignées sur le mois. Le montant de la prise en charge est compris entre 6 et 25 € en fonction de la réparation.

Depuis juin 2023 : ouverture de la labélisation. (La labélisation est gratuite.)

À partir d’octobre 2023 : Connection à la plateforme Refashion pour déclarer le bonus réparation après validation du dossier. 

Toutes les entreprises proposant un service de réparation de textile et/ou de chaussures peuvent se faire labelliser. Pour l’heure, elles sont 250 à avoir déposé un dossier. Le gouvernement vise un objectif de 500 artisans, réseaux de franchisés ou assimilés, réparateurs à domicile, acteurs digitaux et ateliers de réparation des marques labellisés d’ici la mi-octobre pour mettre en place le bonus. Le bonus réparation du secteur textile sera financé par un fonds doté de 154 millions d’euros sur la période 2023-2028, a indiqué la secrétaire d’État pour accroître de 35% le nombre de produits textiles et chaussures réparés. La réforme s’appuie notamment sur le milliard d’euros d’éco contributions des producteurs, importateurs et distributeurs qui devraient être dégagé sur la période 2023-2028 en vertu du principe du « pollueur-payeur ».

Les questions de Sophie de Menthon

Cela mérite bien quelques commentaires cousus de fil blanc :

D’abord, la dénomination « Refashion » : bravo pour l’anglicisme, ni français ni anglais, juste un barbarisme. Qu’est-ce que la refashion ? il faudra penser à le demander à la Ministre de la Transition Écologique.

Un peu d’économie basique : le secteur du prêt-à-porter va mal, et justement pour y remédier, on dissuade les gens d’acheter, un peu sur le principe de la décroissance ? Sachant que les enseignes suivantes viennent de déposer le bilan : Tati, Camaïeu, Pinkie, Kookai, San Marina – et qu’on apprend maintenant que Naf Naf est en liquidation judiciaire… Ceux qui restent vont peut-être être subventionnés pour compenser l’incitation à ne pas acheter dans leurs boutiques, mais à raccommoder les vieux vêtements ? Ne serait-ce pas une injonction contradictoire ou une politique de Gribouille…

La démarche administrative est kafkaïenne, comme d’habitude. Quel est le coût des fonctionnaires dédiés ? des recherches, des agréments… et des contrôleurs ? La DGCCRF a-t-elle prévu d’ouvrir un département lié au contrôle de conformité entre la réparation et la retouche ? Faudra-t-il attendre une éventuelle décision du conseil d’État pour qu’une jurisprudence précise la différence entre une réparation et une retouche ? Nous notons une discrimination des sous-vêtements « pour l’instant »… Sachant que la mode incite à porter les soutiens-gorge par-dessus le vêtement ! alors ? Et qui va juger de la nature de ce qu’est un sous-vêtement ? Et un Damart ? Quant au linge de maison ? Pourquoi donc votre couette déchirée est-elle exclue ? Il est également question de ressemelage : mais 90% des jeunes portent des « sneakers » (donc non re-semellables !)

Mettons ChatGPT à l’ouvrage !

Dans cette histoire, il y en a toutefois certains qui se frottent déjà les mains. Ce sont les 250 réparateurs qui ont déposé un dossier. En plus, cette loi anti-gaspi leur permettra vraisemblablement d’augmenter leurs prix, puisque le client paiera moins cher ! On vise aussi des « acteurs digitaux »… et là je donne ma langue à la couturière ou à Chat GPT? On nous explique, enfin, que c’est « en vertu du principe pollueur payeur » que l’on met tout cela en place: voilà qui va réjouir Sandrine Rousseau qui ne s’est malheureusement pas exprimée sur le sujet, alors que c’est toujours réjouissant de l’entendre. C’est son mari déconstruit qui tente de raccommoder les morceaux peut-être ?  

Résumons :

1) Quand je fais un accroc, je pollue parce que je peux envisager de ne plus porter mon vêtement et d’en acheter un autre… mais, avant de le jeter, pourtant, j’avais pensé à le réparer moi-même sans me faire rembourser…   

2) Donc, désormais, il ne nous faut plus rien recoudre soi-même. Plus de travaux d’aiguilles – l’État préfère payer et libérer la femme ! mais la femme au foyer, peut-elle se faire labéliser ? Ou l’homme, pardon…

3) À quoi rime un « objectif de 35% de produits réparés », et lesquels ? Si j’achète un jeans troué à la mode, puis-je déduire la réparation, et je refais le trou après ?

Je cherche encore de quelle éco contribution on nous parle pour les « producteurs, importateurs et distributeurs » évoqués dans ce texte ineffable ? En revanche, évidemment, rien n’est dit sur qui va rapiécer les dépenses publiques…

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

Price: ---

0 used & new available from

Je refuse qu’on découpe la France en tranches électorales

0

Rien ne m’apparaît plus contraire à la grandeur de notre pays, que ce soit dans la pratique du pouvoir ou dans la volonté de le conquérir, que ce morcellement auquel on consent d’autant plus volontiers que tout démontre qu’on est incapable de proposer une plénitude à la France


Pour refuser cette France en tranches électorales, il n’est pas nécessaire d’être nostalgique d’un de Gaulle qui affirmait la primauté de l’unité de notre pays sur la droite et la gauche. Il n’est pas nécessaire non plus de s’indigner d’un prétendu dépassement de la droite et de la gauche en 2017, qui a abouti, au fil des années, à une France de plus en plus éclatée, aux antipodes du rassemblement initialement promis. On a le droit, simple citoyen épris de la chose politique, de dénoncer des stratégies présidentielles qui, au lieu d’appréhender notre pays comme une communauté à l’égard de laquelle la pensée et les projets doivent être globaux, se flattent de le courtiser de manière parcellaire, catégorie par catégorie, une part des citoyens ici, une autre là, comme s’il était un immense gâteau qui, découpé, offrirait à chaque candidat sa chance, son pré carré.

Darmanin et Ruffin à l’assaut du vote populaire

Je ne crois pas exagérer mon propos puisque, au cours de ces derniers mois, on insiste sur ce que Le Monde résume justement par ce titre : « De Darmanin à Ruffin, l’appel du pied aux classes populaires« . Celles-ci, dans leur définition sociologique et économique, représentent 22 % de l’électorat. On peut remplacer « populaire » par « social ». L’idée est la même. Il faut réduire l’influence du RN sur ces Français pour lesquels la fin du mois est de plus en plus un problème, qui se voient dépouillés des services publics essentiels, abandonnés et pourtant moqués pour leur révolte qui serait populiste, voire fasciste, en tout cas toujours « nauséabonde ». L’objectif est de les faire revenir dans la case démocratique acceptable.

Rien ne m’apparaît plus contraire à la grandeur de notre pays, que ce soit dans la pratique du pouvoir ou dans la volonté de le conquérir, que ce morcellement auquel on consent d’autant plus volontiers que tout démontre qu’on est incapable de proposer une plénitude à la France. Non par défaut d’intelligence mais à cause de cette prétendue fatalité de la politique, qui contraindrait à raisonner pour partie (ou parti ?) au lieu d’assumer le tout.

A lire aussi: Rentrée littéraire: vous ne passerez pas à côté de Sarkozy!

Je perçois l’extrême difficulté des idéologies extrêmes à se départir d’une vision qui les incite à cliver, à distinguer, à ostraciser. Prenons par exemple la situation du parti communiste : la chaleureuse personnalité de Fabien Roussel ne fait pas oublier que dans son programme, même avec une lutte des classes attiédie, les patrons, les possédants, sont obsessionnellement ciblés, comme s’ils étaient presque coupables d’exister, selon une veine communiste encore plus révolutionnaire que réformiste.

LFI permet, sur le mode vindicatif, une illustration encore plus éclairante pour certaines de ses exclusions radicales.

Triste habitude

La campagne pour 2027, telle qu’elle se présente déjà, ne dérogera pas à la triste habitude de sectoriser ce qui devrait être généralisé, de s’acharner à cultiver sa clientèle de prédilection, de remplacer, en quelque sorte, la cause de la France par celle de son ambition réduite à son expression la plus pragmatique. Si je me trompe, égaré par un pessimisme excessif, j’en serai le premier satisfait.

Qu’on se penche sur le passé ou qu’on se fonde sur les attentes populaires, il est cependant clair que la société française n’a été véritablement convaincue par une campagne présidentielle (avec un taux de participation de 80%) qu’en 2007 quand Nicolas Sarkozy lui a présenté son projet. L’universel enrichissait les mesures particulières. Le candidat avait su concilier le meilleur de la droite et de la gauche, dans un mouvement qui, sortant de l’épicerie partisane, laissait espérer de l’élan, de l’épique.

Pour l’avenir, si les Français plébiscitent le référendum, ce n’est pas seulement parce qu’ils éprouveraient une fringale démocratique, c’est plutôt que ce mode de participation du peuple à son destin susciterait un souffle collectif que la vie politicienne aurait été inapte à provoquer. On admire trop volontiers certains comportements anciens. On ne s’en sert pas comme exemples, tels des modèles à imiter mais comme un idéal impossible à atteindre. Charles de Gaulle est devenue la consolation nostalgique d’une France instrumentalisée en tranches électorales. Le citoyen n’est pas à la disposition des politiques, une multitude à instrumentaliser, mais ils se doivent de le servir.

Libres propos d'un inclassable

Price: ---

0 used & new available from

Service à l’italienne

0

Quand un pays ressemble encore à l’image que l’on se fait de lui…


Il est bon parfois de communier avec ses icônes. De retrouver dans la chaleur romaine d’une fin d’été, les bases solides d’un pays qui ne trahit pas totalement ses mythes et ses traditions. Qui n’a pas versé abusivement dans une automatisation et une uniformisation à outrance. Qui conserve un sens du service développé et une forme d’humanité rieuse, taquine, à la limite du persiflage, qui rend les rapports moins électriques et surtout moins conflictuels. Et pourtant, qu’il est difficile, voire impossible de résister au rouleau compresseur de la ville occidentale calibrée, indifférenciée, numérisée, à la fois quelconque et anxiogène, où toutes les boutiques se ressemblent et où les aliments ont le même goût lyophilisé. En dépassant les Alpes, le Français habitué à un abaissement généralisé de son niveau de vie, qui doit faire face à un délitement intellectuel et commercial conjugué, se surprend à observer chez ses voisins, des gestes du quotidien disparus depuis des lustres. Des habitudes de consommation qui pour des élites déconstruites sembleraient insignifiantes, mais qui pour un simple citoyen revêtent une portée extraordinaire. C’est à l’aune de ces « minuscules » attentions que l’on prend notre déclassement en pleine poire. Il y a encore en Italie, des barrières contre la déshumanisation galopante, des prestations dignes des années 1950 qui éblouissent par leur simplicité biblique. Il ne s’agit pas ici d’une étude approfondie, sociologique, à vocation universitaire, simplement le constat banal d’une réalité qui fait mal. Les exemples sont à portée de main, pullulent à chaque coin de rue, et l’on se rend compte que nous autres Français, avons perdu la bataille du savoir-faire et du savoir-être depuis trente ans, que notre réputation de gastronome et d’élégant, de filières d’excellence et de traçabilité sécuritaire reposent sur un mensonge. Aurions-nous été mystifiés ? Le « Made in France » fait sourire de rage lorsqu’on le compare au « Made in Italy », à sa puissance économique, à sa diversité locale et à son enracinement. Promenez-vous dans les couloirs de Fiumicino et ceux d’Orly, et vous constaterez, à l’heure du déjeuner, un décalage de civilisation. Partout à l’aéroport de Rome, vous pouvez manger de la « vraie » nourriture, préparée sous vos yeux ; des pâtes, des pizzas, des salades et non pas d’insanes sandwichs ou des produits empaquetés, conditionnés et servis avec une évidente mauvaise volonté ; un affront à notre héritage boulanger et pâtissier. Nous vivons au royaume des hypermarchés et de la standardisation, des ronds-points et des éoliennes, des interdictions et d’une littérature en poudre. Tout semble si fade, si fat dans notre hexagone après un séjour passé en Italie. Nous sommes embourbés dans d’asphyxiantes directives administratives et soumis aux lobbys gloutons. En France, nous avons certes de grands chefs et nous mangeons collectivement, majoritairement de la nourriture industrielle, réchauffée et préparée en laboratoire. Il serait discourtois d’oser mettre sur le même plan de très nombreuses brasseries parisiennes et les trattorias romaines. Déguster des rigatoni all’amatriciana ou des tonnarelli cacio e pepe, des plats classiques du répertoire, nécessitant que peu d’ingrédients et une rudimentaire bassine d’eau chaude relèverait d’un défi insurmontable à Paris où un céleri rémoulade de bonne facture devient un « petit luxe ». En résumé, pour quelques euros, il est possible de s’offrir une nourriture réelle, non déconnectée du vivant. À force de vouloir notre bien, notre santé, notre servilité, nous avons oublié le sens du bon et du beau, du fait-maison et du partage.

