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Espagne: Pedro Sanchez plonge le pays dans le chaos

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Le pays n’en finit plus de se diviser sur le séparatisme catalan. Le Premier ministre socialiste combine avec les indépendantistes pour conserver sa place à Madrid.


Oubliée, la crise espagnole de 2017 n’a jamais été véritablement clôturée. Je vais d’ailleurs vous partager un souvenir. Présent à Barcelone pour un reportage quelques mois après l’organisation du référendum séparatiste menée par la coalition indépendantiste Junts pel si (Ensemble pour le oui), une jeune femme appelée Rachel m’avait alors confié : « Je suis pour le séparatisme catalan parce que l’Espagne est une construction réactionnaire au service du capitalisme. La Catalogne et Barcelone peuvent justement être un rempart contre des gens comme Abascal, qui gouvernent d’autres pays. Regardez Salvini en Italie ! Je parie que Vox finira aussi à accéder au pouvoir. Et ce jour-là, j’espère que la Catalogne sera un pays résistant à la montée de la vague brune en Europe ». Elle ajoutait même, sans comprendre que j’étais médusé, que pour elle, Manuel Valls, qui espérait intégrer la vie politique locale, incarnait « l’extrême droite, comme le Parti Populaire et Ciudadanos », accusant les membres de Vox d’être quant à eux des « phalangistes habillés en jeunes de bonnes familles » appartenant à un « parti fasciste et raciste ».

Les plaies non cicatrisées du nationalisme catalan

Contrairement à la France, l’Espagne est un pays où subsiste encore un clivage droite / gauche chimiquement pur, comme si se rejouait sans cesse dans les cœurs des Ibères la terrible guerre civile de 1936. Les plaies toujours béantes n’ont en définitive jamais véritablement cicatrisé, opposant deux Espagne l’une à l’autre, sans compter les régionalismes particulièrement puissants qui secouent le pays depuis plusieurs décennies. L’ethno-nationalisme catalan n’était pourtant pas le plus vif dans les années 1970 et 1980, devancé par la violence terroriste basque de l’ETA. Patiemment, les Catalans ont su capitaliser sur les faiblesses de l’Etat décentralisé espagnol, bénéficiant des largesses et des faiblesses madrilènes, pour réclamer toujours plus de concessions et d’accommodements « raisonnables », imposant notamment l’usage exclusif de la langue catalane dans un grand nombre d’institutions publiques.

Pedro Sanchez et Emmanuel Macron à l’Élysée, le 27 mai 2019.

Junts pel Si n’était d’ailleurs pas un mouvement uniquement de gauche ou d’extrême gauche ; il réunissait aussi des partis politiques allant de la droite libérale à l’ultra-gauche marxiste dont l’unique objectif était de séparer la Catalogne de l’Espagne traditionnelle honnie, incarnant pour eux la pesanteur monarchique bourbonnienne, le vieux et sombre monde du franquisme, des conquistadors, d’Isabelle la Catholique, des mises à mort de toros dans les arènes andalouses rougies du sang de la bête comme les toiles de Velasquez et les arabesques guitaristiques d’Albeniz. Il n’est d’ailleurs pas surprenant qu’au taureau, les Catalans préfèrent l’âne, animal têtu qui ne renonce pas. Carles Puigdemont, meneur des conjurés, a d’ailleurs un temps joué la partition habile de la rhétorique « décoloniale » et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

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Soutenus par des personnalités mondiales aussi diverses que Julian Assange, de nombreux partis eurosceptiques tels que l’UKIP de Nigel Farage ou encore Matteo Salvini à l’époque, sans oublier évidemment l’ensemble de l’extrême-gauche européenne qui voyait en eux les héritiers directs de la Seconde République espagnole, les continuateurs d’une œuvre émancipatrice, les séparatistes catalans ont opéré un authentique coup de force en organisant un référendum à l’inconstitutionnalité manifeste, rompant tous les engagements pris par les Espagnols, y compris les Catalans, lors de l’instauration de la Constitution de 1978, texte consensuel approuvé par référendum durant le processus de la Transition démocratique consécutif à la dissolution du régime anciennement dirigé par Franco.

Cette situation de guerre civile en gestation a même nécessité une intervention historique du roi Philippe VI qui a dû rappeler l’impératif de l’unité de la nation espagnole lors d’une allocution télévisée. Emblématique de cette période agitée, Carles Puigdemont a osé proclamer la sécession du territoire catalan, à la façon kosovare, sur la base du résultat du référendum interdit sur l’indépendance de la Catalogne. Il vit depuis à Bruxelles, poursuivi par la justice espagnole.

Pedro Sanchez réveille les fantômes pour se maintenir au pouvoir

Arrivé deuxième lors des élections législatives de juillet dernier, Pedro Sanchez a eu recours à un procédé inadmissible pour former une majorité et gagner le vote de confiance prévu ce jeudi 16 novembre. Ainsi, il fera passer une loi d’amnistie des indépendantistes catalans après avoir négocié un accord à Bruxelles avec les indépendantistes exilés, leur permettant de revenir en Espagne sans risquer de poursuites. Cela lui permettra donc de compter 179 sièges sur 176 pour obtenir une majorité parlementaire absolue avec le soutien des indépendantistes catalans et des nationalistes basques… Pis encore, Pedro Sanchez a accepté d’annuler 15 milliards d’euros de dette contractée par la Catalogne vis-à-vis de l’État après la crise financière de 2008 à la demande du parti de la Gauche républicaine de Catalogne, mais aussi d’encourager le retour des entreprises ayant déménagé leur siège social hors de la région en 2017, à l’image de la Caixa Bank, sur ordre d’Ensemble pour la Catalogne qui est le faux nez d’Ensemble pour le Oui à l’origine des évènements de l’année 2017.

Concentrant 16% de la population espagnole pour 20% du PIB, la Catalogne est un moteur industriel. Leur accorder une autonomie fiscale et financière, comme le veut Pedro Sanchez, réduira les ressources de l’État central et se fera au détriment des régions les plus pauvres, entrainant la création d’une Espagne à plusieurs vitesses. Drôle de politique de « gauche »… Tout cela courrouce fort logiquement une partie des Espagnols, singulièrement les conservateurs de droite, qui redoutent le retour de personnalités toujours désireuses de briser l’Espagne et de détruire la monarchie libérale sur laquelle s’est établie la concorde civile après le régime franquiste.

Ils ont manifesté dans plus de 52 villes, par centaines de milliers, réunis sous le drapeau sang et or espagnol. Considérée comme une forfaiture, l’opposition à la loi d’amnistie générale fait l’unanimité à droite. Une personnalité comme Santiago Abascal, président de Vox a indiqué devant le siège du Parti socialiste à Madrid : « Nous avons le devoir de résister à un gouvernement et à un tyran qui va obtenir son investiture grâce à tous les ennemis de l’Espagne. » Le tout est d’ailleurs intervenu après un attentat ayant visé d’une balle dans la tête Alejo Vidal-Quadras, l’un des fondateurs de Vox. L’Espagne est au bord du précipice…

«Les musulmans» n’étaient pas à la manif. Zohra Bitan, si

Notre infatigable contributrice était à la Marche contre l’antisémitisme. Les antisémites ont justifié leur absence à la va-comme-je-te-pousse. Zohra Bitan a illuminé les marcheurs de son patriotisme « normal ».


Les excuses classiques

Pour l’instant, l’antisémitisme est un délit, et il continuera de l’être, du moins tant que certains des nouveaux compagnons de route de LFI ne seront pas au pouvoir ! C’est pourquoi les amis de Jean-Luc Mélenchon doivent trouver un alibi à leur absence à la marche pour la République et contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023. Mais il n’est pas question de faire mauvaise impression aux islamistes, dont ils sont les idiots utiles. Pour les assurer de sa fidélité sans faille, Mélenchon a qualifié cette marche de manœuvre qui forcerait « tout le monde à s’aligner sur la position du gouvernement d’extrême droite israélien, en acceptant de manifester avec le RN [1]». Le RN est un peu élimé à force d’usage intensif, mais on ne change pas un épouvantail qui marche. Manuel Bompard a balancé un scud éculé : « Bien évidemment, quand il s’agit de combattre le racisme, l’antisémitisme (…) je suis toujours du côté de ceux qui luttent contre ces discriminations, mais il serait incongru de participer à une manifestation de cette nature en présence du Rassemblement national.[2] »

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Il est encore beaucoup plus incongru, quand on est toujours du côté de ceux qui luttent contre l’antisémitisme, d’aller manifester avec des partisans du Hamas, lequel a tué 1200 Juifs parce qu’ils étaient juifs, en a blessé plus de 5000 pour la même raison et en a kidnappé 250, âgés de 9 mois à 90 ans, dont on est sans nouvelle depuis un mois… non ?

Les circonvolutions de ceux qui sont mal à l’aise

Cette marche était l’occasion pour les musulmans de montrer la fausseté de l’accusation d’antisémitisme viscéral de l’islam qu’ont décrit Éric Zemmour et Georges Bensoussan. Le CFCM, conseil français du culte musulman ne mange pas de cette hostie-là. Son communiqué est clair : « Cette marche qui a comme objectif exclusif de dénoncer l’antisémitisme sans un mot sur l’islamophobie n’est malheureusement pas de nature à rassembler. Elle peut en outre être interprétée par les islamophobes comme un signe d’impunité.[3] » Le CFCM argue que « depuis le 7 octobre 2023, nous assistons à une recrudescence des actes et propos islamophobes et antisémites. De nombreuses mosquées de France et citoyens de confession musulmane ont fait l’objet de menaces directes. Un déferlement décomplexé de la haine des musulmans s’exprime également sur les réseaux sociaux et sur des médias de grande audience. »

En 2022, 436 actes antisémites avaient touché la communauté juive, pauvre de moins d’un demi-million d’âmes. « Près de 10% des actes antisémites sont des agressions physiques violentes, 14% d’entre elles ont été commises avec une arme (arme de poing, couteau, cutter, hache, ciseaux…) et pour la 13ème fois, depuis le début des années 2000, un nouvel homicide qualifié d’antisémite, où un homme de 89 ans de confession juive a été défenestré par son voisin, la mort d’un jeune homme juif percuté par un tramway en fuyant ses agresseurs, ainsi que l’assassinat d’un homme de confession juive tué à coups de hache.[4] » La même année, 188 actes islamophobes avaient effleuré la communauté des musulmans français, riche de plus de six millions de membres. Depuis le 7 octobre, 1159 actes antisémites ont été recensés sur le territoire français, en un mois, « trois fois plus d’événements antisémites connus que pour toute l’année 2022.[5] »

Non seulement la présidente de l’Assemblée nationale et le président du Sénat n’ont pas appelé à manifester contre l’islamophobie, ce qui est en soi une manifestation d’islamophobie, mais en plus, le CFCM a vu dans sa boule de cristal que ladite manif serait pleine « de racistes anti-musulmans déclarés et assumés[6] ».

182 000 Français et Zohra, et Zohra et Zohra

182 000 personnes ont manifesté en France, dont 105 000 dans la capitale. Des troisième âge, des quatrième âge, des avec enfants, d’autres avec bicyclette, des drapeaux français, des Marseillaise chantées en canon, des pancartes bricolées main… Les policiers sont souriants et détendus, ils plaisantent avec les marcheurs. Pas de cris, pas de violence, pas d’hostilité, pas de revendication, pas de service d’ordre, pas de black blocks, pas de vitrine cassée, pas de poing levé. Une rivière humaine des Invalides au Sénat, dont la queue démarrait quand la tête avait atteint l’arrivée, 8 kilomètres entre les deux.

Zohra Bitan marchait pour la République. Elle était venue avec des copains de la Licra et des amis « dont la plupart n’est même pas juive » remarque-t-elle en riant. Elle marchait avec ses compatriotes.

Elle s’est sentie bien, en sécurité. « Pas seulement physique, mais intellectuelle et morale. On retrouve l’unité d’un pays normal. Personne ne crie, personne n’est agressif. C’est la France Benetton. Si la gauche n’avait pas noyé ses valeurs dans le caniveau, j’aurais dit que je me sens entourée de 105 000 gens de gauche, dont je partage les valeurs de liberté, de tolérance, de générosité. Les manifestants sont comme devraient être, mais ne sont plus, les gens de gauche. Je me sens bien, j’ai l’impression d’être dans un monde normal, où les manifestants considèrent la patrie, la république, comme quelque chose de normal et en même temps précieux, qu’il faut protéger. Je me sens un élément d’un puzzle de 68 millions de pièces dont l’ensemble est le plus beau pays du monde. »

Alors, heureuse ? « Non.  Il y a très peu de jeunes », regrette-t-elle. « Ils défilent avec Mélenchon. C’est un vrai problème. On a eu tout faux avec eux. Ils ne se rendent pas compte qu’on manifeste pour qu’ils ne connaissent jamais l’obscurantisme, la dictature, la fabrication d’une haine de l’autre bâtie sur des préjugés. Si ces jeunes étaient un jour confrontés à ce qu’est réellement le nazisme, ils seraient horrifiés d’avoir servi de marchepied à sa nouvelle version. On veut leur passer le flambeau des Lumières, mais ils se détournent de nous, ils nous prennent pour des méchants et des racistes. Ils croient défendre les pauvres et les opprimés, alors qu’ils sont manipulés par les tenants d’une idéologie obscurantiste. »

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Que pense-t-elle de l’excuse du CFCM pour son absence ? « C’est une indignité totale. Si j’avais été leur président, j’aurais dit haut et fort que notre place était aux côtés de nos compatriotes juifs, qui subissent 70% des actes racistes alors qu’ils représentent à tout casser 0.5% de la population. Au lieu de ça, il invente un prétexte, il ne se positionne que par rapport aux Juifs, il met son petit bobo de rien du tout en avant. Pleurnicher est un métier, se prendre pour une victime est un concours. »

On rit de son enthousiasme, de ses formulations, de sa spontanéité. Pas étonnant que tous les Français l’adorent !  Euh, sauf ses coreligionnaires ? « Je me sens bien avec les gens, quels que soient leur religion, leur origine, leur métier, s’ils sont honnêtes, s’ils ne sont pas dans une schizophrénie identitaire. »

Une schizophrénie identitaire ? « Mes coreligionnaires s’excluent eux-mêmes d’une vie dont ils jouissent au quotidien. Ils ne peuvent pas avouer qu’ils trouvent du bon à l’Occident, parce que c’est incompatible avec leur islam. C’est quand même hallucinant de voir des gens fuir leur pays parce qu’ils n’y étaient pas libres ou n’avaient pas de quoi y vivre décemment, ou parce que l’idéologie leur pourrissait la vie et quand ils arrivent ici, ils pleurnichent pour se faire plaindre et font tout ce qu’ils peuvent pour importer l’idéologie que eux ou leurs parents ont fuie. Mais s’ils réussissent dans leur projet et qu’ils installent leur totalitarisme ici, alors ils seront de nouveau obligés de fuir ! C’est complètement fou, non ? »

Oups ! On comprend que tant de franchise lui vaille des inimitiés sévères. « Je me fiche d’être traître aux yeux de ces musulmans, du moment que je suis une compatriote de tous les Français. »

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[1] www.lemonde.fr/international/article/2023/10/10/guerre-israel-hamas-melenchon-est-un-ennemi-de-la-republique-estime-le-president-du-crif_6193518_3210.html

[2] www.huffingtonpost.fr/politique/article/marche-contre-l-antisemitisme-comment-melenchon-justifie-de-ne-pas-y-participer_225439.html

[3] https://cfcm-officiel.fr/communique-le-08-novembre-2023/

[4] www.spcj.org/les-chiffres-de-l-antis%C3%A9mitisme-2022-a

[5] www.publicsenat.fr/actualites/societe/1159-actes-antisemites-recenses-en-france-en-un-mois-annonce-gerald-darmanin#

[6] https://cfcm-officiel.fr/communique-le-08-novembre-2023/

L’inquisition nouvelle est en marche

De la convergence des luttes à la convergence des haines…


Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’âge d’or (si on peut s’exprimer ainsi) des bûchers de sorcellerie ne se situe pas au Moyen Âge – trop souvent considéré plus obscurantiste qu’il ne l’était en vérité – mais plus tard, entre la fin du XVème siècle et, peu ou prou, celle du XVIIème. Il faut ici citer Michelet : « Un gouvernement tout laïque, celui du grand Colbert (qui fut longtemps le vrai roi) ne cache pas son mépris pour ces vieilles questions. Il vide les prisons de sorciers qu’y entassait encore le Parlement de Rouen et défend aux tribunaux d’admettre l’accusation de sorcellerie (1672) ».