A lire aussi, du même auteur: Une soirée d’été avec Pino d’Angio

Nous sommes penauds et un peu désemparés de la persistance d’un pompiste (un humain donc) qui vous sert de l’essence, une incongruité énorme, une aberration quasi-historique. En Italie, le self-service n’a pas gangréné les mœurs. On peut se demander jusqu’à quand les digues feront office de rempart culturel. Étrange expérience également pour un Parisien d’aller à la Poste centrale de Rome. Point de machines à affranchir soi-même, mais bel et bien un guichetier à l’ancienne, derrière un comptoir qui prend soin de coller lui-même des timbres (de collection) sur vos cartes postales. Vous croyez rêver. Vous vous demandez combien pourrait vous coûter une telle délicatesse en France. De toute évidence, un pays où un taxi vous ramène à 150 km/h sur l’autoroute a toute mon affection, mon indulgence et ma partialité. Un pays où Adriano Panatta commente le foot à la télé me ravit. En rentrant en France, on peut se consoler en allant voir le film « Seconde jeunesse » avec Stefania Sandrelli encore à l’affiche dans quelques salles et puis écouter les standards de Toto Cutugno.

Monsieur Nostalgie

Price: ---

0 used & new available from

Biden-Djokovic, l’étrange match de l’humanité

Après deux ans d’absence, Novak Djokovic, le « non vacciné » le plus célèbre au monde est de retour sur le sol américain. Sa réapparition suscite un immense intérêt du public, avec des files d’attente interminables pour voir ses entraînements, ou encore la présence de Barack Obama dans le public lors de son premier match de l’US Open. Un incroyable parcours.


En mars dernier, le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a adressé un courrier au président des États-Unis, Joe Biden, pour lui demander d’autoriser l’entrée dans leur pays… d’un citoyen serbe. À l’époque, Washington n’avait pas encore levé les restrictions liées au Covid-19 pour les étrangers non-vaccinés, ce qui était le cas de l’homme en question. Au premier regard, la demande parait totalement absurde quand on connaît l’importance des dossiers du locataire de la Maison Blanche, mais c’est sans savoir que le citoyen serbe en question s’appelait Novak Djokovic, le champion de tennis dont les performances sportives ainsi que les actualités au-delà du simple cadre tennistique ont hissé au rang des personnalités les plus connues de la planète. Quelques semaines avant la lettre de DeSantis, Djokovic a ému le monde, et ce, bien au-delà du simple cercle des amateurs de tennis, en remportant à Melbourne son dixième tournoi d’Open d’Australie (et son 22e titre de Grand Chelem), égalant le record de son rival de toujours, Rafael Nadal. Cette victoire, malgré sa valeur sportive extraordinaire, fut davantage une démonstration de force mentale qu’aucun athlète, probablement, n’a pu manifester avant lui. Car un an auparavant, à l’occasion du tournoi de l’Open d’Australie, le Serbe s’était vu d’abord refuser l’entrée au pays, ensuite contraint de squatter dans un centre de rétention pour immigrés et, finalement expulsé du territoire australien. Et cela à cause de son choix de ne pas se faire vacciner contre le coronavirus. Le procès collé au numéro un mondial a été purement politique. Novak Djokovic est devenu, malgré lui, la proie parfaite pour les élites au pouvoir veillant sur notre santé et qui ont voulu, à travers lui, punir sur la scène planétaire tous les « anti-vax ». Parmi ces derniers se trouvaient, il est vrai, les complotistes adhérant à des théories farfelues, mais aussi des millions d’individus adultes responsables (dont le natif de Belgrade) qui revendiquaient le droit de décider de leur propre chef de se faire injecter ou pas les substances chimiques du vaccin dans le corps.

Que cet acharnement (qui a obligé le gouvernement du Premier ministre australien de l’époque, Scott Morrison, à annuler la décision du tribunal de Melbourne favorable au Serbe) soit tombé sur Djokovic fut particulièrement frappant. Depuis son apparition sur le circuit professionnel, le tennisman s’est distingué par ses recherches approfondies du « pouvoir extraordinaire » du corps et de l’esprit humain.  Son régime anti-gluten aurait aidé des milliers de personnes partout dans le monde, sportifs ou pas à se débarrasser de problèmes de santé. Son hygiène de vie, son appétence pour les neurosciences ou encore les pratiques de la méditation ont révélé un athlète qui ne se contente pas d’être là pour ravir les sponsors et les médias et faire grossir son compte en banque. Djokovic a endossé le costume de champion – pionnier, celui qui amène les performances à un niveau jamais connu, comme le firent avant lui Nadia Comaneci, Michael Jordan ou plus récemment Usain Bolt.

Lettre morte

Le président Biden n’a pas donné de suite favorable à la lettre de DeSantis. Rien de surprenant si on se souvient de sa position très ferme sur les mesures anti-Covid. Lorsqu’il n’était encore que candidat, Joe Biden a été critiqué pour avoir porté un masque, tout au long de sa campagne de 2020, et pour l’organisation de ses rares meetings électoraux principalement en mode drive-in sur des parkings… Il n’est pas certain, par ailleurs, que le nom du tennisman lui dise forcément grand-chose. Djokovic, lui, est sans doute mieux renseigné sur l’homme politique américain et pour cause… Il y a presque 25 ans, Joe Biden, alors membre du comité aux affaires étrangères au Sénat, a été un fervent partisan des bombardements de Belgrade par les pilotes américains, voyant dans cette approche l’unique possibilité de garantir la sécurité de l’Amérique et de l’Europe démocratique. Dans ses interviews, Djokovic a souvent raconté à quel point les bombardements de 1999 par les troupes d’Otan, pendant 78 jours, avaient traumatisé son enfance, l’avaient rendu ultra-sensible aux bruits soudains et l’ont fait détester les guerres. Dans son autobiographie « Service gagnant », sortie en 2013, il raconte comment il cherchait à protéger ses deux petits frères à Belgrade dans un appartement plongé dans le noir, âgé de 11 ans, après la première explosion et alors que son père secourait sa mère qui avait perdu connaissance en se cognant contre le radiateur.

Plus de deux décennies plus tard, quand la Russie a brutalement envahi l’Ukraine et alors que les stars sportives, dont Federer et Nadal, évitaient de s’exprimer au sujet épineux de la guerre, Djokovic s’est empressé d’envoyer un texto au tennisman ukrainien Serhiy Stakhovsky: « Je pense à toi… Si tu as besoin d’aide financière ou autre donne-moi l’adresse ». Le texto était personnel, mais Stakhovsky, très ému, a demandé l’autorisation du Belgradois de le rendre public, afin de montrer à ses compatriotes le soutien apporté par un célèbre champion. Et dire que l’échange s’est produit quelques semaines à peine après la mésaventure australienne du Serbe, et alors qu’il avait toutes les raisons de détester le monde et d’en vouloir à sa profession pour son manque de soutien ! Djokovic, comme à son habitude, ne s’est pas caché, il a fait parler son grand cœur slave, bien que la Serbie maintienne des liens d’amitié avec la Russie et que lui-même n’ait jamais cherché à dissimuler son patriotisme et notamment sa position sur le Kosovo, la terre natale de son père. On se souvient des mots qu’il a écrits sur la caméra de France Télévisions lors du dernier Roland Garros, en assumant une possible sanction pour son geste : « Le Kosovo est le cœur de la Serbie ! Arrêtez la violence ».

Deux vétérans

Joe Biden et Novak Djokovic ne se sont jamais rencontrés ; ils appartiennent à deux générations différentes, mais l’ironie de l’histoire moderne a bien voulu croiser leurs destins et faire d’eux les incarnations les plus abouties, probablement, de notre époque. L’un représente le pouvoir absolu, porté par les puissantes institutions de son pays si riche de talents et d’entrepreneurs et qui, face aux gesticulations impérialistes de Vladimir Poutine et les ambitions géopolitiques de Xi Jinping, est bien décidé à recycler la mécanique la plus redoutable de la guerre froide du siècle passé, dans un monde qui a pourtant changé d’ère et d’idéologies. Qui, et quelle incroyable coïncidence, a bien insisté auprès du même Premier ministre australien Morrison (qui avait expulsé Djokovic), pour faire annuler en septembre 2021 le contrat à 56 milliards d’euros avec la France pour 12 sous-marins.

Face au vétéran de la politique au sourire difficilement lisible, il y a un autre vétéran, celui du tennis, surgi d’un pays en ruines, arrivé au sommet de son art malgré les incalculables obstacles sportifs et extra-sportifs, qui n’a jamais arrêté d’innover, de chercher la voie qui ferait de lui un meilleur homme et un meilleur athlète. Il y a quelques jours, en vue de la saison tennistique nord-américaine, Djokovic a enfin débarqué aux États-Unis, après deux ans d’absence. « Je n’ai aucun regret » a-t-il crânement déclaré aux journalistes au sujet de cette pause forcée. Il ne sera jamais aimé de tous, comme toute personne qui explore de nouveaux chemins. Mais le Serbe a déjà gagné l’immense considération des amateurs de sport du monde entier qui suivent son parcours. Le président de la plus grande puissance militaire, de son côté, continue de nous préparer à affronter le pire…

Sylvia Plath: le mal de vivre comme œuvre d’art

0

Denoël publie une nouvelle édition du roman culte La Cloche de détresse de Sylvia Plath, dont la traduction a été révisée, avec une préface plutôt intéressante de Jakuta Alikavazovic.


La grande poétesse américaine Sylvia Plath (1932-1963) n’a écrit qu’un seul roman, mais il brille comme un diamant noir dans l’horizon perdu de sa nuit. La Cloche de détresse a été publié deux mois avant son suicide, à l’âge de trente ans. Elle y relate ses années étudiantes, contrariées par une crise dépressive très grave, qui l’obligea à poursuivre une thérapie dans divers hôpitaux et cliniques. Les psychiatres lui administrèrent des électrochocs qui la terrorisaient. Sylvia Plath raconte en détail ce périple de la douleur mentale, dominée par l’obsession du suicide, dont elle ne cache rien dans son roman. Elle fit plusieurs tentatives, dont une vraiment sérieuse. Elle eut la chance d’en réchapper cette fois-là, mais ce ne fut qu’un sursis bien fragile et incertain.

Des signes avant-coureurs

La Cloche de détresse commence au début des années 50. Sylvia Plath, brillante élève, douée pour les lettres, obtient une bourse pour aller étudier à New York. Dans un premier temps, tout se passe à peu près bien, malgré certains signes avant-coureurs qu’elle note avec précision. Ainsi, elle écrit : « je me sentais très calme, très vide, comme doit se sentir l’œil d’une tornade qui se déplace tristement au milieu du chaos généralisé ». Ces descriptions psychologiques créent, sous la plume de Sylvia Plath, une atmosphère d’étrangeté, d’autant plus qu’elle n’essaie jamais de se masquer le mal dont elle souffre. Cela concerne aussi bien les petites choses, comme ce qu’elle commande quand elle est dans un café : « Je rêvais de commander quelque chose un jour et de découvrir que c’était délicieux. » Mais cela concerne souvent des émotions plus critiques, que Sylvia Plath nous fait ressentir par des notations sibyllines : « Le miroir au-dessus de mon bureau me paraissait légèrement déformant et beaucoup trop argenté. Je m’y voyais comme dans une boule d’amalgame dentaire. » La formulation doit beaucoup à la poésie.

A lire aussi: « Psychopompe », une potion magique d’espérance

À la fin de l’année universitaire, elle rentre chez elle, ne sachant pas ce qu’elle veut faire de sa vie. Elle tente de terminer la lecture de Finnegans Wake de James Joyce, mais n’arrive plus à se concentrer. Une séance de cinéma avec des amis la rend « toute chose ». Sa mère n’arrête pas de lui seriner qu’un diplôme de lettres ne mène à rien, et qu’il faut qu’elle apprenne la dactylo pour devenir secrétaire. Elle se pose par ailleurs beaucoup de questions sur l’amour et la sexualité. « Quand j’avais dix-neuf ans, écrit-elle par exemple, la question de la virginité était capitale. » Sylvia Plath décide qu’elle ne se mariera pas, ce qui ne l’empêche pas de désirer tomber amoureuse d’un garçon.