L’aberration mentale de ces procédures, de cette justice diabolique et de ces châtiments atroces fleurit donc à une époque d’intense développement intellectuel, culturel. Certes, on aurait spontanément un peu de mal à le croire, mais la folie inquisitoriale est contemporaine des Rabelais, Guillaume Budé, Théodore de Bèze, Michel de l’Hôpital, Montaigne, La Boétie, Boileau, Corneille, Molière, Pascal, Descartes, etc. J’en oublie, bien sûr.

Le démonologue – car « science » démonologique il y a, la débilité délirante ne manquant jamais une occasion de se hausser du col – Pierre de Rostéguy de Lancre qui mit à feu et à sang le Pays Basque dans l’année 1609 – environ quatre-vingt femmes réputées sorcières envoyées au bûcher sous son magistère en quatre mois, de mai à août – pouvait se flatter d’être par ailleurs homme d’esprit, conseiller au Parlement de Bordeaux, auteur d’ouvrages philosophiques et, cerise sur le cake empoisonné, parent par alliance de Michel de Montaigne. Avant lui, un Jean Bodin commit lui aussi de retentissants traités de démonologie et, en qualité d’expert en la matière, contribua sans sourciller à envoyer des dames au bûcher. Alors même qu’il compte parmi les têtes pensantes les plus estimables de son temps. En économie, il conçut avant tout le monde, par exemple, les effets de l’inflation. En science politique, là aussi en précurseur remarquable, il conceptualisa l’Etat de droit. Enfin, soucieux de tolérance religieuse (mais si…), il donna sur la fin de sa vie son fameux Colloquium Heptaplomeres où il fait intervenir sept sages de sept confessions différentes (Une sorte de syncrétisme en miroir inversé de celui réalisé par la terreur inquisitoriale, puisque les autorités catholiques, protestantes aussi bien que laïques s’y sont toutes adonnées avec ardeur).

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Cela n’empêchait nullement l’un et l’autre – Lancre et Bodin – de croire dur comme fer que des femmes, consumées de la fameuse furor uterinus (comme, sont-ils persuadés, elles le sont toutes) volent de sabbat en sabbat chevauchant des manches à balai à la symbolique sexuelle des plus parlantes et font profession, d’un seul regard en coin, de rendre impuissantes des populations entières de mâles.

Durant près de deux siècles cette fiente de l’esprit a régné, semant la terreur, faisant de la délation la « bonne action » quasi-quotidienne des braves gens, et du soupçon le pain ranci de chaque jour. 

Ces choses précisées afin que personne n’aille s’imaginer que le niveau culturel et intellectuel d’une société ou de ses élites suffirait à la mettre à l’abri des égarements, des ignominies, des monstruosités, des ravages que porte en elle la toute-puissance de l’irrationnel. L’Allemagne a produit, certes, Mozart et Kant, Hölderlin, Rilke et tant d’autres, mais aussi la triplette infernale Hitler, Goebbels et Goering… On pourrait aisément multiplier les exemples.

Cette toute puissance de l’irrationnel, dont la perversion inquisitoriale se goinfre, repose sur deux piliers : l’abolition du réel et la capacité infinie à se repaître, non pas d’une convergence des luttes – ce qui serait du domaine du rationnel – mais de la convergence des haines. Or quoi de plus bourrelé d’irrationnel que la haine ? Les faits objectivement observables, la réalité, ne sont plus rien. Seul le discours existe. Le délirant discours qui vise, justement, à tenir lieu de réalité. C’est ce à quoi on assiste aujourd’hui. Avec notamment la pure folie wokiste qui nie le réel, la matérialité du fait jusqu’à celui tout simple et entraînant pourtant consensus depuis l’aube des temps :  avoir ou n’avoir pas une zigounette entre les cuisses. Pour le wokiste éclairé, ce fait n’existe pas et le discours sur le genre est là pour tenir lieu de zigounette. Quant à la capacité de l’irrationnel à se muer en réceptacle de la convergence des haines, nous l’avons aussi aujourd’hui sous les yeux avec la déferlante anti-sémite de ces derniers jours. Le Juif exutoire de toutes les paranoïas rampantes ou avérées. Bouc émissaire comme jamais.

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Irrationnel, disais-je. Quand les LGBT+ s’associent aux manifestations de soutien à la Palestine, pour ne pas dire au Hamas, que font-ils sinon glorifier ceux-là mêmes qui les pendraient haut et court, les lapideraient s’ils les avaient sous la main ? Pire, que font-ils d’autre – surtout! – sinon cautionner le traitement barbare, inhumain réservé à leurs frères en sexualité dans ces contrées dont ils encensent les tyrans ?

Parfois, un acte manqué, ou quelque chose de ce style-là (comme dirait ce bon vieux Sigmund) nous arracherait presque un sourire. Ainsi, de Monsieur Mélenchon qui, dans sa virulente condamnation de la manifestation de ce dimanche, osa ces mots : « Sous prétexte d’anti-sémitisme ». Oui, j’avoue, un sourire m’a échappé, parce que sous cette minable saloperie il me semble avoir décelé un aveu glaçant. Cette expression-là et non une autre lui est venue sous la plume tout simplement parce qu’elle est éminemment présente à son esprit. En effet, pour ce qui est de lui, c’est bel et bien « sous prétexte » de soutien au peuple palestinien qu’il lâche sans vergogne la bonde à son antisémitisme, à son très irrationnel anti-sémitisme. Ainsi, de temps à autre, au détour d’une inadvertance, le réel finit tout de même par affleurer.

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La Passion de Dodin Bouffant: affûtez vos papilles!

La presse bien-pensante (i.e. de gauche) aurait préféré Justine Triet (Palme d’or à Cannes pour Anatomie d’une chute et qui, on s’en souvient, en a profité pour mordre la main de l’avance sur recettes qui nourrit le cinéma français « d’auteurs ») pour représenter la France aux Oscars — sans l’ombre d’une chance. En préférant La Passion de Dodin Bouffant, la Commission a misé sur un film magnifique de maîtrise, et 100% français dans ce que nous avons de plus noble — l’amour et la gastronomie. C’est du moins l’avis de notre chroniqueur, fin gourmet et amateur de tous les modes de consommation de la chair.


Pierre Gagnaire, conseiller culinaire du film, tient le petit rôle de l’officier de bouche qui invite Dodin et ses amis à un repas comme on en faisait au XIXe siècle — voir ceux qui sont rapportés dans le Dictionnaire de cuisine d’Alexandre Dumas. Trois services, huit heures à table. La tradition dans tout ce qu’elle a d’excessif.

Dodin et sa cuisinière (et maîtresse), Eugénie, sont à l’opposé de cette exaltation du quantitatif. Bien sûr, on mange beaucoup à la table de Dodin — mais jamais trop. Parce qu’on y mange bien.

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Les critiques de cinéma (une appellation certainement trop élogieuse pour des gens qui n’écrivent qu’en trempant leur souris dans l’idéologie woke la plus rance) de Télérama ou de France Info ont pris plaisir à descendre le film superbe de Trần Anh Hùng, tout en mordant dans leur MacDo ou en ingérant leur salade de quinoa. Juste par amour de Justine Triet qui a eu bien des malheurs. Tant pis, ils n’ont manifestement pas vu ce que le film de Trần Anh Hùng (qui depuis L’Odeur de la papaye verte, en 1993, a réalisé la très belle Ballade de l’impossible en 2010) apporte au spectateur d’enchantement à travers une image constamment maîtrisée — tout le film, pour des raisons que l’on vous explique, se passe entre un perpétuel été et un automne enchanté — et une direction d’acteurs impeccable et implacable : pensez, Benoît Magimel joue bien. Quant à Juliette Binoche, elle est au-dessus même des éloges — avec des courbes de hanches qui évoquent invinciblement la poire confite du dessert que lui a préparé Dodin. Car lorsque le gastronome se met aux fourneaux, il est à deux doigts d’inventer la cuisine moderne : il réalise un velouté de petits pois dont j’ai senti le velours passer sur ma langue pendant la projection.


Le cinéma français avait déjà produit, avec Délicieux (2021 — il fait partie de ces films que le confinement a partiellement tués), une ode à la gastronomie la plus juste. Cette fois-ci, à partir d’un roman suisse de 1924 de Marcel Rouff, La Vie et la Passion de Dodin-Bouffant gourmet (que je vous conseille de lire, ça vient de reparaître chez La République des Lettres) qui évoque plus ou moins Curnonsky, « Prince des gastronomes », Trần Anh Hùng compose le portrait d’un jouisseur de la plus fine espèce, celle qui privilégie le produit plutôt que sa transformation.

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Je ne vous dévoilerai rien de ce qui arrive à Eugénie, cuisinière irremplaçable — et de ce qui s’ensuit. Dodin est la proie de ce que saint Augustin (que le film cite avec bonheur, il fallait s’y attendre) appelait la libido sentiendi, cette jouissance des sens, l’amour et la nourriture au premier chef, que l’Eglise condamne fermement mais que le diable encourage. C’est un film délicieux, dont on sort comblé, comme si l’on avait passé 134 minutes à déguster ce que l’art culinaire a de plus savant et de plus délicat.

Marcel Rouff, La Vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet, 1924, réédition La République des Lettres, novembre 2023, 256 p.

«Une sorte de nazi»: France Inter et l’hiver de l’humour

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À France inter, la blague à connotation raciste de Guillaume Meurice sur le Premier ministre israélien ne lui a valu qu’un « avertissement ». Hier soir, on s’attendait à une explication pour son retour derrière le micro. Il n’en a rien été.


À la faveur d’une actualité sanglante, un soi-disant « humoriste » de France Inter s’est flatté, dimanche 29 octobre, de faire passer Benjamin Netanyahou pour « une sorte de nazi sans prépuce ». Au mépris des victimes du massacre du 7 octobre et de ses dramatiques conséquences de part et d’autre ; accessoirement, au mépris des commentateurs qui, quoique d’opinions divergentes, s’efforcent de peser leurs mots.

Les curieuses explications de Charline

Au bout d’une semaine, Guillaume Meurice s’est vu notifier par la présidence de Radio France un avertissement, lequel sanctionne non pas tant le propos que son refus de le regretter. Il a annoncé qu’il le contesterait en justice. Ce qu’il ne fera pas, sauf à vouloir se renverser le vase de nuit sur la tête. Pour sa défense, Meurice s’est réclamé de « l’esprit Charlie ». Sans toucher le bénéfice escompté. Le rédacteur en chef de Charlie-Hebdo a rétorqué que « l’esprit Charlie n’est pas une poubelle qu’on sort pour y jeter ses cochonneries ».

On s’attendait à une explication pendant l’émission du dimanche 12 novembre. Il n’en a rien été. Son animatrice, Charline Vanhoenacker, commence par déplorer les intimidations et menaces de mort visant leurs personnes et la liberté d’expression. Puis, elle reconnaît le trouble qu’a provoqué le propos chez ses coéquipiers. Certains ont été blessés ou choqués, d’autres ont ri, d’autres encore ont regretté d’avoir ri. Tous ont réfléchi. Tant et si bien, dit-elle, que « nous avons surmonté nos divergences ». Mais pour en conclure quoi ? On aurait voulu savoir, on ne le saura pas !

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Écouter cette émission d’une heure trente en direct, sans public « pour des raisons de sécurité », est un supplice. Atmosphère de cirque, chroniques niaiseuses, rires, tapages et applaudissements forcés : tout est simulacre. Quand c’est au tour de Meurice de prendre la parole, on s’efforce de tendre l’oreille. Celui-ci fait sentir qu’il jouit de la sympathie des uns, ces auditeurs qui lui apportent leur soutien, et qu’il attise la haine des autres qui lui souhaitent de « crever ».

Ce n’est pas l’auteur du propos sujet à polémique qui s’exprime, mais à l’en croire sa première et plus apitoyante victime : Meurice en personne.

À l’occasion de son tour de passe-passe, aussi convenu dans cette atmosphère de cirque qu’un numéro de prestidigitation, il en rajoute une louche. « J’ai conscience d’avoir choqué, dit-il, en comparant un fasciste à un nazi. » En studio, personne ne lui rappelle qu’il a comparé un Juif à un nazi.

Tant qu’à se dérober, autant faire porter le chapeau à d’autres, en l’occurrence ses « bons Juifs » à lui. Politiquement des siens. C’est ainsi qu’il tend le micro au représentant d’un obscur « collectif » nommé Tsedeck, à peine cinq mois d’existence, qui entend lutter contre « le racisme d’État en France » et militer « pour la fin de l’apartheid et de l’occupation en Israël-Palestine ». Ce propos enregistré occupe les deux tiers de sa chronique ; Meurice ne pouvait se défiler plus prestement. 

Il reste à examiner l’étron dont Meurice nie la puanteur. Et son contexte.

Cet incident « de trop » met en cause la conduite d’une radio publique qui prétend au beurre, une information équilibrée, en même temps qu’à l’argent du beurre, le gain d’audience tiré de sa « fabrique de l’humour ».  

Ainsi, c’est sur le boulevard ouvert par le Grand Journal de Canal Plus, modèle de raillerie et d’entre-soi, que la radio publique a lancé sa politique d’info-divertissement. Au motif, expliquait sa directrice, Laurence Bloch, que pour livrer « la chronique d’une époque », il était « indispensable d’avoir une bande d’yeux et d’oreilles très acérés ». Têtes d’affiche : Charline Vanhoenacker et Guillaume Meurice. « Inter est une chaîne qui porte des valeurs progressistes, ajoutait Laurence Bloch (…) qui porte attention à l’autre. » (Propos rapportés par Sandrine Blanchard, Le Monde, 8 janvier 2018). 