Introspection psychologique

Son état empire et la pousse à l’introspection. Le matin, elle se réveille aux sons de marches militaires. L’exécution des époux Rosenberg la sidère et l’obsède. Elle assiste à une représentation théâtrale « où l’héroïne était possédée par un dibbouk ». Du coup, quand elle écoute son amie Hilda parler, elle a l’impression d’entendre le dibbouk. Tous ces éléments accumulés sont perçus par Sylvia Plath de manière très angoissante, à tel point qu’elle en arrive à cette conclusion générale : « je sombrais dans la mélancolie ». Souffrant d’une insomnie chronique, elle note, dans une formule très impressionnante : « Je voyais les jours de l’année s’étaler devant moi comme une succession de boîtes blanches et étincelantes, et, entre chaque boîte, il y avait le sommeil, semblable à un voile noir. » On sent ici également, dans cette prose implacable, toute l’expérience littéraire de Sylvia Plath, auteur de multiples recueils de poésie. Son élaboration des symptômes de sa psychose est d’une stupéfiante lucidité, et la preuve d’une très grande intelligence.

Une « Montagne magique » impitoyable

Sylvia Plath, en écrivant La Cloche de détresse, a eu le courage des grands auteurs, qui ne laissent dans l’ombre aucun détail caractéristique, fût-il honteux ou dépréciatif pour eux. Au contraire, elle dit tout, jusqu’à ce que le livre fasse sens. D’où des scènes remarquables, racontées avec une espèce de froideur, comme sa visite sur la tombe de son père sous une pluie battante, où elle semble si fragile. Elle utilise aussi l’ironie, tentative pour mieux mettre en perspective ce passé récent très douloureux – qui finira d’ailleurs par la rattraper.

A lire aussi: Dégoût et des douleurs

La Cloche de détresse est à placer dans la même catégorie de romans que La Montagne magique de Thomas Mann, ou encore certains écrits autobiographiques de Thomas Bernhard ou de Fritz Zorn. Chez Sylvia Plath, cela se passe dans des asiles d’aliénés, et l’impression de révolte en est d’autant plus aiguë et touchante. Quand elle en sort, après des mois de claustration, elle évoque une « renaissance ». Aura-t-elle ressenti une même sensation de délivrance, dix ans plus tard, après avoir achevé ce roman impitoyable dans lequel elle déverse le trop-plein de son cœur ? Cela n’empêcha pas Sylvia Plath, en tout cas, juste après la parution de La Cloche de détresse, d’ouvrir le gaz…

Sylvia Plath, La Cloche de détresse. Préface de Jakuta Alikavazovic. Traduction de l’anglais révisée par Caroline Bouet. Éd. Denoël.

La Cloche de détresse

Price: ---

0 used & new available from

Algérie: en eaux troubles…

0

Décès de deux Franco-Marocains, tués par des gardes-côtes au large de l’Algérie: vers une affaire diplomatique?


Mardi 29 août, quatre hommes binationaux franco-marocains partis faire une balade en scooter des mers sur les rives de la mer Méditerranée s’égaraient au large de Saïdïa, station balnéaire marocaine frontalière de l’Algérie. Deux d’entre eux n’en reviendront pas. Pour l’heure, le Quai d’Orsay a confirmé l’un de ces deux décès, le deuxième jeune homme étant présumé mort et son corps disparu en mer. Un troisième homme, lui aussi binational, serait actuellement détenu par la police algérienne. Quant au dernier jeune homme, il a pu revenir à bon port et raconter les évènements.

De son nom Mohamed Qissi, il a répondu au média marocain Al-Omk : « Nous avons su que nous étions en Algérie, car un zodiac noir algérien est venu vers nous, il a commencé à zigzaguer comme s’il voulait nous renverser. Ils ont tiré sur nous. Dieu merci, je n’ai pas été touché, mais mon frère et mon ami, ils les ont tués. Ils ont arrêté mon autre ami. Ils ont bien vu qu’on était désarmés, mon petit frère a échangé avec eux et pourtant ils ont tiré ». L’homme affirme avoir réussi à s’enfuir. Son véhicule étant tombé en panne d’essence, il a dû le tracter à la nage avant d’être récupéré par la gendarmerie marocaine prévenue par les familles des disparus.

Cette histoire choquante n’en est probablement encore qu’à ses prolégomènes, les enquêtes policières de trois États différents s’entrechoquant dans un contexte diplomatique par ailleurs tendu ces derniers mois. Il s’agit d’un nouvel épisode déplorable et dramatique d’une forme de guerre froide à bas bruit entre le Maroc et l’Algérie. Le roi Mohamed VI a pourtant appelé de son côté à un apaisement et un « retour à la normale » malgré la rupture des relations diplomatiques lors de son discours de la fête du trône. Quant à la France, elle se retrouve aussi embarquée dans cette triste affaire, les victimes étant ses ressortissants.

Le ministère des Affaires étrangères ne s’est pas encore exprimé sur le fond de l’affaire, se contentant d’une sobre déclaration. «Le centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et nos ambassades au Maroc et en Algérie sont en contact étroit avec les familles de nos concitoyens, à qui nous apportons tout notre soutien», a ainsi affirmé le ministère dans un communiqué. Une position semblable à celle diffusée par l’Agence de presse marocaine qui a relayé l’ouverture d’une enquête par le Parquet d’Oujda qui entend « recueillir les informations nécessaires sur les circonstances dudit incident » ajoutant que « plusieurs personnes faisant partie des familles et entourages de ce groupe de jeunes (avaient) été auditionnées ». L’attitude des gouvernements français et marocains est prudente. C’est de bon aloi.

L’Algérie reste de son côté silencieuse, n’ayant communiqué aucune information. On se souvient pourtant que dans un tout autre contexte, celui des émeutes et l’affaire Nahel, le gouvernement algérien avait fait part de son « choc » et de sa « consternation », osant même rappeler à la France son « devoir de protection ». Pis, le ministère des Affaires étrangères algérien faisait carrément état sans attendre un commencement de preuve de  « circonstances particulièrement troublantes et préoccupantes » entourant l’intervention policière, jetant un peu plus d’huile sur le feu. Ils n’ont évidemment jamais appelé au calme leurs ressortissants qui s’illustraient durant les émeutes qui ont coûté plusieurs milliards d’euros aux Français et aux Françaises…

Il faudra être particulièrement vigilant quant aux suites de ce drame. Protéger ses frontières n’offre pas un permis de tuer. Que n’entendrait-on d’ailleurs pas si la France avait commis le dixième d’un tel acte… Les esprits s’échauffent d’ailleurs déjà sur les réseaux sociaux, témoignant d’une confrontation grandissante. Il va falloir calmer les esprits, ce ne sera pas chose facile.

Galanterie et sexisme: suis-je un prédateur sexuel qui s’ignore?

0

L’autre jour, à l’Université, arrivé simultanément devant la même porte qu’une jeune collègue, je me suis effacé devant elle en faisant une aimable plaisanterie (du moins le croyais-je) sur le conflit de normes de civilité, entre position hiérarchique (qui me permet de passer devant elle) et galanterie (qui implique que je la laisse passer).


Aïe. Elle m’a répondu sèchement qu’en résumé la galanterie était une « forme de sexisme ». J’en suis resté un peu stupéfait et, pour le coup, sans voix. Voilà tant d’années que je m’efface devant les femmes qui m’accompagnent ou qui croisent mon chemin, sauf, comme on me l’a appris, pour entrer dans un café, ou pour monter un escalier par exemple. Il faut dire que la plupart du temps cela est vécu comme de la politesse ordinaire, ou parfois, selon le contexte, comme une simple marque d’attention. Mais là, de plus en plus, dans le contexte d’une cancel culture de plus en plus envahissante, je vois bien que ce geste de civilité tranquille est mal interprété, voir considéré comme le début d’une sorte de harcèlement.

A lire aussi, du même auteur: Nahel, figure identificatoire parfaite pour une jeunesse culturellement allogène?

J’avoue que tout cela m’a perturbé dans un premier temps. Ai-je fait fausse route pendant tout ce temps ? Et si tout ce que l’on m’avait appris n’était que le masque poli d’un mépris pour l’autre sexe, l’exercice d’une domination dissimulée ? Derrière mes apparences policées ne serais-je pas un harceleur policé, un prédateur qui s’ignore ? Et mes partenaires qui apprécient ce geste, des femmes ignoblement soumises, traîtresses à leur genre et tout droit sorties d’Histoire d’O ? J’ai emprunté deux chemins pour tenter de répondre à ces questions et calmer un peu mes angoisses.

Galanterie et pacification des mœurs

D’abord en faisant retour sur les normes de politesse entre les sexes qu’on appelle la « galanterie ». Ce terme, qui est devenu un gros mot pour certains, sert en fait à désigner historiquement (à l’époque de la Renaissance, période où la civilité moderne se met en place) les nouveaux rapports entre hommes et femmes d’une société qui se veut plus civilisée. Le Moyen âge qui précède est un moment où ces rapports sont d’une grande brutalité, l’homme se comportant, de façon légitime socialement, comme un prédateur sexuel, et la femme ne pouvant compter que sur la protection armée de sa famille. Le poids des hiérarchies sociales est tel que par exemple l’agression sexuelle commis par un maître sur une servante n’est pas véritablement considéré comme un viol ni même une violence. Ce que la galanterie reflète et instaure progressivement, c’est une pacification des relations entre les sexes. La grande nouveauté est que l’on demande à la femme si elle est d’accord… On s’expose enfin à son refus. La politesse se substitue à la violence. S’effacer devant une femme pour entrer dans un bâtiment, c’est lui reconnaître un statut privilégié et lui signifier son caractère précieux. Le rustre prend sans demander et passe devant, l’homme moderne, emprunt de civilité, demande et s’efface. Le tout culminera à la cour du Roi, où, si l’on en croit Laclos ou Casanova, le grand chroniqueur de son époque, les femmes mènent autant que les hommes le bal amoureux.

On pourrait soutenir, même si la thèse est un peu audacieuse, que le désir (désirer l’autre sexuellement dans une démarche d’empathie fantasmée), catégorie émergente à cette époque et qui se substitue à la pulsion, est peut-être né dans le giron de la galanterie et de ces nouveaux rapports plus symétriques entre hommes et femmes. Avec ce petit rappel historique, me voilà un peu rassuré, ma politesse est peut-être l’antithèse d’une violence. Elle porte un projet de société, plus pacifiée.

Harcèlement et défaite de la politesse

Mais du coup s’ouvre un deuxième chemin pour la réflexion. Je résume l’idée : et si, justement, l’effacement et la délégitimation de la galanterie étaient en partie responsables de l’éclosion actuelle du harcèlement sexuel ? La piste vaut la peine d’être suivie… Tous ces personnages publics qu’on désigne du doigt actuellement ont eu des comportements très en rupture avec les formes de politesses classiques, qui impliquent justement, comme toutes les autres formes de civilité, une distance entre les êtres. C’est de ne pas avoir été galants et de s’être comportés comme des brutes (même s’ils y ont mis les formes, et encore, pas toujours) qui les a conduits là. La galanterie aurait protégé leurs victimes. C’est sa défaite qui a conduit à leur brutalisation. Sans compter la présence sur notre sol de nombreuses cultures, peu enclines à s’effacer, où la galanterie relève encore d’un futur improbable. À suivre…

A lire aussi, Jeremy Stubbs: École: éducation à la sexualité ou au genre?

Je ne défends pas ici les bonnes vieilles traditions. Les manifestations du respect mutuel peuvent bien évoluer et ne passeront pas toujours par le fait de tenir la porte en s’effaçant aimablement. Mais les formes actuelles prises par le harcèlement sexuel montrent que les normes de la galanterie n’ont été remplacées par rien de tangible, et que l’individu moderne est laissé à lui-même, dans ce domaine comme dans d’autres. Tout redevient permis.

Je maintiens

En attente de nouvelles normes stables de respect mutuel entre les hommes et les femmes qui soient satisfaisantes, et sans doute pour le temps qui me reste à vivre, je choisis donc, malgré la remarque acerbe de ma jeune collègue (que je ne désespère pas de convaincre et à qui je dédie ce court billet) de continuer à être galant, contre vents et marées.

Cosa mostra

Stupeur dans la cité des doges. Tempête sur la lagune. Venise dans tous ses états. Et Casanova qui se tord de rire sous son linceul.