Mortelle Adèle

Lasse de l’empire de ses bouffons, la station s’est ressaisie à la rentrée. À l’initiative de sa nouvelle directrice, Adèle Van Reeth, la grille a été remodelée. Priée de renoncer à sa quotidienne, Charline Vanhoenacker a dû se replier sur une émission hebdomadaire, le dimanche de 18h à 20h. À ses côtés, Guillaume Meurice. Interrogé (France-Inter, 19 décembre 2019) par ses collègues sur sa méthode de travail, Meurice se défendait de « taper » sur qui que ce soit. On cible, disait-il, « les failles de raisonnement et de logique dans le discours, mais pas les gens ». On ne voit pas sur quelle « faille de raisonnement » il a choisi de taper en représentant Netanyahou en « une sorte de nazi sans prépuce ».

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Que signifie l’image ? Qu’en somme, Netanyahou est le monstre des monstres : à la fois « une sorte » de Juif qui, accusé d’imiter les nazis, trahit les Juifs, et « une sorte » de nazi qui, étant circoncis, tromperait les nazis.

Ce n’est pas tant le mot « prépuce » que la préposition « sans » qui mérite examen. Meurice aurait pu dire : « une sorte de nazi circoncis ». Non, il a voulu être concret, clinique : « sans prépuce ». Pour indiquer un manque. Et laisser s’ouvrir l’abîme d’une confusion dont l’antisémite le moins éveillé ferait son miel. Corrélée à « nazi », la formule « sans prépuce » est pétrie dans la pâte de l’image-choc.

   1. Meurice s’acharne à une heure critique de l’histoire d’Israël sur un homme qui, contesté par ses compatriotes, n’en demeure pas moins en première ligne en tant que chef d’un gouvernement, hétéroclite et défaillant, mais issu d’un scrutin régulier.

   2. Il n’hésite pas se comporter comme n’importe quel « sniper » des cloaques sociaux en usant de la position qu’il occupe à France Inter. Indirectement mais spectaculairement, il jette le déshonneur sur « la première radio d’actualité généraliste et culturelle ».

   3. Il n’a pas idée de l’origine et de la valeur de la circoncision chez les Juifs. À la suite d’une parole tombée du ciel, elle est depuis le temps d’Abraham le signe de l’Alliance qu’ont acceptée les Hébreux et que, par délégation, chaque génération de parents transmet à ses enfants. C’est un témoignage de gratitude et, par-dessus tout, le sceau d’une relation de confiance qui ne peut être à la portée de « l’hommerie » que par une certaine connivence avec le symbolique.

Ce rappel excitera la raillerie de Meurice. Vrai pitre, faux humoriste.

La différence entre le Messie et le plombier, dit une blague juive, c’est que le Messie, on est sûr qu’il viendra un jour. La différence entre le Meurice d’avant et le Meurice d’après, c’est que, s’agissant de celui-ci, on aurait voulu être sûr qu’il ne reviendra pas.

Hélas, il est venu, il vient, il reviendra. Car voilà une dizaine d’années que Meurice s’est alloué les pleins pouvoirs dus à l’humoriste, et le privilège d’immunité qui va avec, comme Napoléon s’était autocouronné empereur. On peut bien discuter la validité d’une information. En revanche, l’humoriste nous interdit de contester son commentaire. Il va de soi qu’il personnifie la liberté d’expression. Ce serait le stigmatiser. Par la faute d’un contradicteur qui, lui ayant fait l’offense de ne pas rire, ne peut être qu’un imprécateur d’extrême-droite comparable à un nazi.

Dans ces conditions, on se demande où, c’est là son antienne favorite, Charline Vanhoenacker trouve le culot, aujourd’hui encore, d’associer sa conception de l’humour à « une prise de risque » quand le plus grand risque à courir est d’écoper d’un cruel « avertissement ».

Derrière le succès de la Marche, une France désunie

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Antisémitisme: ce renoncement à nommer l’ennemi qui tue, de peur d’irriter des cités d’immigration, dit tout de la pleutrerie qui perdure, selon notre chroniqueur.


C’est une France fictivement unie qui a marché silencieusement, hier, contre l’antisémitisme. Certes, les responsables politiques, qui ouvraient la manifestation, rassemblaient la gauche et la droite de gouvernement. Toutefois, ces « élites » s’égareraient à se croire redevenues fédératrices, au vu du succès apparent de la mobilisation citoyenne (plus de 100 000 personnes à Paris, plus de 80 000 dans 70 autres villes).

Foule majoritairement blanche et âgée

En réalité, ces chiffres sont en deçà des protestations contre la profanation du cimetière juif de Carpentras de 1990, ou contre les attentats islamistes du 13 novembre 2015, il y a tout juste huit ans. La foule de dimanche, majoritairement blanche et plutôt âgée, a pu corriger, par sa dignité muette, la bassesse bavarde des querelles politicardes sur qui devait ou non être là. Reste que ce sont bien les politiques menées depuis quarante ans par ceux qui plastronnaient en tête de cortège, qui ont mis la nation ouverte dans cet état de fragilité extrême. L’absence du chef de l’État a illustré la fracture identitaire qui interdit à Emmanuel Macron de choisir son camp.  Dans une « lettre », publiée dans Le Parisien Dimanche, le président n’a eu de cesse d’appeler à « l’unité des Français », en refusant de qualifier la source islamiste du nouvel antisémitisme : une précaution reprise ce lundi matin sur Europe 1 par Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée et coorganisatrice avec le président du Sénat, Gérard Larcher, du rassemblement. Or, ce renoncement à nommer l’ennemi qui tue, de peur d’irriter des cités d’immigration, dit tout de la pleutrerie qui perdure.

En même temps capitulard

Derrière l’unité de façade d’une classe politique agonisante, qui avait relégué le RN en queue de cortège, se laisse voir ce que j’ai appelé « deux France irréconciliables ». Car, outre l’absence de Macron perdu dans son « en même temps » capitulard, il faut noter celles de l’extrême gauche et des autorités musulmanes, rétives à dénoncer l’islamisme et son terrorisme judéophobe.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a expliqué « comprendre la réticence des musulmans de France à défiler (…) aux côtés de racistes antimusulmans déclarés et assumés » : un prétexte pour ne pas avoir à porter un regard critique sur des textes sacrés qui, pris à la lettre, appellent à tuer Juifs et mécréants. Pour sa part, l’imam Hassen Chalghoumi, un des rares musulmans à avoir appelé à « venir en force » se joindre à la marche, a du renoncer à son projet après des menaces venues de la Tunisie. Il y avait certes, sous les drapeaux de la Kabylie, mon ami Ferhat Mehenni, président de la Kabylie libre, mais lui et ses amis, qui ont fui une Algérie islamisée, tiennent justement l’islam dans la seule sphère de la laïcité.

Les Français musulmans présents n’ont pas choisi de se faire identifier, sauf une exception que j’ai notée, par des pancartes. Plutôt que la banderole : « La République contre l’antisémitisme », il serait souhaitable de voir apparaître désormais : « La France contre l’islamisme ». Rêvons…

La communauté réduite aux aguets

Depuis cinquante ans, les programmes scolaires, Libération, les historiens atterrants, tous les orphelins des lendemains qui chantent, nostalgiques du plan B, remettent des pièces dans les machines à insurrection, repentance, l’auto-flagellation permanente de l’Occident maléfique. Ils abattent les derniers murs porteurs de la République. Le Graal, c’est la destruction de l’État et de la nation : on y arrive.


« Saül répondit : Je suis dans une grande détresse : les Philistins me font la guerre, et Dieu s’est retiré de moi ; il ne m’a répondu ni par les prophètes ni par des songes. Et je t’ai appelé pour que tu me fasses connaître ce que je dois faire » (I Samuel 28 :15).

Après les barricades de poubelles pour les retraites, les feux de l’amour des cailleras, la guerre de Gaza fracture le pays. Le vent mauvais se lève dans les banlieues. Manifester contre l’antisémitisme donne des sueurs froides aux révolutionnaires. Les masques tombent, les secousses se multiplient, ça sent le soufre… Bientôt Pompéi ? La Montagne Pelée ? Notre histoire nationale ne manque, ni de séquences noires (Guerre de Cent ans, guerres de religions, l’Occupation), ni de politiques médiocres et impuissants. La nouveauté, c’est l’impasse, impair et manque, le sentiment (n’est ce qu’un sentiment ?) d’être dans une nasse, pris en étau entre des fanatiques, partisans du chaos et les imbéciles, hors sol, au pouvoir.

Les insoumis sont à l’Hamas

Rien de nouveau à l’extrême-gauche, éclairée, progressiste, humaniste, pacifiste… Après Lénine, Staline, Trotski, Castro, Mao, Pol Pot, Khomeini, elle comprend et défend le Hamas et ses éventreurs de femmes enceintes. L’Hamascarade et l’aveuglement permanent. Le gauchisme (maladie sénile du communisme) se Dieudonise sur France Inter, ses comiques du service public et leurs blagues hilarantes : Hitler et le prépuce de Netanyahou. Dans Rouge, en 1972, Edwy Plenel (alias de Joseph Krasny) défendait inconditionnellement, Septembre Noir, légitimant l’assassinat de onze athlètes israéliens.

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Les « événements », les « années de braise » : le retour. La « violence légitime » accouche de l’histoire avec une grande H. La raison dialectique, les puissances d’abstraction et de mort fascinaient Sartre. « Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ». Camus condamne le fanatisme, les terroristes sophistes : « Nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes des justes ». En juin 1950, Breton essayait de sauver l’écrivain Záviš Kalandra (résistant, déporté à Ravensbrück, torturé puis pendu par la Sécurité intérieure tchèque). Ignoble, Eluard ironise : « J’ai trop à faire des innocents qui clament leur innocence, pour me préoccuper des coupables qui clament leur culpabilité ». Le poète peaufine son Ode à Staline qui dissipe le malheur : « La confiance est le fruit de son cerveau d’amour ». Finie la liberté sur les cahiers d’écolier. Le Parti et Les Dieux ont soif.

La variante moderne des agités du bocal, c’est le wokisme qui éteint les Lumières et l’universel. Au programme : 1984, la vérité alternative, l’hallu finale, « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force » (Orwell). Les talibans du monde d’après, damnés de l’atterre, écrasent les armées blanches, réécrivent le passé selon leur idée de la vertu avec leurs mensonges. La littérature, les statues sont déboulonnées, recalibrées, retouchées comme les photos officielles au fil des liquidations. Rachel Garrido a pris un carton jaune en voulant purger pépé. La génération Z exige des aveux… Damnatio memoriæ, abolitio nominis. Au feu les livres pernicieux : les blasphémateurs sont lynchés sur les réseaux sociaux.

Intellectuel: un métier en tension

Depuis cinquante ans, les programmes scolaires, Libération, les historiens atterrants, tous les orphelins des lendemains qui chantent, nostalgiques du plan B, remettent des pièces dans les machines à insurrection, repentance, l’auto-flagellation permanente de l’Occident maléfique. Ils abattent les derniers murs porteurs de la République. Après la colonisation, la rente mémorielle des « dé-coloniaux », nouveau fardeau de l’Homme blanc. Le Graal, c’est la destruction de l’Etat et de la nation : on y arrive.

Gardien de la conscience, debout face à l’Histoire, devant les hommes, Dominique de Villepin, porte des « exigences de responsabilité » pour le Moyen-Orient. « La diplomatie, c’est d’être capable, au fond du tunnel, d’imaginer qu’une lumière est possible »… Surtout dans la bande de Gaza. Jacques Attali est raccord pour une solution à deux Etats : « Elle n’a jamais été réaliste, mais c’est la seule possible ». Jacquou le Croquant est cash : « Oui je suis un écoterroriste ; si j’avais 20 ans, je serais encore plus radical ». Toutologue, Philippulus des dystopies, il prévoit le retour vers le futur, la météo de la veille. Ah, si tous les CEO du monde voulaient bien se donner la main !

Pierre Ouzoulias (sénateur communiste des Hauts-de-Seine) fait dans le romain, le grandiose, l’Empyrée pour tous : « La République française doit redevenir savante, en édifiant dans tous ses recoins des lieux de connaissance, propices au rayonnement de nos villages, de nos quartiers populaires et de nos villes… L’université doit être un nouvel horizon d’attente de l’utopie républicaine ». (Le Monde, 7 novembre). Le hic, c’est l’analphabétisation, le fanatisme, les slogans antisémites qui se multiplient avec les campus. Pour tout bagage ils ont 20 ans, deux slogans, trois mots valises : Et moi et moi et moi, pluriel, diversité, rébellion-illusion… L’union étudiante de Cambridge déprogramme l’Oratorio de Haendel, Saül (premier roi d’Israël), en raison de la « situation politique sensible au Proche-Orient ». Quand les arguments s’effritent, les positions se durcissent.

La Farce d’Action Républicaine 

Contre la chienlit, les incendiaires de bibliothèques et mairies, Elisabeth Borne veut « réaffirmer l’autorité ». Captain Marvel dégaine « l’ordre républicain ». Plus fort que les karchers : les FAR (Force d’action républicaine), CIV (Comité interministériel des villes), EPIDE (Établissements pour l’insertion dans l’emploi), les stages de responsabilité parentale, l’amende pour non-respect du couvre-feu qui passe à 750 euros. La peur (républicaine) va changer de camp. SPQR : « Savoir Prêcher les Quintaux de Renoncements ».

A lire aussi, Yvonne Guégan: L’École Alsacienne est-elle vraiment inaccessible? 

La dé-civilisation touche la fine fleur de l’élite française, les épées formées à l’Ecole Alsacienne et Sciences-Po. Gabriel Attal accuse Juan Branco de l’avoir harcelé au collège : une querelle de fille emmenée au cinéma, d’homophobie. Juan Vergès accuse le vengeur masqué d’être ambitieux, d’instrumentaliser ses relations amoureuses pour se propulser au sommet. Tic et Tac, Spirou contre Zantafio…

L’apaisement n’est pas pour demain. Sur TikTok, Instagram, X, des légions de Lotophages, Fifi brin d’osier oligophrènes, règlent leurs comptes dans des pugilats hystériques et dérisoires. Rien ne vaut rien ! C’est mon droit ! Balance ton quoi ! L’âne d’Apulée se frotte à celui de Buridan. L’abêtissement général finira par accoucher de la tyrannie.

« Il faut du théâtre, des rites, des cérémonies d’écriture pour faire exister un État, lui donner forme, en faire une fiction animée […]. On n’a jamais vu, on ne verra jamais, une société vivre et se gouverner sans scénario fondateur, sans narrations totémiques, sans musiques, sans chorégraphies… sans préceptes et sans interdits » (Pierre Legendre, Le Visage de la main, 2018).