Imaginez un peu ! Alberto Barbera, le directeur artistique de la Mostra de Venise, l’une des plus prestigieuses manifestations cinématographiques au monde avec Cannes, Berlin et Hollywood, a le front d’accueillir parmi ses hôtes Luc Besson, Woody Allen et Roman Polanski. Outre leur talent pour le septième art, ces réalisateurs ont en partage d’avoir dû répondre au cours de leur vie de « comportements inappropriés », voire d’agressions sexuelles à l’encontre de femmes. Alors, fureur, hurlements horrifiés des croisées du féminisme. Barbera a beau faire valoir que la justice est passée, que rien n’a été retenu contre Besson et Allen et que, pour ce qui est de Polanski, la victime en personne, près d’un demi-siècle s’étant écoulé, considère l’affaire close et affirme même ne plus vouloir en entendre parler, rien n’y fait. Pour les gardiennes du temple des mille vertus, il faut absolument chasser de Venise ces « monstres », expurger de la planète cinéma ces criminels, ces dépravés, ces abjects résidus d’un fascisme patriarcal et sexuel qui n’a que trop sévi.

A lire aussi: Sandra Bullock devra-t-elle rendre son Oscar?

À ce propos, on se gardera de rappeler à ces dames que la Mostra elle-même est de création fasciste bon ton. On en doit l’initiative à l’illustre Giuseppe Volpi, comte de Misurata, franc-maçon encarté chez Mussolini dont, par ailleurs, il sera longtemps le très influent ministre des Finances. À l’époque, pour la plus haute récompense de la manifestation, on ne parlait pas de Lion d’Or, mais tout bonnement de « Coupe Mussolini ». En outre, encore aujourd’hui, la meilleure actrice et le meilleur acteur sont honorés de la « Coupe Volpi ». Est-ce possible ! Un trophée exhumé de ces heures si sombres ! Que fait la police des symboles ? Mais oui, nous éviterons de rappeler cette genèse légèrement malodorante de crainte que – au nom de l’implacable intersectionnalité des luttes – les cohortes autoproclamées anti fascistes ne viennent exiger non seulement l’exclusion du trio sus évoqué, mais la suppression même de la manifestation. Barbera fourbit une formule bien trouvée pour justifier son choix d’invités : « Je défends la justice, pas la persécution ». Par les temps qui courent, les petites mafias inquisitoriales s’en donnant à cœur joie, la pertinence de cette formule vaut probablement pour bien d’autres sujets.

A lire aussi: Et s’il ne fallait plus se coucher pour réussir ?

Symbolique intéressante : le 6 août 1932, en soirée, le premier film projeté dans le cadre du festival était le « Docteur Jekill et Myster Hyde » de Rouben Mamoulian. D’une certaine manière, cela revenait à poser d’emblée la question qui émerge  aujourd’hui avec cette actualité vénitienne et surtout notre trio d’invités. N’y a-t-il pas chez eux quelque chose de cette dualité, vaguement infernale il est vrai mais peut-être bien constitutive du ferment de leur créativité ? Autrement dit, les âmes lisses, les esprits simples et sains, sans travers ni aspérités, sont-ils fertiles ? Fertiles de ce type de fertilité, dirions-nous. Cela n’absout en rien les comportements des uns et des autres et la justice doit passer dans toute sa rigueur. Quels que soient les coupables. Mais dans ces cas précis – et pour tant d’autres tout au long de l’histoire culturelle de l’humanité – il reste l’œuvre. La chose produite. On sait bien que c’est une huître malade, dégénérée qui donne la perle. Quant à la pure merveille qu’est le vin d’Eyquem, c’est l’alchimie d’une pourriture automnale qui en est le secret. « Pourriture noble », certes, mais pourriture quand même. Allons comprendre…

A lire aussi: Dégoût et des douleurs

Petit motif de satisfaction pour nos activistes féministes, lors de l’édition inaugurale de 1932, le premier film italien programmé avait pour titre : « Les hommes, quels mufles ! ».

Une épopée francaise: Quand la France était la France

Price: ---

0 used & new available from

Blaise Pascal, la raison et la foi

Blaise Pascal est né voilà 400 ans. Ce génie absolu reste un mystère.


Blaise Pascal rend son âme à Dieu le 19 août 1662, à trente-neuf ans, brûlé par le travail et la foi. On entre dans sa chambre. On découvre des liasses de papiers qu’on n’ose appeler brouillons. Son écriture est quasi illisible. On déchiffre, on utilise des copies, on compare, travail de fourmi, délicat et imparfait. Ses proches proposent le titre de Pensées pour une éventuelle publication. Pour Les Provinciales, qui deviendront un long-seller, il n’existe aucune copie manuscrite des 18 lettres, seulement des plaquettes dont certaines auront des rééditions clandestines et modifiées. Le style de Pascal est cependant unique. Il faudra donc lire ce mathématicien génial en sachant que, jamais, nous ne parviendrons à la restitution entière de ses fulgurances littéraires, touchées par la grâce. Une seule certitude, justement : Pascal fut touché par la grâce. Il mène une vie de patachon, et puis tout à coup, c’est la grande brûlure divine qui le détourne du divertissement permanent.

Croire est raisonnable

Nous sommes le 23 novembre 1654 et le cœur de Pascal s’enflamme entre 10 heures du soir et minuit. Dieu existe, le Christ nous donne la clé universelle du paradis. Ébranlement absolu. La fièvre saisit le dévoyé. Vite, du papier ! Il faut écrire tout cela, frénétiquement, sans relâche, le temps lui est compté, il le pressent, car la passion consume les forces vives comme l’incendie la paille. Il prend une feuille de papier, consigne à sa manière, c’est-à-dire dans son style ardent, cette nuit de feu, qui deviendra « la nuit pascalienne », la glisse dans la doublure de son vêtement. Elle sera là, jusqu’à sa mort, pour rappeler que Dieu, seul, vaut que la vie terrestre soit vécue. Il faut faire le pari de son existence. Pascal parie sur l’éternité. C’est un être raisonnable, au fond.

A lire aussi, Patrick Mandon: Le divertissement d’un gentilhomme exilé

Pascal, que dit-il ? Nous sommes mortels, nous faisons tout pour chasser de notre esprit l’insoutenable vérité de notre condition. Nous fuyons la salutaire solitude, notre cœur est « creux et plein d’ordures », nous « sommes un cloaque d’incertitude et d’erreur », nous sommes bouffis d’orgueil, rongés par la paresse, la concupiscence nous égare. Pascal rappelle notre fragilité mais souligne que nous pensons. Et c’est là, précisément, le tour de force de ce savant. Il nous commande de lire la Bible. C’est vital, car nous sommes ignorants des principes de base. Nous sommes sous hypnose permanente. Vérifiez : prenez le métro, promenez-vous dans les rues de la capitale, branchez-vous sur les chaines d’info en continu. Le temps du réveil est venu. Ceux qui vont parier sur l’existence de Dieu, ce sont les athées car, eux, sont des joueurs. Les dévots ne jouent pas, ils sont enfermés dans leurs certitudes idéologiques. Pariez, mais pariez donc. Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien.

Un éternel moderne

Pascal invente en quelque sorte le plus-que-présent, que personne n’utilise. L’homme conjugue à tous les temps, en particulier le futur, mais pas à celui-là. Funeste erreur, nous dit Pascal, car, enfin, nous pourrions être heureux. Hélas, « le présent n’est jamais notre fin. » Pascal ajoute, rigoureux comme le mathématicien qu’il est : « le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

Nous ne vivons jamais, voilà la vérité. Vous êtes dubitatif ? Pourquoi alors sommes-nous les champions du monde de la consommation d’antidépresseurs ?

La force de ce scientifique hors du commun et de ce chrétien flamboyant aura été d’allier justement raison et foi. Croire est raisonnable. Il n’est ni trop croyant ni trop rationnel. Il se positionne entre ces deux infinis. Il rejette à la fois la superstition et le rationalisme poussés à l’extrême.

Le physicien théoricien ne peut ignorer que la science a conduit à Hiroshima ; comme le religieux ne peut ignorer les tueries de masse au nom de Dieu. Un homme, ça s’empêche, pour reprendre la phrase de Camus. L’absence de conscience ou « le dégoût du monde » ne doivent pas conduire à une décision sanguinaire. Pascal s’adresse à tous les hommes aveugles dans la nuit. Il reste néanmoins chez lui une part insondable de mystère. C’est pour cela que l’intérêt pour son œuvre ne faiblit pas. Il est un éternel moderne.

Abaya: culturel ou cultuel, on l’a dans le luc!

0
Gabriel Attal et Emmanuel Macron visitent un lycée professionnel à Orange (84), 1er septembre 2023 © Blondet Eliot -POOL/SIPA

Avec un petit mot de trois syllabes, Gabriel Attal a occulté tout ce qui, dans l’École, pose problème. Il a aussi fragmenté l’opposition, marqué sa différence avec son prédécesseur, et s’est imposé comme champion de la laïcité pure et dure. Et si l’abaya était le petit doigt qui cache la forêt, se demande notre chroniqueur ?


A-ba-ya : sans doute les petites musulmanes qui s’enveloppent de sacs-poubelles ont-elles ainsi appris à déchiffrer le français en invertissant les syllabes du traditionnel b-a-ba. Parce qu’il s’agit bien d’une perversion de la culture française. Et même pire : il s’agit d’un déni de l’essence française.

Boucliers à fondamentalistes ou ados en crise ?

Que ce tissu informe soit cultuel ou culturel m’importe peu. Il y a longtemps que les musulmans jouent de l’ambiguïté, sous prétexte que les mosquées abritent aussi une bibliothèque — ce qui leur permet de déclarer comme « associations régies par la loi de 1901 » des groupes parfaitement sectaires. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il s’agit d’un vêtement communautariste importé d’un Moyen-Orient où le statut de la femme sort rarement du caniveau. Que des féministes ou des LFIstes défendent le voile et l’abaya donne une idée du mépris de la femme qu’ils développent inconsciemment. Sous prétexte de draguer les « nouveaux prolétaires », comme disait Terra Nova, quitte à sacrifier sur l’autel des ambitions électorales le prolétariat français, une certaine gauche française est prête à justifier les pires dérives religieuses. Qu’en aurait pensé Karl Marx, camarades ? Vous vous asseyez sur l’aliénation de donzelles prêtes à servir de bouclier à des fondamentalistes : ce n’est pas joli-joli.

A lire aussi, Noah Sdiri: Quand les progressistes creusent leur propre tombe

D’autant que certains musulmans ont le courage de dire la vérité. « Faire de l’abaya un simple « vêtement de mode » ou le mettre sur le compte d’une simple crise d’adolescence est nier par pur clientélisme qu’elle manifeste l’adhésion à un islam politique qui poursuit un projet politique dont l’invisibilité de la femme fait partie. Le nier est a minima de l’ignorance, au pire de la désinformation et de la manipulation. Au détriment des jeunes femmes françaises musulmanes. Il s’agit là tout simplement d’une stratégie entriste pensée par les Radicaux pour leur projet politique. » Ainsi s’exprime l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, sur Twitter. Evidemment, les intégristes algériens l’ont immédiatement fustigé — preuve s’il en fallait que c’est bien d’une guerre que l’on parle.

Relisez la Constitution !

Le fait est que l’abaya (ou le voile, ou la qami, ou les babouches portées avec des chaussettes — une mode immonde qui fait fureur —, ou n’importe laquelle des défroques que des influenceuses subventionnées par des petits malins vantent sur les réseaux sociaux) est un vêtement communautariste. Et c’est sur ce point qu’il faut fonder son interdiction, non seulement à l’Ecole, mais dans tout l’espace public.

« La République est une et indivisible, laïque, démocratique et sociale » : c’est le premier article de la Constitution. Tout ce qui contrevient à cette unité est hors la loi. Communautariste, dans le langage révolutionnaire qu’affectionne Mélenchon, se dit « factieux ». Le Lider Maximo de la Canebière se rappelle-t-il ce que l’on faisait aux « factieux » sous la Convention ? On les divisait en deux parties inégales. Les factieux tombaient dans le panier de la bascule à Charlot.

D’autant que les gamines décervelées qui portent ces sacs sont françaises, et ne peuvent ignorer la loi française. Les extrémistes, tout comme les racailles qui dévastent régulièrement nos cités, sont français. Il faut leur appliquer la loi d’une nation « une et indivisible ».

Et de culture, il ne peut n’y en avoir qu’une, celle du pays et de la classe qui le dirige. Il n’y a pas de « culture jeune », ni de « culture musulmane » — pas en France en tout cas.

Qu’est-ce qu’un factieux ? C’est un individu qui cherche à fractionner la république. Les communautaristes ont la même ambition : créer des bantoustans islamiques, comme en Angleterre, et un jour (le Temps n’existe pas, pour une religion qui vénère un dieu incréé), réunifier le pays sous la bannière verte d’un islam unifié.

Puis régler les comptes.

Les ennemis ne respectent que la force

Ce n’est pas être islamophobe que d’écrire cela : c’est un fait. Une minorité d’activistes cherche à éparpiller la république façon puzzle. Le problème est que les musulmans qui n’adhèrent pas à cette volonté de conquête se taisent, dans leur immense majorité. Parce que c’est la peur qui est le principal levier de ces conquérants.
Eh bien, il faut que la peur change de camp. Nous n’avons pas à respecter qui veut notre disparition. Interdire l’abaya est un tout premier pas. Faire respecter par le dialogue cette interdiction sera problématique. Il faudra sans doute la faire respecter par la force — d’autant que les ennemis ne respectent en fait que la force. Poutine l’a expliqué en détail aux Tchétchènes, Xi Jinping l’explique aux minorités musulmanes chinoises.

A lire aussi, du même auteur: Enseigner l’Histoire: l’exemple chinois

Aucun Juif n’a protesté en 2004 contre l’interdiction de porter une kippa en classe. C’est que les Juifs ont toujours cherché à s’intégrer, en France, comme l’a magnifiquement raconté Pierre Birbaum en 2013 dans La République et le cochon. Mais les musulmans intégristes ne veulent surtout ni s’intégrer, ni s’assimiler. Les pédagogues qui s’insurgent contre l’enseignement d’une Histoire de France qui aurait ces objectifs sont tout bonnement des traîtres à la patrie.

J’ai par ailleurs expliqué dans une tribune du Figaro que l’interdiction de l’abaya était un joli coup de Gabriel Attal. Mais il reste bien des chantiers, autrement importants, dans l’Education nationale — entre autres réinventer l’enseignement de l’Histoire de façon à faire des Français, et pas une mosaïque d’opinions divergentes. Je doute que le nouveau ministre, qui lorgne vers la mairie de Paris, ait le temps ou l’ambition de s’y consacrer. Ce n’est pas de réformettes que ce pays a besoin : il faut renverser la table.

La République et le Cochon

Price: ---

0 used & new available from

Embobinage sur mesure!

0
Sophie de Menthon Photo: D.R.

À partir d’octobre, le nouveau bonus réparation textile va prendre la forme d’une remise sur la facture lorsque le consommateur choisira de faire réparer un vêtement ou une paire de chaussures abimés. Mais qui va rapiécer les dépenses publiques ? se lamente notre chroniqueuse.


Jugez un peu le texte qui suit, promulgué officiellement par le gouvernement à l’initiative de Bérengère Couillard, notre Secrétaire d’Etat au tricot chargé de l’écologie. Son objet : le bonus versé aux Français pour donner une seconde vie à leurs vêtements et chaussures. Voici le contenu intégral …

 « Prévu par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire du 10 février 2020, dite loi Agec, ce bonus s’inscrit dans une vaste réforme de la filière textile. Tous les vêtements et chaussures (excepté les sous-vêtements et le linge de maison dans un premier temps), seront éligibles au bonus réparation. Il devra s’agir de réparation et non de retouches.

Pour bénéficier du bonus de l’État, il faudra se rendre chez les couturiers et cordonniers ayant demandés à être labellisés par l’éco-organisme Refashion. La remise sera directement appliquée sur la facture de la réparation.  Les réparateurs labélisés déclarent, sur la plateforme, au fil du mois, les factures des réparations éligibles. Au 30 de chaque mois, la plateforme de déclaration déclenche de manière automatique l’ordre de virement pour toutes les factures que le réparateur aura renseignées sur le mois. Le montant de la prise en charge est compris entre 6 et 25 € en fonction de la réparation.

Depuis juin 2023 : ouverture de la labélisation. (La labélisation est gratuite.)

À partir d’octobre 2023 : Connection à la plateforme Refashion pour déclarer le bonus réparation après validation du dossier. 

Toutes les entreprises proposant un service de réparation de textile et/ou de chaussures peuvent se faire labelliser. Pour l’heure, elles sont 250 à avoir déposé un dossier. Le gouvernement vise un objectif de 500 artisans, réseaux de franchisés ou assimilés, réparateurs à domicile, acteurs digitaux et ateliers de réparation des marques labellisés d’ici la mi-octobre pour mettre en place le bonus. Le bonus réparation du secteur textile sera financé par un fonds doté de 154 millions d’euros sur la période 2023-2028, a indiqué la secrétaire d’État pour accroître de 35% le nombre de produits textiles et chaussures réparés. La réforme s’appuie notamment sur le milliard d’euros d’éco contributions des producteurs, importateurs et distributeurs qui devraient être dégagé sur la période 2023-2028 en vertu du principe du « pollueur-payeur ».

Les questions de Sophie de Menthon

Cela mérite bien quelques commentaires cousus de fil blanc :

D’abord, la dénomination « Refashion » : bravo pour l’anglicisme, ni français ni anglais, juste un barbarisme. Qu’est-ce que la refashion ? il faudra penser à le demander à la Ministre de la Transition Écologique.

Un peu d’économie basique : le secteur du prêt-à-porter va mal, et justement pour y remédier, on dissuade les gens d’acheter, un peu sur le principe de la décroissance ? Sachant que les enseignes suivantes viennent de déposer le bilan : Tati, Camaïeu, Pinkie, Kookai, San Marina – et qu’on apprend maintenant que Naf Naf est en liquidation judiciaire… Ceux qui restent vont peut-être être subventionnés pour compenser l’incitation à ne pas acheter dans leurs boutiques, mais à raccommoder les vieux vêtements ? Ne serait-ce pas une injonction contradictoire ou une politique de Gribouille…

La démarche administrative est kafkaïenne, comme d’habitude. Quel est le coût des fonctionnaires dédiés ? des recherches, des agréments… et des contrôleurs ? La DGCCRF a-t-elle prévu d’ouvrir un département lié au contrôle de conformité entre la réparation et la retouche ? Faudra-t-il attendre une éventuelle décision du conseil d’État pour qu’une jurisprudence précise la différence entre une réparation et une retouche ? Nous notons une discrimination des sous-vêtements « pour l’instant »… Sachant que la mode incite à porter les soutiens-gorge par-dessus le vêtement ! alors ? Et qui va juger de la nature de ce qu’est un sous-vêtement ? Et un Damart ? Quant au linge de maison ? Pourquoi donc votre couette déchirée est-elle exclue ? Il est également question de ressemelage : mais 90% des jeunes portent des « sneakers » (donc non re-semellables !)

Mettons ChatGPT à l’ouvrage !

Dans cette histoire, il y en a toutefois certains qui se frottent déjà les mains. Ce sont les 250 réparateurs qui ont déposé un dossier. En plus, cette loi anti-gaspi leur permettra vraisemblablement d’augmenter leurs prix, puisque le client paiera moins cher ! On vise aussi des « acteurs digitaux »… et là je donne ma langue à la couturière ou à Chat GPT? On nous explique, enfin, que c’est « en vertu du principe pollueur payeur » que l’on met tout cela en place: voilà qui va réjouir Sandrine Rousseau qui ne s’est malheureusement pas exprimée sur le sujet, alors que c’est toujours réjouissant de l’entendre. C’est son mari déconstruit qui tente de raccommoder les morceaux peut-être ?  

Résumons :

1) Quand je fais un accroc, je pollue parce que je peux envisager de ne plus porter mon vêtement et d’en acheter un autre… mais, avant de le jeter, pourtant, j’avais pensé à le réparer moi-même sans me faire rembourser…   

2) Donc, désormais, il ne nous faut plus rien recoudre soi-même. Plus de travaux d’aiguilles – l’État préfère payer et libérer la femme ! mais la femme au foyer, peut-elle se faire labéliser ? Ou l’homme, pardon…

3) À quoi rime un « objectif de 35% de produits réparés », et lesquels ? Si j’achète un jeans troué à la mode, puis-je déduire la réparation, et je refais le trou après ?

Je cherche encore de quelle éco contribution on nous parle pour les « producteurs, importateurs et distributeurs » évoqués dans ce texte ineffable ? En revanche, évidemment, rien n’est dit sur qui va rapiécer les dépenses publiques…

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

Price: ---

0 used & new available from

Je refuse qu’on découpe la France en tranches électorales

0
Image d'illustration Unsplash

Rien ne m’apparaît plus contraire à la grandeur de notre pays, que ce soit dans la pratique du pouvoir ou dans la volonté de le conquérir, que ce morcellement auquel on consent d’autant plus volontiers que tout démontre qu’on est incapable de proposer une plénitude à la France


Pour refuser cette France en tranches électorales, il n’est pas nécessaire d’être nostalgique d’un de Gaulle qui affirmait la primauté de l’unité de notre pays sur la droite et la gauche. Il n’est pas nécessaire non plus de s’indigner d’un prétendu dépassement de la droite et de la gauche en 2017, qui a abouti, au fil des années, à une France de plus en plus éclatée, aux antipodes du rassemblement initialement promis. On a le droit, simple citoyen épris de la chose politique, de dénoncer des stratégies présidentielles qui, au lieu d’appréhender notre pays comme une communauté à l’égard de laquelle la pensée et les projets doivent être globaux, se flattent de le courtiser de manière parcellaire, catégorie par catégorie, une part des citoyens ici, une autre là, comme s’il était un immense gâteau qui, découpé, offrirait à chaque candidat sa chance, son pré carré.

Darmanin et Ruffin à l’assaut du vote populaire

Je ne crois pas exagérer mon propos puisque, au cours de ces derniers mois, on insiste sur ce que Le Monde résume justement par ce titre : « De Darmanin à Ruffin, l’appel du pied aux classes populaires« . Celles-ci, dans leur définition sociologique et économique, représentent 22 % de l’électorat. On peut remplacer « populaire » par « social ». L’idée est la même. Il faut réduire l’influence du RN sur ces Français pour lesquels la fin du mois est de plus en plus un problème, qui se voient dépouillés des services publics essentiels, abandonnés et pourtant moqués pour leur révolte qui serait populiste, voire fasciste, en tout cas toujours « nauséabonde ». L’objectif est de les faire revenir dans la case démocratique acceptable.

Rien ne m’apparaît plus contraire à la grandeur de notre pays, que ce soit dans la pratique du pouvoir ou dans la volonté de le conquérir, que ce morcellement auquel on consent d’autant plus volontiers que tout démontre qu’on est incapable de proposer une plénitude à la France. Non par défaut d’intelligence mais à cause de cette prétendue fatalité de la politique, qui contraindrait à raisonner pour partie (ou parti ?) au lieu d’assumer le tout.

A lire aussi: Rentrée littéraire: vous ne passerez pas à côté de Sarkozy!

Je perçois l’extrême difficulté des idéologies extrêmes à se départir d’une vision qui les incite à cliver, à distinguer, à ostraciser. Prenons par exemple la situation du parti communiste : la chaleureuse personnalité de Fabien Roussel ne fait pas oublier que dans son programme, même avec une lutte des classes attiédie, les patrons, les possédants, sont obsessionnellement ciblés, comme s’ils étaient presque coupables d’exister, selon une veine communiste encore plus révolutionnaire que réformiste.

LFI permet, sur le mode vindicatif, une illustration encore plus éclairante pour certaines de ses exclusions radicales.

Triste habitude

La campagne pour 2027, telle qu’elle se présente déjà, ne dérogera pas à la triste habitude de sectoriser ce qui devrait être généralisé, de s’acharner à cultiver sa clientèle de prédilection, de remplacer, en quelque sorte, la cause de la France par celle de son ambition réduite à son expression la plus pragmatique. Si je me trompe, égaré par un pessimisme excessif, j’en serai le premier satisfait.

Qu’on se penche sur le passé ou qu’on se fonde sur les attentes populaires, il est cependant clair que la société française n’a été véritablement convaincue par une campagne présidentielle (avec un taux de participation de 80%) qu’en 2007 quand Nicolas Sarkozy lui a présenté son projet. L’universel enrichissait les mesures particulières. Le candidat avait su concilier le meilleur de la droite et de la gauche, dans un mouvement qui, sortant de l’épicerie partisane, laissait espérer de l’élan, de l’épique.