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Il faut défiler, même avec les bonimenteurs du Bien

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Je l’avoue, je me sens un peu incommodée de manifester avec tous ces Tartuffes qui n’ont cessé de calomnier leurs contradicteurs. Mais j’irai, et sans pince à linge sur le nez.


Arrêtons de parler de sujets qui font voler les assiettes comme la guerre de Gaza, parce qu’aujourd’hui, c’est la journée de l’unité, c’est le président qui le dit. C’est la journée de l’antisémitisme et on est tous contre. C’est bien le problème. Il y a des salauds qui brisent ce grand moment de concorde en prétendant y participer. Les dirigeants du RN veulent défiler avec les autres. On en est là : le Rassemblement national veut combattre l’antisémitisme. Tout fout le camp !

On a donc assisté toute la semaine à un impayable revival des années 90, presque toute la classe politique tordant le nez à l’idée de défiler avec le parti de Marine Le Pen, dont on sait bien que c’est la même que son père. D’ailleurs si elle l’a viré, c’est pour mieux nous tromper, la fourbe.

C’est à celui qui sera le plus offusqué

Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, partis mardi sur la ligne « pas d’exclusive », conforme à la volonté présidentielle de ne plus combattre « l’extrême droite avec des arguments moraux », tiennent moins de 24 heures. Le lendemain, Olivier Véran ouvre la danse, affirmant le RN n’a pas sa place dans cette marche – et signifiant implicitement que les « insoumis », en revanche, sont les bienvenus. Il vaut mieux avoir tort avec l’extrême gauche que raison avec l’extrême droite.

Dans la foulée, de la macronie aux « insoumis », élus et chefs à plumes font assaut de vocalises sur le thème « Je ne défile pas avec le RN ». Sans oublier le CRIF qui n’a toujours pas compris qu’il n’est pas le parti des juifs et qu’on se fiche de ses consignes de vote. Curieusement, ce chœur de vierges outragées oublie Zemmour, pourtant érigé en diable numéro un pendant la campagne – et qui a naturellement appelé ses troupes à défiler. Y aurait-il des limites au ridicule ?

A lire aussi, du même auteur : N’oublions pas leurs noms

Dans ce brouhaha d’héroïsme de plateau, nul n’entend les sages propos de Serge Klasrsfeld, Pierre-Henri Tavoillot et même, il faut le saluer, de Pierre Moscovici. C’est à celui qui sera le plus offusqué. Le combat contre l’antisémitisme étant un excellent portage pour l’exhibition de vertu, ses actions montent en flèche à la bourse des bonnes causes. Même Mélenchon risque quelques trémolos.

La semaine s’achève en apothéose avec l’interview, dimanche, de Marine Tondelier par Ali Baddou qui, le week-end, fait du France Inter au carré sur France Inter1. Dans un numéro qui ressemble à un sketch de Raymond Devos, la patronne des Verts explique aux deux matinaliers énamourés qu’elle aurait aimé que la marche soit un grand moment d’unité mais que ce n’est pas possible… parce que le RN et Jordan Bardella ont annoncé leur venue. Ce qui brise l’unité c’est que Marine Le Pen se rallie à une cause nationale. Ce qui les enrage le plus, c’est que, sans même en faire des tonnes, l’intéressée refuse le rôle qui lui est assigné par le petit théâtre politique qui donne la même pièce depuis des lustres. N’en déplaise aux estomacs délicats, pour une manifestation comme celle d’aujourd’hui, il n’y a pas d’invitation. C’est comme à un enterrement : qui veut vient. Au lieu de s’agenouiller et de demander pardon, les élus du Rassemblement national défileront comme les autres. Ils ont bien raison.

En conséquence, les amusants résistants qui adorent papoter avec Médine marcheront, précise Tondelier, derrière une banderole dénonçant tous les racismes, métaphore à deux tonnes du cordon sanitaire. « On fait en sorte, avec le reste de la gauche, de garantir un cadre sain », ose-t-elle, sans susciter la moindre réaction des deux endormis. Le RN est une maladie qu’il convient de traiter. Ce que les partis convenables s’emploient à faire depuis quarante ans avec le succès que l’on sait.

Marine Tondelier débattait avec le rappeur Médine, fin août au Havre, malgré le tweet à connotation antisémite adressé à Rachel Kahn quelques jours plus tôt © ISA HARSIN/SIPA

Un aveuglement sidérant

Depuis plusieurs décennies, ils ont, par leurs bêlements immigrationnistes, favorisé l’islamisation de nombreux quartiers et la montée subséquente d’un antisémitisme et d’une homophobie décomplexés.  Et pourtant, j’irai manifester avec eux.

Peut-être qu’au début beaucoup croyaient sincèrement que la bête immonde allait se réveiller en blonde. Après Merah, Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, le 13-novembre et tant de morts du djhadisme sur le sol européen, leur aveuglement sidère. Reconnaître qu’ils se sont trompés serait sans doute douloureux. Nous payons tous le prix de ce déni qui nous a désarmés. Politiquement et intellectuellement.

A relire, Elisabeth Lévy: Gérard Miller, les Juifs et ma boussole morale

Nous ne sondons pas les reins et les cœurs. Si l’antisémitisme d’extrême droite perdure chez des individus, il ne s’affiche pas sur la place publique et ne casse pas la gueule aux gamins porteurs de kippa. Il ne se drape pas dans le drapeau palestinien. Obsédés par l’antisémitisme d’hier, les bonimenteurs du Bien ont refusé de voir celui d’aujourd’hui et insulté ceux qui le voyaient. Comme l’a écrit Eddy Royer dans Causeur, le sage montre l’islamisme et l’idiot regarde l’extrême droite. Pour un plat de lentilles électoral, ils se sont alliés avec le seul parti qui joue ouvertement avec la haine des juifs.

Et toute honte bue, ils continuent à faire leurs chochottes !

Je l’avoue, je me sens un peu incommodée de manifester avec tous ces Tartuffes qui n’ont cessé de calomnier leurs contradicteurs. Mais j’irai, et sans pince à linge sur le nez. Parce qu’il y aura des milliers de mes compatriotes de toutes origines qui refusent de laisser le pays à des petites frappes malfaisantes. 

Reste une question à laquelle le pavé parisien n’apportera pas de réponse. Le président promet de « ramener l’antisémitisme à la seule place qui doit être la sienne : devant les tribunaux et derrière les barreaux ». On aimerait savoir comment il compte le désimplanter des cerveaux.


  1. https://www.youtube.com/watch?v=57RjVCwBJpc ↩︎

Tiens, voilà du Boudard!

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En publiant des chroniques du Grand Alphonse parues entre 1959 et 1999 dans diverses revues, du Monde à Playboy, Le Dilettante nous fait du gringue. Armez-vous absolument de ce recueil pour passer le week-end du 11 novembre !


Pas d’armistice pour Alphonse Boudard (1925-2000) ! On fanfaronne, on argotise, on se fait encore plus mariole qu’à l’accoutumée, mais, à vrai dire, on est tout chose à la lecture de ces chroniques. Un peu K.O. Le cœur en miettes. Revigoré par cette prose chaloupée et, en même temps, seul, désespérément seul depuis que l’enfant des Gobelins a tiré le rideau. Derrière la fesse glandilleuse, au tréfonds des culs-de-basse-fosse, dans l’œil d’une sous-maîtresse, au zinc avec des fraiseurs de l’usine Panhard, à l’hosto les poumons troués, sur une barricade du Boul’mich, devant le nid d’aigle, le jour de l’enterrement de sa maman, encadré par deux cognes ou durant la campagne d’Alsace, le zig nous impressionne. Quand des types de son calibre affichent un tel pedigree, on ne moufte pas. On ne la ramène pas avec nos petits diplômes et nos références littéraires. Alors, par gloriole, par pudeur aussi, on se réfugie derrière la langue drue des Apaches, les vannes de comptoir et l’insolence morveuse des petits gars du XIIIème arrondissement, le vieux Paris lambrissé et l’accordéon qui mélancolise dans l’arrière-salle, les putains qui arpentent le macadam en se déhanchant excessivement, tout ce cirque-là, c’est juste pour masquer notre émotion.

Ça secoue !

Parce qu’avec Alphonse, on a appris l’Histoire de France, des claques et de la Libération de Paris, de Juin 1940 à Pivot, de Marthe Richard à Petiot, de Manouche à Jo Privat, de Villon à la Ferdine, du roi René à la Tour Montlhéry, du Prix Renaudot aux ors de l’Institut, toute la lyre en somme, le défilé des affreux, des embastillés, des souffreteux, des estropiés, des délirants, des névropathes et des libidineux. Tout y passe. Dominique Gaultier, l’âme du Dilettante, a bien raison de parler de « bonheurs inespérés ». Ces bonheurs sont regroupés dans le recueil qui porte le titre prophétique de Merde à l’an 2000.

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Quel voyage, mes amis ! J’en suis encore tout secoué. On en prend plein les mirettes, on apprécie d’abord le fond caverneux, la mouise persifleuse, les coups du sort à répétition, la déveine, le biribi des réfractaires, on ne file pas d’un cocktail à une mondanité, d’un colloque soliloquant à une tribune bavarde, on s’arsouille dans des coins pas possibles, on est à terre, comme si tous les clampins du monde se donnaient la main. Jolie farandole du désespoir et de la noirceur humaine. Chez d’autres auteurs moins inspirés et commercialement plus vils, cette spirale de la débâcle tournerait à la victimisation, aux larmes ou à la repentance, voire à la résilience. Boudard ne tend pas la sébile pour se faire aimer des médiocres. Il a entendu assez de balles siffler dans sa carrière marloupine pour ne pas mettre un genou à terre. Il se tient debout. Il a appris à écrire sous le magistère des Pieds Nickelés, la meilleure école d’une narration chaotique et fantastiquement drôle. Plus c’est glauque, plus c’est « sans issue », plus c’est foutu, meilleure est la langue. Car, ne vous y trompez pas, chez ce résistant-marlou ou ce voyou-lettré, ce sensible de première bourre qui vous arrache le cœur dans Mourir d’enfance sans les violons chouineurs, les mots valsent, la phrase gouleyante en appelle une autre qui en appelle une autre, ça cascade, ça ne s’arrêtera plus. Les mots sortent naturellement de son encrier. Ils jaillissent et viennent se nicher dans votre cortex, sans forceps, sans vaseline. Des malfaisants, des jaloux sans talent, ont raillé cette veine populiste-artilleuse, osant le traiter parfois de sous-Céline, dans le genre priapique à l’humour troufion. Ces penseurs à vue basse ont disparu depuis longtemps des bibliothèques, mêmes les bouquinistes n’en veulent plus, alors que les aficionados d’Alphonse, sans presque aucun relais médiatique, dans le silence méphitique de l’Université, portent son flambeau et sa bonne parole.

A lire ensuite: Jean-Paul Rouve: acteur raté à succès

Sorte de Cioran hilarant

« Qu’importe si je suis catalogué Béotien, vulgaire plumitif sans profondeur métaphysique » écrit-il, avec un mélange d’orgueil et de lucidité, il dame le pion aux Ulmiens et aux khâgneux vengeurs. Nous, ses disciples, l’élevons en chair, le consacrons Béotien Premier, roi du divertissement, empereur du récit imagé, Rabelais n’est pas loin, une sorte de Cioran hilarant, avec une absence de sérieux qui confine à la gravité. Dans ce recueil, émouvant, didactique, foisonnant, déconnant, mariant la mauvaise foi et une sincérité déchirante, administrant un bras d’honneur à l’attention de tous les pissefroids de l’édition, on retrouve toutes les stèles de son existence : Brassens, Hardellet, Giono, Lino, Carco, Gen Paul, Audiard, Simonin, Cendrars, Marcel Aymé, la Môme, Fallet, Antonin Magne, des considérations sur l’amour tarifé, les geôles françaises, le sanatorium, le cinoche et les juges. Gardons en tête cette maxime digne du Cardinal de Retz : « L’engagement met l’intelligence en sommeil ».    

Merde à l’an 2000 de Alphonse Boudard – Le Dilettante

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N’oublions pas leurs noms

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N’oublions pas nos huit otages retenus par les terroristes du Hamas


Toute la France devrait connaître leurs noms et leurs visages. Cela fait trente-six jours que Tamir Adar (38 ans), Yafa Adar (85 ans), Noam Avigdori (12 ans), Erez Kalderon (12 ans), Sahar Kalderon (16 ans), Ofer Kalderon (53 ans), Mia Schem (21 ans), Elia Toledano (27 ans), sont otages du Hamas – cette liste a été établie en croisant les informations parues dans les médias et le recensement effectué par BringThemHomeNow, mis à jour à mesure que l’on identifie des corps.

« Une vie vaut une vie », écrit le président dans sa lettre aux Français – attribuant curieusement ce principe biblique à la Déclaration des Droits de l’Homme. On dirait que la nation ne se sent pas très concernée par le destin de ces compatriotes que l’irruption de brigades de la mort a arrachés à une soirée de fête ou à un dîner familial. Pire, leurs visages sont devenus pour certains abrutis qui confondent la cause palestinienne avec la haine des juifs (et sont en train d’installer durablement cette confusion dans de nombreux esprits) le symbole de « l’oppression israélienne ».

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Ils les arrachent fièrement, pensant, comme l’inénarrable Sophie Pommier, ex-collaboratrice du Quai d’Orsay, accomplir un courageux acte de résistance en outrageant la photo « d’un bébé-otage »[1]. Ils insultent ouvertement certaines victimes et pleurnichent ensuite sur le deux poids-deux mesures dont les Palestiniens seraient victimes.

Tout le monde a le cœur serré pour les victimes de Gaza, les familles forcées de tout quitter, les enfances enfuies dans la peur. Évidemment. Encore faut-il rappeler que ces existences ont été délibérément sacrifiées par les chefs du Hamas exactement comme celles des habitants de Mossoul et Falloujah, par ceux de Daech. Aujourd’hui les dirigeants israéliens, comme hier ceux de la Coalition anti-Daech, considèrent que l’enjeu est vital, autrement dit, qu’ils n’ont pas le choix, en dépit du prix en vies humaines. C’est insupportable et inévitable. Cette équation implacable est la définition d’une tragédie.



[1] Cette expression a été employée par Guillaume Erner dans une excellente humeur du matin. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-humeur-du-matin-par-guillaume-erner/l-humeur-du-jour-emission-du-vendredi-10-novembre-2023-4764680

Espagne: Pedro Sanchez plonge le pays dans le chaos

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Le leader nationaliste espagnol Santiago Abascal (Vox) manifeste à Barcelone contre le projet de loi d'amnistie en faveur des indépendantistes catalans, 8 octobre 2023 © Matthias Oesterle/Shutterstock/SIPA

Le pays n’en finit plus de se diviser sur le séparatisme catalan. Le Premier ministre socialiste combine avec les indépendantistes pour conserver sa place à Madrid.