Pour l’avenir, si les Français plébiscitent le référendum, ce n’est pas seulement parce qu’ils éprouveraient une fringale démocratique, c’est plutôt que ce mode de participation du peuple à son destin susciterait un souffle collectif que la vie politicienne aurait été inapte à provoquer. On admire trop volontiers certains comportements anciens. On ne s’en sert pas comme exemples, tels des modèles à imiter mais comme un idéal impossible à atteindre. Charles de Gaulle est devenue la consolation nostalgique d’une France instrumentalisée en tranches électorales. Le citoyen n’est pas à la disposition des politiques, une multitude à instrumentaliser, mais ils se doivent de le servir.

Libres propos d'un inclassable

Price: ---

0 used & new available from

Service à l’italienne

0
Rome. Image : Unsplash

Quand un pays ressemble encore à l’image que l’on se fait de lui…


Il est bon parfois de communier avec ses icônes. De retrouver dans la chaleur romaine d’une fin d’été, les bases solides d’un pays qui ne trahit pas totalement ses mythes et ses traditions. Qui n’a pas versé abusivement dans une automatisation et une uniformisation à outrance. Qui conserve un sens du service développé et une forme d’humanité rieuse, taquine, à la limite du persiflage, qui rend les rapports moins électriques et surtout moins conflictuels. Et pourtant, qu’il est difficile, voire impossible de résister au rouleau compresseur de la ville occidentale calibrée, indifférenciée, numérisée, à la fois quelconque et anxiogène, où toutes les boutiques se ressemblent et où les aliments ont le même goût lyophilisé. En dépassant les Alpes, le Français habitué à un abaissement généralisé de son niveau de vie, qui doit faire face à un délitement intellectuel et commercial conjugué, se surprend à observer chez ses voisins, des gestes du quotidien disparus depuis des lustres. Des habitudes de consommation qui pour des élites déconstruites sembleraient insignifiantes, mais qui pour un simple citoyen revêtent une portée extraordinaire. C’est à l’aune de ces « minuscules » attentions que l’on prend notre déclassement en pleine poire. Il y a encore en Italie, des barrières contre la déshumanisation galopante, des prestations dignes des années 1950 qui éblouissent par leur simplicité biblique. Il ne s’agit pas ici d’une étude approfondie, sociologique, à vocation universitaire, simplement le constat banal d’une réalité qui fait mal. Les exemples sont à portée de main, pullulent à chaque coin de rue, et l’on se rend compte que nous autres Français, avons perdu la bataille du savoir-faire et du savoir-être depuis trente ans, que notre réputation de gastronome et d’élégant, de filières d’excellence et de traçabilité sécuritaire reposent sur un mensonge. Aurions-nous été mystifiés ? Le « Made in France » fait sourire de rage lorsqu’on le compare au « Made in Italy », à sa puissance économique, à sa diversité locale et à son enracinement. Promenez-vous dans les couloirs de Fiumicino et ceux d’Orly, et vous constaterez, à l’heure du déjeuner, un décalage de civilisation. Partout à l’aéroport de Rome, vous pouvez manger de la « vraie » nourriture, préparée sous vos yeux ; des pâtes, des pizzas, des salades et non pas d’insanes sandwichs ou des produits empaquetés, conditionnés et servis avec une évidente mauvaise volonté ; un affront à notre héritage boulanger et pâtissier. Nous vivons au royaume des hypermarchés et de la standardisation, des ronds-points et des éoliennes, des interdictions et d’une littérature en poudre. Tout semble si fade, si fat dans notre hexagone après un séjour passé en Italie. Nous sommes embourbés dans d’asphyxiantes directives administratives et soumis aux lobbys gloutons. En France, nous avons certes de grands chefs et nous mangeons collectivement, majoritairement de la nourriture industrielle, réchauffée et préparée en laboratoire. Il serait discourtois d’oser mettre sur le même plan de très nombreuses brasseries parisiennes et les trattorias romaines. Déguster des rigatoni all’amatriciana ou des tonnarelli cacio e pepe, des plats classiques du répertoire, nécessitant que peu d’ingrédients et une rudimentaire bassine d’eau chaude relèverait d’un défi insurmontable à Paris où un céleri rémoulade de bonne facture devient un « petit luxe ». En résumé, pour quelques euros, il est possible de s’offrir une nourriture réelle, non déconnectée du vivant. À force de vouloir notre bien, notre santé, notre servilité, nous avons oublié le sens du bon et du beau, du fait-maison et du partage.

A lire aussi, du même auteur: Une soirée d’été avec Pino d’Angio

Nous sommes penauds et un peu désemparés de la persistance d’un pompiste (un humain donc) qui vous sert de l’essence, une incongruité énorme, une aberration quasi-historique. En Italie, le self-service n’a pas gangréné les mœurs. On peut se demander jusqu’à quand les digues feront office de rempart culturel. Étrange expérience également pour un Parisien d’aller à la Poste centrale de Rome. Point de machines à affranchir soi-même, mais bel et bien un guichetier à l’ancienne, derrière un comptoir qui prend soin de coller lui-même des timbres (de collection) sur vos cartes postales. Vous croyez rêver. Vous vous demandez combien pourrait vous coûter une telle délicatesse en France. De toute évidence, un pays où un taxi vous ramène à 150 km/h sur l’autoroute a toute mon affection, mon indulgence et ma partialité. Un pays où Adriano Panatta commente le foot à la télé me ravit. En rentrant en France, on peut se consoler en allant voir le film « Seconde jeunesse » avec Stefania Sandrelli encore à l’affiche dans quelques salles et puis écouter les standards de Toto Cutugno.

Monsieur Nostalgie

Price: ---

0 used & new available from

Biden-Djokovic, l’étrange match de l’humanité

0
Le joueur de tennis serbe Novak Djokovic, New York, 30 août 2023 © Andrew Schwartz/SIPA

Après deux ans d’absence, Novak Djokovic, le « non vacciné » le plus célèbre au monde est de retour sur le sol américain. Sa réapparition suscite un immense intérêt du public, avec des files d’attente interminables pour voir ses entraînements, ou encore la présence de Barack Obama dans le public lors de son premier match de l’US Open. Un incroyable parcours.


En mars dernier, le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a adressé un courrier au président des États-Unis, Joe Biden, pour lui demander d’autoriser l’entrée dans leur pays… d’un citoyen serbe. À l’époque, Washington n’avait pas encore levé les restrictions liées au Covid-19 pour les étrangers non-vaccinés, ce qui était le cas de l’homme en question. Au premier regard, la demande parait totalement absurde quand on connaît l’importance des dossiers du locataire de la Maison Blanche, mais c’est sans savoir que le citoyen serbe en question s’appelait Novak Djokovic, le champion de tennis dont les performances sportives ainsi que les actualités au-delà du simple cadre tennistique ont hissé au rang des personnalités les plus connues de la planète. Quelques semaines avant la lettre de DeSantis, Djokovic a ému le monde, et ce, bien au-delà du simple cercle des amateurs de tennis, en remportant à Melbourne son dixième tournoi d’Open d’Australie (et son 22e titre de Grand Chelem), égalant le record de son rival de toujours, Rafael Nadal. Cette victoire, malgré sa valeur sportive extraordinaire, fut davantage une démonstration de force mentale qu’aucun athlète, probablement, n’a pu manifester avant lui. Car un an auparavant, à l’occasion du tournoi de l’Open d’Australie, le Serbe s’était vu d’abord refuser l’entrée au pays, ensuite contraint de squatter dans un centre de rétention pour immigrés et, finalement expulsé du territoire australien. Et cela à cause de son choix de ne pas se faire vacciner contre le coronavirus. Le procès collé au numéro un mondial a été purement politique. Novak Djokovic est devenu, malgré lui, la proie parfaite pour les élites au pouvoir veillant sur notre santé et qui ont voulu, à travers lui, punir sur la scène planétaire tous les « anti-vax ». Parmi ces derniers se trouvaient, il est vrai, les complotistes adhérant à des théories farfelues, mais aussi des millions d’individus adultes responsables (dont le natif de Belgrade) qui revendiquaient le droit de décider de leur propre chef de se faire injecter ou pas les substances chimiques du vaccin dans le corps.

Que cet acharnement (qui a obligé le gouvernement du Premier ministre australien de l’époque, Scott Morrison, à annuler la décision du tribunal de Melbourne favorable au Serbe) soit tombé sur Djokovic fut particulièrement frappant. Depuis son apparition sur le circuit professionnel, le tennisman s’est distingué par ses recherches approfondies du « pouvoir extraordinaire » du corps et de l’esprit humain.  Son régime anti-gluten aurait aidé des milliers de personnes partout dans le monde, sportifs ou pas à se débarrasser de problèmes de santé. Son hygiène de vie, son appétence pour les neurosciences ou encore les pratiques de la méditation ont révélé un athlète qui ne se contente pas d’être là pour ravir les sponsors et les médias et faire grossir son compte en banque. Djokovic a endossé le costume de champion – pionnier, celui qui amène les performances à un niveau jamais connu, comme le firent avant lui Nadia Comaneci, Michael Jordan ou plus récemment Usain Bolt.

Lettre morte

Le président Biden n’a pas donné de suite favorable à la lettre de DeSantis. Rien de surprenant si on se souvient de sa position très ferme sur les mesures anti-Covid. Lorsqu’il n’était encore que candidat, Joe Biden a été critiqué pour avoir porté un masque, tout au long de sa campagne de 2020, et pour l’organisation de ses rares meetings électoraux principalement en mode drive-in sur des parkings… Il n’est pas certain, par ailleurs, que le nom du tennisman lui dise forcément grand-chose. Djokovic, lui, est sans doute mieux renseigné sur l’homme politique américain et pour cause… Il y a presque 25 ans, Joe Biden, alors membre du comité aux affaires étrangères au Sénat, a été un fervent partisan des bombardements de Belgrade par les pilotes américains, voyant dans cette approche l’unique possibilité de garantir la sécurité de l’Amérique et de l’Europe démocratique. Dans ses interviews, Djokovic a souvent raconté à quel point les bombardements de 1999 par les troupes d’Otan, pendant 78 jours, avaient traumatisé son enfance, l’avaient rendu ultra-sensible aux bruits soudains et l’ont fait détester les guerres. Dans son autobiographie « Service gagnant », sortie en 2013, il raconte comment il cherchait à protéger ses deux petits frères à Belgrade dans un appartement plongé dans le noir, âgé de 11 ans, après la première explosion et alors que son père secourait sa mère qui avait perdu connaissance en se cognant contre le radiateur.

Plus de deux décennies plus tard, quand la Russie a brutalement envahi l’Ukraine et alors que les stars sportives, dont Federer et Nadal, évitaient de s’exprimer au sujet épineux de la guerre, Djokovic s’est empressé d’envoyer un texto au tennisman ukrainien Serhiy Stakhovsky: « Je pense à toi… Si tu as besoin d’aide financière ou autre donne-moi l’adresse ». Le texto était personnel, mais Stakhovsky, très ému, a demandé l’autorisation du Belgradois de le rendre public, afin de montrer à ses compatriotes le soutien apporté par un célèbre champion. Et dire que l’échange s’est produit quelques semaines à peine après la mésaventure australienne du Serbe, et alors qu’il avait toutes les raisons de détester le monde et d’en vouloir à sa profession pour son manque de soutien ! Djokovic, comme à son habitude, ne s’est pas caché, il a fait parler son grand cœur slave, bien que la Serbie maintienne des liens d’amitié avec la Russie et que lui-même n’ait jamais cherché à dissimuler son patriotisme et notamment sa position sur le Kosovo, la terre natale de son père. On se souvient des mots qu’il a écrits sur la caméra de France Télévisions lors du dernier Roland Garros, en assumant une possible sanction pour son geste : « Le Kosovo est le cœur de la Serbie ! Arrêtez la violence ».

Deux vétérans

Joe Biden et Novak Djokovic ne se sont jamais rencontrés ; ils appartiennent à deux générations différentes, mais l’ironie de l’histoire moderne a bien voulu croiser leurs destins et faire d’eux les incarnations les plus abouties, probablement, de notre époque. L’un représente le pouvoir absolu, porté par les puissantes institutions de son pays si riche de talents et d’entrepreneurs et qui, face aux gesticulations impérialistes de Vladimir Poutine et les ambitions géopolitiques de Xi Jinping, est bien décidé à recycler la mécanique la plus redoutable de la guerre froide du siècle passé, dans un monde qui a pourtant changé d’ère et d’idéologies. Qui, et quelle incroyable coïncidence, a bien insisté auprès du même Premier ministre australien Morrison (qui avait expulsé Djokovic), pour faire annuler en septembre 2021 le contrat à 56 milliards d’euros avec la France pour 12 sous-marins.

Face au vétéran de la politique au sourire difficilement lisible, il y a un autre vétéran, celui du tennis, surgi d’un pays en ruines, arrivé au sommet de son art malgré les incalculables obstacles sportifs et extra-sportifs, qui n’a jamais arrêté d’innover, de chercher la voie qui ferait de lui un meilleur homme et un meilleur athlète. Il y a quelques jours, en vue de la saison tennistique nord-américaine, Djokovic a enfin débarqué aux États-Unis, après deux ans d’absence. « Je n’ai aucun regret » a-t-il crânement déclaré aux journalistes au sujet de cette pause forcée. Il ne sera jamais aimé de tous, comme toute personne qui explore de nouveaux chemins. Mais le Serbe a déjà gagné l’immense considération des amateurs de sport du monde entier qui suivent son parcours. Le président de la plus grande puissance militaire, de son côté, continue de nous préparer à affronter le pire…

Sylvia Plath: le mal de vivre comme œuvre d’art

0
L'écrivaine et poétesse américaine Sylvia Plath (1932-1963) © AP/SIPA

Denoël publie une nouvelle édition du roman culte La Cloche de détresse de Sylvia Plath, dont la traduction a été révisée, avec une préface plutôt intéressante de Jakuta Alikavazovic.


La grande poétesse américaine Sylvia Plath (1932-1963) n’a écrit qu’un seul roman, mais il brille comme un diamant noir dans l’horizon perdu de sa nuit. La Cloche de détresse a été publié deux mois avant son suicide, à l’âge de trente ans. Elle y relate ses années étudiantes, contrariées par une crise dépressive très grave, qui l’obligea à poursuivre une thérapie dans divers hôpitaux et cliniques. Les psychiatres lui administrèrent des électrochocs qui la terrorisaient. Sylvia Plath raconte en détail ce périple de la douleur mentale, dominée par l’obsession du suicide, dont elle ne cache rien dans son roman. Elle fit plusieurs tentatives, dont une vraiment sérieuse. Elle eut la chance d’en réchapper cette fois-là, mais ce ne fut qu’un sursis bien fragile et incertain.

Des signes avant-coureurs

La Cloche de détresse commence au début des années 50. Sylvia Plath, brillante élève, douée pour les lettres, obtient une bourse pour aller étudier à New York. Dans un premier temps, tout se passe à peu près bien, malgré certains signes avant-coureurs qu’elle note avec précision. Ainsi, elle écrit : « je me sentais très calme, très vide, comme doit se sentir l’œil d’une tornade qui se déplace tristement au milieu du chaos généralisé ». Ces descriptions psychologiques créent, sous la plume de Sylvia Plath, une atmosphère d’étrangeté, d’autant plus qu’elle n’essaie jamais de se masquer le mal dont elle souffre. Cela concerne aussi bien les petites choses, comme ce qu’elle commande quand elle est dans un café : « Je rêvais de commander quelque chose un jour et de découvrir que c’était délicieux. » Mais cela concerne souvent des émotions plus critiques, que Sylvia Plath nous fait ressentir par des notations sibyllines : « Le miroir au-dessus de mon bureau me paraissait légèrement déformant et beaucoup trop argenté. Je m’y voyais comme dans une boule d’amalgame dentaire. » La formulation doit beaucoup à la poésie.

A lire aussi: « Psychopompe », une potion magique d’espérance

À la fin de l’année universitaire, elle rentre chez elle, ne sachant pas ce qu’elle veut faire de sa vie. Elle tente de terminer la lecture de Finnegans Wake de James Joyce, mais n’arrive plus à se concentrer. Une séance de cinéma avec des amis la rend « toute chose ». Sa mère n’arrête pas de lui seriner qu’un diplôme de lettres ne mène à rien, et qu’il faut qu’elle apprenne la dactylo pour devenir secrétaire. Elle se pose par ailleurs beaucoup de questions sur l’amour et la sexualité. « Quand j’avais dix-neuf ans, écrit-elle par exemple, la question de la virginité était capitale. » Sylvia Plath décide qu’elle ne se mariera pas, ce qui ne l’empêche pas de désirer tomber amoureuse d’un garçon.

Introspection psychologique

Son état empire et la pousse à l’introspection. Le matin, elle se réveille aux sons de marches militaires. L’exécution des époux Rosenberg la sidère et l’obsède. Elle assiste à une représentation théâtrale « où l’héroïne était possédée par un dibbouk ». Du coup, quand elle écoute son amie Hilda parler, elle a l’impression d’entendre le dibbouk. Tous ces éléments accumulés sont perçus par Sylvia Plath de manière très angoissante, à tel point qu’elle en arrive à cette conclusion générale : « je sombrais dans la mélancolie ». Souffrant d’une insomnie chronique, elle note, dans une formule très impressionnante : « Je voyais les jours de l’année s’étaler devant moi comme une succession de boîtes blanches et étincelantes, et, entre chaque boîte, il y avait le sommeil, semblable à un voile noir. » On sent ici également, dans cette prose implacable, toute l’expérience littéraire de Sylvia Plath, auteur de multiples recueils de poésie. Son élaboration des symptômes de sa psychose est d’une stupéfiante lucidité, et la preuve d’une très grande intelligence.

Une « Montagne magique » impitoyable

Sylvia Plath, en écrivant La Cloche de détresse, a eu le courage des grands auteurs, qui ne laissent dans l’ombre aucun détail caractéristique, fût-il honteux ou dépréciatif pour eux. Au contraire, elle dit tout, jusqu’à ce que le livre fasse sens. D’où des scènes remarquables, racontées avec une espèce de froideur, comme sa visite sur la tombe de son père sous une pluie battante, où elle semble si fragile. Elle utilise aussi l’ironie, tentative pour mieux mettre en perspective ce passé récent très douloureux – qui finira d’ailleurs par la rattraper.

A lire aussi: Dégoût et des douleurs

La Cloche de détresse est à placer dans la même catégorie de romans que La Montagne magique de Thomas Mann, ou encore certains écrits autobiographiques de Thomas Bernhard ou de Fritz Zorn. Chez Sylvia Plath, cela se passe dans des asiles d’aliénés, et l’impression de révolte en est d’autant plus aiguë et touchante. Quand elle en sort, après des mois de claustration, elle évoque une « renaissance ». Aura-t-elle ressenti une même sensation de délivrance, dix ans plus tard, après avoir achevé ce roman impitoyable dans lequel elle déverse le trop-plein de son cœur ? Cela n’empêcha pas Sylvia Plath, en tout cas, juste après la parution de La Cloche de détresse, d’ouvrir le gaz…

Sylvia Plath, La Cloche de détresse. Préface de Jakuta Alikavazovic. Traduction de l’anglais révisée par Caroline Bouet. Éd. Denoël.

La Cloche de détresse

Price: ---

0 used & new available from

Algérie: en eaux troubles…

0
Image d'lillustration Unsplash

Décès de deux Franco-Marocains, tués par des gardes-côtes au large de l’Algérie: vers une affaire diplomatique?


Mardi 29 août, quatre hommes binationaux franco-marocains partis faire une balade en scooter des mers sur les rives de la mer Méditerranée s’égaraient au large de Saïdïa, station balnéaire marocaine frontalière de l’Algérie. Deux d’entre eux n’en reviendront pas. Pour l’heure, le Quai d’Orsay a confirmé l’un de ces deux décès, le deuxième jeune homme étant présumé mort et son corps disparu en mer. Un troisième homme, lui aussi binational, serait actuellement détenu par la police algérienne. Quant au dernier jeune homme, il a pu revenir à bon port et raconter les évènements.

De son nom Mohamed Qissi, il a répondu au média marocain Al-Omk : « Nous avons su que nous étions en Algérie, car un zodiac noir algérien est venu vers nous, il a commencé à zigzaguer comme s’il voulait nous renverser. Ils ont tiré sur nous. Dieu merci, je n’ai pas été touché, mais mon frère et mon ami, ils les ont tués. Ils ont arrêté mon autre ami. Ils ont bien vu qu’on était désarmés, mon petit frère a échangé avec eux et pourtant ils ont tiré ». L’homme affirme avoir réussi à s’enfuir. Son véhicule étant tombé en panne d’essence, il a dû le tracter à la nage avant d’être récupéré par la gendarmerie marocaine prévenue par les familles des disparus.

Cette histoire choquante n’en est probablement encore qu’à ses prolégomènes, les enquêtes policières de trois États différents s’entrechoquant dans un contexte diplomatique par ailleurs tendu ces derniers mois. Il s’agit d’un nouvel épisode déplorable et dramatique d’une forme de guerre froide à bas bruit entre le Maroc et l’Algérie. Le roi Mohamed VI a pourtant appelé de son côté à un apaisement et un « retour à la normale » malgré la rupture des relations diplomatiques lors de son discours de la fête du trône. Quant à la France, elle se retrouve aussi embarquée dans cette triste affaire, les victimes étant ses ressortissants.

Le ministère des Affaires étrangères ne s’est pas encore exprimé sur le fond de l’affaire, se contentant d’une sobre déclaration. «Le centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et nos ambassades au Maroc et en Algérie sont en contact étroit avec les familles de nos concitoyens, à qui nous apportons tout notre soutien», a ainsi affirmé le ministère dans un communiqué. Une position semblable à celle diffusée par l’Agence de presse marocaine qui a relayé l’ouverture d’une enquête par le Parquet d’Oujda qui entend « recueillir les informations nécessaires sur les circonstances dudit incident » ajoutant que « plusieurs personnes faisant partie des familles et entourages de ce groupe de jeunes (avaient) été auditionnées ». L’attitude des gouvernements français et marocains est prudente. C’est de bon aloi.

L’Algérie reste de son côté silencieuse, n’ayant communiqué aucune information. On se souvient pourtant que dans un tout autre contexte, celui des émeutes et l’affaire Nahel, le gouvernement algérien avait fait part de son « choc » et de sa « consternation », osant même rappeler à la France son « devoir de protection ». Pis, le ministère des Affaires étrangères algérien faisait carrément état sans attendre un commencement de preuve de  « circonstances particulièrement troublantes et préoccupantes » entourant l’intervention policière, jetant un peu plus d’huile sur le feu. Ils n’ont évidemment jamais appelé au calme leurs ressortissants qui s’illustraient durant les émeutes qui ont coûté plusieurs milliards d’euros aux Français et aux Françaises…

Il faudra être particulièrement vigilant quant aux suites de ce drame. Protéger ses frontières n’offre pas un permis de tuer. Que n’entendrait-on d’ailleurs pas si la France avait commis le dixième d’un tel acte… Les esprits s’échauffent d’ailleurs déjà sur les réseaux sociaux, témoignant d’une confrontation grandissante. Il va falloir calmer les esprits, ce ne sera pas chose facile.

Galanterie et sexisme: suis-je un prédateur sexuel qui s’ignore?

0
"Le Verrou" Jean Honoré Fragonard - Musée du Louvre D.R

L’autre jour, à l’Université, arrivé simultanément devant la même porte qu’une jeune collègue, je me suis effacé devant elle en faisant une aimable plaisanterie (du moins le croyais-je) sur le conflit de normes de civilité, entre position hiérarchique (qui me permet de passer devant elle) et galanterie (qui implique que je la laisse passer).


Aïe. Elle m’a répondu sèchement qu’en résumé la galanterie était une « forme de sexisme ». J’en suis resté un peu stupéfait et, pour le coup, sans voix. Voilà tant d’années que je m’efface devant les femmes qui m’accompagnent ou qui croisent mon chemin, sauf, comme on me l’a appris, pour entrer dans un café, ou pour monter un escalier par exemple. Il faut dire que la plupart du temps cela est vécu comme de la politesse ordinaire, ou parfois, selon le contexte, comme une simple marque d’attention. Mais là, de plus en plus, dans le contexte d’une cancel culture de plus en plus envahissante, je vois bien que ce geste de civilité tranquille est mal interprété, voir considéré comme le début d’une sorte de harcèlement.

A lire aussi, du même auteur: Nahel, figure identificatoire parfaite pour une jeunesse culturellement allogène?

J’avoue que tout cela m’a perturbé dans un premier temps. Ai-je fait fausse route pendant tout ce temps ? Et si tout ce que l’on m’avait appris n’était que le masque poli d’un mépris pour l’autre sexe, l’exercice d’une domination dissimulée ? Derrière mes apparences policées ne serais-je pas un harceleur policé, un prédateur qui s’ignore ? Et mes partenaires qui apprécient ce geste, des femmes ignoblement soumises, traîtresses à leur genre et tout droit sorties d’Histoire d’O ? J’ai emprunté deux chemins pour tenter de répondre à ces questions et calmer un peu mes angoisses.