Oubliée, la crise espagnole de 2017 n’a jamais été véritablement clôturée. Je vais d’ailleurs vous partager un souvenir. Présent à Barcelone pour un reportage quelques mois après l’organisation du référendum séparatiste menée par la coalition indépendantiste Junts pel si (Ensemble pour le oui), une jeune femme appelée Rachel m’avait alors confié : « Je suis pour le séparatisme catalan parce que l’Espagne est une construction réactionnaire au service du capitalisme. La Catalogne et Barcelone peuvent justement être un rempart contre des gens comme Abascal, qui gouvernent d’autres pays. Regardez Salvini en Italie ! Je parie que Vox finira aussi à accéder au pouvoir. Et ce jour-là, j’espère que la Catalogne sera un pays résistant à la montée de la vague brune en Europe ». Elle ajoutait même, sans comprendre que j’étais médusé, que pour elle, Manuel Valls, qui espérait intégrer la vie politique locale, incarnait « l’extrême droite, comme le Parti Populaire et Ciudadanos », accusant les membres de Vox d’être quant à eux des « phalangistes habillés en jeunes de bonnes familles » appartenant à un « parti fasciste et raciste ».

Les plaies non cicatrisées du nationalisme catalan

Contrairement à la France, l’Espagne est un pays où subsiste encore un clivage droite / gauche chimiquement pur, comme si se rejouait sans cesse dans les cœurs des Ibères la terrible guerre civile de 1936. Les plaies toujours béantes n’ont en définitive jamais véritablement cicatrisé, opposant deux Espagne l’une à l’autre, sans compter les régionalismes particulièrement puissants qui secouent le pays depuis plusieurs décennies. L’ethno-nationalisme catalan n’était pourtant pas le plus vif dans les années 1970 et 1980, devancé par la violence terroriste basque de l’ETA. Patiemment, les Catalans ont su capitaliser sur les faiblesses de l’Etat décentralisé espagnol, bénéficiant des largesses et des faiblesses madrilènes, pour réclamer toujours plus de concessions et d’accommodements « raisonnables », imposant notamment l’usage exclusif de la langue catalane dans un grand nombre d’institutions publiques.

Pedro Sanchez et Emmanuel Macron à l’Élysée, le 27 mai 2019.

Junts pel Si n’était d’ailleurs pas un mouvement uniquement de gauche ou d’extrême gauche ; il réunissait aussi des partis politiques allant de la droite libérale à l’ultra-gauche marxiste dont l’unique objectif était de séparer la Catalogne de l’Espagne traditionnelle honnie, incarnant pour eux la pesanteur monarchique bourbonnienne, le vieux et sombre monde du franquisme, des conquistadors, d’Isabelle la Catholique, des mises à mort de toros dans les arènes andalouses rougies du sang de la bête comme les toiles de Velasquez et les arabesques guitaristiques d’Albeniz. Il n’est d’ailleurs pas surprenant qu’au taureau, les Catalans préfèrent l’âne, animal têtu qui ne renonce pas. Carles Puigdemont, meneur des conjurés, a d’ailleurs un temps joué la partition habile de la rhétorique « décoloniale » et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

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Soutenus par des personnalités mondiales aussi diverses que Julian Assange, de nombreux partis eurosceptiques tels que l’UKIP de Nigel Farage ou encore Matteo Salvini à l’époque, sans oublier évidemment l’ensemble de l’extrême-gauche européenne qui voyait en eux les héritiers directs de la Seconde République espagnole, les continuateurs d’une œuvre émancipatrice, les séparatistes catalans ont opéré un authentique coup de force en organisant un référendum à l’inconstitutionnalité manifeste, rompant tous les engagements pris par les Espagnols, y compris les Catalans, lors de l’instauration de la Constitution de 1978, texte consensuel approuvé par référendum durant le processus de la Transition démocratique consécutif à la dissolution du régime anciennement dirigé par Franco.

Cette situation de guerre civile en gestation a même nécessité une intervention historique du roi Philippe VI qui a dû rappeler l’impératif de l’unité de la nation espagnole lors d’une allocution télévisée. Emblématique de cette période agitée, Carles Puigdemont a osé proclamer la sécession du territoire catalan, à la façon kosovare, sur la base du résultat du référendum interdit sur l’indépendance de la Catalogne. Il vit depuis à Bruxelles, poursuivi par la justice espagnole.

Pedro Sanchez réveille les fantômes pour se maintenir au pouvoir

Arrivé deuxième lors des élections législatives de juillet dernier, Pedro Sanchez a eu recours à un procédé inadmissible pour former une majorité et gagner le vote de confiance prévu ce jeudi 16 novembre. Ainsi, il fera passer une loi d’amnistie des indépendantistes catalans après avoir négocié un accord à Bruxelles avec les indépendantistes exilés, leur permettant de revenir en Espagne sans risquer de poursuites. Cela lui permettra donc de compter 179 sièges sur 176 pour obtenir une majorité parlementaire absolue avec le soutien des indépendantistes catalans et des nationalistes basques… Pis encore, Pedro Sanchez a accepté d’annuler 15 milliards d’euros de dette contractée par la Catalogne vis-à-vis de l’État après la crise financière de 2008 à la demande du parti de la Gauche républicaine de Catalogne, mais aussi d’encourager le retour des entreprises ayant déménagé leur siège social hors de la région en 2017, à l’image de la Caixa Bank, sur ordre d’Ensemble pour la Catalogne qui est le faux nez d’Ensemble pour le Oui à l’origine des évènements de l’année 2017.

Concentrant 16% de la population espagnole pour 20% du PIB, la Catalogne est un moteur industriel. Leur accorder une autonomie fiscale et financière, comme le veut Pedro Sanchez, réduira les ressources de l’État central et se fera au détriment des régions les plus pauvres, entrainant la création d’une Espagne à plusieurs vitesses. Drôle de politique de « gauche »… Tout cela courrouce fort logiquement une partie des Espagnols, singulièrement les conservateurs de droite, qui redoutent le retour de personnalités toujours désireuses de briser l’Espagne et de détruire la monarchie libérale sur laquelle s’est établie la concorde civile après le régime franquiste.

Ils ont manifesté dans plus de 52 villes, par centaines de milliers, réunis sous le drapeau sang et or espagnol. Considérée comme une forfaiture, l’opposition à la loi d’amnistie générale fait l’unanimité à droite. Une personnalité comme Santiago Abascal, président de Vox a indiqué devant le siège du Parti socialiste à Madrid : « Nous avons le devoir de résister à un gouvernement et à un tyran qui va obtenir son investiture grâce à tous les ennemis de l’Espagne. » Le tout est d’ailleurs intervenu après un attentat ayant visé d’une balle dans la tête Alejo Vidal-Quadras, l’un des fondateurs de Vox. L’Espagne est au bord du précipice…

«Les musulmans» n’étaient pas à la manif. Zohra Bitan, si

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Marche contre l'antisémitisme, Paris, 12 novembre 2023 © THOMAS HUBERT/SIPA

Notre infatigable contributrice était à la Marche contre l’antisémitisme. Les antisémites ont justifié leur absence à la va-comme-je-te-pousse. Zohra Bitan a illuminé les marcheurs de son patriotisme « normal ».


Les excuses classiques

Pour l’instant, l’antisémitisme est un délit, et il continuera de l’être, du moins tant que certains des nouveaux compagnons de route de LFI ne seront pas au pouvoir ! C’est pourquoi les amis de Jean-Luc Mélenchon doivent trouver un alibi à leur absence à la marche pour la République et contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023. Mais il n’est pas question de faire mauvaise impression aux islamistes, dont ils sont les idiots utiles. Pour les assurer de sa fidélité sans faille, Mélenchon a qualifié cette marche de manœuvre qui forcerait « tout le monde à s’aligner sur la position du gouvernement d’extrême droite israélien, en acceptant de manifester avec le RN [1]». Le RN est un peu élimé à force d’usage intensif, mais on ne change pas un épouvantail qui marche. Manuel Bompard a balancé un scud éculé : « Bien évidemment, quand il s’agit de combattre le racisme, l’antisémitisme (…) je suis toujours du côté de ceux qui luttent contre ces discriminations, mais il serait incongru de participer à une manifestation de cette nature en présence du Rassemblement national.[2] »

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Il est encore beaucoup plus incongru, quand on est toujours du côté de ceux qui luttent contre l’antisémitisme, d’aller manifester avec des partisans du Hamas, lequel a tué 1200 Juifs parce qu’ils étaient juifs, en a blessé plus de 5000 pour la même raison et en a kidnappé 250, âgés de 9 mois à 90 ans, dont on est sans nouvelle depuis un mois… non ?

Les circonvolutions de ceux qui sont mal à l’aise

Cette marche était l’occasion pour les musulmans de montrer la fausseté de l’accusation d’antisémitisme viscéral de l’islam qu’ont décrit Éric Zemmour et Georges Bensoussan. Le CFCM, conseil français du culte musulman ne mange pas de cette hostie-là. Son communiqué est clair : « Cette marche qui a comme objectif exclusif de dénoncer l’antisémitisme sans un mot sur l’islamophobie n’est malheureusement pas de nature à rassembler. Elle peut en outre être interprétée par les islamophobes comme un signe d’impunité.[3] » Le CFCM argue que « depuis le 7 octobre 2023, nous assistons à une recrudescence des actes et propos islamophobes et antisémites. De nombreuses mosquées de France et citoyens de confession musulmane ont fait l’objet de menaces directes. Un déferlement décomplexé de la haine des musulmans s’exprime également sur les réseaux sociaux et sur des médias de grande audience. »

En 2022, 436 actes antisémites avaient touché la communauté juive, pauvre de moins d’un demi-million d’âmes. « Près de 10% des actes antisémites sont des agressions physiques violentes, 14% d’entre elles ont été commises avec une arme (arme de poing, couteau, cutter, hache, ciseaux…) et pour la 13ème fois, depuis le début des années 2000, un nouvel homicide qualifié d’antisémite, où un homme de 89 ans de confession juive a été défenestré par son voisin, la mort d’un jeune homme juif percuté par un tramway en fuyant ses agresseurs, ainsi que l’assassinat d’un homme de confession juive tué à coups de hache.[4] » La même année, 188 actes islamophobes avaient effleuré la communauté des musulmans français, riche de plus de six millions de membres. Depuis le 7 octobre, 1159 actes antisémites ont été recensés sur le territoire français, en un mois, « trois fois plus d’événements antisémites connus que pour toute l’année 2022.[5] »

Non seulement la présidente de l’Assemblée nationale et le président du Sénat n’ont pas appelé à manifester contre l’islamophobie, ce qui est en soi une manifestation d’islamophobie, mais en plus, le CFCM a vu dans sa boule de cristal que ladite manif serait pleine « de racistes anti-musulmans déclarés et assumés[6] ».

182 000 Français et Zohra, et Zohra et Zohra

182 000 personnes ont manifesté en France, dont 105 000 dans la capitale. Des troisième âge, des quatrième âge, des avec enfants, d’autres avec bicyclette, des drapeaux français, des Marseillaise chantées en canon, des pancartes bricolées main… Les policiers sont souriants et détendus, ils plaisantent avec les marcheurs. Pas de cris, pas de violence, pas d’hostilité, pas de revendication, pas de service d’ordre, pas de black blocks, pas de vitrine cassée, pas de poing levé. Une rivière humaine des Invalides au Sénat, dont la queue démarrait quand la tête avait atteint l’arrivée, 8 kilomètres entre les deux.

Zohra Bitan marchait pour la République. Elle était venue avec des copains de la Licra et des amis « dont la plupart n’est même pas juive » remarque-t-elle en riant. Elle marchait avec ses compatriotes.

Elle s’est sentie bien, en sécurité. « Pas seulement physique, mais intellectuelle et morale. On retrouve l’unité d’un pays normal. Personne ne crie, personne n’est agressif. C’est la France Benetton. Si la gauche n’avait pas noyé ses valeurs dans le caniveau, j’aurais dit que je me sens entourée de 105 000 gens de gauche, dont je partage les valeurs de liberté, de tolérance, de générosité. Les manifestants sont comme devraient être, mais ne sont plus, les gens de gauche. Je me sens bien, j’ai l’impression d’être dans un monde normal, où les manifestants considèrent la patrie, la république, comme quelque chose de normal et en même temps précieux, qu’il faut protéger. Je me sens un élément d’un puzzle de 68 millions de pièces dont l’ensemble est le plus beau pays du monde. »

Alors, heureuse ? « Non.  Il y a très peu de jeunes », regrette-t-elle. « Ils défilent avec Mélenchon. C’est un vrai problème. On a eu tout faux avec eux. Ils ne se rendent pas compte qu’on manifeste pour qu’ils ne connaissent jamais l’obscurantisme, la dictature, la fabrication d’une haine de l’autre bâtie sur des préjugés. Si ces jeunes étaient un jour confrontés à ce qu’est réellement le nazisme, ils seraient horrifiés d’avoir servi de marchepied à sa nouvelle version. On veut leur passer le flambeau des Lumières, mais ils se détournent de nous, ils nous prennent pour des méchants et des racistes. Ils croient défendre les pauvres et les opprimés, alors qu’ils sont manipulés par les tenants d’une idéologie obscurantiste. »

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Que pense-t-elle de l’excuse du CFCM pour son absence ? « C’est une indignité totale. Si j’avais été leur président, j’aurais dit haut et fort que notre place était aux côtés de nos compatriotes juifs, qui subissent 70% des actes racistes alors qu’ils représentent à tout casser 0.5% de la population. Au lieu de ça, il invente un prétexte, il ne se positionne que par rapport aux Juifs, il met son petit bobo de rien du tout en avant. Pleurnicher est un métier, se prendre pour une victime est un concours. »

On rit de son enthousiasme, de ses formulations, de sa spontanéité. Pas étonnant que tous les Français l’adorent !  Euh, sauf ses coreligionnaires ? « Je me sens bien avec les gens, quels que soient leur religion, leur origine, leur métier, s’ils sont honnêtes, s’ils ne sont pas dans une schizophrénie identitaire. »

Une schizophrénie identitaire ? « Mes coreligionnaires s’excluent eux-mêmes d’une vie dont ils jouissent au quotidien. Ils ne peuvent pas avouer qu’ils trouvent du bon à l’Occident, parce que c’est incompatible avec leur islam. C’est quand même hallucinant de voir des gens fuir leur pays parce qu’ils n’y étaient pas libres ou n’avaient pas de quoi y vivre décemment, ou parce que l’idéologie leur pourrissait la vie et quand ils arrivent ici, ils pleurnichent pour se faire plaindre et font tout ce qu’ils peuvent pour importer l’idéologie que eux ou leurs parents ont fuie. Mais s’ils réussissent dans leur projet et qu’ils installent leur totalitarisme ici, alors ils seront de nouveau obligés de fuir ! C’est complètement fou, non ? »

Oups ! On comprend que tant de franchise lui vaille des inimitiés sévères. « Je me fiche d’être traître aux yeux de ces musulmans, du moment que je suis une compatriote de tous les Français. »

Zohra Bitan Une Grande Gueule made in France

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[1] www.lemonde.fr/international/article/2023/10/10/guerre-israel-hamas-melenchon-est-un-ennemi-de-la-republique-estime-le-president-du-crif_6193518_3210.html

[2] www.huffingtonpost.fr/politique/article/marche-contre-l-antisemitisme-comment-melenchon-justifie-de-ne-pas-y-participer_225439.html

[3] https://cfcm-officiel.fr/communique-le-08-novembre-2023/

[4] www.spcj.org/les-chiffres-de-l-antis%C3%A9mitisme-2022-a

[5] www.publicsenat.fr/actualites/societe/1159-actes-antisemites-recenses-en-france-en-un-mois-annonce-gerald-darmanin#

[6] https://cfcm-officiel.fr/communique-le-08-novembre-2023/

L’inquisition nouvelle est en marche

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Image d'illustration Unsplash

De la convergence des luttes à la convergence des haines…


Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’âge d’or (si on peut s’exprimer ainsi) des bûchers de sorcellerie ne se situe pas au Moyen Âge – trop souvent considéré plus obscurantiste qu’il ne l’était en vérité – mais plus tard, entre la fin du XVème siècle et, peu ou prou, celle du XVIIème. Il faut ici citer Michelet : « Un gouvernement tout laïque, celui du grand Colbert (qui fut longtemps le vrai roi) ne cache pas son mépris pour ces vieilles questions. Il vide les prisons de sorciers qu’y entassait encore le Parlement de Rouen et défend aux tribunaux d’admettre l’accusation de sorcellerie (1672) ».

L’aberration mentale de ces procédures, de cette justice diabolique et de ces châtiments atroces fleurit donc à une époque d’intense développement intellectuel, culturel. Certes, on aurait spontanément un peu de mal à le croire, mais la folie inquisitoriale est contemporaine des Rabelais, Guillaume Budé, Théodore de Bèze, Michel de l’Hôpital, Montaigne, La Boétie, Boileau, Corneille, Molière, Pascal, Descartes, etc. J’en oublie, bien sûr.

Le démonologue – car « science » démonologique il y a, la débilité délirante ne manquant jamais une occasion de se hausser du col – Pierre de Rostéguy de Lancre qui mit à feu et à sang le Pays Basque dans l’année 1609 – environ quatre-vingt femmes réputées sorcières envoyées au bûcher sous son magistère en quatre mois, de mai à août – pouvait se flatter d’être par ailleurs homme d’esprit, conseiller au Parlement de Bordeaux, auteur d’ouvrages philosophiques et, cerise sur le cake empoisonné, parent par alliance de Michel de Montaigne. Avant lui, un Jean Bodin commit lui aussi de retentissants traités de démonologie et, en qualité d’expert en la matière, contribua sans sourciller à envoyer des dames au bûcher. Alors même qu’il compte parmi les têtes pensantes les plus estimables de son temps. En économie, il conçut avant tout le monde, par exemple, les effets de l’inflation. En science politique, là aussi en précurseur remarquable, il conceptualisa l’Etat de droit. Enfin, soucieux de tolérance religieuse (mais si…), il donna sur la fin de sa vie son fameux Colloquium Heptaplomeres où il fait intervenir sept sages de sept confessions différentes (Une sorte de syncrétisme en miroir inversé de celui réalisé par la terreur inquisitoriale, puisque les autorités catholiques, protestantes aussi bien que laïques s’y sont toutes adonnées avec ardeur).

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Cela n’empêchait nullement l’un et l’autre – Lancre et Bodin – de croire dur comme fer que des femmes, consumées de la fameuse furor uterinus (comme, sont-ils persuadés, elles le sont toutes) volent de sabbat en sabbat chevauchant des manches à balai à la symbolique sexuelle des plus parlantes et font profession, d’un seul regard en coin, de rendre impuissantes des populations entières de mâles.

Durant près de deux siècles cette fiente de l’esprit a régné, semant la terreur, faisant de la délation la « bonne action » quasi-quotidienne des braves gens, et du soupçon le pain ranci de chaque jour. 

Ces choses précisées afin que personne n’aille s’imaginer que le niveau culturel et intellectuel d’une société ou de ses élites suffirait à la mettre à l’abri des égarements, des ignominies, des monstruosités, des ravages que porte en elle la toute-puissance de l’irrationnel. L’Allemagne a produit, certes, Mozart et Kant, Hölderlin, Rilke et tant d’autres, mais aussi la triplette infernale Hitler, Goebbels et Goering… On pourrait aisément multiplier les exemples.

Cette toute puissance de l’irrationnel, dont la perversion inquisitoriale se goinfre, repose sur deux piliers : l’abolition du réel et la capacité infinie à se repaître, non pas d’une convergence des luttes – ce qui serait du domaine du rationnel – mais de la convergence des haines. Or quoi de plus bourrelé d’irrationnel que la haine ? Les faits objectivement observables, la réalité, ne sont plus rien. Seul le discours existe. Le délirant discours qui vise, justement, à tenir lieu de réalité. C’est ce à quoi on assiste aujourd’hui. Avec notamment la pure folie wokiste qui nie le réel, la matérialité du fait jusqu’à celui tout simple et entraînant pourtant consensus depuis l’aube des temps :  avoir ou n’avoir pas une zigounette entre les cuisses. Pour le wokiste éclairé, ce fait n’existe pas et le discours sur le genre est là pour tenir lieu de zigounette. Quant à la capacité de l’irrationnel à se muer en réceptacle de la convergence des haines, nous l’avons aussi aujourd’hui sous les yeux avec la déferlante anti-sémite de ces derniers jours. Le Juif exutoire de toutes les paranoïas rampantes ou avérées. Bouc émissaire comme jamais.

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Irrationnel, disais-je. Quand les LGBT+ s’associent aux manifestations de soutien à la Palestine, pour ne pas dire au Hamas, que font-ils sinon glorifier ceux-là mêmes qui les pendraient haut et court, les lapideraient s’ils les avaient sous la main ? Pire, que font-ils d’autre – surtout! – sinon cautionner le traitement barbare, inhumain réservé à leurs frères en sexualité dans ces contrées dont ils encensent les tyrans ?

Parfois, un acte manqué, ou quelque chose de ce style-là (comme dirait ce bon vieux Sigmund) nous arracherait presque un sourire. Ainsi, de Monsieur Mélenchon qui, dans sa virulente condamnation de la manifestation de ce dimanche, osa ces mots : « Sous prétexte d’anti-sémitisme ». Oui, j’avoue, un sourire m’a échappé, parce que sous cette minable saloperie il me semble avoir décelé un aveu glaçant. Cette expression-là et non une autre lui est venue sous la plume tout simplement parce qu’elle est éminemment présente à son esprit. En effet, pour ce qui est de lui, c’est bel et bien « sous prétexte » de soutien au peuple palestinien qu’il lâche sans vergogne la bonde à son antisémitisme, à son très irrationnel anti-sémitisme. Ainsi, de temps à autre, au détour d’une inadvertance, le réel finit tout de même par affleurer.

Le Bûcher des Sorcières, de notre contributeur, ressort ces jours-ci aux éditions Pygmalion.

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La Passion de Dodin Bouffant: affûtez vos papilles!

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Juliette Binoche et Benoit Magimel, "La Passion de Dodin Bouffant" (2023) de Trần Anh Hùng © Stpéhanie Branchu / Curiosa Films

La presse bien-pensante (i.e. de gauche) aurait préféré Justine Triet (Palme d’or à Cannes pour Anatomie d’une chute et qui, on s’en souvient, en a profité pour mordre la main de l’avance sur recettes qui nourrit le cinéma français « d’auteurs ») pour représenter la France aux Oscars — sans l’ombre d’une chance. En préférant La Passion de Dodin Bouffant, la Commission a misé sur un film magnifique de maîtrise, et 100% français dans ce que nous avons de plus noble — l’amour et la gastronomie. C’est du moins l’avis de notre chroniqueur, fin gourmet et amateur de tous les modes de consommation de la chair.


Pierre Gagnaire, conseiller culinaire du film, tient le petit rôle de l’officier de bouche qui invite Dodin et ses amis à un repas comme on en faisait au XIXe siècle — voir ceux qui sont rapportés dans le Dictionnaire de cuisine d’Alexandre Dumas. Trois services, huit heures à table. La tradition dans tout ce qu’elle a d’excessif.

Dodin et sa cuisinière (et maîtresse), Eugénie, sont à l’opposé de cette exaltation du quantitatif. Bien sûr, on mange beaucoup à la table de Dodin — mais jamais trop. Parce qu’on y mange bien.

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Les critiques de cinéma (une appellation certainement trop élogieuse pour des gens qui n’écrivent qu’en trempant leur souris dans l’idéologie woke la plus rance) de Télérama ou de France Info ont pris plaisir à descendre le film superbe de Trần Anh Hùng, tout en mordant dans leur MacDo ou en ingérant leur salade de quinoa. Juste par amour de Justine Triet qui a eu bien des malheurs. Tant pis, ils n’ont manifestement pas vu ce que le film de Trần Anh Hùng (qui depuis L’Odeur de la papaye verte, en 1993, a réalisé la très belle Ballade de l’impossible en 2010) apporte au spectateur d’enchantement à travers une image constamment maîtrisée — tout le film, pour des raisons que l’on vous explique, se passe entre un perpétuel été et un automne enchanté — et une direction d’acteurs impeccable et implacable : pensez, Benoît Magimel joue bien. Quant à Juliette Binoche, elle est au-dessus même des éloges — avec des courbes de hanches qui évoquent invinciblement la poire confite du dessert que lui a préparé Dodin. Car lorsque le gastronome se met aux fourneaux, il est à deux doigts d’inventer la cuisine moderne : il réalise un velouté de petits pois dont j’ai senti le velours passer sur ma langue pendant la projection.


Le cinéma français avait déjà produit, avec Délicieux (2021 — il fait partie de ces films que le confinement a partiellement tués), une ode à la gastronomie la plus juste. Cette fois-ci, à partir d’un roman suisse de 1924 de Marcel Rouff, La Vie et la Passion de Dodin-Bouffant gourmet (que je vous conseille de lire, ça vient de reparaître chez La République des Lettres) qui évoque plus ou moins Curnonsky, « Prince des gastronomes », Trần Anh Hùng compose le portrait d’un jouisseur de la plus fine espèce, celle qui privilégie le produit plutôt que sa transformation.

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Je ne vous dévoilerai rien de ce qui arrive à Eugénie, cuisinière irremplaçable — et de ce qui s’ensuit. Dodin est la proie de ce que saint Augustin (que le film cite avec bonheur, il fallait s’y attendre) appelait la libido sentiendi, cette jouissance des sens, l’amour et la nourriture au premier chef, que l’Eglise condamne fermement mais que le diable encourage. C’est un film délicieux, dont on sort comblé, comme si l’on avait passé 134 minutes à déguster ce que l’art culinaire a de plus savant et de plus délicat.

Marcel Rouff, La Vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet, 1924, réédition La République des Lettres, novembre 2023, 256 p.

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«Une sorte de nazi»: France Inter et l’hiver de l’humour

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Charline Vanhoenacker et Guillaume Meurice, 12 novembre 2023. D.R.

À France inter, la blague à connotation raciste de Guillaume Meurice sur le Premier ministre israélien ne lui a valu qu’un « avertissement ». Hier soir, on s’attendait à une explication pour son retour derrière le micro. Il n’en a rien été.


À la faveur d’une actualité sanglante, un soi-disant « humoriste » de France Inter s’est flatté, dimanche 29 octobre, de faire passer Benjamin Netanyahou pour « une sorte de nazi sans prépuce ». Au mépris des victimes du massacre du 7 octobre et de ses dramatiques conséquences de part et d’autre ; accessoirement, au mépris des commentateurs qui, quoique d’opinions divergentes, s’efforcent de peser leurs mots.

Les curieuses explications de Charline

Au bout d’une semaine, Guillaume Meurice s’est vu notifier par la présidence de Radio France un avertissement, lequel sanctionne non pas tant le propos que son refus de le regretter. Il a annoncé qu’il le contesterait en justice. Ce qu’il ne fera pas, sauf à vouloir se renverser le vase de nuit sur la tête. Pour sa défense, Meurice s’est réclamé de « l’esprit Charlie ». Sans toucher le bénéfice escompté. Le rédacteur en chef de Charlie-Hebdo a rétorqué que « l’esprit Charlie n’est pas une poubelle qu’on sort pour y jeter ses cochonneries ».

On s’attendait à une explication pendant l’émission du dimanche 12 novembre. Il n’en a rien été. Son animatrice, Charline Vanhoenacker, commence par déplorer les intimidations et menaces de mort visant leurs personnes et la liberté d’expression. Puis, elle reconnaît le trouble qu’a provoqué le propos chez ses coéquipiers. Certains ont été blessés ou choqués, d’autres ont ri, d’autres encore ont regretté d’avoir ri. Tous ont réfléchi. Tant et si bien, dit-elle, que « nous avons surmonté nos divergences ». Mais pour en conclure quoi ? On aurait voulu savoir, on ne le saura pas !

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Écouter cette émission d’une heure trente en direct, sans public « pour des raisons de sécurité », est un supplice. Atmosphère de cirque, chroniques niaiseuses, rires, tapages et applaudissements forcés : tout est simulacre. Quand c’est au tour de Meurice de prendre la parole, on s’efforce de tendre l’oreille. Celui-ci fait sentir qu’il jouit de la sympathie des uns, ces auditeurs qui lui apportent leur soutien, et qu’il attise la haine des autres qui lui souhaitent de « crever ».

Ce n’est pas l’auteur du propos sujet à polémique qui s’exprime, mais à l’en croire sa première et plus apitoyante victime : Meurice en personne.

À l’occasion de son tour de passe-passe, aussi convenu dans cette atmosphère de cirque qu’un numéro de prestidigitation, il en rajoute une louche. « J’ai conscience d’avoir choqué, dit-il, en comparant un fasciste à un nazi. » En studio, personne ne lui rappelle qu’il a comparé un Juif à un nazi.

Tant qu’à se dérober, autant faire porter le chapeau à d’autres, en l’occurrence ses « bons Juifs » à lui. Politiquement des siens. C’est ainsi qu’il tend le micro au représentant d’un obscur « collectif » nommé Tsedeck, à peine cinq mois d’existence, qui entend lutter contre « le racisme d’État en France » et militer « pour la fin de l’apartheid et de l’occupation en Israël-Palestine ». Ce propos enregistré occupe les deux tiers de sa chronique ; Meurice ne pouvait se défiler plus prestement. 

Il reste à examiner l’étron dont Meurice nie la puanteur. Et son contexte.

Cet incident « de trop » met en cause la conduite d’une radio publique qui prétend au beurre, une information équilibrée, en même temps qu’à l’argent du beurre, le gain d’audience tiré de sa « fabrique de l’humour ».  