Galanterie et pacification des mœurs

D’abord en faisant retour sur les normes de politesse entre les sexes qu’on appelle la « galanterie ». Ce terme, qui est devenu un gros mot pour certains, sert en fait à désigner historiquement (à l’époque de la Renaissance, période où la civilité moderne se met en place) les nouveaux rapports entre hommes et femmes d’une société qui se veut plus civilisée. Le Moyen âge qui précède est un moment où ces rapports sont d’une grande brutalité, l’homme se comportant, de façon légitime socialement, comme un prédateur sexuel, et la femme ne pouvant compter que sur la protection armée de sa famille. Le poids des hiérarchies sociales est tel que par exemple l’agression sexuelle commis par un maître sur une servante n’est pas véritablement considéré comme un viol ni même une violence. Ce que la galanterie reflète et instaure progressivement, c’est une pacification des relations entre les sexes. La grande nouveauté est que l’on demande à la femme si elle est d’accord… On s’expose enfin à son refus. La politesse se substitue à la violence. S’effacer devant une femme pour entrer dans un bâtiment, c’est lui reconnaître un statut privilégié et lui signifier son caractère précieux. Le rustre prend sans demander et passe devant, l’homme moderne, emprunt de civilité, demande et s’efface. Le tout culminera à la cour du Roi, où, si l’on en croit Laclos ou Casanova, le grand chroniqueur de son époque, les femmes mènent autant que les hommes le bal amoureux.

On pourrait soutenir, même si la thèse est un peu audacieuse, que le désir (désirer l’autre sexuellement dans une démarche d’empathie fantasmée), catégorie émergente à cette époque et qui se substitue à la pulsion, est peut-être né dans le giron de la galanterie et de ces nouveaux rapports plus symétriques entre hommes et femmes. Avec ce petit rappel historique, me voilà un peu rassuré, ma politesse est peut-être l’antithèse d’une violence. Elle porte un projet de société, plus pacifiée.

Harcèlement et défaite de la politesse

Mais du coup s’ouvre un deuxième chemin pour la réflexion. Je résume l’idée : et si, justement, l’effacement et la délégitimation de la galanterie étaient en partie responsables de l’éclosion actuelle du harcèlement sexuel ? La piste vaut la peine d’être suivie… Tous ces personnages publics qu’on désigne du doigt actuellement ont eu des comportements très en rupture avec les formes de politesses classiques, qui impliquent justement, comme toutes les autres formes de civilité, une distance entre les êtres. C’est de ne pas avoir été galants et de s’être comportés comme des brutes (même s’ils y ont mis les formes, et encore, pas toujours) qui les a conduits là. La galanterie aurait protégé leurs victimes. C’est sa défaite qui a conduit à leur brutalisation. Sans compter la présence sur notre sol de nombreuses cultures, peu enclines à s’effacer, où la galanterie relève encore d’un futur improbable. À suivre…

A lire aussi, Jeremy Stubbs: École: éducation à la sexualité ou au genre?

Je ne défends pas ici les bonnes vieilles traditions. Les manifestations du respect mutuel peuvent bien évoluer et ne passeront pas toujours par le fait de tenir la porte en s’effaçant aimablement. Mais les formes actuelles prises par le harcèlement sexuel montrent que les normes de la galanterie n’ont été remplacées par rien de tangible, et que l’individu moderne est laissé à lui-même, dans ce domaine comme dans d’autres. Tout redevient permis.

Je maintiens

En attente de nouvelles normes stables de respect mutuel entre les hommes et les femmes qui soient satisfaisantes, et sans doute pour le temps qui me reste à vivre, je choisis donc, malgré la remarque acerbe de ma jeune collègue (que je ne désespère pas de convaincre et à qui je dédie ce court billet) de continuer à être galant, contre vents et marées.

Cosa mostra

0
Alberto Barbera l'affirme : « Je défends la justice, pas la persécution. » Venise, 29 août 2023 © Pool Photo Events 02/IPA/SIPA

Stupeur dans la cité des doges. Tempête sur la lagune. Venise dans tous ses états. Et Casanova qui se tord de rire sous son linceul.


Imaginez un peu ! Alberto Barbera, le directeur artistique de la Mostra de Venise, l’une des plus prestigieuses manifestations cinématographiques au monde avec Cannes, Berlin et Hollywood, a le front d’accueillir parmi ses hôtes Luc Besson, Woody Allen et Roman Polanski. Outre leur talent pour le septième art, ces réalisateurs ont en partage d’avoir dû répondre au cours de leur vie de « comportements inappropriés », voire d’agressions sexuelles à l’encontre de femmes. Alors, fureur, hurlements horrifiés des croisées du féminisme. Barbera a beau faire valoir que la justice est passée, que rien n’a été retenu contre Besson et Allen et que, pour ce qui est de Polanski, la victime en personne, près d’un demi-siècle s’étant écoulé, considère l’affaire close et affirme même ne plus vouloir en entendre parler, rien n’y fait. Pour les gardiennes du temple des mille vertus, il faut absolument chasser de Venise ces « monstres », expurger de la planète cinéma ces criminels, ces dépravés, ces abjects résidus d’un fascisme patriarcal et sexuel qui n’a que trop sévi.

A lire aussi: Sandra Bullock devra-t-elle rendre son Oscar?

À ce propos, on se gardera de rappeler à ces dames que la Mostra elle-même est de création fasciste bon ton. On en doit l’initiative à l’illustre Giuseppe Volpi, comte de Misurata, franc-maçon encarté chez Mussolini dont, par ailleurs, il sera longtemps le très influent ministre des Finances. À l’époque, pour la plus haute récompense de la manifestation, on ne parlait pas de Lion d’Or, mais tout bonnement de « Coupe Mussolini ». En outre, encore aujourd’hui, la meilleure actrice et le meilleur acteur sont honorés de la « Coupe Volpi ». Est-ce possible ! Un trophée exhumé de ces heures si sombres ! Que fait la police des symboles ? Mais oui, nous éviterons de rappeler cette genèse légèrement malodorante de crainte que – au nom de l’implacable intersectionnalité des luttes – les cohortes autoproclamées anti fascistes ne viennent exiger non seulement l’exclusion du trio sus évoqué, mais la suppression même de la manifestation. Barbera fourbit une formule bien trouvée pour justifier son choix d’invités : « Je défends la justice, pas la persécution ». Par les temps qui courent, les petites mafias inquisitoriales s’en donnant à cœur joie, la pertinence de cette formule vaut probablement pour bien d’autres sujets.

A lire aussi: Et s’il ne fallait plus se coucher pour réussir ?

Symbolique intéressante : le 6 août 1932, en soirée, le premier film projeté dans le cadre du festival était le « Docteur Jekill et Myster Hyde » de Rouben Mamoulian. D’une certaine manière, cela revenait à poser d’emblée la question qui émerge  aujourd’hui avec cette actualité vénitienne et surtout notre trio d’invités. N’y a-t-il pas chez eux quelque chose de cette dualité, vaguement infernale il est vrai mais peut-être bien constitutive du ferment de leur créativité ? Autrement dit, les âmes lisses, les esprits simples et sains, sans travers ni aspérités, sont-ils fertiles ? Fertiles de ce type de fertilité, dirions-nous. Cela n’absout en rien les comportements des uns et des autres et la justice doit passer dans toute sa rigueur. Quels que soient les coupables. Mais dans ces cas précis – et pour tant d’autres tout au long de l’histoire culturelle de l’humanité – il reste l’œuvre. La chose produite. On sait bien que c’est une huître malade, dégénérée qui donne la perle. Quant à la pure merveille qu’est le vin d’Eyquem, c’est l’alchimie d’une pourriture automnale qui en est le secret. « Pourriture noble », certes, mais pourriture quand même. Allons comprendre…

A lire aussi: Dégoût et des douleurs

Petit motif de satisfaction pour nos activistes féministes, lors de l’édition inaugurale de 1932, le premier film italien programmé avait pour titre : « Les hommes, quels mufles ! ».

Une épopée francaise: Quand la France était la France

Price: ---

0 used & new available from

Blaise Pascal, la raison et la foi

0
Blaise Pascal, mrbre d’Augustin Pajou (1785), musée du Louvre, Paris. D.R.

Blaise Pascal est né voilà 400 ans. Ce génie absolu reste un mystère.


Blaise Pascal rend son âme à Dieu le 19 août 1662, à trente-neuf ans, brûlé par le travail et la foi. On entre dans sa chambre. On découvre des liasses de papiers qu’on n’ose appeler brouillons. Son écriture est quasi illisible. On déchiffre, on utilise des copies, on compare, travail de fourmi, délicat et imparfait. Ses proches proposent le titre de Pensées pour une éventuelle publication. Pour Les Provinciales, qui deviendront un long-seller, il n’existe aucune copie manuscrite des 18 lettres, seulement des plaquettes dont certaines auront des rééditions clandestines et modifiées. Le style de Pascal est cependant unique. Il faudra donc lire ce mathématicien génial en sachant que, jamais, nous ne parviendrons à la restitution entière de ses fulgurances littéraires, touchées par la grâce. Une seule certitude, justement : Pascal fut touché par la grâce. Il mène une vie de patachon, et puis tout à coup, c’est la grande brûlure divine qui le détourne du divertissement permanent.

Croire est raisonnable

Nous sommes le 23 novembre 1654 et le cœur de Pascal s’enflamme entre 10 heures du soir et minuit. Dieu existe, le Christ nous donne la clé universelle du paradis. Ébranlement absolu. La fièvre saisit le dévoyé. Vite, du papier ! Il faut écrire tout cela, frénétiquement, sans relâche, le temps lui est compté, il le pressent, car la passion consume les forces vives comme l’incendie la paille. Il prend une feuille de papier, consigne à sa manière, c’est-à-dire dans son style ardent, cette nuit de feu, qui deviendra « la nuit pascalienne », la glisse dans la doublure de son vêtement. Elle sera là, jusqu’à sa mort, pour rappeler que Dieu, seul, vaut que la vie terrestre soit vécue. Il faut faire le pari de son existence. Pascal parie sur l’éternité. C’est un être raisonnable, au fond.

A lire aussi, Patrick Mandon: Le divertissement d’un gentilhomme exilé

Pascal, que dit-il ? Nous sommes mortels, nous faisons tout pour chasser de notre esprit l’insoutenable vérité de notre condition. Nous fuyons la salutaire solitude, notre cœur est « creux et plein d’ordures », nous « sommes un cloaque d’incertitude et d’erreur », nous sommes bouffis d’orgueil, rongés par la paresse, la concupiscence nous égare. Pascal rappelle notre fragilité mais souligne que nous pensons. Et c’est là, précisément, le tour de force de ce savant. Il nous commande de lire la Bible. C’est vital, car nous sommes ignorants des principes de base. Nous sommes sous hypnose permanente. Vérifiez : prenez le métro, promenez-vous dans les rues de la capitale, branchez-vous sur les chaines d’info en continu. Le temps du réveil est venu. Ceux qui vont parier sur l’existence de Dieu, ce sont les athées car, eux, sont des joueurs. Les dévots ne jouent pas, ils sont enfermés dans leurs certitudes idéologiques. Pariez, mais pariez donc. Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien.

Un éternel moderne

Pascal invente en quelque sorte le plus-que-présent, que personne n’utilise. L’homme conjugue à tous les temps, en particulier le futur, mais pas à celui-là. Funeste erreur, nous dit Pascal, car, enfin, nous pourrions être heureux. Hélas, « le présent n’est jamais notre fin. » Pascal ajoute, rigoureux comme le mathématicien qu’il est : « le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

Nous ne vivons jamais, voilà la vérité. Vous êtes dubitatif ? Pourquoi alors sommes-nous les champions du monde de la consommation d’antidépresseurs ?

La force de ce scientifique hors du commun et de ce chrétien flamboyant aura été d’allier justement raison et foi. Croire est raisonnable. Il n’est ni trop croyant ni trop rationnel. Il se positionne entre ces deux infinis. Il rejette à la fois la superstition et le rationalisme poussés à l’extrême.

Le physicien théoricien ne peut ignorer que la science a conduit à Hiroshima ; comme le religieux ne peut ignorer les tueries de masse au nom de Dieu. Un homme, ça s’empêche, pour reprendre la phrase de Camus. L’absence de conscience ou « le dégoût du monde » ne doivent pas conduire à une décision sanguinaire. Pascal s’adresse à tous les hommes aveugles dans la nuit. Il reste néanmoins chez lui une part insondable de mystère. C’est pour cela que l’intérêt pour son œuvre ne faiblit pas. Il est un éternel moderne.