Ainsi, c’est sur le boulevard ouvert par le Grand Journal de Canal Plus, modèle de raillerie et d’entre-soi, que la radio publique a lancé sa politique d’info-divertissement. Au motif, expliquait sa directrice, Laurence Bloch, que pour livrer « la chronique d’une époque », il était « indispensable d’avoir une bande d’yeux et d’oreilles très acérés ». Têtes d’affiche : Charline Vanhoenacker et Guillaume Meurice. « Inter est une chaîne qui porte des valeurs progressistes, ajoutait Laurence Bloch (…) qui porte attention à l’autre. » (Propos rapportés par Sandrine Blanchard, Le Monde, 8 janvier 2018). 

Mortelle Adèle

Lasse de l’empire de ses bouffons, la station s’est ressaisie à la rentrée. À l’initiative de sa nouvelle directrice, Adèle Van Reeth, la grille a été remodelée. Priée de renoncer à sa quotidienne, Charline Vanhoenacker a dû se replier sur une émission hebdomadaire, le dimanche de 18h à 20h. À ses côtés, Guillaume Meurice. Interrogé (France-Inter, 19 décembre 2019) par ses collègues sur sa méthode de travail, Meurice se défendait de « taper » sur qui que ce soit. On cible, disait-il, « les failles de raisonnement et de logique dans le discours, mais pas les gens ». On ne voit pas sur quelle « faille de raisonnement » il a choisi de taper en représentant Netanyahou en « une sorte de nazi sans prépuce ».

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Que signifie l’image ? Qu’en somme, Netanyahou est le monstre des monstres : à la fois « une sorte » de Juif qui, accusé d’imiter les nazis, trahit les Juifs, et « une sorte » de nazi qui, étant circoncis, tromperait les nazis.

Ce n’est pas tant le mot « prépuce » que la préposition « sans » qui mérite examen. Meurice aurait pu dire : « une sorte de nazi circoncis ». Non, il a voulu être concret, clinique : « sans prépuce ». Pour indiquer un manque. Et laisser s’ouvrir l’abîme d’une confusion dont l’antisémite le moins éveillé ferait son miel. Corrélée à « nazi », la formule « sans prépuce » est pétrie dans la pâte de l’image-choc.

   1. Meurice s’acharne à une heure critique de l’histoire d’Israël sur un homme qui, contesté par ses compatriotes, n’en demeure pas moins en première ligne en tant que chef d’un gouvernement, hétéroclite et défaillant, mais issu d’un scrutin régulier.

   2. Il n’hésite pas se comporter comme n’importe quel « sniper » des cloaques sociaux en usant de la position qu’il occupe à France Inter. Indirectement mais spectaculairement, il jette le déshonneur sur « la première radio d’actualité généraliste et culturelle ».

   3. Il n’a pas idée de l’origine et de la valeur de la circoncision chez les Juifs. À la suite d’une parole tombée du ciel, elle est depuis le temps d’Abraham le signe de l’Alliance qu’ont acceptée les Hébreux et que, par délégation, chaque génération de parents transmet à ses enfants. C’est un témoignage de gratitude et, par-dessus tout, le sceau d’une relation de confiance qui ne peut être à la portée de « l’hommerie » que par une certaine connivence avec le symbolique.

Ce rappel excitera la raillerie de Meurice. Vrai pitre, faux humoriste.

La différence entre le Messie et le plombier, dit une blague juive, c’est que le Messie, on est sûr qu’il viendra un jour. La différence entre le Meurice d’avant et le Meurice d’après, c’est que, s’agissant de celui-ci, on aurait voulu être sûr qu’il ne reviendra pas.

Hélas, il est venu, il vient, il reviendra. Car voilà une dizaine d’années que Meurice s’est alloué les pleins pouvoirs dus à l’humoriste, et le privilège d’immunité qui va avec, comme Napoléon s’était autocouronné empereur. On peut bien discuter la validité d’une information. En revanche, l’humoriste nous interdit de contester son commentaire. Il va de soi qu’il personnifie la liberté d’expression. Ce serait le stigmatiser. Par la faute d’un contradicteur qui, lui ayant fait l’offense de ne pas rire, ne peut être qu’un imprécateur d’extrême-droite comparable à un nazi.

Dans ces conditions, on se demande où, c’est là son antienne favorite, Charline Vanhoenacker trouve le culot, aujourd’hui encore, d’associer sa conception de l’humour à « une prise de risque » quand le plus grand risque à courir est d’écoper d’un cruel « avertissement ».

Derrière le succès de la Marche, une France désunie

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La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, commémorations du 13 novembre, Paris © Stephane Lemouton-POOL/SIPA

Antisémitisme: ce renoncement à nommer l’ennemi qui tue, de peur d’irriter des cités d’immigration, dit tout de la pleutrerie qui perdure, selon notre chroniqueur.


C’est une France fictivement unie qui a marché silencieusement, hier, contre l’antisémitisme. Certes, les responsables politiques, qui ouvraient la manifestation, rassemblaient la gauche et la droite de gouvernement. Toutefois, ces « élites » s’égareraient à se croire redevenues fédératrices, au vu du succès apparent de la mobilisation citoyenne (plus de 100 000 personnes à Paris, plus de 80 000 dans 70 autres villes).

Foule majoritairement blanche et âgée

En réalité, ces chiffres sont en deçà des protestations contre la profanation du cimetière juif de Carpentras de 1990, ou contre les attentats islamistes du 13 novembre 2015, il y a tout juste huit ans. La foule de dimanche, majoritairement blanche et plutôt âgée, a pu corriger, par sa dignité muette, la bassesse bavarde des querelles politicardes sur qui devait ou non être là. Reste que ce sont bien les politiques menées depuis quarante ans par ceux qui plastronnaient en tête de cortège, qui ont mis la nation ouverte dans cet état de fragilité extrême. L’absence du chef de l’État a illustré la fracture identitaire qui interdit à Emmanuel Macron de choisir son camp.  Dans une « lettre », publiée dans Le Parisien Dimanche, le président n’a eu de cesse d’appeler à « l’unité des Français », en refusant de qualifier la source islamiste du nouvel antisémitisme : une précaution reprise ce lundi matin sur Europe 1 par Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée et coorganisatrice avec le président du Sénat, Gérard Larcher, du rassemblement. Or, ce renoncement à nommer l’ennemi qui tue, de peur d’irriter des cités d’immigration, dit tout de la pleutrerie qui perdure.

En même temps capitulard

Derrière l’unité de façade d’une classe politique agonisante, qui avait relégué le RN en queue de cortège, se laisse voir ce que j’ai appelé « deux France irréconciliables ». Car, outre l’absence de Macron perdu dans son « en même temps » capitulard, il faut noter celles de l’extrême gauche et des autorités musulmanes, rétives à dénoncer l’islamisme et son terrorisme judéophobe.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a expliqué « comprendre la réticence des musulmans de France à défiler (…) aux côtés de racistes antimusulmans déclarés et assumés » : un prétexte pour ne pas avoir à porter un regard critique sur des textes sacrés qui, pris à la lettre, appellent à tuer Juifs et mécréants. Pour sa part, l’imam Hassen Chalghoumi, un des rares musulmans à avoir appelé à « venir en force » se joindre à la marche, a du renoncer à son projet après des menaces venues de la Tunisie. Il y avait certes, sous les drapeaux de la Kabylie, mon ami Ferhat Mehenni, président de la Kabylie libre, mais lui et ses amis, qui ont fui une Algérie islamisée, tiennent justement l’islam dans la seule sphère de la laïcité.

Les Français musulmans présents n’ont pas choisi de se faire identifier, sauf une exception que j’ai notée, par des pancartes. Plutôt que la banderole : « La République contre l’antisémitisme », il serait souhaitable de voir apparaître désormais : « La France contre l’islamisme ». Rêvons…

La communauté réduite aux aguets

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Toulouse, 11 novembre 2023 © FRED SCHEIBER/SIPA

Depuis cinquante ans, les programmes scolaires, Libération, les historiens atterrants, tous les orphelins des lendemains qui chantent, nostalgiques du plan B, remettent des pièces dans les machines à insurrection, repentance, l’auto-flagellation permanente de l’Occident maléfique. Ils abattent les derniers murs porteurs de la République. Le Graal, c’est la destruction de l’État et de la nation : on y arrive.


« Saül répondit : Je suis dans une grande détresse : les Philistins me font la guerre, et Dieu s’est retiré de moi ; il ne m’a répondu ni par les prophètes ni par des songes. Et je t’ai appelé pour que tu me fasses connaître ce que je dois faire » (I Samuel 28 :15).

Après les barricades de poubelles pour les retraites, les feux de l’amour des cailleras, la guerre de Gaza fracture le pays. Le vent mauvais se lève dans les banlieues. Manifester contre l’antisémitisme donne des sueurs froides aux révolutionnaires. Les masques tombent, les secousses se multiplient, ça sent le soufre… Bientôt Pompéi ? La Montagne Pelée ? Notre histoire nationale ne manque, ni de séquences noires (Guerre de Cent ans, guerres de religions, l’Occupation), ni de politiques médiocres et impuissants. La nouveauté, c’est l’impasse, impair et manque, le sentiment (n’est ce qu’un sentiment ?) d’être dans une nasse, pris en étau entre des fanatiques, partisans du chaos et les imbéciles, hors sol, au pouvoir.

Les insoumis sont à l’Hamas

Rien de nouveau à l’extrême-gauche, éclairée, progressiste, humaniste, pacifiste… Après Lénine, Staline, Trotski, Castro, Mao, Pol Pot, Khomeini, elle comprend et défend le Hamas et ses éventreurs de femmes enceintes. L’Hamascarade et l’aveuglement permanent. Le gauchisme (maladie sénile du communisme) se Dieudonise sur France Inter, ses comiques du service public et leurs blagues hilarantes : Hitler et le prépuce de Netanyahou. Dans Rouge, en 1972, Edwy Plenel (alias de Joseph Krasny) défendait inconditionnellement, Septembre Noir, légitimant l’assassinat de onze athlètes israéliens.

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Les « événements », les « années de braise » : le retour. La « violence légitime » accouche de l’histoire avec une grande H. La raison dialectique, les puissances d’abstraction et de mort fascinaient Sartre. « Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ». Camus condamne le fanatisme, les terroristes sophistes : « Nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes des justes ». En juin 1950, Breton essayait de sauver l’écrivain Záviš Kalandra (résistant, déporté à Ravensbrück, torturé puis pendu par la Sécurité intérieure tchèque). Ignoble, Eluard ironise : « J’ai trop à faire des innocents qui clament leur innocence, pour me préoccuper des coupables qui clament leur culpabilité ». Le poète peaufine son Ode à Staline qui dissipe le malheur : « La confiance est le fruit de son cerveau d’amour ». Finie la liberté sur les cahiers d’écolier. Le Parti et Les Dieux ont soif.

La variante moderne des agités du bocal, c’est le wokisme qui éteint les Lumières et l’universel. Au programme : 1984, la vérité alternative, l’hallu finale, « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force » (Orwell). Les talibans du monde d’après, damnés de l’atterre, écrasent les armées blanches, réécrivent le passé selon leur idée de la vertu avec leurs mensonges. La littérature, les statues sont déboulonnées, recalibrées, retouchées comme les photos officielles au fil des liquidations. Rachel Garrido a pris un carton jaune en voulant purger pépé. La génération Z exige des aveux… Damnatio memoriæ, abolitio nominis. Au feu les livres pernicieux : les blasphémateurs sont lynchés sur les réseaux sociaux.

Intellectuel: un métier en tension

Depuis cinquante ans, les programmes scolaires, Libération, les historiens atterrants, tous les orphelins des lendemains qui chantent, nostalgiques du plan B, remettent des pièces dans les machines à insurrection, repentance, l’auto-flagellation permanente de l’Occident maléfique. Ils abattent les derniers murs porteurs de la République. Après la colonisation, la rente mémorielle des « dé-coloniaux », nouveau fardeau de l’Homme blanc. Le Graal, c’est la destruction de l’Etat et de la nation : on y arrive.

Gardien de la conscience, debout face à l’Histoire, devant les hommes, Dominique de Villepin, porte des « exigences de responsabilité » pour le Moyen-Orient. « La diplomatie, c’est d’être capable, au fond du tunnel, d’imaginer qu’une lumière est possible »… Surtout dans la bande de Gaza. Jacques Attali est raccord pour une solution à deux Etats : « Elle n’a jamais été réaliste, mais c’est la seule possible ». Jacquou le Croquant est cash : « Oui je suis un écoterroriste ; si j’avais 20 ans, je serais encore plus radical ». Toutologue, Philippulus des dystopies, il prévoit le retour vers le futur, la météo de la veille. Ah, si tous les CEO du monde voulaient bien se donner la main !

Pierre Ouzoulias (sénateur communiste des Hauts-de-Seine) fait dans le romain, le grandiose, l’Empyrée pour tous : « La République française doit redevenir savante, en édifiant dans tous ses recoins des lieux de connaissance, propices au rayonnement de nos villages, de nos quartiers populaires et de nos villes… L’université doit être un nouvel horizon d’attente de l’utopie républicaine ». (Le Monde, 7 novembre). Le hic, c’est l’analphabétisation, le fanatisme, les slogans antisémites qui se multiplient avec les campus. Pour tout bagage ils ont 20 ans, deux slogans, trois mots valises : Et moi et moi et moi, pluriel, diversité, rébellion-illusion… L’union étudiante de Cambridge déprogramme l’Oratorio de Haendel, Saül (premier roi d’Israël), en raison de la « situation politique sensible au Proche-Orient ». Quand les arguments s’effritent, les positions se durcissent.

La Farce d’Action Républicaine 

Contre la chienlit, les incendiaires de bibliothèques et mairies, Elisabeth Borne veut « réaffirmer l’autorité ». Captain Marvel dégaine « l’ordre républicain ». Plus fort que les karchers : les FAR (Force d’action républicaine), CIV (Comité interministériel des villes), EPIDE (Établissements pour l’insertion dans l’emploi), les stages de responsabilité parentale, l’amende pour non-respect du couvre-feu qui passe à 750 euros. La peur (républicaine) va changer de camp. SPQR : « Savoir Prêcher les Quintaux de Renoncements ».

A lire aussi, Yvonne Guégan: L’École Alsacienne est-elle vraiment inaccessible? 

La dé-civilisation touche la fine fleur de l’élite française, les épées formées à l’Ecole Alsacienne et Sciences-Po. Gabriel Attal accuse Juan Branco de l’avoir harcelé au collège : une querelle de fille emmenée au cinéma, d’homophobie. Juan Vergès accuse le vengeur masqué d’être ambitieux, d’instrumentaliser ses relations amoureuses pour se propulser au sommet. Tic et Tac, Spirou contre Zantafio…

L’apaisement n’est pas pour demain. Sur TikTok, Instagram, X, des légions de Lotophages, Fifi brin d’osier oligophrènes, règlent leurs comptes dans des pugilats hystériques et dérisoires. Rien ne vaut rien ! C’est mon droit ! Balance ton quoi ! L’âne d’Apulée se frotte à celui de Buridan. L’abêtissement général finira par accoucher de la tyrannie.

« Il faut du théâtre, des rites, des cérémonies d’écriture pour faire exister un État, lui donner forme, en faire une fiction animée […]. On n’a jamais vu, on ne verra jamais, une société vivre et se gouverner sans scénario fondateur, sans narrations totémiques, sans musiques, sans chorégraphies… sans préceptes et sans interdits » (Pierre Legendre, Le Visage de la main, 2018).

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Il faut défiler, même avec les bonimenteurs du Bien

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Paris, 11 novembre 2023 © MUSTAFA SEVGI/SIPA

Je l’avoue, je me sens un peu incommodée de manifester avec tous ces Tartuffes qui n’ont cessé de calomnier leurs contradicteurs. Mais j’irai, et sans pince à linge sur le nez.


Arrêtons de parler de sujets qui font voler les assiettes comme la guerre de Gaza, parce qu’aujourd’hui, c’est la journée de l’unité, c’est le président qui le dit. C’est la journée de l’antisémitisme et on est tous contre. C’est bien le problème. Il y a des salauds qui brisent ce grand moment de concorde en prétendant y participer. Les dirigeants du RN veulent défiler avec les autres. On en est là : le Rassemblement national veut combattre l’antisémitisme. Tout fout le camp !

On a donc assisté toute la semaine à un impayable revival des années 90, presque toute la classe politique tordant le nez à l’idée de défiler avec le parti de Marine Le Pen, dont on sait bien que c’est la même que son père. D’ailleurs si elle l’a viré, c’est pour mieux nous tromper, la fourbe.

C’est à celui qui sera le plus offusqué

Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, partis mardi sur la ligne « pas d’exclusive », conforme à la volonté présidentielle de ne plus combattre « l’extrême droite avec des arguments moraux », tiennent moins de 24 heures. Le lendemain, Olivier Véran ouvre la danse, affirmant le RN n’a pas sa place dans cette marche – et signifiant implicitement que les « insoumis », en revanche, sont les bienvenus. Il vaut mieux avoir tort avec l’extrême gauche que raison avec l’extrême droite.

Dans la foulée, de la macronie aux « insoumis », élus et chefs à plumes font assaut de vocalises sur le thème « Je ne défile pas avec le RN ». Sans oublier le CRIF qui n’a toujours pas compris qu’il n’est pas le parti des juifs et qu’on se fiche de ses consignes de vote. Curieusement, ce chœur de vierges outragées oublie Zemmour, pourtant érigé en diable numéro un pendant la campagne – et qui a naturellement appelé ses troupes à défiler. Y aurait-il des limites au ridicule ?

A lire aussi, du même auteur : N’oublions pas leurs noms

Dans ce brouhaha d’héroïsme de plateau, nul n’entend les sages propos de Serge Klasrsfeld, Pierre-Henri Tavoillot et même, il faut le saluer, de Pierre Moscovici. C’est à celui qui sera le plus offusqué. Le combat contre l’antisémitisme étant un excellent portage pour l’exhibition de vertu, ses actions montent en flèche à la bourse des bonnes causes. Même Mélenchon risque quelques trémolos.

La semaine s’achève en apothéose avec l’interview, dimanche, de Marine Tondelier par Ali Baddou qui, le week-end, fait du France Inter au carré sur France Inter1. Dans un numéro qui ressemble à un sketch de Raymond Devos, la patronne des Verts explique aux deux matinaliers énamourés qu’elle aurait aimé que la marche soit un grand moment d’unité mais que ce n’est pas possible… parce que le RN et Jordan Bardella ont annoncé leur venue. Ce qui brise l’unité c’est que Marine Le Pen se rallie à une cause nationale. Ce qui les enrage le plus, c’est que, sans même en faire des tonnes, l’intéressée refuse le rôle qui lui est assigné par le petit théâtre politique qui donne la même pièce depuis des lustres. N’en déplaise aux estomacs délicats, pour une manifestation comme celle d’aujourd’hui, il n’y a pas d’invitation. C’est comme à un enterrement : qui veut vient. Au lieu de s’agenouiller et de demander pardon, les élus du Rassemblement national défileront comme les autres. Ils ont bien raison.

En conséquence, les amusants résistants qui adorent papoter avec Médine marcheront, précise Tondelier, derrière une banderole dénonçant tous les racismes, métaphore à deux tonnes du cordon sanitaire. « On fait en sorte, avec le reste de la gauche, de garantir un cadre sain », ose-t-elle, sans susciter la moindre réaction des deux endormis. Le RN est une maladie qu’il convient de traiter. Ce que les partis convenables s’emploient à faire depuis quarante ans avec le succès que l’on sait.

Marine Tondelier débattait avec le rappeur Médine, fin août au Havre, malgré le tweet à connotation antisémite adressé à Rachel Kahn quelques jours plus tôt © ISA HARSIN/SIPA

Un aveuglement sidérant

Depuis plusieurs décennies, ils ont, par leurs bêlements immigrationnistes, favorisé l’islamisation de nombreux quartiers et la montée subséquente d’un antisémitisme et d’une homophobie décomplexés.  Et pourtant, j’irai manifester avec eux.

Peut-être qu’au début beaucoup croyaient sincèrement que la bête immonde allait se réveiller en blonde. Après Merah, Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, le 13-novembre et tant de morts du djhadisme sur le sol européen, leur aveuglement sidère. Reconnaître qu’ils se sont trompés serait sans doute douloureux. Nous payons tous le prix de ce déni qui nous a désarmés. Politiquement et intellectuellement.

A relire, Elisabeth Lévy: Gérard Miller, les Juifs et ma boussole morale

Nous ne sondons pas les reins et les cœurs. Si l’antisémitisme d’extrême droite perdure chez des individus, il ne s’affiche pas sur la place publique et ne casse pas la gueule aux gamins porteurs de kippa. Il ne se drape pas dans le drapeau palestinien. Obsédés par l’antisémitisme d’hier, les bonimenteurs du Bien ont refusé de voir celui d’aujourd’hui et insulté ceux qui le voyaient. Comme l’a écrit Eddy Royer dans Causeur, le sage montre l’islamisme et l’idiot regarde l’extrême droite. Pour un plat de lentilles électoral, ils se sont alliés avec le seul parti qui joue ouvertement avec la haine des juifs.

Et toute honte bue, ils continuent à faire leurs chochottes !

Je l’avoue, je me sens un peu incommodée de manifester avec tous ces Tartuffes qui n’ont cessé de calomnier leurs contradicteurs. Mais j’irai, et sans pince à linge sur le nez. Parce qu’il y aura des milliers de mes compatriotes de toutes origines qui refusent de laisser le pays à des petites frappes malfaisantes. 

Reste une question à laquelle le pavé parisien n’apportera pas de réponse. Le président promet de « ramener l’antisémitisme à la seule place qui doit être la sienne : devant les tribunaux et derrière les barreaux ». On aimerait savoir comment il compte le désimplanter des cerveaux.


  1. https://www.youtube.com/watch?v=57RjVCwBJpc ↩︎

Tiens, voilà du Boudard!

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L'écrivain français Alphonse Boudard (1925-2000) © Le Dilettante Editions Couverture : Camille Cazaubon

En publiant des chroniques du Grand Alphonse parues entre 1959 et 1999 dans diverses revues, du Monde à Playboy, Le Dilettante nous fait du gringue. Armez-vous absolument de ce recueil pour passer le week-end du 11 novembre !


Pas d’armistice pour Alphonse Boudard (1925-2000) ! On fanfaronne, on argotise, on se fait encore plus mariole qu’à l’accoutumée, mais, à vrai dire, on est tout chose à la lecture de ces chroniques. Un peu K.O. Le cœur en miettes. Revigoré par cette prose chaloupée et, en même temps, seul, désespérément seul depuis que l’enfant des Gobelins a tiré le rideau. Derrière la fesse glandilleuse, au tréfonds des culs-de-basse-fosse, dans l’œil d’une sous-maîtresse, au zinc avec des fraiseurs de l’usine Panhard, à l’hosto les poumons troués, sur une barricade du Boul’mich, devant le nid d’aigle, le jour de l’enterrement de sa maman, encadré par deux cognes ou durant la campagne d’Alsace, le zig nous impressionne. Quand des types de son calibre affichent un tel pedigree, on ne moufte pas. On ne la ramène pas avec nos petits diplômes et nos références littéraires. Alors, par gloriole, par pudeur aussi, on se réfugie derrière la langue drue des Apaches, les vannes de comptoir et l’insolence morveuse des petits gars du XIIIème arrondissement, le vieux Paris lambrissé et l’accordéon qui mélancolise dans l’arrière-salle, les putains qui arpentent le macadam en se déhanchant excessivement, tout ce cirque-là, c’est juste pour masquer notre émotion.

Ça secoue !

Parce qu’avec Alphonse, on a appris l’Histoire de France, des claques et de la Libération de Paris, de Juin 1940 à Pivot, de Marthe Richard à Petiot, de Manouche à Jo Privat, de Villon à la Ferdine, du roi René à la Tour Montlhéry, du Prix Renaudot aux ors de l’Institut, toute la lyre en somme, le défilé des affreux, des embastillés, des souffreteux, des estropiés, des délirants, des névropathes et des libidineux. Tout y passe. Dominique Gaultier, l’âme du Dilettante, a bien raison de parler de « bonheurs inespérés ». Ces bonheurs sont regroupés dans le recueil qui porte le titre prophétique de Merde à l’an 2000.

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Quel voyage, mes amis ! J’en suis encore tout secoué. On en prend plein les mirettes, on apprécie d’abord le fond caverneux, la mouise persifleuse, les coups du sort à répétition, la déveine, le biribi des réfractaires, on ne file pas d’un cocktail à une mondanité, d’un colloque soliloquant à une tribune bavarde, on s’arsouille dans des coins pas possibles, on est à terre, comme si tous les clampins du monde se donnaient la main. Jolie farandole du désespoir et de la noirceur humaine. Chez d’autres auteurs moins inspirés et commercialement plus vils, cette spirale de la débâcle tournerait à la victimisation, aux larmes ou à la repentance, voire à la résilience. Boudard ne tend pas la sébile pour se faire aimer des médiocres. Il a entendu assez de balles siffler dans sa carrière marloupine pour ne pas mettre un genou à terre. Il se tient debout. Il a appris à écrire sous le magistère des Pieds Nickelés, la meilleure école d’une narration chaotique et fantastiquement drôle. Plus c’est glauque, plus c’est « sans issue », plus c’est foutu, meilleure est la langue. Car, ne vous y trompez pas, chez ce résistant-marlou ou ce voyou-lettré, ce sensible de première bourre qui vous arrache le cœur dans Mourir d’enfance sans les violons chouineurs, les mots valsent, la phrase gouleyante en appelle une autre qui en appelle une autre, ça cascade, ça ne s’arrêtera plus. Les mots sortent naturellement de son encrier. Ils jaillissent et viennent se nicher dans votre cortex, sans forceps, sans vaseline. Des malfaisants, des jaloux sans talent, ont raillé cette veine populiste-artilleuse, osant le traiter parfois de sous-Céline, dans le genre priapique à l’humour troufion. Ces penseurs à vue basse ont disparu depuis longtemps des bibliothèques, mêmes les bouquinistes n’en veulent plus, alors que les aficionados d’Alphonse, sans presque aucun relais médiatique, dans le silence méphitique de l’Université, portent son flambeau et sa bonne parole.

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Sorte de Cioran hilarant

« Qu’importe si je suis catalogué Béotien, vulgaire plumitif sans profondeur métaphysique » écrit-il, avec un mélange d’orgueil et de lucidité, il dame le pion aux Ulmiens et aux khâgneux vengeurs. Nous, ses disciples, l’élevons en chair, le consacrons Béotien Premier, roi du divertissement, empereur du récit imagé, Rabelais n’est pas loin, une sorte de Cioran hilarant, avec une absence de sérieux qui confine à la gravité. Dans ce recueil, émouvant, didactique, foisonnant, déconnant, mariant la mauvaise foi et une sincérité déchirante, administrant un bras d’honneur à l’attention de tous les pissefroids de l’édition, on retrouve toutes les stèles de son existence : Brassens, Hardellet, Giono, Lino, Carco, Gen Paul, Audiard, Simonin, Cendrars, Marcel Aymé, la Môme, Fallet, Antonin Magne, des considérations sur l’amour tarifé, les geôles françaises, le sanatorium, le cinoche et les juges. Gardons en tête cette maxime digne du Cardinal de Retz : « L’engagement met l’intelligence en sommeil ».    

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N’oublions pas leurs noms

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N’oublions pas nos huit otages retenus par les terroristes du Hamas


Toute la France devrait connaître leurs noms et leurs visages. Cela fait trente-six jours que Tamir Adar (38 ans), Yafa Adar (85 ans), Noam Avigdori (12 ans), Erez Kalderon (12 ans), Sahar Kalderon (16 ans), Ofer Kalderon (53 ans), Mia Schem (21 ans), Elia Toledano (27 ans), sont otages du Hamas – cette liste a été établie en croisant les informations parues dans les médias et le recensement effectué par BringThemHomeNow, mis à jour à mesure que l’on identifie des corps.

« Une vie vaut une vie », écrit le président dans sa lettre aux Français – attribuant curieusement ce principe biblique à la Déclaration des Droits de l’Homme. On dirait que la nation ne se sent pas très concernée par le destin de ces compatriotes que l’irruption de brigades de la mort a arrachés à une soirée de fête ou à un dîner familial. Pire, leurs visages sont devenus pour certains abrutis qui confondent la cause palestinienne avec la haine des juifs (et sont en train d’installer durablement cette confusion dans de nombreux esprits) le symbole de « l’oppression israélienne ».

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Ils les arrachent fièrement, pensant, comme l’inénarrable Sophie Pommier, ex-collaboratrice du Quai d’Orsay, accomplir un courageux acte de résistance en outrageant la photo « d’un bébé-otage »[1]. Ils insultent ouvertement certaines victimes et pleurnichent ensuite sur le deux poids-deux mesures dont les Palestiniens seraient victimes.

Tout le monde a le cœur serré pour les victimes de Gaza, les familles forcées de tout quitter, les enfances enfuies dans la peur. Évidemment. Encore faut-il rappeler que ces existences ont été délibérément sacrifiées par les chefs du Hamas exactement comme celles des habitants de Mossoul et Falloujah, par ceux de Daech. Aujourd’hui les dirigeants israéliens, comme hier ceux de la Coalition anti-Daech, considèrent que l’enjeu est vital, autrement dit, qu’ils n’ont pas le choix, en dépit du prix en vies humaines. C’est insupportable et inévitable. Cette équation implacable est la définition d’une tragédie.



[1] Cette expression a été employée par Guillaume Erner dans une excellente humeur du matin. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-humeur-du-matin-par-guillaume-erner/l-humeur-du-jour-emission-du-vendredi-10-novembre-2023-4764680